À l'image du premier opus, Souviens-Toi… L’Été Dernier 2 se terminait sur une scène choc où Jennifer Love Hewitt était attaquée par le tueur au crochet. Rêve ou réalité ? Cette fin ouverte laissait présager un troisième film, envisagé par les producteurs pour exploiter les derniers instants du néo-slasher. Cependant, au début des années 2000, le genre décline. Les derniers rejetons ne parviennent plus à convaincre. L’accueil de Scream 3, Valentine et Urban Legends: Final Cut est plutôt froid, et le projet d’un dernier Last Summer est abandonné.
Un script aurait été écrit et les personnages survivants devaient revenir, mais ce n’est pas celui qui a été utilisé ici. En fait, ce Souviens-Toi… L’Été Dernier 3 n’est pas Souviens-Toi… L’Été Dernier 3. Pas réellement. Voyant le jour près de dix ans après le second volet, une décision motivée par le retour surprise d’Urban Legends en 2005, ce nouvel avatar s’intitule I’ll Always Know What You Did Last Summer (Je saurai toujours ce que tu as fait l’été dernier) et sort directement au rayon DVD.
Une suite déguisée ?
Tout semble indiquer une grosse arnaque, le type de fausse suite qui capitalise sur un titre connu mais qui n’a aucun rapport avec ses aînés. Le script est signé Michael D. Weiss, un spécialiste des petits films vite emballés, à qui l'on doit Crocodile, les deux Octopus pour Nu Image, ainsi que les ignobles Effet Papillon 2 et Hostel Part III. Des intrigues vraiment mauvaises, sans inspirations et blindées d’idées stupides.
Weiss aurait écrit un script pour un banal slasher intitulé The Hook (le crochet), s’inspirant de la légende urbaine du tueur au crochet utilisée par Kevin Williamson pour le premier Last Summer. Une intrigue sans aucun rapport avec le psychopathe Ben Willis et où le meurtrier était un nouveau personnage. Il n’est pas difficile d’imaginer comment ce scénario a pu être transformé en Souviens-Toi… L’Été Dernier 3 par les producteurs. Le procédé n’est pas nouveau et puisque le sujet est similaire (un tueur au crochet s’en prend à quelques adolescents), il n’y a qu’à changer le titre pour transformer ce film indépendant en nouveau volet d’une franchise bien connue.
Cependant, cette métamorphose semble avoir été faite assez tôt dans la production du film, permettant ainsi quelques modifications ici et là pour camoufler grossièrement la magouille. L’histoire se déroule donc toujours pendant la fête nationale et le tueur aborde le même look de pêcheur que Ben Willis. Le même manteau, le même chapeau et le même crochet. Le même personnage ?
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Incohérences géographiques et scénaristiques
The Hook et Last Summer 3 cohabitent cependant très mal au sein du même film, puisque les quelques tentatives de rattacher ce DTV à la série contredisent a peu près tout ce que l’on voit à l’écran. Ainsi, si la franchise avait établit jusqu’ici ses personnages dans un petit village portuaire ou sur une île des Bahamas, l’intrigue se déroule ici en plein Colorado, une région montagneuse située en plein centre des États-Unis et forcément loin de tout point d’eau ! Difficile de prendre au sérieux ce tueur au look coquillages & crustacés lorsqu’il se retrouve dans une station de téléski ou au beau milieu d’une route perdue dans le désert en pleine journée.
L’histoire raconte également une trame différente, montrant un nouveau groupe de personnages sans aucun rapport avec le précédent être traqués par un tueur mystérieux qui n’est pas directement identifié comme Ben Willis. Last Summer 3 est en fait un whodunit qui suit sa propre histoire, les motivations du meurtrier n’ayant plus rien à voir avec ceux que nous connaissions. Autant le dire, lorsque l’identité du tueur est révélé, la réécriture du scénario saute aux yeux et on ne peut s’empêcher de se demander qui devait être le véritable assassin de The Hook. Après tout Ben Willis avait perdu la main à la fin du premier film et se l’était fait remplacer par un crochet, alors qu’ici le membre amputé est miraculeusement revenu.
Un scénario classique revisité
On y suit un groupe de jeunes qui s’amuse à jouer une farce de très mauvais goût durant la fête nationale. Au cours des festivités, ils évoquent la légende du “Pêcheur”, un tueur au crochet qui revient tous les 4 Juillet pour massacrer des adolescents. Une simple légende urbaine pensent-ils, sauf que voilà notre Ben Willis qui démarque subitement pour s’en prendre à eux, et ça devant tout le monde ! C’est la panique générale et l’un se retrouve bloqué sur le toit d’un bâtiment alors que le Pêcheur l’attaque. Il préfère sauter, sous le regard horrifié des témoins…
Une vaste blague en fait puisque lui et quelques autres étaient dans le coup ! Mais la plaisanterie tourne au drame lorsque le jeune homme rate le matelas qui lui était destiné et s’empale sur un tracteur (!). Le shérif et ses hommes jurent de poursuivre le tueur tandis que le groupe, traumatisé, fait le pacte de ne jamais révéler la vérité, par peur des conséquences… Mais un an plus tard, à l’approche du 4 Juillet, ils reçoivent alors le message. “I know what you did last summer”. Un avertissement suivi de quelques provocations.
Comme on le voit c’est une histoire très classique et assez similaire à celle du premier Last Summer, s’inspirant du même thème et des mêmes films. Un clone à petit budget en fait, s’il avait été produit en l’état ! Plutôt ironique. Quoiqu’il en soit le film laisse de nombreuses pistes concernant l’identité du coupable qui fini par tuer un par un les adolescents. S’agit-il du shérif, qui était le père de la victime de l’accident ? Son adjoint, obsédé par l’héroïne et regrettant ses mauvaises fréquentations ? Ou bien est-ce un fantôme, désireux de se venger auprès de ses anciens compagnons ?
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Virage surnaturel et incohérences
Nous ne le saurons jamais car The Hook n’est plus. Et le public connait les films précédents: le pêcheur fou, c’est Ben Willis ! Mais que viendrait-il faire dans toute cette histoire ? Pourquoi venger la mort d’un jeune qu’il ne connait pas ? Comment pouvait-il savoir qu’une bande de jeunes se seraient inspirés de ses méfaits pour une sale blague ? Rien ne semble avoir de sens et ce n’est pas les rares éléments de continuités avec les films précédents qui vont aider: la légende du Pêcheur est bien issue des actes de Ben Willis et, apparemment, le crochet utilisé lors du coup monté en début de film serait l’original, acheté sur eBay par nos héros (!).
La solution on la découvre en même temps que les personnages à la fin du film. Car dans l’intention de surprendre son public, Last Summer 3 amorce un virage soudain en jouant la carte du surnaturel. Exactement comme pour Urban Legends: Bloody Mallory, la surprise en plus. Oui, Ben Willis est bien là. Oui, il s’agit du même tueur. Mais cette fois, Ben Willis est… un fantôme ! Tué par Jennifer Love Hewitt à la fin de l’épisode précédent (même si l’absence de headshot semblait nous confirmer le contraire), il est maintenant devenu une légende urbaine vivante à l’instar de Candyman. Invoqué un 4 Juillet, sa date référentielle, au début du film, il revient d’entre-les-morts pour s’en prendre à ceux qui ont douté de lui… Ainsi tout s’explique ! Ses apparitions éclairs, les messages apparaissant de nulle part, et surtout sa présence dans l’état du Colorado… Du grand n’importe quoi qui achève le film.
Plutôt que de susciter l’effroi, l’excitation ou l’amusement, cette décision laisse plutôt perplexe et n’est pas sans apporter son lot de questions. Pourquoi Ben Willis retrouve t-il sa main si son apparence est celle d’un zombie décomposé ? La légende d’origine ne fonctionnait-elle pas justement sur l’idée d’un fou avec un crochet à la place du bras ? Et concernant ses motivations, il faut se demander: Ben Willis serait-il devenu procédurier ? Car autant sa revanche envers Jennifer Love Hewitt était compréhensible, mais qu’est-ce qui peut bien le pousser à traquer et tuer ces jeunes-ci ? Pour utilisation abusive de son image ? Même Candyman demande au minimum de prononcer cinq fois son nom devant un miroir pour apparaître ! L’une des héroïnes, chanteuse de rock, possède justement un groupe du nom de Zoe and the Hooks. N’était-il pas logique de s’en prendre aussi aux musiciens ? Et qu’en est-il du tueur au crochet original ? Après tout Ben Willis lui-même s’en était inspiré pour adopter son look dans le premier film !
Réalisation et interprétation : un naufrage ?
Mais même sans trop se poser de questions, Last Summer 3 ne fonctionne pas. La faute bien sûr aux idées affligeantes de Michael Weiss, mais aussi au manque total d’ambitions du réalisateur (un français, Sylvain White, qui ne fait pas non plus de miracle avec les gros budgets comme le prouve The Losers). Transformer Ben Willis en fantôme ne le rend nécessairement plus menaçant, surtout si c’est pour lui faire rayer une moto ou spammer le portable de l’héroïne en lui envoyant cinquante (oui, 50 !) SMS. La force surhumaine dont il dispose n’est jamais utilisée et son étrange vulnérabilité (seul son crochet original semble pouvoir le blesser) n’apporte rien non plus. Lui qui autrefois brillait par une belle chorégraphie meurtrière limite désormais ses méfaits à quelques coups de lames, platement filmés et seule une mise à mort un peu cartoonesque vient relever le niveau (où il empale à main nue un représentant de l’ordre sur un chariot élévateur).
Le film est également plombé par deux autres gros défauts, l’un étant son montage over stylisé qui incruste des images subliminales durant les scènes de tensions et abuse des effets “artistiques”. C’est un problème qui pollue l’industrie du DTV moderne et a tendance à rendre ringarde des scènes qui pourraient être très bien si elles étaient diffusées normalement. Rien qu’au générique d’intro on sait qu’on est mal barré lorsque le monteur nous refourgue sans arrêt le même rire de pintade de l’héroïne, comme pour bien nous faire comprendre qu’elle s’amuse vraiment en fête foraine !
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Et en parlant de l’héroïne, voilà bien LE gros point noir du film. Une erreur de casting monumentale qui me ferait presque demander si Sylvain White ne l’a pas fait exprès. Comment justifier sinon de l’enrôlement de cette actrice insipide au possible, dans le rôle principal ? La comédienne Brooke Nevin est l’archétype même de la blonde générique et si fade qu’elle en devient même antipathique. Un choix tout bonnement impensable, surtout quand on a en face la délicieuse Torrey DeVitto dans le rôle de la rockeuse Zoé, une brune magnifique qui bouffe littéralement l’écran même lorsqu’elle n’a rien à faire. Amusant par exemple de la voir faire montre de bien plus d’émotion que Brooke Nevin après la mort accidentelle qui entraine le pacte… Avec son superbe physique, elle aurait pu faire une excellente remplaçante pour Jennifer Love Hewitt dans le rôle de Julie James plutôt que d’être reléguée à un second rôle qui doit évidemment faire de la place pour la final girl.
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