Introduction
Cet article se penche sur l'application de la notation Benesh du mouvement (BMN) dans le domaine de l'anthropologie de la danse, un champ que l'on peut qualifier d'ethnochoréologie Benesh. En retraçant l'histoire de cette pratique depuis les années 1950, nous mettons en lumière les contributions de choréologues Benesh de différentes générations et les enjeux soulevés par leurs travaux.
Genèse de la Notation Benesh et l'ouverture aux danses vernaculaires
En 1955, Rudolf et Joan Benesh publient leur système de notation du mouvement, le Benesh Movement Notation (BMN), conçu pour transcrire toute forme de mouvement humain. Rudolf Benesh, pour distinguer la véritable maîtrise de ce système d'une simple connaissance élémentaire, choisit le terme « choréologie », dont découle directement le métier de « choréologue ». Dès le départ, le système Benesh se veut universel. Dans leur premier ouvrage, An introduction to Benesh Dance Notation (1956), ils affirment que le livre ne doit pas se limiter au ballet, mais doit pouvoir traiter de tous les styles de danses et de toutes formes de mouvement. Cette ouverture est illustrée par des exemples notés de Modern Dance, Cancan, Charleston, Danse Cosaque, ou encore d’un salto arrière et d’un exercice de renforcement musculaire.
L'émergence du terme "Ethnochoréologie"
Le terme « ethnochoreology » apparaît dès les années 1960, en référence aux travaux de choréologues Benesh pionniers·ères de l’application du BMN dans le champ de l’anthropologie de la danse. Rudolf Benesh s'intéresse à la linguistique et aux sciences du langage. Dans Reading Dance. The Birth of Choreology, il distingue la « notation » - premier stade de connaissance de l’écriture Benesh - et la « choréologie », véritable maîtrise du système en tant que « langage ». Selon Rudolf Benesh, un·e choréologue désirant transcrire une danse vernaculaire ne peut donc pas faire l’économie, au préalable, de s’intéresser de manière approfondie à celle-ci (en se documentant, en rencontrant des transmetteurs·trices de cette danse, en la pratiquant…). Ce n’est qu’à cette condition qu’il·elle sera en capacité de hiérarchiser les multiples paramètres et informations perçues relatives au mouvement, et ainsi opérer des choix d’écriture dans le processus de notation, en distinguant ce qui est de l’ordre du détail de ce qui sera essentiel à communiquer aux futurs·es lecteurs·trices.
Le terme « ethnochoreology » est utilisé pour la première fois en 1966 par Rudolf Benesh dans un article pour la revue Ethnomusicology. Il y décrit une expérience de notation de trois styles de danse indienne (Bharatanāṭyam, Manipuri et Kathak) avec les étudiants du Benesh Institute (BI). Il compare leur démarche à celle d’un·e « ethnologue lorsqu’il·elle entreprend de maîtriser les nuances de sens et d’expression de la langue du peuple qu’il·elle étudie ». L'année suivante, Fernau Hall publie un article intitulé «Benesh Notation and Ethnochoreology» dans la même revue, illustrant son propos avec des extraits notés de danses de Sierra Leone, de danse classique chinoise, de Bharatanāṭyam, de danses géorgiennes, ainsi qu’une jota espagnole et une belly dance orientale.
En 1988, Andrée Grau utilise encore le mot « ethnochoréologie » pour désigner « le développement du BMN en anthropologie de la danse », ce qui témoigne de la consolidation de ce terme au sein de la communauté Benesh.
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Un aperçu des projets d'ethnochoréologie Benesh à travers le monde
Les pionniers et les premiers projets
Joan Benesh pratiquait le Bharatanāṭyam, en parallèle de sa carrière de danseuse classique. Dès le lancement du système Benesh en 1955, l’historienne et critique de danse Fernau Hall la met au défi de noter des danses extra-européennes. Celle-ci arrange une rencontre avec Marianne Balchin, spécialiste en danse indienne : ce sera le début d’une longue recherche sur la notation du Bharatanāṭyam.
Suna Eden Şenel étudie au BI puis retourne en Turquie. Elle intègre l’Ankara State Conservatory et commence à y noter des danses folkloriques turques. Frances Green, autrice de la majorité des exemples notés présentés dans l’article de Fernau Hall en 1967, part cette même année pour l’University of Cape Town, puis la quitte rapidement pour sillonner l’Angola et le Mozambique, d’où elle revient avec de nombreuses notes de terrain. L’année suivante, Melvina Youngs Bura se tourne vers des danses de caractère : danses paysannes de Hongrie et Géorgie. Elle rédige un syllabus complet sur le sujet et enseigne au BI, de 1968 à 1976.
Collaboration et Captation
En 1968, après plus de dix ans de travail en commun, Marianne Balchin et le couple Benesh signent un article sur « la danse indienne ». Ils font état d’un projet de recherche conjoint entre le BI et l’Institut für Wissen-schaftlichen Film (Institut allemand du film scientifique) pour déterminer la meilleure façon de filmer les danses indiennes, comme étape préparatoire à l’écriture d’une partition. Les enjeux liés à la captation filmée sont aussi abordés, à la même époque, dans les territoires du Nord de l’Australie. En 1968, à l’initiative et en collaboration avec l’ethnomusicologue Alice Marshall Moyle, Babette Morse coordonne un projet d’expédition et de captation vidéo de danses aborigènes à Bamyili et Delissaville. Elles font appel à l’australienne Elphine Allen, deuxième choréologue diplômée du BI après Faith Worth, qui reçoit une bourse de recherche du Commonwealth government. En 1969, une nouvelle bourse permet à Elphine Allen de se rendre à Groote Eylandt pour mener un projet similaire. En 1972, dans les collines du Rif marocain, Juliette Kando transcrit des musiques traditionnelles en Benesh Rhythm Notation.
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