L'expérience muséale est en constante évolution, cherchant à captiver et à immerger les visiteurs de manière innovante. Des dispositifs multisensoriels aux explorations virtuelles, en passant par l'intégration de mouvements artistiques contemporains comme l'afrofuturisme, les musées se réinventent pour offrir des expériences mémorables et significatives. Cet article explore différentes facettes de cette évolution, en s'appuyant sur des exemples concrets et des initiatives novatrices.
L'Immersion Narrative : L'Historium de Bruges et la Segmentation des Flux
L’Historium de Bruges offre une immersion d'une heure dans la Bruges médiévale, suivant l’histoire d’un jeune apprenti du peintre Van Eyck. Ce projet, fruit d'une collaboration entre des familles nanties de Flandre occidentale, une brasserie, la BNP Paribas Fortis et le gouvernement flamand, a ouvert ses portes en 2012 avec un objectif de rentabilité élevée. Le prix du billet (12 euros) reflète cette nécessité d’attirer toujours plus de visiteurs.
Pour atténuer l’effet de « foule », l’Historium segmente les flux de visiteurs en petits groupes qui se suivent sans se croiser. Chaque groupe vit l’expérience indépendamment, guidé par des traces de pas blanches au sol. Il n’y a qu’un parcours possible à travers les salles, mais à l’intérieur, les déplacements varient.
Une scène de repas plonge le visiteur dans une pièce sombre avec un écran intégré dans une grande table centrale. Après l’histoire de Jacob, l’apprenti de Van Eyck, un espace d’exposition plus classique permet une déambulation libre et présente un making of du film.
L'apogée de cette expérience est un voyage immobile de 10 minutes en réalité virtuelle, reconstituant la ville au Moyen Âge grâce à un masque (l’oculus rift) et un casque. Les visiteurs sont placés dans une barque qui avance, offrant une immersion totale à 360°.
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Cette approche pose la question de la liberté du visiteur, souvent « otage consentant » d'un parcours imposé. Cependant, l'attrait des histoires captivantes et la nouveauté technologique renforcent l’estime du visiteur, valorisé par les surprises et l'innovation constante.
L'Accessibilité Multisensorielle : "Touchez la Musique !" au Musée de la Musique de Paris
Depuis juin 2013, le Musée de la musique de Paris propose le parcours « Touchez la musique ! » (TLM), une exploration multisensorielle des instruments de sa collection permanente. Ce parcours s'inscrit dans une démarche de mixité et d'accessibilité, offrant des moyens de médiation adaptés aux personnes valides et aux visiteurs en situation de handicap.
Chaque module est construit sur le même modèle : un instrument fixé en « position de jeu », des visuels d'un musicien jouant de l'instrument, et des échantillons de matériaux à toucher (bois, colophane, crin de cheval). Le module de l'orgue propose une activité d'écoute avec une boucle magnétique pour les malentendants, et un plateau rétroéclairé en braille et en relief. À l'étage du XIXe siècle, les visiteurs peuvent voir et/ou sentir des circuits d’air vibrants en fonction des pistons de la trompette.
Ce parcours répond à la loi de 2005 sur l'égalité des droits et des chances, qui exige que les institutions publiques rendent leurs contenus accessibles à tous. Les musées proposent de plus en plus de plans tactiles, textes en braille, audioguides avec audiodescriptions, etc. Cependant, il reste du chemin à parcourir pour une prise en compte complète de tous les handicaps.
La mise en place d'un tel parcours nécessite un budget important et des compétences variées en termes de contenus, d'esthétisme et d'ergonomie. Des matériaux résistants et durables sont privilégiés. Le parcours se termine avec la possibilité de jouer de la sanza, un instrument africain, seul ou en famille.
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Une enquête menée en 2013 a permis d'évaluer la visibilité des modules et les dysfonctionnements liés à leur utilisation. Les actions de la Cité de la musique en matière d'accessibilité s'étendent à l'ensemble de ses activités, visant à rendre accessible sa programmation et ses supports de communication à tous les publics. L'objectif est de créer des parcours accessibles non seulement aux personnes handicapées, mais aussi à leurs accompagnateurs et à d'autres publics.
L'Afrofuturisme dans les Musées : Représentation et Réappropriation Culturelle
L'afrofuturisme, mouvement artistique, littéraire et politique né dans les années 1950 au sein de la communauté noire américaine, trouve peu à peu sa place dans les musées. Ce mouvement explore les thèmes de l'identité noire, de l'aliénation et du futur à travers une perspective afrocentrée.
Dès les années 1950, le musicien de jazz expérimental Sun Ra et son Arkestra produisent des albums aux titres évoquant d'autres galaxies. Dans son film "Space is the place" (1974), il propose d'acheminer la communauté noire américaine vers une nouvelle planète. Par la suite, tous les genres musicaux nés de la culture africaine-américaine (funk, techno, rap…) intègrent des imaginaires spatiaux et futuristes.
L'autrice noire américaine Octavia E. Butler, dans ses récits de science-fiction des années 1970 et 1980, s'attaque à la "brimade de l'ordre" et aux comportements hiérarchiques menant au racisme et au sexisme. La science-fiction permet de formaliser l'expérience de la communauté noire américaine, son sentiment d'aliénation et le trauma collectif de l'exil et de l'esclavage.
Théorisé en 1993 par le journaliste Mark Dery, l'afrofuturisme se diffuse dans les arts visuels, le cinéma, la mode et le design. Il est au cœur de la pop culture avec des œuvres comme Black Panther et la musique de Janelle Monae. Il accompagne le mouvement Black Lives Matter et inspire les artistes contemporains.
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Les musées qui s'emparent de l'afrofuturisme sont confrontés à plusieurs défis : comment exposer un mouvement multidisciplinaire né il y a soixante ans ? L'afrofuturisme est souvent utilisé comme thème pour lier le travail de plusieurs artistes africains et noirs américains, créant une culture commune et un horizon partagé.
L'Institute of Contemporary Art de Londres a invité le collectif Black Quantum Futurism en 2019 pour dé-programmer le musée et repenser la notion de temps. L'évènement rappelle l'action "Mining the Museum" de Fred Wilson, qui en 1992 a investi les collections du Maryland History Society pour questionner la place de l'histoire et de la représentation des Noirs dans les institutions muséales.
En 2021, l'Oakland Museum of California a présenté "Mothership : Voyage into afrofuturism", une exposition offrant une vue globale du mouvement, de ses origines à sa prégnance contemporaine. Le Metropolitan Museum de New-York a inauguré "Before Yesterday We Could Fly : an afrofuturist period room", un futur alternatif inspiré de l'histoire de Seneca, un village construit à New-York au 19ème siècle par des descendants d'esclaves.
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