Le deuil périnatal, souvent entouré de silence et de tabous, est une réalité douloureuse qui touche de nombreux parents chaque année. Cet article vise à explorer les différentes facettes de cette épreuve, en s'appuyant sur des études, des témoignages et des conseils de spécialistes, afin d'offrir un éclairage complet et une aide aux personnes concernées.
Définition et ampleur du deuil périnatal
Le terme "deuil périnatal" englobe un large éventail de situations douloureuses, incluant :
- La mort fœtale in utero (MFIU)
- L'interruption médicale de grossesse (IMG)
- La fausse couche spontanée (y compris les fausses couches à répétition)
- Le décès du nouveau-né dans les premiers jours de vie (mortalité néonatale précoce)
Selon les chiffres de la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees), le taux de mortalité périnatale s'élevait à 10,2 pour 1000 naissances en 2019. Ces chiffres témoignent de l'importance de cette problématique, trop souvent invisibilisée.
La nature spécifique du deuil périnatal
Le deuil périnatal se distingue des autres formes de deuil par plusieurs aspects :
- L'absence de vécu partagé : Contrairement à la perte d'un être cher avec lequel on a partagé des expériences, le deuil périnatal concerne un enfant que l'on n'a pas connu, ou très peu connu. La mère a cependant une connaissance intime de l'enfant "du dedans", comme le souligne Marie-José Soubieux, pédopsychiatre et auteure du livre Le berceau vide.
- La dimension du non-accomplissement : La souffrance des parents est liée à la perte, non pas d'un passé commun, mais surtout de ce que l'enfant aurait pu être et donner s'il avait vécu.
- Le déni social : La société a souvent tendance à minimiser ou à ignorer la douleur liée à la perte d'un bébé, considérant ce deuil comme un "non-événement". Cette indifférence peut être vécue comme une blessure supplémentaire par les parents.
- La blessure narcissique : Le deuil périnatal peut ébranler l'estime de soi des parents, qui peuvent avoir le sentiment de ne pas avoir réussi à mener à bien leur rôle de procréateur.
Les réactions face au deuil périnatal
Chaque personne réagit différemment face au deuil périnatal. Il est donc difficile de parler d'étapes précises. Cependant, certaines réactions sont fréquemment observées :
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- Le choc et la sidération : L'annonce du décès peut provoquer un état de stupeur et de sidération, qui fige la pensée.
- La tristesse et la douleur : Un sentiment de tristesse profonde et de douleur intense est une réaction normale face à la perte d'un enfant.
- La culpabilité : Les parents peuvent se sentir coupables de la mort de leur bébé, se reprochant des actions ou des omissions.
- La colère : La colère peut être dirigée contre soi-même, contre le corps médical, ou contre le destin.
- L'anxiété : L'anxiété peut être liée à la peur de revivre une telle épreuve, ou à l'incertitude quant à l'avenir.
- Le sentiment d'injustice : Les parents peuvent avoir le sentiment que la vie est injuste, et se demander pourquoi cela leur est arrivé.
Il est important de souligner que ces réactions sont normales et qu'il n'y a pas de "bonne" ou de "mauvaise" façon de vivre son deuil.
Le deuil périnatal au sein du couple
Le deuil périnatal peut avoir un impact important sur la dynamique du couple. Les deux partenaires peuvent vivre leur deuil différemment, ce qui peut entraîner des malentendus et des tensions.
Marie-José Soubieux souligne que "c'est toute la dynamique conjugale qui va être bouleversée", notamment parce que les deux membres du couple vont souvent adopter des attitudes différentes. Elle insiste également sur l'importance de la solidité du couple avant le décès du bébé.
Pour éviter que les non-dits ne s'installent, il est essentiel que les partenaires communiquent ouvertement sur leur douleur et leurs besoins. Il est également important de se montrer compréhensif et de respecter le rythme de l'autre.
L'importance de l'accompagnement
L'accompagnement est essentiel pour aider les parents à surmonter le deuil périnatal. Cet accompagnement peut prendre différentes formes :
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- Soutien psychologique : Un suivi psychologique individuel ou en couple peut aider les parents à exprimer leur douleur, à comprendre leurs réactions et à trouver des stratégies d'adaptation.
- Groupes de parole : Les groupes de parole offrent un espace de partage et de soutien entre personnes ayant vécu une expérience similaire.
- Accompagnement médical : Les équipes médicales peuvent offrir un accompagnement spécifique aux parents, notamment en les informant sur les aspects médicaux du deuil périnatal et en les aidant à prendre des décisions concernant les funérailles et les formalités administratives.
- Soutien de l'entourage : Le soutien de la famille et des amis est également très important. Il est essentiel que les parents se sentent entourés et soutenus dans leur douleur.
Les aspects légaux et administratifs
La loi française reconnaît l'existence de l'enfant né sans vie à partir de 15 semaines d'aménorrhée. Dans ce cas, les parents ont la possibilité de :
- Donner un prénom à l'enfant
- L'inscrire sur le livret de famille
- Organiser des funérailles
Ces démarches permettent de reconnaître l'existence de l'enfant et de faciliter le travail de deuil des parents.
Il est important de noter que les enfants morts-nés à moins de six mois de grossesse n'existent pas aux yeux de la loi, ce qui peut constituer un obstacle supplémentaire au travail de deuil des parents.
L'interruption médicale de grossesse (IMG)
L'interruption médicale de grossesse (IMG) est une situation particulière de deuil périnatal. Elle consiste à interrompre une grossesse pour des raisons médicales, généralement en raison d'une anomalie fœtale grave ou d'un risque pour la santé de la mère.
L'IMG est une épreuve très difficile pour les parents, qui doivent prendre la décision d'interrompre une grossesse désirée. Elle peut entraîner un sentiment de culpabilité, de tristesse et de perte.
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L'accompagnement psychologique est particulièrement important dans le cas d'une IMG, afin d'aider les parents à faire face à cette décision difficile et à surmonter leur deuil.
Envisager l'avenir
Après un deuil périnatal, il est possible d'envisager l'avenir et de retrouver une qualité de vie. Le chemin de la reconstruction est long et difficile, mais il est possible.
Il est important de se donner du temps, de se faire accompagner si nécessaire, et de trouver des activités qui permettent de se reconstruire et de donner un sens à sa vie.
Envisager une nouvelle grossesse est une décision personnelle qui doit être prise en couple, en tenant compte des besoins et des désirs de chacun. Il est important de se faire accompagner psychologiquement pendant cette nouvelle grossesse, afin de gérer l'anxiété et la peur de revivre une nouvelle perte.
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