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La péridurale et les opinions religieuses : examen des perspectives

Alors que la question de la dénatalité suscite des débats passionnés, il est essentiel de se pencher sur l’expérience concrète de la mise au monde et sur la douleur qui lui est inhérente. La douleur de l’accouchement, qu’elle soit redoutée, supprimée ou idéalisée, suscite des questions importantes. La philosophe Audrey Jougla, s’inspirant de sa propre expérience, examine les justifications de la douleur et propose une thèse originale : si certaines femmes sont prêtes à souffrir autant pour donner naissance, c’est peut-être parce que pour donner la vie, il faut d’abord vaincre la mort. Cet article vise à explorer les diverses opinions religieuses sur la péridurale, en tenant compte des points de vue chrétiens, musulmans et juifs.

La douleur de l’accouchement : une perspective historique et religieuse

La souffrance de l’accouchement est un thème récurrent dans de nombreux textes religieux. La Genèse, par exemple, présente la douleur comme une conséquence du péché originel, Dieu déclarant à la femme : « Je multiplierai tes souffrances, et spécialement celles de ta grossesse ; tu enfanteras des fils dans la douleur » (Genèse 3:16). Pendant longtemps, ce châtiment divin a servi à expliquer et même à justifier la souffrance de l’accouchement, lui conférant ainsi un sens. De même, le Coran considère cette douleur comme un gage de respect envers la figure maternelle : « Nous avons recommandé à l’homme d’être bienveillant envers son père et sa mère. Sa mère le porte dans la douleur et le met au monde dans la douleur… » (Coran 46:15).

La douleur de l’accouchement est souvent décrite comme innommable, indescriptible et inimaginable, des adjectifs qui soulignent l’impossibilité de la qualifier. Cette douleur intense est pourtant une expérience commune, partagée par les femmes à travers l’histoire. Cependant, grâce à l’avènement de l’anesthésie péridurale dans de nombreux pays occidentaux depuis les années 1990, la douleur tant redoutée de l’accouchement est devenue optionnelle. La femme (la parturiente) peut désormais choisir de donner naissance en faisant ou non l’expérience de cette douleur.

Les raisons de choisir de souffrir : perspectives et témoignages

Le choix de souffrir pendant l’accouchement soulève des questions importantes. Pourquoi certaines femmes choisissent-elles de vivre cette expérience douloureuse, alors qu’il existe des moyens de l’atténuer ? Qu’a-t-on à apprendre en faisant cette expérience, presque initiatique ?

Une première raison réside dans l’utilité de la douleur, terme que Julie Bonapace, qui a popularisé la méthode de préparation qui porte son nom, préfère remplacer par « sensations », lesquelles ont une raison d’être. Ces sensations guident la femme pendant le travail, l’aidant à adopter les positions appropriées et à pousser efficacement.

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De nombreux témoignages de femmes ayant accouché sans péridurale mettent en avant la sensation d’accomplissement et de connexion avec leur corps et leur bébé. Elles décrivent une expérience intense et spirituelle, où elles ont pu sentir leur bébé naître et participer activement à sa venue au monde.

Cependant, il est important de noter que plus de 50 % des femmes qui désiraient accoucher naturellement changent d’avis et décident d’avoir recours à la péridurale lors de l’accouchement. Les raisons de ce changement sont variées : douleur insupportable, stagnation du travail, angoisse, ou encore complications médicales.

Voici quelques témoignages de femmes ayant changé d’avis concernant la péridurale :

  • Aurélia : « La douleur m’a faite vriller. »
  • Ornella : « Pour mon premier accouchement je ne voulais pas de péridurale mais j’ai vite changé d’avis à l’hôpital quand les contractions se sont intensifiées. »
  • Alizé : « Je ne la voulais pas… Je m’étais préparée dans ce sens et vraiment renseignée… Mon angoisse de la péridurale était que ça retarde le travail et de ne pas sentir la poussée, et au final ça a été tout l’inverse ! J’étais un peu triste après coup de ne pas avoir tenu mon projet initial et en même temps sur le coup zéro regret j’étais en accord avec ma décision. »
  • Emma : « Je voulais un accouchement physiologique, sans péridurale… C’est au moment où j’ai eu LA contraction de trop, celle qui m’a donné envie de vomir et presque fait tomber dans les vapes que j’ai enfin demandé la péridurale… Et là miracle : alors que mon col stagnait à 2cm depuis plus de 6 heures il s’est dilaté jusqu’à 10 cm en seulement 2 heures ! »

Ces témoignages soulignent l’importance de ne pas s’enfermer dans un schéma d’accouchement idéal et d’être prêt à s’adapter aux circonstances.

Opinions religieuses sur la péridurale

Les opinions religieuses sur la péridurale sont variées et nuancées. Certaines religions mettent l’accent sur la souffrance comme un élément intrinsèque de l’accouchement, tandis que d’autres mettent en avant le bien-être de la mère et de l’enfant.

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Christianisme

Dans le christianisme, la douleur de l’accouchement est souvent associée au péché originel, comme mentionné précédemment. Cependant, l’interprétation de ce passage biblique varie. Certains chrétiens considèrent que la douleur est une épreuve à accepter, tandis que d’autres estiment qu’il est légitime de chercher à la soulager.

Antoine Spire, coauteur du livre « Dieu aime-t-il les malades ? », explique comment le dolorisme chrétien, l’exaltation de la douleur pour se rapprocher du Christ, influence encore la prise en charge de la souffrance des malades. Il met en contraste le Jésus Christ guérisseur à Mère Teresa et sa vision de la souffrance.

Malgré cette influence, l’Église catholique ne condamne pas explicitement la péridurale. La décision de recourir ou non à cette anesthésie relève du choix personnel de la femme.

Islam

Dans l’islam, il n’existe pas de texte interdisant explicitement la péridurale. Au contraire, la jurisprudence islamique stipule que « les choses sont licites jusqu’à ce qu’une preuve dise le contraire ». De plus, la souffrance de la femme au moment de l’accouchement n’est pas considérée comme une obligation religieuse.

Certains hommes musulmans peuvent refuser catégoriquement à leur femme d’utiliser la péridurale, invoquant des raisons religieuses ou culturelles. Cependant, cette pratique est controversée et ne reflète pas l’opinion majoritaire des musulmans.

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Des experts en jurisprudence islamique soulignent que la souffrance n’est pas liée qu’à l’accouchement, mais à toute la grossesse et l’allaitement. Ils rappellent également que Dieu n’impose à aucune âme une charge supérieure à sa capacité.

Le cas où l’utilisation de la péridurale peut être interdite est lorsque son utilisation menace la santé de la maman ou du bébé, et dans ce cas, il faut se fier à un médecin de confiance.

Judaïsme

Dans le judaïsme, il n’y a aucune objection selon la halakha (loi juive) à prendre une péridurale pour soulager la femme qui accouche. Bien que le livre de Béréchit (la Genèse) mentionne que les femmes accoucheront dans la douleur, ce verset n’est pas considéré comme une mitsva (commandement) ou une obligation à observer. C’est une malédiction, et même avec une péridurale, un accouchement n’est pas une partie de plaisir.

Le Rav Burstein, directeur de l’Institut Pouah, répond avec humour aux femmes qui lui posent cette question : « Même si vous ne ressentez aucune souffrance durant l’accouchement, vous vous acquittez de “l’obligation” par la douleur de la piqûre ».

La péridurale : aspects médicaux et controverses

La péridurale est une anesthésie régionale du bassin par injection locale dans la racine des nerfs de l’espace péridural en passant entre deux vertèbres. Elle est surtout pratiquée au cours de l’accouchement pour neutraliser les douleurs des contractions.

La péridurale est en général conseillée pour les accouchements difficiles et longs qui ont été déclenchés par une stimulation artificielle. Dans ce genre d’accouchement, l’accouchée doit rester allongée et est constamment reliée au moniteur pour surveiller l’influence du phytocine (hormone synthétique stimulant l’accouchement comme le fait l’ocytocine naturelle) sur le pouls du bébé. Un accouchement déclenché par stimulation artificielle a toutes les chances de se prolonger de longues heures, et la lenteur de la progression est parfois désespérante.

Malgré ses avantages, la péridurale suscite des controverses. Certaines femmes craignent les effets secondaires possibles, tels que les maux de tête, les douleurs lombaires, ou encore la paralysie temporaire. Des études ont également suggéré que la péridurale pourrait augmenter le risque d’accouchement par césarienne ou avec la pompe aspirante.

Il est important de noter que ces risques sont relativement faibles et que la péridurale est généralement considérée comme une méthode sûre et efficace pour soulager la douleur de l’accouchement.

Alternatives à la péridurale : vers une approche plus naturelle

Face à la médicalisation croissante des accouchements et aux controverses entourant la péridurale, de nombreuses femmes recherchent des alternatives plus naturelles.

Les maisons de naissance, structures gérées par des sages-femmes, offrent un compromis entre l’accouchement à domicile et l’accouchement à l’hôpital. Elles mettent l’accent sur le respect du rythme naturel de la femme et du bébé, tout en assurant la sécurité médicale nécessaire.

D’autres méthodes non médicamenteuses peuvent également être utilisées pour soulager la douleur de l’accouchement, telles que :

  • La méthode Bonapace, qui met l’accent sur la préparation physique et psychologique à l’accouchement.
  • La respiration et la relaxation.
  • L’utilisation de la chaleur et du froid.
  • Le massage.
  • L’acupuncture.
  • L’hypnose.

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