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Paternité Non Désirée et Famille Recomposée : Conséquences sur les Temps Familiaux et l'Enfant

Introduction

La famille contemporaine, perçue comme un lieu d'épanouissement personnel, éprouve des difficultés face aux sentiments d'échec et de frustration. La création de "ses propres" conditions familiales est devenue une norme, conduisant parfois à privilégier une nouvelle union plutôt qu'une situation insatisfaisante. Ainsi, les recompositions familiales sont de plus en plus fréquentes, interrogeant les dynamiques temporelles et les liens de parenté. Cet article explore les conséquences de la paternité non désirée dans le contexte des familles recomposées, en mettant en lumière les défis temporels, les enjeux psychologiques et les répercussions sur l'enfant.

Les Familles Recomposées : Une Question de Temps

Les familles recomposées nous incitent à repenser l'institution familiale en termes de parcours et de trajectoires, plutôt que de la considérer à un instant précis sans tenir compte de la profondeur temporelle. Elles mettent en évidence l'articulation complexe entre le passé ("mémoriel"), le présent ("expérientiel") et le futur ("projeté"), soulignant le rôle fondamental du temps dans la construction de la parenté.

L'absence d'un passé partagé est souvent pointée du doigt, contribuant à une "institutionnalisation incomplète" de ces familles. Les enjeux temporels sont d'autant plus cruciaux que la parenté est un processus évoluant dans le temps, définissant une forme de parenté où les dimensions biologique, sociale et quotidienne peuvent être incarnées par des figures parentales distinctes.

Dans ce contexte, la naissance d'un enfant commun au sein du nouveau couple peut réécrire l'histoire familiale, révélant une volonté de recommencement. Cependant, elle confronte également les protagonistes à la désynchronisation de leurs calendriers conjugaux et parentaux, créant une expérience atypique du temps familial.

La Naissance d'un Enfant Commun : Un Recommencement Éprouvant

La naissance d'un enfant commun met à l'épreuve les cadres temporels de la recomposition, qu'ils soient mémoriels, projetés, expérientiels ou normatifs. Si elle ouvre la voie à un recommencement et à une "normalisation" du cycle familial, elle confronte aussi les protagonistes de la recomposition à la désynchronisation de leurs calendriers conjugaux et parentaux, et à une expérience atypique du temps familial.

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Le temps de la grossesse est porteur d'enjeux mémoriels et affectifs forts, que les futurs parents investissent pour faire converger la constellation familiale vers l'enfant à venir. De plus, ce bébé inscrit les protagonistes de la famille recomposée dans l'intemporel et l'immuable du biologique, les reliant par un lien de sang initialement absent.

Cependant, cette naissance rappelle également la désynchronisation des passés familiaux des deux membres du couple, ce qui peut peser dans les négociations quant à la décision d'avoir cet enfant commun. Elle confronte également les acteurs de la recomposition familiale à la spécificité de leurs cadres temporels.

Les récits révèlent une réappréciation des échelles de temps à un double niveau. D'une part, le cycle de vie familiale s'avère inhabituel, puisque les étapes classiques de la fondation d'une famille se brouillent et se télescopent. Une perception du temps accéléré est alors récurrente, laissant entrevoir l'idée d'une possible "bonne" temporalité de recomposition. D'autre part, la recomposition familiale se soldant par une naissance questionne le temps quotidien que les acteurs de la recomposition partagent à différentes échelles selon les allées et venues des enfants issus des précédentes unions. La naissance de l'enfant commun du couple fait office de rappel du caractère pointillé du temps partagé par les membres du foyer recomposé.

Paternité Non Désirée : Tensions et Conséquences

Le désir d'avoir un enfant, ou d'en avoir un de plus, est une question délicate qui touche de nombreux couples. Dans certains cas, ce désir n'est pas partagé, créant des tensions importantes au sein de la relation.

Les Enjeux Psychologiques pour les Deux Partenaires

Chez les hommes, le refus d’avoir un enfant ou un enfant supplémentaire peut être lié à des inquiétudes profondes :

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  • Liées à l’expérience de la paternité ou à des traumatismes familiaux, qui peuvent empêcher un homme de se projeter en tant que père.
  • Liées à l’idée de ne pas avoir assez de ressources financières pour élever un enfant “comme il faut”.
  • Liées à l’idée de manquer d’énergie et de capacité émotionnelle pour accueillir un nouvel enfant.

Les femmes, quant à elles, peuvent être confrontées à :

  • Un dilemme interne, tiraillées entre leur propre désir d’enfant et les attentes de leur partenaire.
  • Une grossesse imposée, non désirée, qui peut générer une forte colère et un sentiment de trahison.

Les Conséquences sur l'Enfant et le Couple

Lorsque la décision d’avoir un enfant est prise sans l’adhésion des deux partenaires, cela peut avoir des conséquences non seulement sur le couple, mais aussi sur l’enfant.

  • Être l’enfant que d’un seul des deux parents : Grandir avec la conscience de n’avoir été désiré que par un seul parent peut affecter profondément la construction de l’identité de l’enfant. Cette situation peut entraîner des questions douloureuses, comme « Est-ce que mon père ou ma mère m’aime ? », qui peuvent compliquer la relation parent-enfant et alimenter des doutes sur l’amour parental.
  • Être l’enfant-réparateur : Un enfant conçu après une crise conjugale ou comme un moyen de réparation après une infidélité peut aussi porter une lourde charge. Être un « enfant réparateur » peut créer des attentes inconscientes qui pèsent sur son développement psychologique.

L'Enfant Face à la Recomposition Familiale : Défis et Peurs

L'enfant au sein d'une famille recomposée peut vivre des difficultés d'adaptation, notamment lorsqu'il perçoit le nouveau conjoint comme un intrus. Il peut être convaincu que ce dernier a séparé le couple parental et brisé la famille.

La psychothérapeute de couples Violaine-Patricia Galbert explique qu'il est normal qu'un enfant essaie de séparer le couple dans une famille recomposée, car son souhait intime est de parvenir à remettre papa et maman ensemble. Cette détermination peut se traduire par un refus de céder du terrain à l'arrivant, considéré comme un rival.

L'hostilité de l'enfant peut également traduire sa peur d'un nouvel échec. Il peut s'engouffrer dans les failles qu'il perçoit chez les nouveaux amoureux et/ou dans leur relation beau-père enfant, accentuant ces failles pour tenter de prendre le pouvoir et d'expulser celui qui n'est pas son parent.

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Les femmes peuvent être plus vulnérables, car elles sont confrontées à des conflits de loyauté : concilier la "bonne" mère et la femme, avec la culpabilité d'imposer à leurs enfants un autre compagnon après leur avoir déjà fait vivre la séparation d'avec leur père.

Rituels, Souvenirs et "Premières Fois" : Créer du Lien dans la Recomposition

Les travaux pionniers sur la recomposition familiale ont souligné l'importance du temps partagé, en particulier celui de la prime enfance, dans le système relationnel s'instaurant dans le foyer recomposé. Cette période est décisive dans la rencontre entre un beau-parent et son bel enfant, et contribue à ce que le premier endosse le rôle d'un "second parent" auprès de l'enfant.

Le lien d'affection et la prise en charge des tâches parentales "ordinaires" par le beau-parent ont plus de chances de se réaliser lorsque la recomposition est précoce que lorsqu'elle intervient alors que l'enfant est déjà plus âgé.

La rencontre précoce entre le beau-parent et son bel-enfant offre un cadre propice à l'instauration de rituels familiaux. La dimension symbolique d'habitudes du quotidien est d'autant plus importante que l'enjeu est de créer une nouvelle histoire. Les rituels quotidiens, porteurs d'affects forts, sont provoqués délibérément et pensés comme fondateurs de lien.

Les "premières fois" en famille recomposée sont également des moments particulièrement investis et préservés dans l'histoire familiale nouvellement écrite, d'autant plus qu'elles peuvent prendre appui sur des objets. Les premiers cadeaux deviennent porteurs d'une mémoire.

L'Adoption de l'Enfant du Conjoint : Une Solution Complexe

L'adoption de l'enfant du conjoint est une voie royale pour la création de liens entre le nouveau conjoint et ses beaux-enfants. Elle est souvent perçue comme une solution pour "légaliser" une situation de pur fait et pour donner une forme juridique à une relation sociale quasi-filiale déjà créée.

L'Adoption Plénière : Une Rupture des Liens du Sang ?

L'adoption plénière de l'enfant du conjoint n'est autorisée que dans des cas limitativement énumérés par le Code civil, notamment lorsque l'enfant n'a de filiation établie qu'à l'égard de ce conjoint, lorsque l'autre parent s'est vu retirer totalement l'autorité parentale, ou lorsque cet autre parent est décédé et n'a pas laissé d'ascendants au premier degré.

Cette forme d'adoption entraîne une rupture des liens avec la famille d'origine, ce qui peut être problématique si l'enfant a des relations avec ses grands-parents ou d'autres membres de sa famille biologique.

L'Adoption Simple : Un Maintien des Liens d'Origine

L'adoption simple permet de laisser subsister les liens entre l'enfant et sa famille d'origine. L'enfant adopté simple reste dans sa famille d'origine et y conserve tous ses droits, tout en acquérant les droits d'un enfant légitime dans sa nouvelle famille.

Cette forme d'adoption est souvent considérée comme la plus adaptée aux familles recomposées, car elle permet de reconnaître le rôle du beau-parent sans pour autant effacer l'histoire de l'enfant.

L'Autorité Parentale dans les Familles Recomposées

La loi du 4 mars 2002 a assoupli les règles de la délégation de l'autorité parentale, permettant ainsi au conjoint, concubin ou partenaire pacsé du père ou de la mère de l'enfant de participer à son éducation.

Les possibilités en matière d'exercice en commun de l'autorité parentale ont également été renforcées, permettant à l'adoptant d'exercer l'autorité parentale concurremment avec son conjoint.

Les Défis de la Fonction Paternelle dans les Familles Recomposées

La clinique contemporaine du couple et de la famille interroge les réponses des psys qui ont tout intérêt à revisiter les fondements théoriques de leur pratique s’ils veulent éviter de tomber dans les panneaux idéologiques ou militants comme on l’a vu dans les débats français sur le mariage pour tous. Dans le domaine du couple et de la famille, les temps ont changé, nous ne sommes plus dans le même contexte social, culturel et économique qu’au moment de la naissance de la psychanalyse et de la plupart des sciences humaines et sociales. Ainsi, le remplacement de l’autorité paternelle par l’autorité parentale conjointe, la disjonction du sexuel et de la parenté, l’apparition de nouvelles manières de faire couple et de devenir parents, une certaine redistribution des rôles entre les femmes et les hommes, constituent une nouvelle donne pour l’advenue des sujets et la construction des liens (Castellan-Meunier C., 2002). Rien ne permet à priori d’évaluer si ces changements ont des effets structurants et facilitateurs de la construction subjective et du lien social, ou des effets pathologiques et destructeurs, ce que peuvent laisser entendre certains discours nostalgiques dénonçant l’évanescence des formes traditionnelles de l’autorité et des garants symboliques, en particulier en ce qui concerne la place et la fonction du père qui ne peut plus appuyer sa légitimité sur un patriarcat remis en cause et en déclin. Ce déclin ne porte pas tant sur la fonction du Père que sur son image dogmatique (Tort M., 2005) qui justifiait toutes les dominations et abus d’autorité producteurs de névroses. La Loi dite du Père dans la théorisation lacanienne y était confondue avec la loi d’un père devenu maître ou tyran2 alors que Lacan lui-même n’a cessé d’alerter ses auditeurs de façon prémonitoire pour notre temps sur les effets ravageant des figures paternelles se posant « en pilier de la foi ou en parangon de l’intégrité et de la dévotion ». L’évanescence de ce modèle patriarcal dans une société plus matriarcale nous oblige à renouveler l’approche de cette fonction et de la place des pères concrets dans la variation des configurations familiales.

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