La myopie et la grossesse suscitent de nombreuses interrogations, notamment en ce qui concerne les risques potentiels liés à l’accouchement et à la chirurgie réfractive. Cet article vise à démêler le vrai du faux, en s’appuyant sur les données scientifiques actuelles et l’avis d’experts.
Idées Reçues sur la Myopie et la Grossesse
La grossesse chez une patiente myope forte est associée à un certain nombre d’idées reçues. L’une d’elles prétend qu’il vaut mieux se faire opérer des yeux après avoir eu son premier enfant. Pourtant, cette croyance est bien ancrée dans nos cultures. Elle remonterait à une époque où des patientes ayant une très forte myopie auraient eu un accouchement très difficile. Rappelons qu’à l’époque, les techniques obstétricales étaient beaucoup moins développées. Conclure à une relation de cause à effet est donc prématuré.
Le Risque de Décollement de Rétine Associé à la Grossesse et à l’Accouchement
On a longtemps entendu dire qu’il existait un risque de décollement de la rétine en raison des efforts de poussée chez les patientes myopes. En effet, il était considéré par le passé que les efforts d’accouchement augmentaient la pression intra-oculaire (PIO), à l’origine de modifications mécaniques au niveau de l’interface vitréomaculaire pouvant occasionner des décollements de rétine. Afin de réduire ce risque, un accouchement par césarienne ou une voie basse instrumentale était donc systématiquement proposé.
Cependant, les études récentes ont infirmé cette idée. En 1985, Neri et al. ont étudié 50 femmes dont le degré de myopie variait entre -4.5 et -15 dioptries, et ont montré que malgré la présence de palissades, déchirures lasérisées ou autres déhiscences asymptomatiques, aucune modification des lésions n’avait été observée 2 et 14 jours après un accouchement par voie basse. L’élévation de la PIO semble donc s’appliquer de façon égale dans toutes les directions, et ne pas provoquer de rétraction du vitré. En 1995, Landau et al. confirment l’absence de contre-indication à un accouchement par voie basse chez les patientes myopes fortes quel que soit le degré de myopie, et en cas d’antécédent de décollement de rétine. Une étude iranienne conduite auprès de médecins obstétriciens en 2017 montre que, seuls 6% de ces-derniers recommandent un accouchement par voie basse en cas de myopie forte (contre 70% des ophtalmologistes).
Ainsi, contrairement à une idée reçue, présenter une forte myopie n’est pas une contre-indication à un accouchement par voie basse.
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Progression de la Myopie Pendant la Grossesse
Certaines patientes pensent que la grossesse provoque une aggravation des troubles de la vision, et plus particulièrement de la myopie. C’est également faux. La grossesse n’aggrave pas la myopie ni tout autre trouble de la vue. Le risque que le défaut visuel refasse son apparition lors d’une grossesse ultérieure, autrement dit, qu’une chirurgie corrective soit nécessaire n’est pas plus élevé que chez toute autre personne. Il suffit de se rendre dans les salles d’attente des ophtalmologues pour constater que les demandes d’interventions postopératoires ne concernent pas davantage les femmes qui viennent d’accoucher. Si votre myopie était stable au moment de l’intervention, il n’y a aucune raison pour qu’elle réapparaisse lors d’une grossesse ultérieure.
Pizzarello et al. ont montré qu’il existe une myopisation (augmentation de la myopie) d’environ 1 dioptrie en moyenne au cours de la grossesse puis une régression complète après l’accouchement. Cette myopisation serait liée à une rétention d’eau accrue pendant la grossesse au niveau de la cornée qui modifie son épaisseur et sa courbure et ainsi son index réfractif. La progestine et les œstrogènes augmentent également la perméabilité à l’eau du cristallin, ce qui modifie transitoirement son index réfractif.
Par ailleurs la SUN cohorte, étude observationnelle portant sur plus de 10000 femmes a montré, sur une base déclarative, une absence d’augmentation de risque d’initier ou d’aggraver une myopie chez les patientes ayant eu au moins une grossesse par rapport aux jeunes femmes n’ayant pas eu de grossesse. Il n’y a donc pas lieu chez une patiente en cours de grossesse de modifier sa correction optique puisque ces modifications réfractives régressent en post-partum.
Chirurgie Réfractive et Grossesse
La chirurgie réfractive au laser devient une solution de plus en plus populaire pour se débarrasser des lunettes ou des lentilles. Cependant, nombreuses sont les patientes qui se demandent s’il est préférable d’attendre la fin de leurs grossesses avant de se lancer dans une opération des yeux.
Pourquoi la Grossesse N’est Pas le Bon Moment pour une Chirurgie Réfractive
La réponse médicale est claire : la grossesse est une contre-indication temporaire à la chirurgie réfractive. Si vous souffrez de myopie, d’astigmatisme, d’hypermétropie et rêvez de pouvoir vous passer définitivement de lunettes, la chirurgie réfractive est possible en tout début de grossesse.
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Beaucoup de femmes entre 20 et 40 ans envisagent une opération des yeux pour se libérer de leurs lunettes ou lentilles, mais une question revient souvent : "Puis-je me faire opérer si je suis enceinte ou que je compte l’être bientôt ?" C’est une interrogation légitime, surtout à un âge où projets de grossesse et confort de vie se croisent.
Les Fluctuations Hormonales
Pendant la grossesse, la production d’œstrogènes augmente. Cet afflux d’œstrogènes provoque un épaississement de la cornée, qui à son tour modifie la courbure de la surface de l’œil. Rappelons que l’opération des yeux au Lasik consiste justement à remodeler la cornée. Si vous apprenez que vous êtes enceinte, mieux vaut reporter l’intervention à une date ultérieure, après votre accouchement. Si vous allaitez, les taux d’hormones peuvent encore varier jusqu’à 6 mois après. L’allaitement représente donc également une contre-indication à une chirurgie réfractive. Gardez à l’esprit que la grossesse comme l’allaitement ne sont que des contre-indications temporaires. L’épaissement de la cornée augmente sa sensibilité. Il peut également affecter les nerfs visuels. La sécheresse oculaire est la conséquence directe d’une diminution de la production de larmes. L’aggravation du trouble visuel est plus fréquente lors du deuxième et troisième trimestre de grossesse. Ce phénomène est relativement rare. Il résulterait d’une augmentation de la taille de l’hypophyse. La vision déformée est la conséquence de fuites de liquides (humeur aqueuse) entre les membranes. Retenez que ces problèmes oculaires, bien que surprenants pour certains, ne sont que transitoires. Ils disparaitront une fois votre enfant venu au monde, et au plus tard à la fin de l’allaitement.
La grossesse entraîne de nombreux bouleversements hormonaux. Ces hormones peuvent modifier la vision de manière transitoire :
- Changements de la courbure de la cornée
- Fluctuations de la sécrétion lacrymale (sécheresse oculaire)
- Variation de la pression intraoculaire
- Modification temporaire de la réfraction visuelle (la puissance des lunettes peut bouger)
Ces variations rendent toute mesure optique instable. Or, la chirurgie réfractive (comme le LASIK, le SMILE ou la PKR) repose sur une précision au micron près. Il est donc essentiel que votre vision soit stable depuis au moins 12 mois avant l’intervention.
Médicaments et Grossesse
Autre point important : certaines molécules utilisées avant ou après l’opération (collyres antibiotiques, anti-inflammatoires, anesthésiques locaux) sont déconseillées pendant la grossesse et l’allaitement car elles peuvent passer dans le sang, puis dans le placenta ou le lait maternel.
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Quand Programmer l’Opération ?
Les recommandations scientifiques et cliniques sont très claires :
- Avant une grossesse : il est recommandé de se faire opérer au moins 3 mois avant la conception. Cela laisse le temps à l’œil de cicatriser correctement, à la vision de se stabiliser et d'éviter tout risque pendant les premières semaines de grossesse.
- Pendant la grossesse : la chirurgie réfractive est formellement contre-indiquée. Même si la correction paraît stable, les hormones faussent les mesures et augmentent les risques postopératoires.
- Après l’accouchement : on attend généralement 3 à 6 mois après la fin de l’allaitement pour programmer un bilan et une éventuelle opération. Cela permet aux hormones de revenir à un niveau stable et de garantir des mesures fiables.
Si Vous Avez Déjà Été Opérée
Si vous avez déjà subi une chirurgie réfractive avant votre grossesse, pas d’inquiétude : les fluctuations hormonales n’endommagent pas le résultat de l’opération. Il peut y avoir une légère modification temporaire de la vision, mais celle-ci revient dans la plupart des cas à la normale après l’accouchement.
Autres Troubles de la Vision et Grossesse
Si la grossesse est une période fantastique, elle met le corps à rude épreuve : maux de dos, rétention d’eau, fatigue, douleurs ligamentaires, brûlure d’estomac, nausées. Mais, et il s’agit là d’un problème moins connu, la grossesse peut également avoir un impact sur la vision.
Sécheresse Oculaire
Autre trouble très fréquent pendant la grossesse, la sécheresse oculaire. De nombreuses femmes enceintes renoncent d’ailleurs à porter leurs lentilles parce qu’elles sont les yeux secs et que cela provoque une sensation désagréable. Là encore, les hormones affectent la sécrétion des larmes, qui est moins importante et sous l’influence des œstrogènes, leur qualité est également altérée.
Vision Floue
Il arrive que les futures mamans se plaignent de voir flou ou trouble. Des signes qui ont des origines variées, en lien avec l’imprégnation des tissus par les hormones. La modification de réfraction et la mauvaise qualité des larmes peuvent induire un flou visuel. Pendant la grossesse, les femmes font de la rétention d’eau et celle-ci peut affecter les tissus mous comme les paupières.
Pré-éclampsie
La prééclampsie est une maladie de la grossesse qui est notamment associée à une hypertension artérielle. Lorsque la tension augmente très fort dans les yeux, cela donne des rétinopathies hypertensives. On peut voir des stigmates au fond d’œil, un exsudat, par transsudation à partir des vaisseaux rétiniens. Un changement de vision brutal peut indiquer une soudaine hypertension artérielle, phénomène pouvant résulter d’une pré-éclampsie. La pré-éclampsie est un phénomène touchant environ 5% des femmes enceintes. Toutefois, la pré-éclampsie demeure un trouble particulièrement grave (2ème cause de mortalité chez la femme enceinte), et le moindre doute doit vous pousser à consulter en urgence absolue.
Diabète Gestationnel
Pendant la grossesse, certaines femmes développent un diabète gestationnel. La prévalence mondiale du diabète est en progression régulière et s’accompagne logiquement d’une augmentation du nombre de cas découverts parmi les femmes enceintes. Le diabète gestationnel ne nécessite aucun suivi ophtalmologique systématique car, dans la majorité des cas, il n’y a pas de retentissement oculaire. Il faut cependant se méfier des diabètes étiquetés à tort comme gestationnels et qui sont en réalité des types 2 méconnus. Leur part croissante chez les patientes enceintes génère plus d’inquiétude, car la grossesse est un facteur de risque avéré et indépendant d’apparition et de progression de la rétinopathie diabétique.
Anti-VEGF et Grossesse
Les injections intra-vitréennes d’agents antiVEGF (ranibizumab et aflibercept) recommandées dans le traitement des néovaisseaux choroïdiens du myope fort, n’ont pas d’autorisation de mise sur le marché (AMM) en cas de grossesse. Il est important de connaître la période critique de grossesse durant laquelle des évènements indésirables ont été décrits et les différents types d’évènements indésirables afin de conseiller au mieux les patientes. En effet, l’évolution de ces néo-vaisseaux peut être sévère et irréversible. Il convient donc d’évaluer la balance bénéfice-risque individuellement pour chaque patiente.
Glaucome
Le glaucome est une maladie liée à une augmentation de la pression intra-oculaire, ayant pour conséquence la dégradation progressive des nerfs optiques. Le glaucome est plus fréquent chez les patients myopes forts. Tous les traitements en collyres sont à utiliser avec précautions durant la grossesse car les données chez la femme enceinte sont quasi inexistantes. Il faudra ainsi dans la mesure du possible favoriser un traitement mécanique (laser ou chirurgie) selon le type et la sévérité du glaucome, ou, si l’évolution le permet, éviter les traitements médicaux pendant la période d’embryogénèse.
Quand Consulter un Ophtalmologiste Pendant la Grossesse ?
Voir un ophtalmo pendant la grossesse est toujours intéressant, même en l’absence de symptômes particuliers. Un examen ophtalmologique systématique en prévision d’un accouchement n’est pas justifié chez la femme hypermétrope, emmétrope ou faiblement myope. Pour celles fortement myopes, le suivi ophtalmologique habituel n’est pas modifié. Le dépistage rétinien est alors systématique, en début de grossesse puis au minimum à chaque trimestre.
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