Introduction
Le concept d’institution totale, tel que défini par Erving Goffman, continue de susciter un intérêt et un questionnement importants dans les sciences sociales. Cet article se propose d'explorer les évolutions et les usages contemporains de ce concept, en tenant compte des mutations qu'a connues la société et des critiques dont il a fait l'objet. En s'appuyant sur des recherches récentes et des analyses théoriques, nous examinerons comment le concept d'institution totale est mobilisé pour comprendre les dynamiques sociales à l'œuvre dans divers contextes, allant des prisons aux hôpitaux psychiatriques, en passant par les maisons de retraite et les institutions militaires.
Le Concept d’Institution Totale d’Erving Goffman
Erving Goffman, à la suite d’un terrain en hôpital psychiatrique au milieu des années 1950, définit une institution totale comme « un lieu de résidence et de travail où un grand nombre d’individus, placés dans la même situation, coupés du monde extérieur pour une période relativement longue, mènent ensemble une vie recluse dont les modalités sont explicitement et minutieusement réglées. Les prisons constituent un bon exemple de ce type d’institutions mais nombre de leurs traits caractéristiques se retrouvent dans les collectivités dont les membres n’ont pas contrevenu aux lois. » (Goffman, 1968 (1961), p. 41).
La fortune de ce concept a notamment permis d’affiner la compréhension sociologique des lieux d’enfermement en encourageant leur appréhension par l’ethnographie. Cependant, cette popularité pourrait avoir pour revers une relative banalisation qui en a réduit la portée et la créativité heuristique.
Mutations et Décloisonnement des Institutions Totales
On assiste aujourd’hui, au sein des institutions d’enfermement, à un certain nombre de changements : un mouvement amorcé de désenclavement au cours des dernières années, la multiplication des moyens de communication et une plus grande implication, voire participation, des individus pris en charge par les institutions totales à la définition des modalités de leur parcours.
Ces évolutions ont conduit à un questionnement dense et fécond du concept d’institution totale, dans le cadre de colloques et de groupes de recherche. Ces travaux multiples proposent une lecture renouvelée du concept d’institution totale, au regard des mutations qu’a connues par la société occidentale dans les dernières décennies, notamment dans le domaine juridique, de plus en plus protecteur des droits de la personne.
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Institution Totale et Institution Disciplinaire : Points Communs et Divergences
Il est pertinent de comparer le concept d’institution totale avec celui d’« institution disciplinaire » analysée par Michel Foucault. L’institution disciplinaire présente des caractéristiques communes avec l’institution totale d’Erving Goffman (vie recluse ; dispositifs de pouvoir et de mise en conformité des comportements individuels au règlement et aux normes d’un cadre collectif, reposant sur des processus de rationalisation, des moyens de surveillance et de contrôle visant à réduire la liberté des acteurs et à accroître leur obéissance ; façonnage des esprits par le dressage des corps, etc.).
Cependant, il est important de noter les différences entre ces deux concepts. L’institution totale se caractérise par une coupure radicale avec le monde extérieur, tandis que l’institution disciplinaire est davantage intégrée dans la société et vise à normaliser les comportements.
Circulations, Frontières et Perspectives Comparatistes des Institutions Totales
Une attention particulière doit être portée à la question des circulations entre institutions dites totales, leurs frontières, et/ou se placer dans une perspective comparatiste desdites institutions. Les propositions pourront en outre interroger les évolutions des institutions totales, notamment à l’aune de leur « détotalisation ».
Il pourra ainsi s’agir d’analyser les modalités de « décloisonnement » des établissements pénitentiaires, de la désinstitutionnalisation dans les domaines de la santé mentale et du handicap ou encore des transformations des maisons de retraite et du développement d’alternatives à l’institutionnalisation des personnes âgées (maintien à domicile, émergence de lieux de vie communautaires autonomes etc.).
Institutions Totales et Société : Miroirs et Distorsions
Plus profondément, on pourra se demander ce que ces évolutions ou transformations des institutions totales disent de notre société et des changements qui s’y opèrent, de la « gouvernementalité » actuelle et des attentes de nos contemporain.e.s, étant entendu que lesdites institutions fonctionnent tout à la fois comme des organisations reposant sur des principes de séparation / différenciation vis-à-vis du reste du monde, et des miroirs (fussent-ils inversés) de ce monde dont elles prétendent se mettre à l’écart.
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Par exemple, qu’est-ce que l’étude des règlements intérieurs et autres mécanismes de régulation spécifiques des institutions totales peut révéler des lois communes d’une société ? En effet, si les sociétés modernes n’ont sans doute pas “inventé” l’institution totale, ainsi que le prouve l’existence fort ancienne des monastères, elles semblent cependant en avoir démultiplié le nombre et les formes.
Enquêter en Milieu Clos : Défis et Méthodologies
Les propositions engagées dans cet axe pourront, en premier lieu, analyser les modalités d’entrée et d’enquête au sein de terrains supposés clos, fermés, en somme potentiellement difficiles d’accès. Comment l’ethnographe aborde-t-il l’institution et la relation enquêté.e.s-enquêteur.trice.s ? Comment la recherche se développe-t-elle ? Globalement, quels sont les effets d’une institution totale sur la recherche, quels sont les appuis théoriques et méthodologiques mobilisés, quelles sont les démarches ethnographiques adoptées ?
Concernant le déroulé et les coulisses de l’enquête en elle-même, il sera par exemple possible d’examiner la place occupée par les sociologues et anthropologues au sein de l’institution et de son quotidien, et l’usage de méthodes ethnographiques dans d’autres disciplines. On peut notamment suggérer d’articuler les communications autour d’une démarche réflexive et introspective dans l’expérience du terrain et dans la relation ou l’engagement par rapport à celui-ci. Faire appel à la question de l’engagement émotionnel dans l’ethnographie peut ainsi être une piste de réflexion. Que produit une expérience à la fois concrète, approfondie et distanciée (puisque personnellement non concernée, à moins d’une observation participante ou participation observante) des institutions totales ? Enfin, une enquête sur les institutions totales peut-elle se mener uniquement via ses responsables, abstraction faite de ses patient.e.s ou occupant.e.s ?
La Paternité en Contexte Carcéral : Une Étude de Cas
Dans la société contemporaine, il existe de multiples manières de se penser et de partager les rôles parentaux entre pères et mères, ainsi qu’avec des tiers (famille élargie, beaux-parents, etc.). Cette multiplicité normative et de répartition des rôles parentaux, sans conduire à un allégement des attentes vis-à-vis des parents, réclame au contraire qu’ils fassent leurs « preuves ». Derrière la notion de parentalité sur laquelle se sont fondés de nombreux dispositifs à compter des années 1990 se cache donc une forme d’injonction adressée aux parents à « assumer leur rôle [et à] faire face à leurs obligations ». Ce « parentalisme », à savoir cette « responsabilisation » des parents quant au devenir de leurs enfants, tient peu compte du contexte de vie des familles. Pourtant, les parents ne bénéficient pas tous des mêmes conditions de vie : certains expérimentent des situations de vulnérabilité (précarité socio-économique, handicap, incarcération, toxicomanie, etc.) qui les éloignent des prescriptions normatives dominantes. Dans ces circonstances, certaines catégories de population vont faire l’objet de dépréciation, voire de disqualification de leurs fonctions et rôles parentaux.
C’est notamment le cas pour les parents incarcérés qui vont être étiquetés comme déviants et défaillants, car ils ont outrepassé la loi et failli à leurs responsabilités parentales. Dans un tel contexte, comment s’articulent leur identité de parent et celle de détenu ? Est-ce que l’une d’elle prend le pas sur l’autre ? Des différences semblent exister selon les sexes. Coline Cardi montre que, pour les femmes, « derrière la catégorie impersonnelle de “détenue”, se cache surtout une mère ». L’institution carcérale perçoit alors mieux une « mauvaise mère » que l’abandon définitif de ce statut par ces femmes. Elles s’éloignent, certes, des normes parentales dominantes qui prescrivent une présence quotidienne de la mère auprès de son enfant afin de s’occuper de lui et de l’éduquer, mais la maternité est envisagée pour elles comme un levier de réinsertion. Pour les hommes en revanche, l’identité de détenu paraît plus prégnante que celle de père, une correspondance étant établie entre délinquance et irresponsabilité parentale. Les pères incarcérés sont perçus comme défaillants parce qu’ils manqueraient à leurs rôles parentaux, à savoir : être un soutien financier et assurer une présence quotidienne. Ils subiraient alors le phénomène de « disqualification sociale » due à la stigmatisation de leur paternité.
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Stigmatisation et Stratégies Identitaires en Prison
En dehors du contexte carcéral, les paternités sont plurielles et recouvrent plusieurs dimensions (sociale, éducative et affective), alors qu’en prison, le constat de leur déviance à la norme domine et s’impose aux pères détenus même si leurs pratiques et représentations parentales sont hétérogènes : leur incarcération démontre leur incapacité parentale.
Tout comme l’asile observé par Erving Goffman, la prison constitue pour partie une « institution totale » : les détenus vivent par définition dans un espace fortement contraint par les normes de l’administration pénitentiaire. À cette domination de nature institutionnelle et statutaire des agents de l’administration pénitentiaire sur les détenus s’ajoutent des écarts d’appartenances sociales entre eux. De ce fait, des normes de paternité différentes pourraient entrer en confrontation dans le milieu carcéral. Les hommes incarcérés - avant même leur mise en détention - se situent en effet à rebours des paternités valorisées au sein des catégories moyennes et supérieures. Ainsi, ils semblent moins répondre aux normes contemporaines dominantes de la « bonne » parentalité. Ces divergences normatives (de paternité) sont-elles perceptibles dans les interactions entre détenus et agents de l’administration pénitentiaire ? Les pères incarcérés subissent-ils une forme de « mépris de classe » fondé sur des représentations négatives des fractions inférieures des classes populaires couplées aux rapports de domination à l’œuvre en prison ?
Au regard d’autrui, les pères incarcérés s’écarteraient des normes parentales dominantes. En dérogeant aux règles morales et de droit en accomplissant des actes interdits et sanctionnés, ils sont associés à la catégorie de père « défaillant ». Ces pères subiraient alors un double « stigmate ». Dans une perspective interactionniste, nous reprenons ici la définition d’E. Goffman qui permet de penser le stigmate non pas comme un seul « attribut qui jette un discrédit profond » sur l’acteur social mais en ce qu’il a de relationnel. Une des caractéristiques de l’individu perturbe les attentes adressées par d’autres groupes sociaux, pouvant mener à un déclassement plus ou moins important voire à son exclusion sociale. Le porteur de ce stigmate peut se voir réduit à celui-ci, ce qui n’est pas sans rappeler le concept de « statut maître » d’un autre penseur interactionniste, Everett C. Hughes, qui a, quant à lui, théorisé la situation où un statut en surpasse un autre. En prison, le stigmate associé au statut maître de détenu semble rendre impossible l’affirmation du statut de père par une majorité des individus considérés, discréditant, pour reprendre la terminologie goffmanienne, les principaux intéressés, à leurs yeux et aux yeux des personnels qui les entourent. Ce stigmate est, dans la perspective interactionniste, visibilisé par les nombreuses réactions sociales de la part de ceux et celles qui les entourent, et notamment par les professionnels qui interviennent auprès de ces pères.
Au nom de cette norme sociale de « bonne » paternité en dehors de la prison, il s’agit alors d’encadrer les pratiques de parentalité tout en protégeant les enfants des « mauvais parents » étiquetés comme tels, mais aussi de sensibiliser les parents aux risques (notamment psychiques) qu’ils feraient inconsciemment courir à leurs enfants. Dans ce contexte normatif, la prison pourrait être perçue comme un espace impur, souillant par ricochet ceux et celles qui entourent le détenu. C’est en effet dans cette opposition entre sacré et profane (polluant), entre enfant et détenu, que se construiraient les normes relatives au maintien des liens entre les pères incarcérés et leurs enfants, conduisant pour les uns à préconiser la rupture des liens au nom de la protection de l’enfant et pour les autres à soutenir les relations parent-enfant.
De leur côté, les pères peuvent, pour gérer la tension entre les normes sociales dominantes et leur réalité personnelle, avoir différentes stratégies identitaires de « gestion du stigmate », selon la manière dont se superposent les identités de détenu et de père. Certains subissent le stigmate. D’autres en revanche le retournent en considérant les changements positifs générés par la détention. Dans ce cas, l’incarcération serait un temps de « bifurcation » dans leur parcours de vie où la paternité, considérée comme irréfutable, devient une ressource identitaire et relationnelle. Enfin, des détenus se décentrent des normes de paternité dominantes en considérant la détention comme un moment peu propice à l’appropriation des rôles parentaux. Ainsi, parce que « discréditables », les pères incarcérés mettent en place différentes stratégies pour éviter d’être « discrédités » par les professionnels, les codétenus, mais aussi par leurs proches.
Méthodologie d'Enquête en Milieu Carcéral
Cet article repose sur deux enquêtes menées en milieu carcéral respectivement de 2012 à 2016 et en 2018. La première s’inscrit dans le cadre d’une recherche doctorale soutenue à l’École des hautes études en sciences sociales (Ehess) en 2019. Au cours de cette thèse, 70 pères incarcérés ont été rencontrés deux à trois fois sur une période de six mois à un an et 25 entretiens ont été réalisés avec des agents de l’administration pénitentiaire (13 surveillants, 4 entretiens collectifs avec des surveillants, 5 conseillers pénitentiaires d’insertion et de probation [CPIP], 1 infirmière, 2 psychiatres, 1 psychologue et 1 directeur de prison).
Le premier accès au terrain a été possible grâce à une convention de stage avec le Service médico-psychologique régional (SMPR) d’une grande maison d’arrêt francilienne où l’enquêtrice a été placée sous la responsabilité de deux psychiatres. Une demande à l’administration pénitentiaire pour se rendre dans trois établissements supplémentaires (une maison d’arrêt et deux centres de détention en province) a été effectuée dans un second temps. Les entretiens avec les détenus ainsi qu’avec quelques professionnels ont été pris en note. Parallèlement, des observations formelles et informelles ont été menées dans une commission d’application des peines (CAP), au sein de la détention (coursives, postes de contrôle, parloirs, etc.) et pendant des rendez-vous entre une CPIP, une psychiatre et des détenus.
Politiques Pénales et Défiance Ironique
Les politiques pénales affichent leur intention de maintenir les liens familiaux, considérés comme une condition essentielle de la réinsertion des détenus et de la prévention de la récidive. Mais sur le terrain, j’ai été confrontée à des réactions variées et souvent passionnées, voire à l’absence même de questionnement chez certain∙e∙s professionnel∙le∙s. J’ai parfois pensé qu’à certains égards, c’était la présence de la chercheure qui faisait émerger et exister ce sujet dans les discours.
Les extraits cités précédemment sont particulièrement critiques et mettent en lumière la défiance ironique de certains∙e∙s professionnel∙le∙s. Bien qu’extrêmes, ces discours rencontrés sur le terrain amènent à s’interroger sur la paternité du point de vue des détenus. Comment ces hommes face à une institution qui encadre et réglementent les liens à travers des dispositifs spécifiques (parloirs, unité de visite familiale, téléphone, courriers) vivent-ils leur paternité et la définissent-ils en prison ? Bien que la population carcérale soit composée à 97 % d’hommes dont plus de la moitié sont des pères, les études sociologiques sur la paternité en détention en France sont rares.
Évolution des Rôles et Statuts Paternels et Maternels
Ces dernières décennies ont été marquées par une évolution du sens et des attentes vis-à-vis des rôles et des statuts paternels et maternel. Il ne s’agit plus de parler de « la » paternité, mais plutôt des multiples façons d’être père - lesquelles dépendent de facteurs socioculturels, familiaux, conjugaux et personnels. Dans les discours - moins dans la pratique - ces pères valorisent le modèle du partage des rôles entre le père « gagne-pain » et la mère « au foyer » et l’idéal d’une coresponsabilité sur toutes les tâches, sans distinction avec les mères. Cet idéal de paternité se veut universel mais se retrouve davantage chez les pères des classes moyennes ou supérieures. Dans les milieux populaires, les pères semblent moins répondre aux normes contemporaines de la « bonne » parentalité. Or, à la différence des « nouveaux pères », ces pères populaires plus traditionalistes ne font pas l’objet de beaucoup d’études en sciences sociales.
Trajectoires Biographiques et Relations Familiales
La sociologie de la famille a montré l’intérêt de replacer les relations familiales au sein des trajectoires biographiques. Celles-ci ne sont pas fixées et « l’individu façonne tout au long de sa vie son entourage de parents et de proches en jouant sur les espaces, les distances et les proximités ». Les analyses de Catherine Bonvalet et Éva Lelièvre notamment s’appuient sur une approche à la fois relationnelle et biographique.
Certaines enquêtes montrent la difficulté d’accéder à la parole des hommes sur la famille et notamment dans les milieux populaires. Les femmes restent encore les détentrices de l’histoire familiale : en attestent les études plus nombreuses sur les mères et la famille en prison. Étudier la paternité en prison permet l’accès à des situations limites, mais révélatrices d’expériences paternelles. L’étude montre également que l’institution carcérale tend à homogénéiser les détenus sans prendre en compte leur spécificité en tant que pères. Au-delà du vide sociologique à combler, s’intéresser à des paternités contraintes éclaire sur les différents aspects qui composent l’exercice de la paternité, son appropriation et la place qui lui est faite dans les trajectoires biographiques d’hommes.
Bessin et al. expliquent qu’un même événement - devenir père/être incarcéré - qui se produit à des moments différents dans une vie ou qui concerne des personnes socialement distinctes n’aura certainement pas les mêmes conséquences. L’objectif est donc d’analyser la diversité des relations parentales et les différentes postures paternelles que les détenus organisent, préparent, questionnent et subissent.
Récit de Soi en Détention
Les conditions d’incarcérations tendent à uniformiser et confondre les détenus. Pourtant, ce qui frappe, c’est la diversité des situations. Les hommes rencontrés sont tous pères, mais décrivent différentes entrées dans la parentalité allant de la paternité accidentelle à la paternité anticipée ; certains sont devenus pères avant la prison et d’autres pendant ; certains ont des visites et d’autres n’en bénéficient pas ; les pères peuvent avoir plusieurs enfants de mères différentes ou d’une mère unique. D’autres encore décrivent l’effet perturbateur des visites dans leur peine carcérale, tandis que certains en font au contraire une ressource essentielle. Cette typologie révèle l’existence de certaines constances et régularités. Les situations prennent sens dans une contextualisation et une analyse spatiale (sphère publique/privée) et temporelle (passé, présent, futur).
Paternité Marginale
Au cours de cette recherche, les enquêtés ont souvent marqué l’opposition entre le père du « dedans » et celui du « dehors » pour montrer leur impossibilité de se sentir père comme avant. L’incarcération aurait pour effet de modifier les rôles parentaux. Dans mon étude, je constate cependant dans certains cas un très faible écart entre le pré-carcéral et le carcéral : c’est ce que je nomme la paternité marginale. Le choix du terme de paternité marginale renvoie à deux aspects : à la fois un mode de vie atypique tourné vers la délinquance (business dans les stupéfiants, vols et braquages surreprésentés) et une paternité vécue à distance et peu expérimentée dans des pratiques quotidiennes (loisirs et prise en charge des différents besoins de l’enfant).
Les détenus qui peuvent être rapportés à l’idéal type de la paternité marginale se caractérisent par un projet parental peu anticipé, qui, selon eux, leur « tombe dessus ». Devenus pères avant 25 ans, leur vie est surtout orientée vers l’amusement, le business et la vie « au jour le jour ». L’enfant serait issu davantage d’un désir maternel ou d’un manque de vigilance contraceptive que les enquêtés attribuent aux mères. Certains investissent toutefois le rôle traditionnel de père pourvoyeur, justifiant ainsi leur activité délictueuse. La paternité marginale regroupe pratiquement la moitié des détenus rencontrés.
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