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L'Opéra de Strasbourg : Un Berceau d'Histoire et d'Osmose Culturelle

Strasbourg, ville carrefour au cœur de l'Europe, porte en elle les marques d'une histoire riche et complexe. Loin de se limiter à une simple superposition d'identités française et allemande entre 1871 et 1945, Strasbourg révèle une imbrication profonde de ces deux cultures. L'Opéra de Strasbourg, témoin privilégié de cette histoire, incarne cette osmose unique.

La Neustadt : Un Quartier où l'Histoire se Lit à Chaque Coin de Rue

La Neustadt, ou « nouvelle ville », est un exemple frappant de cette fusion culturelle. La visite de ce quartier débute par la place de la République, autrefois Kaiserplätz (« place de l'empereur »), un espace d'apparat qui fut le centre de la vie politique et administrative impériale. L'empereur y fit édifier son palais, inauguré en 1889, dans un style inspiré du palais Pitti de Florence. Ce bâtiment, résolument moderne pour son époque, se distinguait par sa poutraison métallique et ses plafonds en béton ou en grès. Blasons, aigle impérial et casques guerriers ornent sa majestueuse façade, symbolisant la puissance impériale.

Autour du palais, des bâtiments administratifs ceinturent la place : les anciens ministères impériaux, le théâtre, autrefois siège de la diète Alsace-Lorraine, et la Bibliothèque impériale, aujourd'hui Bibliothèque nationale universitaire. Cette dernière fut reconstruite après la destruction de la précédente pendant les combats de 1870, avec l'afflux de livres et de documents provenant de tout l'empire, dans le but de se racheter de la destruction et d'apporter la culture allemande à la nouvelle capitale du Reichsland Elsass-Lothringen.

L'Avenue de la Liberté : Un Axe Symbolique Reliant le Pouvoir au Savoir

L'avenue de la Liberté, reliant le pouvoir au savoir, est bordée d'immeubles caractéristiques de la fin du XIXe siècle strasbourgeois. On y remarque des jardinets entre les immeubles et la rue, que les Strasbourgeois appellent « jardins de devant ». Ces immeubles étaient dotés à l'époque de tout le confort moderne : gaz à tous les étages, eau courante et salles de bain, un luxe rare dans la vieille ville à cette époque. Les rues, hiérarchisées, témoignent de la planification urbaine de la Neustadt : simples rues, rues plantées, avenues dotées d'un terre-plein central, avenues d'apparat, voies destinées à la circulation.

Au milieu de l'avenue de la Liberté, la Poste centrale, édifiée en 1899 dans un style néogothique, contraste avec le style néo-Renaissance des bâtiments de la place de la République. La Neustadt se caractérise par un mélange de styles architecturaux, avec de nombreuses références à l'Art déco et quelques immeubles curieux, comme cette construction de 1905 à la façade de style égyptien rue du Général-Rapp.

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L'Université : Un Élément Clé de la Germanisation

Au bout de l'avenue, en face du palais, l'université domine une vaste place. Inaugurée en 1884, elle fut un élément clé pour favoriser la germanisation des populations annexées. Les Allemands en firent une des plus grandes et plus riches universités de l'empire. Le hall du rez-de-chaussée, majestueux, et les jardins entourant les bâtiments, dont un musée zoologique, un planétarium et un jardin botanique, invitent à la promenade. Un quartier de logements borde le campus universitaire, avec des immeubles avec jardins de devant et des pavillons, où les usines et ateliers de production étaient proscrits pour maintenir la tranquillité des habitants.

Les Bains Municipaux : Un Joyau de la Politique Sociale et Hygiéniste

Les Bains municipaux, inaugurés en 1908, constituent un des fleurons de la politique sociale et hygiéniste de la ville et un des joyaux de la Neustadt. Ils conjuguent marbres, cuivre, faïence, stuc et vitraux Art nouveau, masquant une structure en béton armé. On y trouve deux piscines, une pour les hommes et une pour les femmes, des douches et baignoires, ainsi que des bains romains (étuves sèches et humides) pour la détente, initialement appelés « bains irlando-russo-romains » ! Une partie du bâtiment est encore en service aujourd'hui.

La noblesse du décor contraste avec la modernité de la structure en béton armé. Les bassins des deux piscines sont magnifiques, le plus grand étant surmonté d'une impressionnante voûte en berceau. Des vestiaires spacieux et des salles de bain pourvues de baignoires témoignent du souci du détail et du confort des usagers. La question de la destination future de cet ensemble se pose aujourd'hui, entre maintien des douches et des piscines, et gestion par le secteur privé.

Le Palais des Fêtes : Un Lieu de Culture et de Divertissement

Le palais des Fêtes, dénommé à sa création en 1903 Sängerhaus (la « maison des chanteurs »), situé à l'angle des rues de Phalsbourg et Sellénick, fut jusqu'aux années 1970 la plus grande salle de concert de la ville. En 1922, une annexe, dénommée La Marseillaise, fut édifiée dans un style néo-Renaissance. Le bâtiment, construit en béton armé, frappe par sa majesté.

La décoration extérieure associe des éléments Renaissance, néogothique, Jugendstil, où s'interpénètrent des apports germaniques et français. L'intérieur, richement décoré de boiseries aux lignes courbes, de vitraux et de ferronnerie, a subi des dégradations au fil des décennies et des rénovations hâtives. Des études sont en cours pour revaloriser les éléments patrimoniaux encore existants. L'avenir du bâtiment est lié à des questions concrètes : qu'en faire alors que de nombreuses autres salles existent désormais à Strasbourg ? Que faire aussi de la salle de restaurant située au rez-de-chaussée du palais, qui pouvait accueillir jusqu'à 200 personnes ? Qui exploitera cet ensemble, et à quel prix ? La collectivité ne pourra régler seule ce dossier, sauf à trouver des partenariats.

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L'Opéra de Strasbourg : Un Symbole de l'Osmose Culturelle

L'Opéra de Strasbourg, avec sa façade latine et sa rotonde arrière rebâtie par les Allemands dans un style radicalement différent, est un symbole de cette osmose culturelle. Il témoigne de la capacité de Strasbourg à intégrer et à transcender les influences françaises et allemandes.

L'Opéra national du Rhin, créé en 1972, est le seul Centre Chorégraphique National (CCN) à évoluer au coeur d'une maison d'opéra, ce qui fait sa particularité. Le Ballet de l’Opéra national du Rhin compte aujourd’hui 32 danseurs : 17 femmes et 15 hommes âgés de 20 à 43 ans, sélectionnés en audition privée. Les danseurs du Ballet débutent chaque journée par une classe de danse. Ils répètent deux fois par jour et 5 jours par semaine pendant les périodes de production en studio.

Bruno Bouché, directeur de la danse à l’OnR, se définit comme un “médiateur entre les différents corps de métiers du théâtre”. Entraînement des danseurs, répétitions, conseils, partage de savoir-faire, créations en studio, entrée au répertoire de nouvelles pièces, un maître de ballet doit “s’imprégner du style et des exigences de chaque chorégraphe”.

La Programmation : Un Équilibre entre Tradition et Modernité

La programmation de l'Opéra de Strasbourg, comme celle des autres opéras, recherche un équilibre entre tradition et modernité. Il faut donner au public ce qu'il aime, mais aussi ce qu'il pourrait aimer. Il est important d'avoir un projet artistique, mais il doit s'inscrire dans la réalité de la maison et du territoire.

Autrefois, les opéras étaient joués en français, même les œuvres étrangères. Aujourd'hui, les opéras sont joués dans leur langue originale, et la musique baroque a trouvé sa place dans la programmation. Certains ouvrages, autrefois indispensables, sont aujourd'hui moins populaires, comme l'opérette.

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L'ouverture de l'Opéra à d'autres disciplines, comme le théâtre, les variétés et l'humour, permet d'attirer un public plus large. La programmation de musique de chambre, avec des artistes de renom, est également un atout.

L'Évolution de la Production : Des Toiles aux Mises en Scène Spectaculaires

La production lyrique a beaucoup évolué à partir des années 1970-1980, lorsque les metteurs en scène de théâtre se sont intéressés à l'opéra. Ils ont apporté une nouvelle esthétique et une direction d'acteurs plus approfondie. On s'est alors beaucoup plus attaché à l'esthétique et à la préparation du spectacle, avec des décors et des costumes spécifiques pour chaque production. Les conditions de travail des choristes et des musiciens ont également évolué, avec des répétitions plus longues.

Aujourd'hui, certains metteurs en scène arrivent sans savoir encore ce qu'ils vont proposer, ce qui peut entraîner des coûts de production exorbitants. Il est important de maîtriser les coûts, sans pour autant dénaturer le spectacle.

La Mise en Scène : Un Art de Passeur

Les metteurs en scène de théâtre ont apporté énormément à l'évolution du genre par leur approche esthétique et leur direction d'acteurs. Cependant, il ne faut pas exacerber leur rôle, car ce sont les compositeurs et les librettistes qui sont les créateurs principaux. Les metteurs en scène sont surtout des passeurs, qui doivent mettre en valeur l'œuvre originale.

La Préservation du Patrimoine de la Neustadt : Un Enjeu pour l'Avenir

Dans les dossiers déposés par la ville auprès de l'Unesco, l'engagement est pris de préserver les richesses uniques de la Neustadt, de les valoriser, d'accompagner leur modernisation et d'en assurer la transmission aux générations futures. Strasbourg s'est constitué au fil des siècles dans les guerres, les occupations, les changements de nationalités et la souffrance. La reconnaissance par l'Unesco du quartier de la Neustadt sera pour Strasbourg un élément clé pour dépasser les clivages du passé et se réconcilier davantage encore avec son histoire.

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