Mort Shuman, né Mortimer Shuman le 12 novembre 1938 à Brooklyn, New York, et décédé le 2 novembre 1991 à Londres, est une figure marquante de la musique du XXe siècle. Compositeur, chanteur, parolier et acteur américain, il a marqué son époque par son talent éclectique et sa capacité à naviguer entre les cultures américaine et française. Son œuvre, riche et variée, oscille entre les standards de la pop américaine et les mélodies mélancoliques de la chanson française.
Un talent précoce et une ascension fulgurante
Issu d'une famille d'origine polonaise, Mort Shuman montre très tôt des aptitudes pour la musique. Il étudie au conservatoire de New York, où il acquiert une solide formation classique. Cependant, sa passion le porte vers le rhythm'n'blues et la musique populaire. Dès l'âge de 18 ans, il abandonne ses études de philosophie pour se consacrer pleinement à la composition.
En 1958, il s'associe au chanteur Doc Pomus. Leur collaboration s'avère fructueuse, et ils composent ensemble des centaines de chansons destinées à des artistes pop-rock. Le duo Pomus-Shuman devient rapidement une référence dans l'industrie musicale, en écrivant notamment pour Elvis Presley des titres tels que Viva Las Vegas, Marie's the Name (His Latest Flame) et Suspicion, adaptée en français par Pierre Saka sous le titre Obsession pour les Chats Sauvages. Ils contribuent également au répertoire de Ben E. King et Ray Charles.
La découverte de Jacques Brel et l'installation à Paris
Dans les années 1960, Mort Shuman s'établit en Angleterre, où il continue à composer pour des artistes tels que Janis Joplin, Andy Williams et The Small Faces. C'est à cette époque qu'il découvre l'œuvre de Jacques Brel, dont il devient un fervent admirateur. Il adapte en anglais Amsterdam, qui sera interprétée par David Bowie.
En 1966, Mort Shuman s'installe à Paris, attiré par la culture française et la personnalité de Jacques Brel. Il coécrit les adaptations anglaises des chansons de Brel et participe à la comédie musicale Jacques Brel Is Alive and Well and Living in Paris, qui révèle Brel au public anglo-saxon. Le spectacle est un succès à Broadway et est repris à l'Olympia à Paris dans les années 1970.
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Le succès en France et les collaborations prestigieuses
Encouragé par le succès de la comédie musicale, Mort Shuman se lance dans une carrière de chanteur en France. Son allure débonnaire, sa voix grave et ses musiques orchestrées à la mode de l'époque lui valent un succès populaire. Il collabore avec des paroliers talentueux, dont Etienne Roda-Gil, avec qui il noue une complicité artistique et une amitié durable.
Ensemble, ils créent des chansons devenues des classiques de la chanson française, telles que Le Lac Majeur (1972), Brooklyn by the Sea, Papa Tango Charly (1976) et Sorrow. Le Lac Majeur, en particulier, connaît un succès retentissant malgré sa durée inhabituelle de plus de cinq minutes. D'autres succès incluent Sha Mi Sha, Un été de porcelaine, et Obsession.
Mort Shuman compose également pour de nombreux artistes français, dont Michel Sardou, Johnny Hallyday et Eddy Mitchell. Il écrit notamment J'te vois plus pour Alain Souchon.
Un artiste discret et un amoureux de la France
Malgré son succès, Mort Shuman reste un artiste discret, préférant se concentrer sur la composition. Très affecté par la disparition de Jacques Brel en 1978, il espace la sortie de ses albums et renonce à la scène. Il s'installe à Londres en 1982, mais revient épisodiquement en France, notamment dans sa villa de Caudéran, près de Bordeaux.
Mort Shuman était un véritable amoureux de la France, de sa culture et de son art de vivre. Il appréciait particulièrement le vin de Bordeaux et la gastronomie française. Il s'était fiancé à Maria Pia, originaire de Caudéran, témoignant de son attachement à cette région.
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Un héritage musical durable
Mort Shuman décède le 2 novembre 1991 à Londres, des suites d'un cancer du foie, à l'âge de 53 ans. Il laisse derrière lui une œuvre musicale riche et variée, qui continue d'être appréciée par de nombreuses générations. Ses chansons, souvent mélancoliques et poétiques, témoignent de sa sensibilité et de son talent exceptionnel.
En 2001, dix ans après sa disparition, l'émission "Surpris par la nuit" lui consacre un portrait, retraçant son parcours et mettant en lumière les différentes facettes de sa personnalité. Des artistes et des personnalités comme Alain Finkielkraut et Élisabeth de Fontenay témoignent de leur admiration pour son œuvre.
Élisabeth de Fontenay exprime son attachement particulier aux chansons Brooklyn by the Sea et Le Lac Majeur, soulignant le talent de Mort Shuman en tant que musicien et son sens de l'histoire et de la politique. Alain Finkielkraut, quant à lui, confie avoir découvert le répertoire de Mort Shuman grâce à l'émission "Le Bon plaisir" et apprécie particulièrement la chanson Papa-Tango-Charly pour son contraste entre la tristesse des paroles et la gaieté de la musique.
L'héritage musical de Mort Shuman continue de vivre à travers ses chansons, qui sont régulièrement reprises et diffusées. Il reste une figure emblématique de la chanson française et un artiste voyageur qui a su créer des ponts entre les cultures américaine et française.
Analyse de quelques œuvres emblématiques
Le Lac Majeur
Le Lac Majeur, sortie en 1972, est sans doute la chanson la plus emblématique de Mort Shuman en France. Écrite en collaboration avec Etienne Roda-Gil, elle évoque un épisode méconnu de l'histoire italienne, la répression sanglante de l'insurrection de Bologne en 1874. Le texte, riche en images poétiques et en détails triviaux, crée une atmosphère mélancolique et désabusée. La musique, orchestrée avec soin, contribue à l'émotion de la chanson.
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Selon Etienne Roda-Gil, la chanson est née d'un rêve qu'il a raconté à Mort Shuman. L'histoire du feu d'artifice tiré sur le Lac Majeur en juillet 1874 pour sa femme et la pluie de cendres qui en découle symbolisent l'échec de l'insurrection.
Élisabeth de Fontenay considère cette chanson comme un chef-d'œuvre, soulignant le talent de Mort Shuman en tant que musicien et son sens de l'histoire et de la politique.
Papa Tango Charly
Papa Tango Charly, sortie en 1976, est une autre chanson marquante du répertoire de Mort Shuman. Également écrite en collaboration avec Etienne Roda-Gil, elle raconte l'histoire d'un homme abandonné qui se suicide. Le contraste entre la tristesse des paroles et la gaieté de la musique est particulièrement saisissant.
Alain Finkielkraut apprécie cette chanson pour son originalité et son absence de pathos. Il souligne également l'importance des noms dans les chansons, qui stimulent l'imagination et créent une poésie.
Brooklyn by the Sea
Brooklyn by the Sea est une chanson qui témoigne des origines américaines de Mort Shuman et de son attachement à sa ville natale. La musique, qui mêle des influences klezmer et blues, crée une atmosphère nostalgique et mélancolique.
Élisabeth de Fontenay considère cette chanson comme un hommage à la communauté juive de Brooklyn et à son histoire. Elle souligne également l'importance de l'accent américain de Mort Shuman, qui lui touche particulièrement.