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La naissance du hip-hop : une épopée culturelle du Bronx aux Jeux Olympiques

Le hip-hop, aujourd'hui le genre musical le plus vendu au monde, a vu le jour dans un contexte d'extrême pauvreté et de délabrement urbain.

Le South Bronx : un terreau fertile

L'été 1973 marque un tournant dans l'histoire de la musique. Le South Bronx, à New York, est alors un quartier en proie à la crise économique et sociale. Immeubles éventrés, terrains vagues et magasins dévastés témoignent d'une extrême pauvreté. Ce quartier, autrefois prisé par les classes moyennes, a connu un déclin rapide après la Seconde Guerre mondiale. Africains-Américains, Portoricains, et immigrants des Caraïbes et d'Amérique centrale forment une population dont le revenu moyen est bien inférieur à la moyenne nationale. Les bâtiments abandonnés brûlent, tandis que le trafic de drogue et les gangs prospèrent.

C'est dans ce contexte difficile que le hip-hop émerge au début des années 1970. Ce mouvement culturel se caractérise par une combinaison originale de trois éléments : la musique (DJs et rappeurs), la danse (breakdance) et les arts plastiques (graffitis).

11 août 1973 : l'étincelle originelle

Les historiens du hip-hop s'accordent sur un épisode fondateur : le 11 août 1973, dans la salle commune d'un immeuble du 1520 Sedgwick Avenue. Ce jour-là, Clive Campbell, alias DJ Kool Herc, invente une nouvelle manière de mixer la musique. Sa sœur Cindy Campbell organise une soirée pour fêter la fin des cours, sans se douter qu'elle marquera l'histoire de la musique.

Kool Herc, un Jamaïquain ayant émigré à New York au milieu des années 1960, est fasciné par les "Dance hall" de Kingston, où des artistes improvisent des accompagnements vocaux rythmés sur des musiques. Il lance ses premières "block parties", des fêtes de quartier organisées dans les rues.

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Au lieu d'enchaîner les musiques de manière classique, il utilise deux platines pour isoler les "breaks" des morceaux disco/funk, ces parties instrumentales courtes et percussives qui font danser le public. Il enchaîne les "breaks" de différents morceaux, créant un "Merry-Go-Round" sonore. Sa technique de mixage, bien que rudimentaire, consiste à enchaîner des passages instrumentaux de morceaux soul ou funk, en mettant l'accent sur le groove et le rythme. "Oubliez la mélodie, le chorus, les chansons - tout tenait dans le groove, le construire et le maintenir", explique Kool Herc.

Il passe des disques que les adolescents du quartier connaissent bien, mais en les tordant pour en tirer un effet excitant, avec des ruptures de rythme. Afrika Bambaataa, Grandmaster Flash et d'autres jeunes DJ perfectionnent ce style en l'ouvrant à d'autres sources. Ils inventent de nouvelles techniques, dont le scratch, qui consiste à modifier manuellement la vitesse des disques en les jouant d'avant en arrière.

L'émergence d'une culture

Après cette soirée, Kool Herc commence à être plus reconnu dans le quartier, à faire davantage de soirées et à gagner son pécule. Il ne pourra plus jamais jouer au 1520, à cause des plaintes des résidents.

Le hip-hop se développe lentement dans les parcs et les blocs du South Bronx, porté par une trilogie devenue mythique : Kool Herc, le père fondateur, rejoint par Afrika Bambaataa et Grandmaster Flash. L'essor des hip-hop studies et la constitution d'archives offrent de nouveaux éclairages sur cette séquence.

La plupart des acteurs de cette scène sont passés par le graffiti, qui se développe à New York dans la seconde moitié des années 1960. Certains ont fréquenté des gangs, comme Bambaataa qui est un membre influent des Black Spades, avant de fonder son groupe Zulu Nation. D'autres viennent au hip-hop par la danse, qu'on appelle d'abord "burning" puis "breaking" : un mélange de mouvements inspirés de James Brown, des films de kung-fu et des acrobaties des Harlem Globetrotters. On les appelle "B-Boys" et "B-Girls".

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Les MC : les conteurs des ghettos

Les MC (master of ceremonies) gagnent rapidement en popularité à la faveur de "batailles" dans lesquelles ils alternent mouvements chorégraphiés, rimes et passages improvisés. Ils deviennent les principales figures du hip-hop. Sha-Rock est alors une des rares femmes MC dans un milieu masculin et africain-américain. Les Portoricains, qui ont formé d'importants effectifs de breakdance, sont eux aussi largement invisibilisés.

Plongeant les racines du rap dans l'histoire de l'Atlantique noir et de la diaspora africaine, l'universitaire Cheryl Keyes a montré les continuités entre la figure des MC et les griots d'Afrique de l'Ouest, dont l'héritage se serait perpétué à travers le gospel et le blues, ainsi que l'influence du Black Arts Movement et des sound systems jamaïcains.

Les DJ's, dont les pionniers s'appellent Kool Herc, Afrika Bambaataa ou Grandmaster Flash, s'allient les services de MC's afin de déposer sur ces boucles, des textes abordant enfin la réalité de la jeunesse des ghettos.

"Rapper's Delight" : l'entrée dans le show-business

Après quelques tentatives discographiques, le rap entre dans le show-business en 1979 avec le tube "Rapper's Delight", signé Sugarhill Gang et produit par Sylvia Robinson. Cette productrice fait entrer en studio trois jeunes Noirs, à la façon d'un boys band, afin qu'ils enregistrent un single reprenant les traits les plus caractéristiques de cet art de rue : une musique populaire et dansante (le tube de Chic "Good Times", rejoué en studio par un groupe maison) et des paroles légères et drôles, scandées en rythme par les trois rappeurs.

L'art du mixage apparaît sur disque avec le maxi 45-tours de Grandmaster Flash "The Adventures of Grandmaster Flash on the Wheels of Steel", enregistré en une prise en 1981.

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L'expansion mondiale

Au fil des ans, le hip-hop s'est répandu à travers le monde, influençant la musique, la mode et la culture dans de nombreux pays. De nombreux artistes internationaux ont adopté les styles et les thèmes du hip-hop, tout en y apportant leur touche personnelle.

La culture hip-hop fait son apparition en France au début des années 80. Le rap et le hip-hop s'imposent peu à peu jusqu'à devenir, à partir du début des années 90, de la musique grand public. Ce sont des artistes comme IAM, McSolaar ou encore Suprême NTM qui la rendent populaire en France. Les années 2000 voient l'explosion d'albums de rap, car les labels de musique ont compris que le style plaisait.

Le hip-hop : une discipline olympique

Le hip hop est en train de devenir une discipline olympique. La première apparition du hip hop aux Jeux olympiques sera à Paris en 2024, où les danseurs pourront montrer leurs talents à un public international. Cela témoigne du prestige et de la reconnaissance croissants de la culture hip-hop dans le monde entier.

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