Introduction
La berceuse du film d'animation "Azur et Asmar" de Michel Ocelot, une œuvre célébrant la tolérance et le vivre-ensemble, s'est retrouvée au centre d'une controverse inattendue dans une école primaire du Gard. Cette affaire met en lumière les tensions entre l'ouverture culturelle et les replis identitaires, ravivant des débats sensibles sur la place de la culture arabe dans la société française.
L'Initiative Pédagogique et la Réaction Controversée
Dans une école du Pin, dans le Gard, une maîtresse de CP-CE1 a entrepris d'enseigner à ses élèves une berceuse franco-arabe tirée du film "Azur et Asmar". Cette initiative, visant à promouvoir la tolérance et la découverte d'autres cultures, a été accueillie par un courrier anonyme de protestation. Certains parents d'élèves du regroupement pédagogique intercommunal des communes de Pin et Saint-Pons-la-Calm se sont dits « étonnés que leurs enfants apprennent une chanson arabe à l’école » et certains refuseraient de les voir chanter cet air, selon le Midi Libre.
Ces parents ont exprimé leur surprise et leur désaccord face à l'apprentissage d'une chanson en arabe, allant jusqu'à suggérer de privilégier l'enseignement de la Marseillaise. « Nous parents à l’heure où certaines catégories d’individus sifflent la Marseillaise, nous posons la question :" Pourquoi ne pas, plutôt que des chants arabes, enseigner notre Marseillaise à nos enfants ?" demandent-ils dans leur lettre.
La Réponse de l'Équipe Enseignante et des Autorités
L'équipe enseignante a répondu non sans ironie à ces propos. « Soyez également rassurés quand à l’apprentissage de la Marseillaise par vos enfants, Notre hymne national est enseigné chaque année », affirme t-elle dans sa lettre publiée par le site internet Objectif Gard. Mais elle souligne que " ce chant est violent […] : aux armes citoyens, des étendards sanglants, égorgez vos fils, qu’un sang impur abreuve nos sillons…" Des paroles qui tranchent avec la pacifique berceuse d’Azur et Asmar. Face à cette réaction, l'équipe enseignante a défendu son choix pédagogique, soulignant l'importance de l'ouverture culturelle et de la tolérance. « Nous ne sommes ni fermées, ni retranchées, nous sommes professionnelles et ouvertes à toutes les différentes », affirment-elles.
Le maire de la commune, Francis Rouzaud, a également pris position en faveur de l'équipe pédagogique, rappelant que « les parents n’ont pas à intervenir dans le contenu pédagogique. S’ils traitent du respect, de la tolérance en plus des savoirs, c’est très bien […] Que ce choix pédagogique ne plaise pas, je peux le concevoir mais les préférences politiques et culturelles doivent rester à l’extérieur de l’établissement". L’inspecteur de l’éducation nationale Marcel Lotito a quant à lui précisé que cette étude autour du film de Michel Ocelot s’inscrit dans le cadre de l’opération nationale baptisée « école et cinéma et que la berceuse figure dans la fiche pédagogique officielle.
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Le Film "Azur et Asmar" : Un Plaidoyer pour la Tolérance
Le film "Azur et Asmar" de Michel Ocelot raconte l'histoire de deux enfants, l'un blond aux yeux bleus, l'autre brun aux yeux noirs, élevés ensemble par la même nourrice. Séparés par la vie, ils se retrouvent et partent à la recherche de la fée des Djinns. Ce conte initiatique est un véritable plaidoyer pour la tolérance, le respect de l'autre et l'ouverture aux différentes cultures. La berceuse, interprétée en partie en arabe par Souad Massi, est un élément essentiel de l'atmosphère du film, empreinte de douceur et de poésie.
Soutien à la Maîtresse et Réaction du Réalisateur
Certains parents ont également tenus à soutenir la maîtresse. Le réalisateur du film Michel Ocelot lui-même a réagit publiquement à cette nouvelle. Quoi ? Une chanson en arabe ! Vous connaissez sans doute le délicieux film d’animation de Michel Ocelot, Azur et Asmar, en 2006. Vous vous souvenez peut-être de sa bande originale, écrite et composée par Gabriel Yared. Qui aurait pu imaginer que ce film déclenche, dans une cours d’école, une querelle de clocher aux relents assez nauséabonds ? Nous sommes au Pin, dans le sud de la France, département du Gard. L’institutrice fait apprendre aux enfants la chanson du dessin animé, berceuse en partie en langue arabe interprétée par Souad Massi. Et, là, levé de boucliers de certains parents (pas tous !) « étonnés que leurs enfants apprennent une chanson arabe à l’école. Mais dans leur esprit, cette Marseillaise arrête encore les arabes à Poitiers, boute l’islam et les barbus, la radioactivité et le virus H1N1 peut-être, hors de notre bon royaume de France. Voient ton triomphe et notre gloire !
L'Opération "École et Cinéma" : Un Cadre Pédagogique National
Le quotidien Le Midi libre nous instruit que, dans cette affaire, l’inspection de l’Education nationale « prend vivement la défense de l’équipe pédagogique qui a projeté le film en octobre dernier aux élèves », ce travail s’inscrivant « totalement dans le cadre de l’opération nationale baptisée ‘école et cinéma’ qui rentre dans le cadre des projets sur l’ouverture au monde et aux cultures de l’éducation nationale et des programmes d’instruction civique. » C’est une commission nationale qui choisit les films que visionnent les élèves des écoles inscrites à ce programme. Cette année, à 3 périodes de l’année: 1ère (octobre), 2ème (avant Noël) et 5ème période (juin), mes élèves (CE2) sont allés par groupe dans les 5 maternelles chanter (des « Mini-chorales »). Ils chantaient 4 ou 5 chansons enfantines ou comptines (répertoire de chansons enfantines traditionnelles françaises). Pour la 2ème période, les chants étaient évidemment sur le thème de Noël. Pour les deux autres périodes, nous faisions une sélection de 7/8 chants, et chaque groupe en choisissaient 5, cela nous permettait de nous entraîner ensemble. Ils écrivaient une lettre pour demander la date et l’horaire (à choisir sur les dernières semaines avant la fin de la période) à la classe de maternelle où ils devaient se « produire », puis ils composaient une affiche pour se présenter lors du jour du « spectacle ». L’expérience leur a beaucoup plu car j’avais prévu les 2 premières dates, et ce sont mes élèves qui ont demandé pour la dernière. Les élèves et enseignantes de maternelles étaient ravies, cela leur a permis de découvrir (pour les premiers, ainsi que pour mes propres élèves) et de se remémorer (pour les secondes) les « anciennes » chansons enfantines qui sont souvent mises au « rancard ». Pour mes élèves, cela leur a permis de prendre des initiatives, d’avoir une certaine autonomie (puisqu’ils allaient sans moi présenter leur prestation).
Au-Delà de la Polémique : L'Importance de l'Éducation Culturelle
Cette affaire, bien que regrettable, souligne l'importance de l'éducation culturelle et de l'ouverture à la diversité dès le plus jeune âge. Apprendre une berceuse dans une langue étrangère, ce n'est pas renier son identité, mais au contraire s'enrichir et développer son empathie envers les autres. L'école a un rôle essentiel à jouer dans la construction d'une société plus tolérante et inclusive, où la différence est perçue comme une richesse et non comme une menace.
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