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La pilule abortive RU-486 : Mécanisme d'action et applications

Introduction

La pilule abortive RU-486, connue aussi sous le nom de mifépristone, est un médicament utilisé pour l'interruption volontaire de grossesse (IVG) médicamenteuse. Découverte en 1982 par le professeur Étienne-Émile Baulieu, elle a révolutionné l'accès à l'avortement pour de nombreuses femmes. Cet article explore en profondeur le mécanisme d'action de la pilule RU-486, ses utilisations, ainsi que d'autres applications potentielles en gynécologie et dans le traitement des maladies neurodégénératives.

I. Le cycle menstruel et les hormones impliquées

A. Phase folliculaire et ovulation

Jusqu'au 14ème jour du cycle menstruel, la muqueuse utérine se reconstruit sous l'influence des œstrogènes, hormones produites par un follicule ovarien en développement. Ce follicule, appelé follicule de De Graaf, devient mature au 14ème jour et expulse l'ovule lors de l'ovulation.

B. Spermatogenèse

La fabrication des spermatozoïdes, ou spermatogenèse, se déroule dans les tubes séminifères des testicules à partir des spermatogonies. Ce processus est stimulé par la testostérone, une hormone produite par les cellules de Leydig, situées dans le tissu interstitiel entre les tubes séminifères. Les cellules de Sertoli jouent un rôle de soutien, de nutrition et de protection pour les spermatozoïdes.

II. Contrôle hormonal du cycle et rétrocontrôles

A. L'axe hypothalamo-hypophyso-ovarien (chez la femme) et hypothalamo-hypophyso-testiculaire (chez l'homme)

L'hypothalamus sécrète la GnRH (Gonadotropin-Releasing Hormone), qui stimule l'hypophyse. Chez la femme, les cellules folliculaires sont stimulées par la FSH (Follicle-Stimulating Hormone), produite principalement durant la phase folliculaire. La FSH favorise la maturation des follicules et, par conséquent, la sécrétion d'œstrogènes et de progestérone. La LH (Luteinizing Hormone) agit durant la phase lutéale pour stimuler la production du corps jaune. Chez l'homme, les cellules testiculaires sont stimulées.

B. Rétrocontrôles hormonaux

Les hormones ovariennes, progestérone et œstrogène, exercent un rétrocontrôle sur l'hypothalamus et l'hypophyse, freinant la sécrétion de GnRH, FSH et LH. Cependant, autour du 13ème jour du cycle, le taux très élevé d'œstrogènes inverse ce contrôle, le transformant en stimulation de l'hypophyse et de l'hypothalamus. Cela entraîne une libération importante de LH, FSH et GnRH, culminant avec le pic de LH au 14ème jour, qui déclenche l'ovulation. Chez l'homme, la testostérone inhibe la sécrétion de LH, exerçant un rétrocontrôle négatif permanent sur l'hypophyse et l'hypothalamus.

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III. Contraception et interruption volontaire de grossesse (IVG)

A. Contraception hormonale

  • Pilule combinée (œstro-progestative) : Méthode contraceptive préventive féminine contenant un mélange d'œstrogènes et de progestatifs.
  • Pilules progestatives (micropilules) : Contiennent uniquement un progestatif et agissent au niveau de l'endomètre et de la glaire cervicale.
  • Pilule du lendemain : Contraception d'urgence utilisée après un rapport sexuel non ou mal protégé. Elle contient une dose élevée d'œstrogènes et doit être prise le plus tôt possible après le rapport. Son mécanisme d'action n'est pas entièrement élucidé.
  • Contraception hormonale masculine : En cours d'étude, mais rencontre des oppositions sociales et des inquiétudes.

B. Autres méthodes contraceptives

  • Préservatifs (masculin ou féminin) : Effet barrière contre les spermatozoïdes et les agents infectieux, offrant une protection contre les infections sexuellement transmissibles (IST).
  • Dispositif intra-utérin au cuivre (DIU au cuivre ou "stérilet") : Le cuivre est spermicide et peut rester en place pendant 10 ans.
  • Spermicides : Crèmes qui détruisent les spermatozoïdes.

C. IVG médicamenteuse : la pilule abortive RU486

Découverte par Étienne-Émile Baulieu en 1982, la pilule RU486 agit comme un anti-progestérone. Elle se fixe sur les récepteurs utérins à la place de la progestérone, induisant en erreur la muqueuse utérine, qui se détache, entraînant des saignements semblables aux règles et l'élimination de l'embryon. L'IVG médicale peut être réalisée jusqu'à la 12ème semaine de grossesse (14 semaines d'aménorrhée).

IV. Interruption volontaire de grossesse (IVG) : aspects pratiques

A. Parcours et accompagnement

Le centre d'orthogénie des centres hospitaliers est organisé pour permettre la réalisation d'une IVG. Un accompagnement psycho-social peut être proposé aux patientes hésitant quant à leur choix. Une consultation avec un médecin traitant, un gynécologue ou une sage-femme est nécessaire pour obtenir un courrier d'adressage et une ordonnance d'échographie de datation.

B. Étapes de l'IVG médicamenteuse

  1. Consultation et confirmation de la demande : La patiente confirme par écrit sa demande d'avortement et choisit la méthode d'avortement adaptée à son cas.
  2. Prise de mifépristone (RU 486) : Prise par voie orale en présence du médecin ou de la sage-femme. Ce médicament interrompt la grossesse en bloquant l'action de la progestérone et en favorisant les contractions de l'utérus et l'ouverture du col utérin.
  3. Prise de misoprostol : Un analogue de la prostaglandine, pris par voie orale à l'hôpital ou à domicile, 48 heures après la mifépristone. Ce médicament augmente les contractions et provoque l'expulsion de la grossesse.
  4. Suivi : Une visite de contrôle est obligatoire deux semaines après la prise pour vérifier l'interruption de la grossesse.

C. IVG chirurgicale

L'IVG chirurgicale (par aspiration - curetage) est une intervention chirurgicale qui dure une dizaine de minutes et se déroule dans un bloc opératoire sous anesthésie locale ou générale.

D. Prise en charge et entretien psycho-social

L'IVG est prise en charge si la patiente bénéficie d'une couverture maladie. Un entretien psycho-social est proposé après l'interruption de grossesse.

V. Mécanisme d'action détaillé de la mifépristone (RU-486)

A. Antagoniste de la progestérone

La mifépristone est un analogue structural de la progestérone qui se lie aux récepteurs de la progestérone (PR) dans l'utérus. Cependant, contrairement à la progestérone, elle n'active pas ces récepteurs. Au lieu de cela, elle empêche la progestérone de se lier, bloquant ainsi ses effets. La progestérone est essentielle au maintien de la grossesse, car elle inhibe les contractions utérines et favorise l'implantation et le développement de l'embryon. En bloquant l'action de la progestérone, la mifépristone provoque le détachement de la muqueuse utérine (l'endomètre) et sensibilise le myomètre (muscle utérin) aux contractions induites par les prostaglandines.

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B. Sensibilisation du myomètre aux prostaglandines

La mifépristone augmente la sensibilité du myomètre aux prostaglandines, des hormones qui stimulent les contractions utérines. C'est pourquoi, dans le protocole d'IVG médicamenteuse, la mifépristone est suivie de l'administration de misoprostol, un analogue de la prostaglandine, qui provoque des contractions utérines intenses, entraînant l'expulsion de l'embryon.

C. Effets au niveau du col utérin

La mifépristone favorise la dilatation et l'ouverture du col utérin, facilitant ainsi l'expulsion de l'embryon.

D. Action au niveau cellulaire

Au niveau cellulaire, la progestérone agit en se fixant sur son récepteur (PR), qui est situé dans le cytoplasme des cellules, associé à des protéines HSP (Heat Shock Proteins). La fixation de la progestérone sur son récepteur entraîne le départ des protéines HSP et la pénétration du complexe récepteur-ligand dans le noyau de la cellule, où il se dimérise. Le dimère PR-progestérone se fixe ensuite sur des segments spécifiques de l'ADN, appelés PRE (Progesterone Responsive Elements), permettant le recrutement des coactivateurs de transcription et de la machinerie transcriptionnelle. La mifépristone, en se liant au PR, empêche la progestérone d'exercer son action et peut même agir comme un inhibiteur de la transcription, en fonction des cofacteurs présents dans la cellule.

VI. Autres applications potentielles de la mifépristone

A. Gynécologie

Outre son utilisation dans l'IVG, la mifépristone présente des potentialités en gynécologie, notamment pour :

  • Faciliter les accouchements difficiles.
  • Traiter les fibromes utérins : Les dérivés antagonistes de la progestérone, comme la mifépristone, peuvent réduire le volume des fibromes et inhiber les saignements qui y sont associés. Des doses de 25 mg par jour induisent une aménorrhée, une anovulation et une diminution du volume des fibromes de plus de 50 %.
  • Traiter l'endométriose : La mifépristone pourrait diminuer les douleurs liées à l'endométriose, mais les résultats sont encore préliminaires. Une dose quotidienne de 50 mg semble efficace pour améliorer les symptômes et diminuer l'endométriose de 55 %, tandis qu'une dose plus faible (5 mg par jour pendant six mois) ne permet qu'un soulagement partiel des symptômes douloureux.
  • Contraception : Administrée à faible dose en continu, la mifépristone bloque l'ovulation sans empêcher le développement folliculaire, ce qui lui confère un potentiel contraceptif sans induire de déficit œstrogénique. Elle peut également être utilisée en contraception d'urgence.

B. Neuroprotection

La pilule abortive pourrait avoir un effet protecteur sur les cellules nerveuses et pourrait ainsi connaître de nouvelles applications dans le domaine des maladies du cerveau neurodégénératives. Des recherches ont montré que le RU 486 a une activité protectrice sur des cellules nerveuses.

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C. Cancer du sein

Des études ont montré que la mifépristone peut diminuer la prolifération des cellules tumorales mammaires et réduire les nodules sous-cutanés et les métastases ganglionnaires dans un modèle expérimental de greffes de tumeurs mammaires ductales. Chez les patientes porteuses de mutations des gènes BRCA1 et BRCA2, la mifépristone pourrait constituer une piste intéressante pour la chimio-prévention.

VII. Effets secondaires et précautions d'emploi

A. Effets secondaires courants

Les effets secondaires les plus courants de la mifépristone sont :

  • Métrorragies : Saignements prolongés, parfois abondants, jusqu'à 12 jours après la prise de mifépristone.
  • Douleurs abdominales : Induites par les contractions utérines.
  • Nausées et vomissements : Également induits par les prostaglandines.

B. Effets secondaires rares mais graves

  • Hémorragies sévères : Nécessitant un curetage hémostatique dans 0 à 1,4 % des cas.
  • Infections : De très rares cas de choc toxique et de choc septique graves ou fatals (causés par Clostridium sordellii ou Escherichia coli) ont été rapportés suite à une administration vaginale ou buccale non autorisée de comprimés de misoprostol.
  • Rupture utérine : Dans l'interruption de grossesse du 2ème trimestre ou l'induction du travail en cas de mort fœtale au 3ème trimestre, de rares cas de rupture utérine ont été rapportés après la prise de prostaglandines.
  • Accidents cardiovasculaires : Rares mais graves (infarctus du myocarde et/ou spasme des artères coronaires et hypotension sévère) ont été rapportés après l'utilisation d'un analogue de prostaglandines.

C. Précautions d'emploi

  • Détermination de l'âge gestationnel : L'âge gestationnel doit être déterminé à partir de l'interrogatoire et de l'examen clinique de la patiente.
  • Retrait du dispositif intra-utérin : Si la grossesse est survenue en présence d'un dispositif intra-utérin in situ, ce dispositif doit être retiré avant l'administration de mifépristone.
  • Surveillance médicale : Pendant la prise du médicament et pendant les trois heures qui suivent l'administration, la patiente doit en principe être sous surveillance au centre prescripteur afin de déceler les effets éventuellement aigus de l'administration de prostaglandines.
  • Visite de contrôle : Une visite de contrôle doit avoir lieu durant la période de 14 à 21 jours faisant suite à la prise de la mifépristone, pour vérifier qu'une expulsion complète a eu lieu et que les métrorragies ont cessé.
  • Information de la patiente : La patiente doit être informée de la possibilité de métrorragies, de la nécessité de contacter le centre médical en cas de problèmes et de la possibilité d'effets indésirables.

D. Contre-indications

La mifépristone est contre-indiquée dans certaines situations, notamment :

  • Grossesse extra-utérine non diagnostiquée.
  • Insuffisance surrénale chronique.
  • Allergie à la mifépristone ou aux prostaglandines.
  • Troubles de la coagulation.
  • Maladies cardiovasculaires sévères.
  • Asthme sévère non contrôlé par un traitement.

E. Interactions médicamenteuses

L'administration concomitante de mifépristone avec certains médicaments peut modifier son efficacité ou augmenter le risque d'effets secondaires. Il est donc important d'informer le médecin de tous les médicaments pris avant de commencer le traitement par mifépristone.

VIII. SPRMs (Selective Progesterone Receptor Modulators)

A. Définition

Les SPRMs sont une classe de molécules qui se lient aux récepteurs de la progestérone et peuvent avoir des effets agonistes, antagonistes ou mixtes, selon les tissus et les conditions. La mifépristone est le premier antagoniste des récepteurs de la progestérone à avoir été mis au point.

B. Mécanisme d'action

Les SPRMs agissent en se fixant sur les récepteurs de la progestérone, qui sont des récepteurs nucléaires. Ces récepteurs partagent une structure comportant trois domaines fonctionnels principaux et existent sous trois isoformes principales : PRA, PRB et PRC. La structure de PR est influencée par la nature du ligand avec lequel il interagit, et des cofacteurs associés aux récepteurs modulent l’activité transcriptionnelle des récepteurs nucléaires.

C. Applications potentielles

Outre la mifépristone, d'autres SPRMs sont en développement clinique pour diverses applications, notamment :

  • Traitement des fibromes utérins.
  • Traitement de l'endométriose.
  • Contraception.
  • Traitement des syndromes dépressifs.
  • Prévention du cancer du sein.

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