La péridurale est une technique d'anesthésie loco-régionale très répandue en France pour soulager la douleur pendant l'accouchement. Plus de 8 femmes sur 10 y ont recours lors d’un accouchement par voie naturelle. Bien qu'elle soit considérée comme une méthode efficace et sûre, il est essentiel de comprendre son fonctionnement, ses avantages, ses inconvénients et ses effets secondaires potentiels.
Qu'est-ce que la Péridurale ?
La péridurale est une technique d'anesthésie loco-régionale dont l’objectif est de bloquer la transmission de la douleur des contractions. Elle consiste à injecter un anesthésique local (éventuellement associé à un dérivé de la morphine) dans l’espace péridural, qui se situe entre les ligaments vertébraux et l’enveloppe nerveuse du canal rachidien, au contact des membranes qui entourent la moelle épinière, dans la partie la plus basse de la colonne vertébrale. L'injection se fait au moyen d’un tube de très petit diamètre, un cathéter, implanté entre deux vertèbres lombaires.
Contrairement à la rachianesthésie, où le produit est directement injecté au contact de la moelle épinière, la péridurale permet une analgésie plus progressive et ajustable. Elle permet de contrôler la douleur dans une zone précise du corps, sans modifier la conscience.
Comment se Déroule la Pose de la Péridurale ?
La pose de la péridurale est une étape souvent attendue et méconnue. Elle est pratiquée à la maternité par un médecin anesthésiste. En cours de grossesse, vous recevez les informations médicales sur la péridurale lors de la consultation d’anesthésie. Le médecin anesthésiste est disponible pour répondre à toutes vos questions.
La pose du cathéter de péridurale se fait en deux temps, quand le travail a commencé et avant que la dilatation du col soit trop avancée. Généralement, la péridurale peut être posée dès lors que le travail est correctement lancé, et même jusqu’à dilatation complète dans certains cas. En revanche, elle n’est plus possible lorsque l’accouchement est imminent. À l’inverse, certaines grossesses nécessitent la pose précoce d’une péridurale pour des raisons médicales de sécurité.
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- Préparation : Le médecin anesthésiste désinfecte la peau du bas du dos et injecte un anesthésique local pour insensibiliser la zone où sera inséré le cathéter. Pour que le médecin puisse avoir accès au point d’injection, la patiente doit s’assoir en faisant le dos rond ou se coucher en chien de fusil.
- Insertion du cathéter : Une aiguille est ensuite insérée délicatement dans l’espace péridural, entre deux vertèbres lombaires. Vous sentirez juste une pression au niveau du dos suivie d’une sorte de barre en bas du dos. Elle va permettre de placer le cathéter souple au niveau de la colonne vertébrale. L’aiguille est alors retirée, laissant le cathéter en place. Il est ensuite fixé et sa présence est alors quasiment imperceptible.
- Injection de l'anesthésique : Le médecin anesthésiste injecte ensuite l’anesthésique via le cathéter. En complément de la péridurale, une perfusion intraveineuse est mise en place afin de pouvoir administrer les divers médicaments nécessaires pendant l’accouchement.
Une fois la péridurale posée par le médecin anesthésiste, la ou les sages-femmes s’assurent que le bassin de la patiente est toujours plus bas que sa tête afin que le produit diffuse, et agisse, localement uniquement dans le bas de la colonne vertébrale. Après l’accouchement, le cathéter est retiré et le produit anesthésique n’a plus d’effet au bout d’une heure.
Avantages de la Péridurale
Si autant de femmes enceintes souhaitent accoucher avec péridurale, c’est sans aucun doute pour ses nombreux avantages :
- Soulagement de la douleur : L’avantage majeur d’une péridurale est de permettre à la future maman de vivre en pleine conscience son accouchement, sans douleur. La péridurale est reconnue comme la méthode d’analgésie du travail la plus efficace. Elle permet de supprimer efficacement les sensations douloureuses afin d’offrir un certain confort à la future maman.
- Sécurité : « La péridurale a aussi un côté sécuritaire, souligne le Dr Lemaitre, anesthésiste-réanimateur, et permet en cas d’imprévu d’effectuer rapidement certains gestes (césarienne, extraction instrumentale, révision utérine…) en évitant de recourir à une anesthésie générale, particulièrement à risque chez la parturiente. Pour certains accouchements qui nécessitent parfois d’intervenir vite, les médecins la recommandent. C’est le cas si votre bébé est en siège ou si vous avez un utérus cicatriciel, mais également si vous attendez des jumeaux.
- Préservation des facultés motrices : Le but est de soulager les douleurs des contractions utérines tout en préservant les facultés motrices. Ce qui est indispensable pour être active le moment venu quand il s’agira de pousser le bébé vers la sortie. On utilise de toutes petites concentrations afin d’agir uniquement sur les racines nerveuses les plus fines, celles où chemine la douleur.
- Adaptabilité : BONUS : si la douleur réapparaît, les mamans peuvent s’auto-administrer des petites doses complémentaires de produit grâce au système PCEA (analgésie péridurale contrôlée par le patient).
Inconvénients et Effets Secondaires Potentiels
Comme tout acte médical, la péridurale peut entraîner des effets secondaires passagers. Néanmoins, il serait aussi faux de dire que la péridurale est sans danger. Il est important de rappeler qu’en raison des risques que comporte tout geste d’anesthésie, un certain nombre d’éléments cliniques et biologiques doivent être vérifiés avant de commencer.
- Effets secondaires fréquents :
- Baisse de tension artérielle : L’anesthésique peut provoquer une chute de la tension artérielle, entraînant des étourdissements ou des nausées. C’est pourquoi une surveillance constante de la mère et du bébé est indispensable pendant la péridurale.
- Engourdissement des jambes :
- Difficultés à uriner : Sous péridurale, la sensation d’envie d’uriner disparait, et la vessie se remplit sans perception du besoin. Les muscles de la vessie peuvent être endormis par la péridurale et vous empêcher d’uriner.
- Démangeaisons :
- Tremblements :
- Maux de dos temporaires : Certaines femmes ressentent des douleurs ou une sensibilité au niveau du dos après l’injection. Ces douleurs disparaissent généralement en quelques jours, mais peuvent être inconfortables.
- Risques moins fréquents mais possibles :
- Céphalées post-péridurales : Dans de rares cas (1 à 2 % des poses de péridurale), une petite fuite de liquide céphalorachidien peut provoquer des céphalées sévères après l’accouchement, appelées « maux de tête post-ponction ». Elles nécessitent un suivi médical et parfois une intervention spécifique pour les soulager (blood patch). Le meilleur conseil pour éviter les maux de tête est d’essayer d’être le plus immobile et calme au moment de la pose du cathéter.
- Réactions allergiques : Les allergies aux anesthésiques locaux sont rares. Le risque est la survenue d’une manifestation allergique grave allant de la chute de tension aux difficultés respiratoires. Les allergies aux médicaments sont toujours possibles.
- Complications neurologiques : Les complications neurologiques, comme des engourdissements prolongés ou des picotements, sont exceptionnelles mais possibles, d’où l’importance de la surveillance et de la compétence de l’équipe médicale. La paralysie complète secondaire à une lésion de la moelle épinière lors d’une péridurale est rarissime. Les cas historiques étaient dus à la réalisation de péridurales chez des sujets ayant des troubles de la coagulation non connus. Depuis, un dépistage systématique est de rigueur avant toute anesthésie centrale.
- Infection au point d’entrée du cathéter : Liée à la piqûre. Extrêmement rareNécessite un suivi médical et un traitement antibiotique
- Inefficacité ou analgésie incomplète : L’un des principaux risques associés à la péridurale est que son effet analgésique ne fonctionne pas comme prévu. Chez certaines femmes, on observe un soulagement incomplet ou latéralisé (d’un seul côté du corps). Dans ce cas, des mesures comme l’administration d’une dose additionnelle de médicament ou le repositionnement du cathéter peuvent être envisagées. Selon le rapport de l’enquête périnatale de 2021, « 19,6% des femmes considèrent que la péridurale était « peu ou partiellement efficace » et 3,6% « totalement inefficace ».
- Bloc moteur : La pose d’une péridurale peut avoir un effet sur l’autonomie de mouvement de la femme enceinte. Or, la déambulation et la posture verticale permettent de réduire la durée du travail, de réduire le taux d’extractions instrumentales et de césarienne, de réduire le recours à l’ocytocine de synthèse. Bouger pendant l’enfantement rend les contractions plus efficaces. Pour éviter l’apparition d’un bloc moteur : on évite d’injecter une forte concentration d’analgésiques locaux (on peut prendre le temps de réfléchir avant de rappuyer sur la pompe) et on évite l'administration continue, qui même faiblement concentrée est plus à même de provoquer un bloc moteur.
La Péridurale Ralentit-elle le Travail ?
Côté obstétrical, la péridurale a longtemps eu mauvaise presse, accusée de ralentir le travail ou d’accroître le taux de césariennes. Bien que cette question fasse encore débat dans le milieu médical, la littérature scientifique tend à montrer que le recours à la péridurale est synonyme d’un accouchement plus long. Pour cause, cette technique d’anesthésie peut freiner la dilatation du col de l’utérus ainsi que la progression du bébé dans le bassin.
Un accouchement se compose de différentes étapes et implique la production de plusieurs hormones, comme l’ocytocine ou l’endorphine. La péridurale, aussi bien par la manière dont elle est mise en place que par son action sur le corps, vient chambouler cette harmonie.
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Avec les dosages employés aujourd’hui, les études ont montré le contraire. De même, elle n’a aucune influence néfaste sur le bébé. Quant aux complications très graves, elles sont rarissimes. Et comme le souligne le Dr Lemaitre, probablement inférieures au taux de complications qui pourraient survenir sans péridurale. Une fois en place, en cas d’urgence, les médecins peuvent intervenir rapidement.
Contre-indications à la Péridurale
Il existe certaines situations où la péridurale n’est pas recommandée, car le risque est supérieur au bénéfice potentiel. Il est important de rappeler qu’en raison des risques que comporte tout geste d’anesthésie, un certain nombre d’éléments cliniques et biologiques doivent être vérifiés avant de commencer. Ces contre-indications incluent :
- Troubles de la coagulation sanguine : La prise de médicaments tel que l’aspirine, les anti-vitamine K ou tout autre médicament fluidifiant le sang doit être signalée à votre médecin. Le risque est le même que celui des maladies de la coagulation.
- Infection sévère avec fièvre :
- Allergie avérée aux anesthésiques locaux :
- Infection cutanée à l’endroit de la piqûre : Certaines affections de la peau empêchent de trouver l’espace suffisant pour poser la péridurale, surtout en cas de surinfection des lésions. Le risque est de contaminer le système nerveux lorsque l’on traverse la peau jusqu’à l’espace péridural.
- Certaines rares pathologies neurologiques :
- Saignement important : Le saignement important et les infections bactériennes sévères sont des situations à risque d’hypotension artérielle. Le risque est que la péridurale majore l’hypotension.
- Maladies cardiaques : Ces maladies cardiaques sont pour la plupart connues des patientes, et celles-ci sont suivies par un spécialiste.
- Situations d'urgence nécessitant une césarienne immédiate : Ces situations sont rarissimes. Elles sont pour la plupart, la conséquence de désordres de la coagulation certains pouvant survenir brutalement. Ces situations font partie des indications à la césarienne sous anesthésie générale.Le risque est de devoir recourir à une anesthésie générale dans une situation d’instabilité due à l’hémorragie. Rarement, lorsque la tolérance fœtale ne permet plus d’attendre, l’obstétricien doit pouvoir réaliser une césarienne en extrême urgence pour extraire l’enfant afin que le pédiatre lui procure les soins nécessaires.
Néanmoins, il existe certaines situations particulières : antécédent de fracture du dos, scoliose, obésité… qui peuvent rendre la pose d’une péridurale plus compliquée, voire impossible. Mieux vaut faire le point avant le jour J. On recommande ainsi à toutes les mamans de voir l’anesthésiste en consultation au 8e mois. Après un interrogatoire et un examen clinique complet, le médecin vous prescrira une prise de sang pour vérifier que tout est OK.
Alternatives à la Péridurale
Bien que la péridurale soit une solution pharmacologique très efficace pour diminuer la douleur des contractions, il existe plusieurs possibilités pour agir contre la douleur pendant un accouchement. Elles reposent principalement sur la relaxation, l’acupuncture et la respiration profonde. Un certain nombre de ces méthodes sont abordées durant les séances de préparation à l’accouchement.
Accoucher sans péridurale implique de faire face à des sensations parfois intenses et déstabilisantes. L’accouchement naturel permet de vivre pleinement la naissance de son bébé, dans un cadre moins médicalisé, ce qui aide à suivre son instinct et gagner en confiance en soi.
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Lorsque la péridurale est contre-indiquée, les médecins peuvent opter pour une anesthésie générale. Enfin, l’usage du gaz hilarant, le protoxyde d’azote par exemple, peut être proposé.
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