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Placentophagie : Bienfaits, Risques et Législation

Le placenta, organe vital assurant le lien entre la mère et le fœtus pendant la grossesse, suscite un intérêt croissant, notamment pour sa consommation après l'accouchement. Cette pratique, appelée placentophagie, est devenue populaire grâce à des célébrités qui en vantent les mérites. Cependant, elle soulève des questions importantes concernant les bénéfices réels, les risques potentiels et la législation en vigueur.

Qu'est-ce que le placenta ?

Le placenta est un organe temporaire unique qui se développe pendant la grossesse. Il assure les échanges nutritifs et gazeux entre la mère et le fœtus via le sang maternel. Il relie l’embryon à la paroi utérine et permet d’alimenter le fœtus en oxygène, en hormones de croissance et en nutriments. Il est composé d’une partie embryonnaire (le trophoblaste) et d’une partie maternelle (l’endomètre). Le placenta est essentiel au bon déroulement de la grossesse et reproduit le fonctionnement de certains organes non développés chez le fœtus jusqu’à ce qu’ils soient opérationnels.

Le placenta mesure de 15 à 20 cm de diamètre, contient une surface d’échange de 14 m2 environ et est pourvu d’un réseau sanguin pouvant atteindre 40 à 50 km de long.

Le Rôle du Placenta Pendant la Grossesse

Le placenta joue un rôle crucial pendant la grossesse, notamment :

  • Maintien de la grossesse : Il sécrète des hormones qui assurent le bon déroulement et le développement de la grossesse.
  • Échanges vitaux : Il transmet l’oxygène, les nutriments, les protéines, les lipides, l’eau et les hormones nécessaires à la croissance de l’enfant via le cordon ombilical.
  • Protection : Il filtre les agressions extérieures (bactéries, virus, etc.).
  • Barrière immunologique : Il protège le fœtus en empêchant le système immunitaire de la mère de le considérer comme un corps étranger.
  • Élimination des déchets : Il élimine les déchets organiques produits par le bébé (urine, dioxyde de carbone, etc.).
  • Production d'hormones : Il produit de nombreuses hormones, dont l’hormone de croissance placentaire, l'hormone lactogène placentaire, l'hormone chorionique gonadotrope et la progestérone.

La Placentophagie : Une Pratique Ancienne Remise au Goût du Jour

La placentophagie, ou la consommation du placenta après l’accouchement, est une pratique qui a gagné en popularité ces dernières années, notamment aux États-Unis. De nombreuses femmes (et même quelques hommes) voient le placenta comme un ingrédient miracle. La pratique telle qu’on la connaît est née en 1970 aux États-Unis. Depuis, les stars aussi s’y sont mises. En 2006, Katie Holmes et Tom Cruise sont les premiers à l’avoir avoué : Ils ont goûté au placenta après la naissance de leur fille, Suri. Depuis cette annonce, la folie de la placentophagie s’est propagée. Kim Kardashian l’avale en gélules après la naissance de son fils Saint et l’affiche sur son Instagram. Mayim Bialik, l’actrice de Big Bang theory aussi. Aujourd’hui, les dizaines de stars prônant sa consommation ont achevé de mettre le placenta à la mode.

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La consommation du placenta ne date pas d’hier. Des récits médiévaux en vantaient déjà les vertus pour la fertilité et la vitalité post-partum. En Chine, sous la dynastie Ming, des textes médicaux lui prêtaient des effets nutritifs et anti-âge.

Les motivations derrière la placentophagie

La quasi-totalité des mammifères non-humains mangent leur placenta. Certaines femmes affirment en ressentir le besoin, puisqu’il s’agit du lien les unissant directement à leur enfant. D’autres l’utilisent pour lutter contre la fatigue ou la dépression post-accouchement.

Les adeptes de la placentophagie soutiennent que le placenta est bourré d’hormones, de vitamines et de nutriments bénéfiques. Consommer du placenta humain préviendrait la dépression post-partum, améliorerait le taux de fer, l’énergie, la production de lait et permettrait un renforcement des liens entre la mère et l’enfant.

Les différentes formes de consommation

La plupart des stars choisissent donc une méthode moins rebutante, la prise sous forme de gélules. Autre solution : se mettre aux fourneaux. Des tutoriels YouTube proposent d’avaler son placenta en smoothie ou en steak. Des livres de cuisine proposent des recettes pour les déguster en lasagne, ou encore sous forme de chocolat… Il y en a pour tous les goûts. Le placenta peut se manger cru, cuit, rôti, en smoothie, ou en capsule. L’encapsulation, après cuisson à la vapeur et déshydratation, apparaît comme la technique la plus populaire. Calvin Harris a surpris ses fans. Après la naissance de son fils Micah, le DJ britannique a dévoilé mardi 4 août sur Instragram avoir cuisiné le placenta de sa femme, Vick Hope. L’organe a été cuit à la vapeur, déshydraté, puis transformé en gélules.

Les Risques Potentiels de la Placentophagie

Le problème, c’est qu’aucune étude ne prouve les bienfaits du placenta. En 2015, la revue Archives of women’s mental health dénonçait déjà l’absence de règles concernant la conservation et la préparation du placenta. Le risque : que la chaîne du froid ne soit pas respectée et que le placenta devenu aliment ne s’avarie.

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Aujourd’hui, c’est au tour du CDC, le centre pour le contrôle et la prévention des maladies américain, de tirer la sonnette d’alarme. Dans sa ligne de mire, le processus d’encapsulation. Le centre s’appuie notamment sur un fait divers survenu dans l’Oregon, aux États-Unis. Un nourrisson, pourtant en parfaite santé à la naissance, a développé une grave infection respiratoire. Lors de son deuxième passage à l’hôpital, son médecin traitant a diagnostiqué la cause de ce mal : la mère avalait, depuis l’accouchement, des capsules de placenta séché… Bourré de bactéries.

Un nourrisson a été hospitalisé dans l’Oregon en septembre 2016 pour une infection causée par les gélules de placenta contaminées aux streptocoques B, que sa mère avait ingérés alors qu’elle allaitait. Les Centres de prévention et de contrôle des maladies américains (CDC) avaient alors recommandé d’éviter la consommation de capsules de placenta, l’encapsulation n’étant pas adéquate pour tuer toute trace de contamination bactérienne ou virale.

Si des enquêtes et témoignages rapportent les bénéfices de la consommation de placenta, aucune étude sérieuse ne va dans ce sens. « Nous avons constaté qu’il n’existe aucune preuve scientifique d’un quelconque bénéfice clinique de la placentophagie chez l’humain, et qu’aucun nutriment ni aucune hormone placentaire n’est conservé en quantité suffisante après l’encapsulation placentaire pour être potentiellement utile à la mère après l’accouchement », conclut une étude publiée en 2018 dans le American Journal of Obstetrics and Gynecology.Pas de preuve de bénéfices mais de risques puisque l’encapsulation ne permet pas d’éliminer le risque d’infection, pour la femme et le nouveau-né selon cette même étude.

La Législation Française et le Statut du Placenta

En France, contrairement aux pays anglo-saxons, les sages-femmes ont l’interdiction formelle de récupérer et de donner le placenta des patientes. L’organe se retrouve donc à la poubelle ou en laboratoire.

Depuis une circulaire de 2012, le placenta est juridiquement considéré comme un déchet médical. Il ne peut être conservé qu’à des fins scientifiques ou thérapeutiques, et toujours après consentement écrit de la mère. « Même s’il sort de notre corps, il ne nous appartient pas », souligne le gynécologue. Le but : éviter les risques bactériologiques et prévenir toute dérive commerciale. Lorsqu’il est expulsé, le placenta passe par le vagin, qui abrite « des milliards de microbes ». En France, la collecte de produits du corps humain est encadrée par la loi de bioéthique de 1994, révisée en 2011. Face à ce phénomène et à la création de sociétés proposant de transformer le placenta des femmes en gélules contre rémunération, le ministre de la Santé a précisé à nouveau le statut du placenta.

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En France, lorsqu’il n’est pas utilisé à des fin thérapeutiques et scientifiques, le placenta entre dans la catégorie des déchets d’activités de soins à risque infectieux (DASRI) conformément à l’article R.1335-1 du Code de santé publique. Il s’agit de l’ensemble des déchets issus des activités de diagnostic, de suivi et de traitement préventif, curatif ou palliatif, dans les domaines de la médecine humaine et vétérinaire. Les deux seules modalités d’élimination de ces déchets sont l’incinération ou le prétraitement par désinfection, avant d’être traités comme des déchets communs. Le placenta n’appartient ni à la mère, ni au père, ni à l’enfant.

En France, certaines femmes choisissent de contourner la loi en accouchant à domicile, sans assistance médicale, souvent accompagnées d’une doula. Mais là encore, les experts mettent en garde : « Même si le risque d’hémorragie est de 1 %, il ne faut pas le prendre. Lors d’un saignement massif, c’est l’hôpital qui peut sauver la vie », alerte le professeur Damien Subtil.

Alternatives à la Placentophagie

Pour profiter des mêmes apports nutritionnels vantés par les adeptes de la placentophagie, « manger des poissons gras, des légumes verts, des fruits, des noix et des graines… Et surtout, dormir dès qu’on en a l’occasion.

Complications possibles du placenta

Les complications du placenta sont peu fréquentes, mais peuvent mettre la santé du fœtus ou de la future mère en danger. Un suivi et des contrôles réguliers au cours de la grossesse sont nécessaires afin de dépister le risque de complications le plus tôt possible.

  • Le décollement placentaire ou trophoblastique

Le décollement placentaire est la complication la plus fréquente chez la femme enceinte. Il concerne 15 à 20 % des grossesses. Comme son nom l’indique, une partie du placenta rencontre une perte d’adhésion créant un hématome. On parle de décollement placentaire à partir du 2ᵉ trimestre. S’il survient avant, on parle de décollement trophoblastique.

  • Le placenta praevia

Phénomène relativement rare, le placenta praevia se caractérise par une mauvaise implantation totale ou partielle du placenta dans l’utérus. Le placenta se développe alors au niveau du col de l’utérus au lieu de s’insérer sur le fond et sur une face de l’utérus. Les risques liés au placenta praevia sont des complications au moment de la sortie du bébé et un risque d’hémorragie important. Un accouchement par césarienne peut être envisagé.

  • Le placenta accreta

Autre complication pouvant survenir durant la grossesse : le placenta accreta. Cette complication désigne la fusion ferme du placenta avec le muscle utérin. Si cela n’a le plus souvent aucun impact sur la grossesse, le principal risque est que la femme souffre d’une hémorragie vaginale au moment de la délivrance.

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