La gestion de la mise bas et de la lactation chez les bovins est un pilier central de la rentabilité et de la durabilité des élevages laitiers. Ces étapes physiologiques, intrinsèquement liées, influencent non seulement la production laitière, mais aussi la santé de la mère et du veau, ainsi que la fertilité future de la vache. Une approche holistique, intégrant des aspects sanitaires, nutritionnels et de bien-être animal, est essentielle pour optimiser ces phases cruciales.
Préparation à la Mise Bas : Un Investissement pour l'Avenir
Les dernières semaines de gestation, généralement les 4 à 6 dernières, représentent une période charnière pour la santé globale du troupeau. Ces semaines conditionnent la reprise des cycles de reproduction et une lactation abondante. Prendre soin du troupeau en fin de gestation est donc un investissement qui génère des économies substantielles.
Gestion Sanitaire Préventive
La gestation est une période de tension physiologique pour la vache. Afin de préserver la santé des femelles, un bilan sérologique des maladies abortives peut être réalisé en préventif ou en cas d'avortement. Des vaccins existent pour protéger le troupeau contre certaines maladies (fièvre Q, chlamydiose…), protégeant également les personnes en contact avec l'élevage.
Parallèlement, il est possible de renforcer l'immunité des nouveau-nés contre les maladies néonatales (diarrhées infectieuses, pathologies respiratoires…) grâce aux anticorps que la mère développe pendant la gestation.
Le statut parasitaire des animaux doit également être surveillé. Le foie jouant un rôle crucial dans le métabolisme des ruminants, des coproscopies sont recommandées pour un traitement ciblé et raisonné. La grande et la petite douve peuvent provoquer des toxémies de gestation et des avortements, et perturber la synthèse des immunoglobulines du colostrum.
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Couverture des Besoins Nutritionnels
Les besoins nutritionnels des futures mères augmentent considérablement pendant le dernier mois de gestation, en raison du développement rapide des fœtus (70 à 80 % du poids de la portée). Or, la capacité d'ingestion de la mère diminue en raison de la croissance des fœtus. Pour éviter qu'elle ne puise dans ses réserves corporelles, il est impératif d'adapter l'alimentation pour couvrir ses besoins spécifiques en énergie, azote, oligo-éléments, vitamines et minéraux. Le rationnement des fourrages encombrants est conseillé pour éviter les prolapsus du vagin. Il convient d'équilibrer la ration avec un apport de concentré, en fonction de la ration de base, du poids vif des animaux et du niveau de prolificité attendu. Des déficits nutritionnels en fin de gestation peuvent entraîner une mortalité accrue.
L'alimentation en fin de gestation influence le poids de naissance et conditionne les futures performances zootechniques. Elle se caractérise par une incapacité de la future mère à fournir les besoins en énergie et en glucose aux fœtus lors du dernier mois de gestation. Les besoins ne sont alors plus couverts par la ration ou par une ingestion suffisante du fait de la compétition entre le volume de l’utérus et celui du rumen. Pour faire face à ces besoins, la femelle va mobiliser de façon importante ses réserves de graisses.
Prévention de l'Hypocalcémie
L'hypocalcémie, un trouble temporaire de la quantité de calcium dans le sang, est une autre préoccupation majeure. Les besoins en calcium augmentent brutalement lors de la synthèse du colostrum, et cette forte mobilisation se poursuit jusqu'au pic de lactation. Les apports calciques alimentaires et la décalcification osseuse sont souvent insuffisants pour couvrir les besoins de la fin de gestation.
Le calcium intervient dans l'immunité et les contractions musculaires. L'hypocalcémie peut entraîner des torsions de matrice, des prolapsus, des vêlages lents, une atonie utérine, et impacter la qualité et la quantité de colostrum et de lait. Elle peut également allonger la gestation, entraîner une mauvaise vidange de l'utérus et augmenter les risques de métrite. De plus, elle est préjudiciable pour la santé des veaux, augmentant les risques d'ataxie cérébrale, d'épuisement et de sensibilité aux infections.
Pour lutter contre l'hypocalcémie, il est recommandé de mettre les mères en acidose métabolique (BACA Négatif), ce qui permet d'assurer une bonne circulation du calcium et du magnésium dans le sang. Cela implique d'éviter les aliments riches en potassium et urée, tels que l'herbe jeune, les légumineuses, les tourteaux avec urée et le bicarbonate de sodium.
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Importance des Oligo-éléments
Les oligoéléments jouent un rôle essentiel pour la mère (contractions utérines, métrites, production laitière, avortement, santé générale) et pour ses petits (adaptation à la vie extra-utérine, réchauffement, protection du poumon, assimilation des anticorps du colostrum, résistance aux maladies). Une carence chez la mère se traduit par un transfert insuffisant aux petits, les rendant moins vigoureux et plus sensibles aux infections. Une cure d'oligoéléments en fin de gestation est donc indispensable, soit par des apports sous forme de granulés, soit en bolus. Le sélénium, l'iode, le zinc, le cuivre, le manganèse et le fer sont particulièrement importants.
Gestion du Tarissement : Préparer la Lactation Future
Le tarissement, période d'interruption de la sécrétion de lait, est une étape cruciale qui s'étend de 45 à 60 jours avant la mise-bas. Il permet à la mamelle de se régénérer et de se préparer pour la lactation suivante.
Alimentation Pendant le Tarissement
Quinze jours avant le tarissement, les concentrés doivent être diminués, voire supprimés les 3 ou 4 derniers jours de lactation. Il faut éviter une diète de fourrage ou d'eau, qui stresse beaucoup la vache et qui peut entraîner un amaigrissement non négligeable. La vache ne doit ni s'engraisser ni maigrir. Sa Note d’Etat Corporel (NEC) doit être idéalement de 3,25 à 3,75 à l’entrée au tarissement et se maintenir ainsi jusqu’au vêlage. Si une vache est tarie trop grasse, elle ne doit pas perdre d’état sous peine d’être pénalisée, par une diminution plus précoce et plus importante de sa capacité d’ingestion en fin de tarissement.
La ration alimentaire doit être peu énergétique et assez encombrante (riche en fibres et pauvre en glucides). La quantité de matière sèche ingérée quotidiennement doit être entre 12 et 14 kg (environ 2% du poids vif de l'animal). Cela permet de maintenir un bon volume du rumen, indispensable à une reprise d'appétit précoce après le vêlage.
Pour réduire les apports énergétiques, il est important d'associer le fourrage à de la paille ou du foin de qualité moyenne. La ration doit être appétente pour éviter le tri.
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Préparation du Rumen
Pour permettre une efficacité de la flore bactérienne du rumen dès le vêlage, les fourrages et concentrés de la ration des vaches en lactation doivent être réintroduits progressivement dans les trois semaines précédant la mise-bas. Durant le début du tarissement, la taille des papilles ruminales peut diminuer jusqu'à 50 %. La capacité d'ingestion diminue durant cette 2e phase, cela étant dû à la place toujours plus grande prise par l'utérus dans le dernier mois de gestation, comprimant le rumen. Les jours précédant le vêlage, cette capacité d'ingestion diminue de 30 à 35 %, une vache de 650 kg ne consomme alors plus qu'environ 9 kg de matière sèche.
Renforcement du Système Immunitaire
Le système immunitaire est affaibli dans les 4 semaines entourant le vêlage, rendant la vache plus sensible aux infections, notamment les mammites d'environnement. Il est donc crucial de renforcer l'immunité en complémentant les animaux en oligo-éléments et vitamines : zinc, sélénium, vitamines A, C et E, cuivre, manganèse, fer.
La Mise Bas : Un Moment Clé
La réussite de la mise bas est un facteur déterminant pour la santé de la vache et du veau, ainsi que pour le démarrage de la lactation.
Surveillance et Assistance
Une surveillance attentive des vaches en fin de gestation est essentielle pour détecter les signes de début de travail et intervenir si nécessaire. Une assistance au vêlage peut être requise en cas de dystocie (difficulté à la mise bas).
Soins Post-partum
Après la mise bas, il est important de s'assurer que la vache expulse le placenta (délivrance). Délivratal B18TE, un mélange de macérât de plantes, peut faciliter la délivrance et favoriser l'involution utérine. En cas d'écoulements douteux, il peut être administré sur quelques jours. Hygiénatal B62TE, un autre mélange de macérâts de plantes, peut être pulvérisé dans le vagin pour stimuler les défenses de l'utérus.
Gestion du Colostrum
Le colostrum, premier lait produit après la mise bas, est riche en anticorps et essentiel pour l'immunité du veau. Il est crucial de s'assurer que le veau ingère une quantité suffisante de colostrum de bonne qualité dans les premières heures de vie. La qualité du colostrum peut être mesurée à l'aide d'un réfractomètre. Si le colostrum est de mauvaise qualité, il faut en donner davantage. Globalement, on estime la quantité à ingérer à un litre par kg de poids vif, soit 10 %. Il est conseillé de s'assurer d'une bonne prise de colostrum dans les deux heures après le vêlage.
La Lactation : Optimiser la Production Laitière
La lactation est la période pendant laquelle la vache produit du lait. La production laitière suit une courbe typique, avec une augmentation progressive jusqu'au pic de lactation, puis une diminution lente jusqu'au tarissement.
Alimentation Pendant la Lactation
Le début de lactation se caractérise par une forte production de lait par rapport au niveau d'ingestion de la vache. Son appétit ne lui permet pas de couvrir ses besoins en énergie. Elle doit donc puiser dans ses réserves corporelles. C'est un phénomène normal, mais qui ne doit pas durer.
Plus une vache est grasse au vêlage, moins elle aura d'appétit en début de lactation. Elle aura tendance à maigrir énormément. Plus ses réserves corporelles sont importantes, plus elle mobilisera du gras. Ces acides gras vont inonder et saturer le foie, entraînant une dégradation incomplète des graisses et une production de corps cétoniques. L'idéal est d'amener les vaches au vêlage avec un état corporel de 3,25 à 3,75.
La prévention du déficit énergétique passe aussi par une bonne préparation du système digestif pendant la période sèche. Il faut maintenir la taille des papilles ruminales et des villosités intestinales. En fin de tarissement, il est essentiel de maintenir le niveau de concentration énergétique de la ration au regard des quantités de matière sèche ingérée.
Le premier mois après le vêlage, la ration doit être sécurisée, raisonnée en privilégiant la santé des vaches plutôt que la production. La ration doit être appétente, accessible et riche en fibres digestibles. Il faut éviter les excès d'amidon et maintenir un niveau de fibrosité suffisant. Une augmentation progressive des apports en concentrés est recommandée. Les fibres doivent être coupées courtes (2-3 cm) pour éviter le tri. L'abreuvement doit être suffisant.
Surveillance de la Santé
Toute baisse d'ingestion doit alerter. Une vache qui ne s'approche pas de l'auge est un signe que quelque chose cloche. Il faut s'interroger sur la présence de métrite, de rétention placentaire, de boiteries ou de mammites. Une augmentation de la température rectale entre la première et la seconde semaine de lactation est un autre indicateur.
Importance de l'Eau
Une eau propre et disponible dès le premier jour de vie du veau est nécessaire : « De la première à la troisième semaine, le veau a besoin de 1 voire 1,5 litre d’eau par jour. En élevage laitier, la gestion de la reproduction conditionne fortement la productivité de l'exploitation.
Reproduction : Un Facteur Clé de la Productivité
La gestion de la reproduction est un facteur clé de la productivité en élevage laitier. L'objectif est généralement d'obtenir un veau par vache et par an. Sachant que la gestation dure environ 275 jours, l'insémination fécondante doit avoir lieu dans les 3 mois (90 jours) qui suivent la mise bas.
Pendant les 30 premiers jours après vêlage a lieu l'involution utérine, période durant laquelle l'utérus reprend sa taille normale. Il faut donc attendre le cycle suivant (45-50 jours) avant d'espérer pouvoir inséminer pour la première fois la vache. Pour garder un cycle de 365 jours, la fenêtre temporelle de fécondation est donc de 45 jours. C'est dans cette période qu'il faut surveiller les chaleurs des animaux.
Un Intervalle Vêlage - Vêlage (IVV) optimal est de 365 jours pour des vaches produisant environ 8 000 L de lait par an. L'Intervalle Vêlage - Insémination Artificielle fécondante (IVIAF) doit idéalement être inférieur à 90 jours.
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