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#MonPostPartum : Briser le silence sur la réalité de l'après-accouchement

Le hashtag #MonPostPartum a émergé comme un cri du cœur collectif, un mouvement initié par des femmes pour mettre en lumière une période souvent idéalisée et pourtant marquée par des défis physiques et émotionnels considérables : le post-partum. Cet article explore l'origine, l'impact et les revendications portées par ce mouvement qui secoue les réseaux sociaux et appelle à une prise de conscience sociétale.

L'étincelle : une publicité censurée et un besoin d'expression

Tout a commencé début 2020, lorsqu'une publicité de la marque Frida Mom, spécialisée dans les produits post-accouchement, a été censurée par la chaîne américaine ABC lors de la diffusion de la 92e cérémonie des Oscars. La publicité mettait en scène une jeune mère se levant péniblement la nuit pour gérer les réalités souvent douloureuses et inconfortables de l'après-accouchement. Cette censure a provoqué une vague d'indignation, notamment chez la sociologue et militante féministe française Illana Weizman.

En réaction, Illana Weizman a partagé sur son compte Instagram une photo d'elle après son accouchement, portant des couches post-partum. Ce geste simple a déclenché un raz-de-marée de commentaires, de likes et de messages privés de femmes se reconnaissant dans son témoignage. Rapidement, avec l'aide de Morgane Koresh, Ayla Saura et Masha Sacré, le hashtag #MonPostPartum a été créé pour encourager les femmes à partager leurs propres expériences.

Rendre visible l'invisible : témoignages crus et réalités taboues

Les témoignages partagés sous le hashtag #MonPostPartum sont souvent crus et explicites. Ils abordent des sujets rarement évoqués publiquement, tels que les saignements abondants, la douleur des points de suture, les difficultés d'allaitement, la fatigue extrême, la dépression post-partum, les changements corporels, la perte de cheveux, les problèmes urinaires et intestinaux, et l'impact sur la vie sexuelle.

Ces témoignages mettent en lumière la réalité physique et émotionnelle souvent difficile de la période post-partum. De nombreuses femmes décrivent la douleur de l'épisiotomie, les œdèmes à la vulve, les hémorroïdes, les contractions utérines après l'accouchement, les difficultés à s'asseoir ou à marcher, et la sensation d'être passées sous un rouleau compresseur. Elles parlent aussi de la solitude, du manque de soutien et de compréhension, et de la pression sociale de devoir être une mère parfaite.

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"C'est des couches tailles géantes que je n'imaginais pas porter," témoigne Marine, illustrant l'un des aspects concrets et souvent tus de cette période. D'autres évoquent la difficulté de concilier l'amour pour leur enfant avec leurs propres besoins et désirs en tant que femmes et individus.

Lutter contre l'isolement et la culpabilité : normaliser l'imperfection

L'un des principaux objectifs du hashtag #MonPostPartum est de briser l'isolement et la culpabilité que ressentent de nombreuses femmes après l'accouchement. En partageant leurs expériences, elles se rendent visibles les unes aux autres et réalisent qu'elles ne sont pas seules à vivre ces difficultés. Le hashtag permet de normaliser l'imperfection et de déconstruire le mythe de la mère parfaite.

Masha Sacré explique que le hashtag n'est "pas là pour faire peur" mais pour "normaliser l'imperfection". Il s'agit de montrer l'envers du décor pour informer les futures mères et les hommes sur ce qui se passe réellement dans le corps et l'esprit d'une femme après l'accouchement.

En mettant des mots sur leurs souffrances, les femmes se réapproprient leur vécu et refusent de se soumettre à l'injonction de rester pudiques sur leurs difficultés. Elles revendiquent le droit d'exprimer leur douleur, leur fatigue, leur tristesse et leur ambivalence.

Au-delà des témoignages : revendications politiques et sociétales

Le mouvement #MonPostPartum ne se limite pas à la libération de la parole. Il porte également des revendications politiques et sociétales visant à améliorer la prise en charge des femmes après l'accouchement.

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Parmi ces revendications, on retrouve :

  • L'allongement du congé paternité : De nombreuses femmes soulignent l'importance de la présence et du soutien du second parent pendant la période post-partum. Elles militent pour un allongement du congé paternité, actuellement de onze jours en France, afin de permettre une meilleure répartition des tâches et un meilleur soutien à la mère. Une internaute écrit : "#MonPostPartum, c’est la solitude… C’est la blague du “congé maternité” et l’inexistence du “congé paternité”."

  • Une meilleure information et préparation : Les femmes déplorent souvent le manque d'information et de préparation concernant la période post-partum. Elles souhaitent être mieux informées sur les changements physiques et émotionnels qui les attendent, ainsi que sur les ressources et les aides disponibles.

  • Un meilleur suivi médical : Elles souhaitent également un meilleur suivi médical après l'accouchement, avec des professionnels de santé attentifs à leurs besoins et à leurs souffrances. Elisabeth Fourrier, gynécologue obstétricienne, souligne que la prise en charge commence à s'améliorer, grâce à des réseaux créés entre l'Agence régionale de santé et les sages-femmes.

  • La lutte contre les violences obstétricales : Certains témoignages évoquent également des violences obstétricales subies pendant l'accouchement ou après. Le mouvement #MonPostPartum contribue à sensibiliser le public à cette problématique et à encourager les femmes à dénoncer ces violences.

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  • Un soutien accru aux mères isolées : Le hashtag met en lumière la situation particulièrement difficile des mères isolées, qui manquent souvent de soutien familial et social. Le mouvement plaide pour un renforcement des services d'aide et d'accompagnement pour ces femmes.

Un impact croissant : vers une prise de conscience collective

Le hashtag #MonPostPartum a eu un impact considérable sur les réseaux sociaux et dans les médias. Il a permis de briser le silence sur un sujet tabou et de sensibiliser le public aux réalités de la période post-partum.

De nombreuses personnalités publiques, comme la mannequin Ashley Graham, ont relayé le hashtag et partagé leurs propres expériences, contribuant à amplifier le message. Des articles et des reportages ont été publiés dans la presse et à la télévision, donnant une visibilité accrue au mouvement.

Si l'impact à long terme du mouvement #MonPostPartum reste à évaluer, il est indéniable qu'il a contribué à une prise de conscience collective sur les défis de la maternité et à une remise en question des normes sociales et des injonctions qui pèsent sur les femmes.

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