L'objectif de chaque éleveur est d'obtenir un veau par vache chaque année. Cependant, l'anoestrus non physiologique peut devenir un obstacle majeur à cet objectif. L'anoestrus vrai et le suboestrus sont principalement à l'origine des problèmes liés à l'intervalle vêlage. Il est essentiel de comprendre les causes et les mécanismes de ces troubles pour mieux les gérer et optimiser la reproduction du troupeau.
Anoestrus : Définition et Prévalence
L'anoestrus est un état caractérisé par l'absence de cyclicité et donc l'absence de chaleurs. Il est fréquemment observé après la mise-bas pendant une période plus ou moins longue selon la race et l'état physiologique. L’examen de l’appareil génital permet de mettre en évidence des ovaires lisses.
Si le phénomène d'anoestrus vrai est rare chez la vache laitière, il est très fréquent chez la vache allaitante. Ainsi, en race à viande, à 70 jours post-partum lors du vêlage, seulement 25 à 30% des vaches allaitantes vont ovuler au premier follicule dominant. C'est pourquoi on observe une forte proportion de vaches allaitantes en anoestrus. Le stimulus de l'allaitement, parfois associé à un mauvais état corporel, abaisse la fréquence des décharges de LH (hormone lutéinisante responsable de la maturation finale du follicule et de l'ovulation).
Suboestrus : Chaleurs Silencieuses et Infertilité
Le suboestrus est un état qui caractérise les chaleurs dites silencieuses. Le comportement d'oestrus est absent alors que l'animal est cyclé. Chez la vache laitière, lorsque les chaleurs n'ont pas été observées 60 jours après le vêlage, la vache présente une activité ovarienne cyclique dans 80% des cas (aucune anormalité du système reproducteur n'est observée et le corps jaune est présent dans un des ovaires). On parle alors de suboestrus. C'est une des causes les plus fréquentes d'infécondité dans les troupeaux laitiers à forte productivité. Un comportement de chaleurs silencieuses est couramment observé avant la première ovulation post-partum et arrive dans plus de 50% des cas. L'hypothalamus ne répond pas à l'augmentation du taux d’œstrogènes proche de l'ovulation. Après la première ovulation, les observations insuffisantes des chaleurs et il existe une corrélation négative entre la quantité de lait produite et la période au cours de laquelle les vaches montrent des comportements de chaleurs.
Facteurs de Risque et Causes de l'Anoestrus et du Suboestrus
Plusieurs facteurs peuvent contribuer à l'apparition de l'anoestrus et du suboestrus chez les bovins.
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État Corporel et Bilan Énergétique
Chez les vaches laitières en état corporel insuffisant lors du vêlage, l'ovulation du follicule est compromise. Un fort déficit énergétique dans les semaines suivant le vêlage peut également entraîner un anoestrus.
Alimentation et Nutrition
Un apport optimal d’énergie, d’oligo-éléments et de vitamines aux vaches est crucial, même avant le vêlage, car un follicule a besoin de 60 jours pour se développer. Un mauvais apport en nutriments avant le vêlage est déjà préjudiciable aux follicules en cours de maturation. La maturation des follicules nécessite un niveau élevé de glucose et une quantité suffisante de phosphore, qui est nécessaire au transfert d’énergie. Pendant la phase de transition, il est donc important de maintenir le déficit énergétique le plus bas possible. Dans cette phase, les animaux ont tendance à faire fondre les graisses du corps. Cette dégradation des graisses conduit à la formation de corps cétoniques, et finalement à la cétose et, dans le pire des cas, à la stéatose hépatique.
En cas de résultats de reproduction en berne, il faut faire le point sur ses rations prépa vêlage et début lactation et le respect de transitions de 3 semaines. Un bon indicateur d’apports énergétiques suffisants est l’état corporel. Au vêlage, une vache devrait avoir une note d’état corporel entre 2,5 et 3,5. Entre le tarissement et le début de lactation, elle ne doit pas perdre plus de 0,5 point de note d’état corporel, maximum 1 point pour les plus fortes productrices.
Maladies et Infections
Une métrite, à l'origine d'une mortalité embryonnaire tardive, peut mener à la persistance d'un corps jaune empêchant une cyclicité. Différentes maladies infectieuses peuvent, par ailleurs, occasionner d’importants problèmes de reproduction : fièvre Q, chlamydiose, BVD, néosporose, listériose, leptospirose, IBR.
Stress et Conditions d'Élevage
Le stress peut perturber la reproduction. Il peut avoir plusieurs sources : compétition pour l’accès à l’auge et à l’eau, conditions climatiques… Dès que la température dépasse les 25°C, les vaches souffrent de stress thermique, qui entraîne une baisse de l’ingestion, une moindre expression des chaleurs et une hausse de la mortalité embryonnaire. Un épisode caniculaire peut avoir un impact jusque 100 jours après.
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Les boiteries peuvent avoir un impact sur la fertilité. Déjà parce qu’une vache qui a mal aux pieds exprimera moins de comportement spécifique lors de ses chaleurs. Ensuite, parce que le statut inflammatoire et le stress ont un impact sur les hormones de la reproduction, avec une augmentation du risque de kystes ovariens et de perturbation de la croissance folliculaire.
Facteurs Individuels
Aux conditions extérieures s’ajoutent, bien sûr, des facteurs individuels. Une note d’état corporel inférieure à 2,5, un vêlage difficile, une non-délivrance ou une métrite compliquent la remise à la reproduction.
Corps Jaune : Rôle et Anomalies
Le corps jaune est un organite formé suite à l'ovulation du follicule dominant. Sa paroi épaisse se compose de cellules lutéales sécrétant la progestérone. Il est le signe de l'activité cyclique et est maintenu en cas de gestation.
Corps Jaune Kystique
Une échographie permet de déterminer si le kyste est folliculaire ou lutéinisé. Beaucoup de spécialistes ne considèrent pas les corps jaunes kystiques comme un état pathologique mais le définissent dans la plupart des cas comme un corps jaune (CJ) renfermant une grande cavité (observation commune chez la plupart des CJ au début de la période de chaleurs).
Persistance du Corps Jaune
Une métrite, à l'origine d'une mortalité embryonnaire tardive, peut mener à la persistance d'un corps jaune empêchant une cyclicité.
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Kystes Ovariens : Types, Causes et Diagnostic
Les kystes ovariens sont une cause fréquente d'infertilité chez les vaches. Les vaches atteintes de kystes sont des animaux à problèmes. Le nombre d’abattages dus à des problèmes de fertilité est également en augmentation. La situation devient critique lorsque les kystes ovariens se propagent non pas à des animaux individuels mais à l’ensemble du troupeau. Les kystes apparaissent une fois ou plus fréquemment chez environ 10 % des vaches laitières. Cependant, des valeurs allant jusqu’à 40% de charge en kystes dans le troupeau sont également mentionnées dans la pratique.
Formation et Causes des Kystes
Les kystes ovariens se forment généralement chez les vaches dont le bilan énergétique est négatif et se présentent sous la forme de grosses vessies à œufs. Ils produisent des hormones de blocage comme « protection » contre une autre grossesse, qui empêchent un autre cycle.
Outre un bilan énergétique négatif, il existe un certain nombre d’autres facteurs de risque qui favorisent le développement de kystes, notamment l’alimentation, l’élevage et la génétique. En définitive, la principale cause des kystes est une réponse hormonale défectueuse de l’ovaire au cerveau. Les hormones progestérone et LH (hormone lutéinisante) sont ici cruciales. En cas de déséquilibre de ces hormones, l’ovulation normale est empêchée et le follicule se transforme en kyste. Les animaux en déficit énergétique ne produisent souvent qu’un tiers de la quantité normale de LH, ce qui peut être trop peu pour une ovulation normale. Un taux de LH trop élevé peut également entraîner des kystes. Non seulement la LH mais aussi la progestérone jouent souvent un rôle décisif dans la formation des kystes.
Types de Kystes Ovariens
Tous les kystes ne sont pas les mêmes. Il existe deux principaux types de kystes ovariens :
- Kystes folliculaires de la thèque : Ce sont de grandes structures à paroi mince sur les ovaires. Ils se développent à partir de follicules d’ovules qui ne se rompent pas et ne régressent pas. Dans ce type de kyste, le taux de progestérone dans le lait et le sang est faible. De nombreuses vaches touchées présentent des symptômes d’œstrus (nymphomanie) et leurs lèvres sont hypertrophiées, avec un écoulement trouble s’écoulant souvent du vagin. La formation d’une queue creuse et des ligaments enfoncés sont également typiques. Il y a souvent plusieurs kystes folliculaires sur les ovaires, qui peuvent être très gros.
- Kystes de lutéine : Ils ont une paroi épaisse et ne se présentent que sous la forme d’une structure unique sur l’ovaire. Ils se développent lorsque le corps jaune ne régresse pas. Dans le sang ou le lait de ces vaches, la concentration de progestérone est élevée.
Diagnostic des Kystes Ovariens
Lors d'un suivi repro, il est utile d’examiner les vaches ayant vêlé dans les trois à six semaines précédentes, et toutes celles qui ne reviennent pas en chaleur ou qui ne remplissent pas. L’identification des vaches en chaleur est la première étape de la reproduction. Différentes situations peuvent expliquer qu’on n’ait pas détecté une vache en chaleur : chaleurs courtes ou silencieuses, pas de reprise de cycle après la mise bas, corps jaune persistant ou kystes ovariens qui perturbent l’ovulation. Il faut alors vérifier son appareil reproductif. L’éleveur a aussi pu passer à côté de chaleurs par manque de temps. Différentes solutions de monitoring peuvent l’aider à identifier plus facilement les vaches à surveiller.
Stratégies de Gestion et de Traitement
Une reproduction maîtrisée est l’une des clés de la performance technico-économique. Mais quand les résultats se dégradent, par quel bout prendre le problème, tant il y a de paramètres qui influent sur la reproduction ? Il faut prendre le temps de faire le point, étape par étape, sur son troupeau en regardant les différents points qui peuvent perturber la reproduction.
Amélioration de la Détection des Chaleurs
Pour être sûr de les repérer, il faut observer attentivement ses vaches trois fois par jour. Les conditions d’hébergement ont aussi leur importance. Un sol glissant, par exemple, n’est pas favorable à l’expression des chaleurs. Différentes solutions de monitoring peuvent aider à identifier plus facilement les vaches à surveiller.
Optimisation de l'Alimentation et de la Nutrition
Il faut veiller à ce que l’état corporel des animaux soit régulièrement contrôlé. Il faut continuer à prendre des précautions contre les maladies de cétose.
En cas de déficit énergétique important, par exemple en début de lactation, une vache peut ne pas reprendre d’activité ovarienne. Même si elle est cyclée, le déficit énergétique a un impact négatif sur la qualité folliculaire.
Gestion du Stress et Amélioration des Conditions d'Élevage
Il est important de minimiser le stress des animaux. Dès que la température dépasse les 25°C, les vaches souffrent de stress thermique, qui entraîne une baisse de l’ingestion, une moindre expression des chaleurs et une hausse de la mortalité embryonnaire.
Il faut s'assurer que le nombre de places à l’auge est suffisant. Une compétition pour l’accès pourra entrainer une ingestion trop rapide, avec moins de salivation, donc plus de risque d’acidose. Le manque d’eau ou les températures élevées réduisent aussi l’ingestion.
Traitements Hormonaux
La GnRH permet de relancer la croissance de follicules. Il est possible de coupler son utilisation avec un dispositif vaginal ou un implant auriculaire de progestagènes. Parfois, à la palpation, il est possible de faire « exploser » un kyste. Le traitement est alors fait. Mais parfois, le kyste est trop dur. Il faut alors passer par un protocole hormonal, souvent une GnRH à forte dose. Cela va permettre la maturation du kyste, sa disparition, et va relancer une nouvelle vague de croissance folliculaire.
Pour aider l’éleveur, il est possible de « casser » le cycle avec l’administration d’une prostaglandine. Cette hormone fera disparaître le corps jaune et, en principe, revenir la vache en chaleur dans les 48-72 heures.
Utilisation de Médicaments Lutéolytiques
Le dinoprost (sous forme de trométamol) possède une activité lutéolytique. II provoque l'involution du corps jaune chez la plupart des mammifères et induit l'apparition de l'œstrus et de l'ovulation chez les femelles ayant une activité sexuelle cyclique.
Le médicament est préconisé pour ses effets lutéolytiques chez les bovins et porcins. L'effet lutéolytique du médicament vétérinaire peut être mis en application dans les cas suivants :
- Synchronisation de l'œstrus.
- Traitement du sub-œstrus ou des « chaleurs silencieuses » des vaches qui ont un corps jaune fonctionnel mais qui ne manifestent pas de chaleurs.
- Induction de l'avortement, jusqu'au 120ième jour de gestation.
- Induction de la parturition.
- Aide au traitement des métrites chroniques ou des pyomètres dans le cas où il y a un corps jaune fonctionnel ou persistant.
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