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La pilule abortive RU-486 : Fonctionnement et prescription

La pilule abortive, souvent appelée RU-486 (mifépristone), est un médicament autorisé en France, spécifiquement conçu pour provoquer un avortement et non une méthode de contraception régulière ou d'urgence. Il est crucial de dissiper toute confusion à ce sujet, car le terme "pilule" est génériquement utilisé pour la contraception, ce qui peut induire en erreur. La pilule abortive est destinée à être utilisée dans le cadre d'interruptions volontaires de grossesse (IVG) au cours du premier trimestre.

Qu'est-ce que la pilule abortive RU-486 ?

Le nom scientifique de la pilule abortive est mifépristone, vendue sous le nom commercial Myfegyne®. L'appellation RU-486 provient du laboratoire Roussel-Uclaf qui l'a mise sur le marché, "RU" étant l'acronyme du laboratoire et "486" correspondant au numéro d'ordre de la synthèse de la molécule.

Inventée en 1982 par le Pr Etienne-Emile Baulieu, médecin, biochimiste et endocrinologue de renommée mondiale, la mifépristone représente une alternative médicamenteuse à l'avortement chirurgical.

Comment fonctionne la pilule abortive ?

La mifépristone, substance active de la pilule abortive, agit comme une antihormone. Plus précisément, elle bloque l'action de la progestérone, l'hormone de la grossesse qui favorise l'implantation de l'œuf fécondé et son développement dans l'utérus.

À des doses allant de 3 à 10 mg/kg par voie orale, la mifépristone inhibe l'action de la progestérone endogène ou exogène chez différentes espèces animales (rat, souris, lapin et singe). Chez la femme, à des doses supérieures ou égales à 1 mg/kg, elle antagonise les effets endométriaux et myométriaux de la progestérone. Pendant la grossesse, elle sensibilise le myomètre aux contractions induites par les prostaglandines et, au cours du premier trimestre, elle permet la dilatation et l'ouverture du col utérin. Des données cliniques ont démontré que la mifépristone facilite la dilatation cervicale.

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L'avortement médicamenteux implique la prise de deux médicaments à un ou deux jours d’écart. Le premier, la mifépristone, arrête la grossesse. C'est un stéroïde synthétique qui bloque l'action de la progestérone, une hormone nécessaire pour l'implantation de l'œuf dans l'utérus.

La femme prend un premier rendez-vous avec un médecin qui réalise les IVG médicamenteuses (en ville ou à l'hôpital). Toute femme demandant une IVG doit obtenir un rendez-vous de consultation dans les 5 jours suivant son appel, rappelle la HAS en avril 2021.

Prescription et administration de la pilule abortive

La prescription de la mifépristone (RU 486) est encadrée et réservée aux médecins, sages-femmes et centres habilités, conformément à l’article L.

La femme enceinte prend 3 comprimés de Myfégyne® (RU-486). Le RU-486 prépare ainsi l’utérus à l’avortement. Deux jours plus tard, on administre des prostaglandines (comprimés par voie orale ou vaginale) qui induisent des contractions de l’utérus, facilitées en cela par l’action du RU-486. Sous l’effet de ces contractions, l’embryon se décolle, et est évacué par les voies naturelles.

Ces médicaments peuvent être prescrits par un médecin ou une sage-femme, dans un centre de planification, dans un centre de santé ou en téléconsultation. Ils peuvent être pris dans un centre de soins ou, si la femme le souhaite, à domicile, à un moment adapté à son emploi du temps.

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Lorsque l’IVG médicamenteuse est réalisée à l’hôpital, le géméprost par voie vaginale (CERVAGEME) peut être utilisé à la place du misoprostol. L’hémorragie vaginale survient le plus souvent dans les 3 ou 4 heures qui suivent la prise du second médicament. Il est recommandé de ne pas être seule à son domicile à ce moment là.

Efficacité et risques de la pilule abortive

L'inconvénient principal est le risque d'échec : "La pilule abortive n'est pas efficace à 100% puisqu'il y a 2 à 5% d'échec or la femme ne se dit pas que ça peut échouer. Il faut entendre cet échec car en cas d'échec, ça rallonge le délai de la finalité de l'avortement puisque la grossesse continue d'évoluer." Il est aussi important d'avoir conscience du risque d'échec pour bien suivre la procédure de prise de cette pilule : "Il y a une consultation obligatoire de contrôle deux semaines après la prise, certaines femmes ne la font pas. Comme elles ont saigné, elles se disent que ça a marché mais elles peuvent se retrouver dans des situations très délicates" prévient le Dr Brival. Si l'IVG médicamenteuse n'a pas marché, il faut passer par l'aspiration.

Il existe un petit risque d’échec ; en l’absence de saignement, il faut consulter un médecin.

Les métrorragies (saignements), témoins de l'effet du traitement médical, surviennent dans les 3 à 4 heures suivant la prise de prostaglandine (après la mifépristone), mais ne sont pas une preuve d'expulsion complète.

"La fréquence des complications de l'IVG à domicile (hémorragies sévères) est comparable à celle des IVG réalisées en milieu hospitalier" souligne la Haute Autorité de Santé. "En cas d'hémorragie, ce qui est exceptionnel, les femmes ont un numéro d'urgence donné par le médecin lors des rendez-vous" informe le Dr Brival.

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Les douleurs abdomino-pelviennes induites par les contractions utérines sont quasiment systématiques. Dans le cas d’une IVG médicamenteuse, les douleurs peuvent être très intenses (entre 8 et 10 sur une échelle de 10) avec un pic au troisième jour après la prise du premier médicament. Pour soulager la douleur, il est possible d’avoir recours à un antalgique ou à des antispasmodiques prescrits par le médecin. Les saignements peuvent être importants au moment de l’expulsion de l’œuf et ne pas être compatibles avec les activités professionnelles.

En clinique, de rares cas de malformations des extrémités des membres inférieurs (notamment, pied-bot) ont été rapportés suite à l’administration de mifépristone seule ou associée à des prostaglandines. L'un des mécanismes possibles pourrait-être le syndrome des brides amniotiques.

Des accidents cardiovasculaires rares mais graves (infarctus du myocarde et/ou spasme des artères coronaires et hypotension sévère) ont été rapportés après l’utilisation d’un analogue de prostaglandines. Pendant la prise du médicament et pendant les trois heures qui suivent l’administration, la patiente doit en principe être sous surveillance au centre prescripteur afin de déceler les effets éventuellement aigus de l’administration de prostaglandines.

Contre-indications et précautions d'emploi

En raison de métrorragies sévères nécessitant un curetage hémostatique dans 0 à 1,4 % des cas lors de l'interruption médicamenteuse de grossesse, la prudence s'impose chez les patientes souffrant de troubles hémostatiques associés à une hypocoagulabilité ou une anémie.

Des cas graves (incluant des cas fatals) de syndrome de choc toxique et de choc septique faisant suite à des infections par des pathogènes atypiques (comme Clostridium sordellii ou Escherichia coli) ont été rapportés après l’interruption médicamenteuse de grossesse réalisée avec 200 mg de mifépristone suivie par l'administration vaginale ou buccale non autorisée de comprimés de misoprostol.

La patiente sera informée de la possibilité de métrorragies parfois abondantes, suivant la prise de mifégyne. Elle sera avertie de la possibilité d’expulsion survenant avant l’acte chirurgical (bien que minime).

En cas de suspicion d'insuffisance surrénale aiguë, l'administration de dexaméthasone est recommandée. 1 mg de dexaméthasone peut neutraliser l’action d’une dose de 400 mg de mifépristone. En raison de l'activité anti-glucocorticoïde de la mifépristone, l'efficacité d'un traitement chronique par les corticostéroïdes, y compris les corticostéroïdes inhalés dans le traitement de l’asthme, peut être diminuée pendant 3 à 4 jours après la prise de mifégyne. Un ajustement thérapeutique est recommandé.

Interactions médicamenteuses

L’administration concomitante de mifépristone avec l’itraconazole, inhibiteur du CYP3A4, augmente l’ASC de mifépristone de 2,6 fois et l’exposition à ses métabolites 22-hydroxy-mifépristone et N-déméthyl-mifépristone de 5,1 fois et 1,5 fois respectivement. La Cmax augmente de 1,5 fois pour la mifépristone, de 1,8 fois pour la 22-hydroxy-mifépristone et diminue de 0,7 fois pour la N-déméthyl-mifépristone.

L’administration concomitante de mifépristone avec la rifampicine, inducteur du CYP3A4, diminue l’ASC de mifépristone de 6,3 fois et ses métabolites 22-hydroxy-mifépristone et N-déméthyl-mifépristone de 20 fois et 5,9 fois respectivement.

Les données in vitro et in vivo indiquant que la mifépristone est un inhibiteur du CYP3A4, l'administration concomitante de mifépristone peut entraîner une augmentation des taux sériques des médicaments métabolisés par le CYP3A4.

La mifépristone et la contraception d'urgence

Une autre molécule, le RU-486 (ou mifépristone), a aussi fait la preuve de son efficacité comme contraceptif d’urgence. Cette molécule présenterait l’intérêt de ne nécessiter qu’une unique prise, et d’induire encore moins d’effets secondaires désagréables. Les mécanismes d’action présomptifs sont en cours d’exploration : les scientifiques sont encore loin d’avoir complètement élucidé le mode d’action de la contraception d’urgence.

Disponibilité et souveraineté

Il n’existe aucune fabrication en France ou en Europe. Depuis 2020, le Haut Conseil à l'Égalité entre les femmes et les hommes (HCE) demande au gouvernement que la France retrouve rapidement sa souveraineté en matière de production de la pilule abortive. La production des deux médicaments utilisés pour les avortements médicamenteux, le misoprostol et la mifépristone, est dans les mains d’un seul producteur, le groupe Nordic Pharma dont une partie conséquente des capitaux pourraient être américaine.

L'IVG en France : Un droit légal

En France, l’IVG est légale depuis la loi Veil votée en 1974, modifiée en 2001. Elle est autorisée pour mettre fin à une grossesse non désirée. Le délai d’intervention est de 14 semaines d’absence de règles comme en Allemagne, en Italie, en Belgique ou encore en Grèce. En France, le délai de réflexion de sept jours avant l’IVG n’est désormais plus obligatoire et le consentement parental n’est plus un préalable obligatoire pour les mineures.

L’interruption de grossesse est également autorisée, sans délai limite d’intervention, lors de malformations fœtales importantes ou de maladie grave de la mère. On parle alors d’interruption médicale de grossesse (IMG).

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