La technique des couches chaudes représente une méthode ancestrale et ingénieuse pour prolonger la saison de culture et obtenir des récoltes précoces, même en plein hiver. Cette approche, qui consiste à utiliser la chaleur naturelle dégagée par la décomposition de matières organiques, offre une alternative écologique et économique aux systèmes de chauffage artificiels pour les serres.
Introduction à la Couche Chaude
Une couche chaude est un lit de matière organique en décomposition, généralement du fumier frais, recouvert d'une couche de terre ou de terreau. Cette technique permet de créer un environnement chaud et propice à la germination et à la croissance des plantes, même lorsque les températures extérieures sont basses.
Principes de Fonctionnement
Le principe de la couche chaude repose sur la fermentation et la décomposition de la matière organique. Les micro-organismes, tels que les bactéries et les champignons, se nourrissent de cette matière et libèrent de la chaleur dans le processus. Cette chaleur est ensuite utilisée pour chauffer le sol et l'air autour des plantes, créant ainsi un microclimat favorable à leur développement.
Le Rôle des Micro-organismes
La décomposition de la matière organique est assurée par une multitude de micro-organismes. Parmi ceux-ci, les bactéries jouent un rôle crucial, car elles se multiplient rapidement et produisent une quantité importante de chaleur.
L'Importance de l'Inertie Thermique
Comme dans les serres semi-enterrées, l'inertie thermique joue un rôle essentiel dans la couche chaude. La terre ou le terreau qui recouvre la matière organique absorbe la chaleur dégagée pendant la journée et la restitue pendant la nuit, ce qui permet de maintenir une température relativement stable.
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Composition Idéale d'une Couche Chaude
La composition d'une couche chaude peut varier en fonction des matériaux disponibles et des objectifs de culture. Cependant, certains éléments sont essentiels pour assurer un bon fonctionnement.
Le Fumier Frais
Le fumier frais est l'ingrédient principal d'une couche chaude. Il est riche en matière organique et en micro-organismes, ce qui favorise une décomposition rapide et une production de chaleur importante. Le fumier de cheval est souvent considéré comme le plus efficace, car il chauffe rapidement et conserve la température pendant plusieurs semaines. Le fumier de vache peut également être utilisé, bien qu'il chauffe moins. Il est important d'utiliser du fumier frais, qui n'a pas encore été transformé en compost.
Le Terreau ou la Terre
Une couche de terreau ou de terre est placée sur le fumier pour servir de support de culture pour les plantes. Il est important d'utiliser un terreau ou une terre de bonne qualité, riche en nutriments et bien drainé. Certains jardiniers choisissent de changer entièrement la terre en vue des semis sous serre.
La Paille
L'enfouissement d'une couche de paille améliore la structure et la composition du sol de la serre grâce au développement des micro-organismes. La paille revitalise les terres anciennes grâce à l’apport d’azote et d’oligo-éléments. Attention toutefois à ne pas l’enterrer trop profondément car elle aura du mal à se décomposer.
Préparation et Mise en Place d'une Couche Chaude
La préparation et la mise en place d'une couche chaude nécessitent quelques étapes clés.
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Choix de l'Emplacement
Il est important de choisir un emplacement bien exposé au soleil, abrité du vent et proche d'un mur si possible, pour limiter les pertes de chaleur.
Préparation du Sol
Après les dernières récoltes de la saison, vous avez peut-être laissé le sol de votre serre sous châssis vivre sa vie, sans travail particulier de la terre ni amendement. Il est encore temps de la régénérer pour l’aérer et fournir au sol les nutriments nécessaires en vue de vos prochains semis au chaud et cultures sous serre. Tamisez les mottes de terre ainsi retirées avec un tamis à compost au-dessus d’une brouette.
Construction du Châssis
En général on « coiffe » la couche chaude d’une fermeture de verre ou de plexiglas pour créer un châssis. L’idée est de conserver au maximum la chaleur émise par le fumier pour qu’elle bénéficie aux plantes (on ne chauffe pas l’extérieur…).
Disposition des Matériaux
La technique des couches chaudes dans une serre consiste à enfouir 60 cm de paille, de déchets verts ou de fumier sous une couche d’une vingtaine de centimètres de terreau. Pour monter une couche chaude il faut bien du fumier frais et par-dessus 20 cm de terreau. C'est le fumier frais qui va faire monter la chaleur jusqu'à 70°. Il ne faudra commencer à planter et semer que lorsque la température sera redescendue.
Contrôle de la Température
Il existe des thermomètres pour contrôler la chaleur de la couche chaude. Une fois ces étapes effectuées, il faudra attendre 8-10 jours car le fumier va monter très haut en température (trop haut pour nos pauvres légumes) les premiers jours. Une fois passé le « coup de feu », qui peut aller jusqu’à 80°C au cœur du tas, la température va redescendre. Attendez qu’elle soit à 25°C pour commencer à planter.
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Utilisation et Entretien d'une Couche Chaude
Une fois la couche chaude mise en place, il est important de surveiller et d'entretenir pour assurer son bon fonctionnement.
Semis et Plantations
Dès que la chaleur est stabilisée (environ 25 °C dans la terre), il suffit de semer salades, radis, épinards ou même jeunes carottes.
Arrosage
Un tube micro-poreux, connecté à un réservoir surélevé de 160 litres, apporte l’eau d’arrosage au niveau des racines.
Ventilation
Le châssis se referme chaque nuit et s'entrouvre en journée pour éviter l'excès d'humidité et la surchauffe (eh oui, même en hiver ça chauffe !).
Lutte contre les Ravageurs
Certains jardiniers ont parfois de gros problèmes avec les escargots et limaces qui apprécient la tiédeur du coin et la table prête (en particulier sur de jeunes salade, rageant lorsqu'on a trimé sur un chassis d'1m50 / 1m50 pour y planter une trentaine de salade et qu'en deux nuits il reste 10 jeunes plants).
Alternatives au Fumier
Si vous ne disposez pas de fumier près de chez vous, il est possible de le remplacer par du BRF. Le BRF va lui aussi chauffer en se décomposant et vous donnera les mêmes résultats que le fumier.
Avantages et Inconvénients des Couches Chaudes
Comme toute technique de culture, les couches chaudes présentent des avantages et des inconvénients.
Avantages
- Écologique et économique: Utilisation de ressources naturelles et renouvelables.
- Prolongation de la saison de culture: Possibilité de cultiver des légumes primeurs et de démarrer les semis plus tôt.
- Amélioration de la fertilité du sol: Le fumier enrichit le sol en matière organique et en nutriments.
- Autonomie alimentaire: Réduction de la dépendance aux potagers industriels.
Inconvénients
- Disponibilité du fumier: Il peut être difficile de trouver du fumier de bonne qualité en quantité suffisante.
- Gestion de la température: Il faut surveiller attentivement la température pour éviter la surchauffe ou le refroidissement excessif.
- Travail physique: La préparation et la mise en place d'une couche chaude peuvent être exigeantes physiquement.
Les Serres Semi-enterrées : Une Alternative aux Couches Chaudes
Pour ceux qui recherchent une solution plus durable et moins exigeante en travail, les serres semi-enterrées peuvent être une alternative intéressante aux couches chaudes.
Principe de Fonctionnement des Serres Semi-enterrées
La serre bioclimatique semi enterrée reprend l’idée des serres enterrées utilisées en Amérique du Sud, plus précisément en Bolivie. On peut qualifier de bioclimatique la serre semi enterrée dans la mesure où elle s’intègre dans l’environnement pour bénéficier d’un maximum de chaleur tout en minimisant les efforts. Le fonctionnement de la serre enterrée n’a en fait rien de compliqué. Il faut savoir pour commencer que si la serre n’est pas totalement enterrée, elle l’est en grande partie, et c’est important pour son efficacité. En effet, vous n’obtiendrez aucun des avantages d’une serre souterraine si elle est à seulement une cinquantaine de centimètres en dessous du sol. Comme dans toutes les serres bioclimatiques, le principe est de capter au maximum les rayons du soleil et de pouvoir conserver la chaleur le plus longtemps possible. Et pour cela, toujours la même logique : on utilise l’inertie thermique, c’est-à-dire la capacité d’un matériau à absorber la chaleur quand il y en a beaucoup, la stocker et la restituer ensuite quand il fait plus frais. Dans le cas d’une serre semi enterrée, c’est l’inertie thermique de la terre dont on se sert. En plus d’être dense et foncée, elle a elle-même une température stable. Celle-ci va emmagasiner l’énergie thermique provenant du soleil en journée, et parvenant à l’intérieur de la serre par le toit translucide, et la conserver jusqu’à la nuit, pendant laquelle la chaleur va se libérer et assurer ainsi une température constante. Le fait d’être en dessous du sol limite aussi fortement les effets du vent, ce qui augmente son efficacité.
Construction d'une Serre Semi-enterrée
Si le projet d’une serre semi enterrée vous intéresse et que vous vous demandez s’il est possible de la réaliser vous-même, c’est tout à fait faisable. En plus, cela ne demande pas un budget astronomique, loin de là. Le trou va constituer le volume intérieur de la serre, car dans l’idéal il n’y a que le toit qui doit dépasser. De plus, c’est la terre faisant office de paroi qui sert de masse thermique. Donc plus le trou est profond, plus la serre sera efficace. Par conséquent, il faut au minimum 1,50 mètre, et si possible davantage, jusqu’à 2,50 mètres, pour un effet optimal. Celle-ci n’est pas laissée au hasard. Afin d’éviter des chaleurs extrêmes en été, et au contraire d’en capter le plus possible en hiver, le toit doit être incliné de sorte à ce que les rayons du soleil forment un angle de 90°C avec celui-ci en hiver. C’est le même principe que l’on utilise pour chauffer les maisons bioclimatiques. Le toit de la serre peut être à double pente ou à pente simple, dans ce dernier cas l’inclinaison souhaitée sera obtenue en construisant un mur plus haut au nord. Les « murs » de la serre semi enterrée étant constitués de terre, il est primordial de parer à tout risque d’inondation, sans quoi ils pourraient vite s’écrouler. Pour cela, l’étanchéité doit être parfaite. Si vous êtes un jardinier aguerri, vous le savez, trop d’humidité, ce n’est pas bon pour vos cultures. Même si votre construction est bien imperméable, le développement de vos plantations va forcément générer de la vapeur d’eau. Une cheminée ou un système de trappe peut aider à faire circuler l’air pour éviter des désagréments.
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