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La Menace sur le Berceau : Définition et Implications

Introduction

La notion de "menace sur le berceau" est complexe et multiforme. Elle englobe des dangers qui pèsent sur le développement et l'épanouissement des individus dès leur plus jeune âge, et par extension, sur l'avenir de la société. Cette menace peut prendre des formes diverses, allant des violences physiques et psychologiques aux manipulations éducatives et aux pressions sociétales. Cet article explorera les différentes facettes de cette menace, en s'appuyant sur des exemples concrets et des analyses approfondies.

Les Attentats du 11 Septembre et l'Antiterrorisme : Une Menace pour les Démocraties

Depuis les années 1990, et surtout depuis les attentats du 11 septembre 2001, les États-Unis et les États de l’Union européenne ont multiplié les initiatives censées « répondre aux menaces du terrorisme islamiste ». Ces initiatives incluent le durcissement des législations, le renforcement de la coopération antiterroriste internationale et des actions ouvertes ou clandestines violant souvent le droit international.

Les effets de sidération produits par des attentats spectaculaires et meurtriers ont largement inhibé l’attention critique des citoyens face aux autres menaces que beaucoup de ces initiatives font peser sur les démocraties. Un livre collectif, Au nom du 11 septembre, coordonné par Didier Bigo, Laurent Bonelli et Thomas Deltombe, analyse la centralité de cet « antiterrorisme » dans la nouvelle géopolitique mondiale et son impact sur la vie politique des États démocratiques, notamment les opérations militaires, la surveillance généralisée, et les pratiques d’exception et de désinformation.

Le thème des valeurs menacées, particulièrement développé au Royaume-Uni, est au cœur des discours gouvernementaux sur la protection de la sécurité nationale et de la sûreté publique. L’idée que les terroristes cherchent à détruire les régimes démocratiques et les principes qui les sous-tendent, à savoir l’état de droit et les libertés fondamentales, va de pair avec l’affirmation de la menace qu’ils font peser sur le mode de vie des populations visées.

En dépit de sa simplicité apparente, ce terme reste toutefois fort ambigu : présumant l’existence d’une culture homogène et communément acceptée par la population britannique, il met en avant l’image d’une communauté imaginaire, dans la mesure où il nie les diversités culturelles, les nuances émergeant au sein d’une même culture, ainsi que les différentes positions politiques des membres d’une communauté. En écartant la complexité de la vie sociale pour véhiculer une image binaire d’une réalité sociale imaginaire, la rhétorique de la mise en péril amplifie la dangerosité des terroristes, présentés comme irréductiblement hostiles à un système compact de valeurs et de normes. La menace qu’ils font peser sur la société britannique se trouve ainsi renforcée par l’idée implicite que cette communauté prétendument homogène ne peut et ne devrait pas changer. Par conséquent, les agresseurs seraient encore plus dangereux, puisqu’ils incarnent la différence et l’incertitude, à savoir une force chaotique qui brise l’ordre de la vie ordinaire.

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Le même souci de légitimation des mesures antiterroristes semble aussi sous-tendre le recours à la valeur de la liberté, dont la présentation relève d’un schéma idéologique complexe. D’abord, dans les rares cas où celle-ci est définie de manière positive, en tant que liberté de pensée et d’action, elle n’apparaît pas comme valeur universelle, applicable à tous les pays, mais comme un corollaire des régimes démocratiques. La liberté menacée par le terrorisme est perçue comme valeur politique, émanant d’une certaine idéologie propre aux démocraties libérales de type occidental.

Cette définition sélective de la liberté va de pair avec une autre interprétation de celle-ci qui, procédant par raisonnement inverse, la définit de manière négative. Selon cette représentation, le terrorisme n’est pas perçu comme une menace pesant sur la liberté d’agir des personnes au sein d’une société démocratique, mais comme une menace dont les personnes doivent se libérer afin de pouvoir jouir de tous leurs droits. Par conséquent, les discours publics sur la liberté se transforment en discours sur la peur face à une menace nouvelle et particulièrement grave, contre laquelle il convient d’adopter des mesures, même restrictives des libertés publiques. Or, affirmer que la sécurité « est l’une des conditions d’exercice » de la liberté individuelle équivaut à une véritable mise en cause des fondements de tout régime démocratique. La liberté cesse en effet d’être considérée comme la condition qui rend possible l’existence même de la démocratie, d’où découlent tous les autres droits, pour être assimilée à ces droits.

D’un intérêt politique manifeste, parce qu’elle légitime de nouvelles politiques antiterroristes, cette reconfiguration des relations établies entre le pouvoir exécutif et le peuple en démocratie soulève de nombreuses questions quant à la place désormais réservée à la liberté. En effet, ce discours public impose une définition variable de la liberté, selon que le pays se trouve en temps de paix ou de guerre. Car, bien qu’il ne soit pas explicitement précisé, il paraît évident que l’équivalence entre la sécurité et la liberté ne vaut pas en temps de guerre, où les personnes sont censées accepter de mettre en péril - voire de sacrifier - leur vie au nom de la sauvegarde de leur liberté.

L’analyse des discours politiques britanniques et français fait ainsi apparaître une série de similitudes et divergences. D’abord, dans les deux pays, la définition du terrorisme international s’articule autour d’un schéma semblable, appuyé sur les éléments constitutifs de la menace, les valeurs mises en péril et l’établissement d’une rupture symbolique entre les terroristes et les communautés nationales. Toutefois, alors que ces similitudes semblent résulter in fine du fonctionnement du champ politique et de celui de la sécurité, aux niveaux national et international, les différences paraissent obéir à d’autres critères, inscrits plutôt au niveau national. L’examen de ces divergences, à la lumière de la politique suivie par chacun des deux pays en matière de sécurité internationale, révèle en effet un lien puissant entre les modes de représentation de la menace et les modes de gestion de la lutte contre le terrorisme international. Car si la France, à l’instar du Royaume-Uni, s’est pleinement engagée dans la « guerre » juridique contre le terrorisme, à travers le durcissement des mesures législatives au niveau national en 2001 et 2003 et la participation active à la mise en place de nouveaux mécanismes de contrôle et de coopération policière et judiciaire au niveau international, elle est restée beaucoup plus réservée face à la perspective d’engagements militaires. Sans doute, les positions britannique et française par rapport à la guerre en Irak reflètent-elles des prises en considération d’enjeux géopolitiques différents, effectuées bien après les attentats terroristes du 11 septembre 2001.

Violences Faites aux Femmes : Une Menace Insidieuse

La violence faite aux femmes constitue une autre forme de menace sur le berceau, souvent cachée et minimisée. Des femmes comme Emmanuelle, Ghizlaine, Teresa, Sonia, Séverine, Carmel, Saida, Anne-Gaëlle, et Christine ont connu l’humiliation, le mépris, l’emprise d’un homme, d’un compagnon ou d’un mari. La peur pour elles-mêmes et leurs enfants les a souvent conduites à l’isolement, jusqu’au jour où elles ont dit "Stop !" et trouvé, en elles, la force, le courage, l’envie de partir pour se relever, se reconstruire.

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Des structures comme La Source, un accueil de jour pour les femmes victimes de violences, et Le Bercail, une résidence sociale mère-enfants d'urgence d'Apprentis d'Auteuil à Chartres, jouent un rôle crucial dans l'accompagnement de ces femmes. Elles sont accompagnées, pas à pas, par la directrice des établissements, des éducatrices, des psychologues, des conseillères conjugales et des bénévoles. Chacune à son rythme, avec ou sans enfants, a cheminé vers une nouvelle vie.

L’exposition "Paroles de femmes libres" est le fruit d’une année de travail et de rencontres, orchestrée avec douceur et patience par Aurélie Sadio, intervenante sociale à La Source, mise en images par Patrick Pierre et Émilie Boutoil. La ville de Chartres et de nombreux partenaires l’ont rendue possible. Mais tout le mérite en revient à Saida, Emmanuelle, Ghizlaine, Christine, Maëlys, Teresa, Sonia, Carmel et Séverine accueillies dans nos établissements. C’est un cadeau qu’elles nous font !

Les témoignages de ces femmes révèlent l'ampleur des violences subies et la difficulté de s'en sortir. L'importance du soutien moral et de l'orientation vers les personnes ou les organismes compétents est cruciale pour briser le cycle de la violence.

La Pédagogie Noire : Une Menace Psychologique

La Pédagogie noire, concept popularisé par la psychothérapeute Alice Miller, désigne une attitude parentale fondée sur le mépris et la persécution de la vitalité de l’enfant. Katharina Rutschky, dans son recueil de textes sur l’éducation allemande des XVIIIe et XIXe siècles, Schwarze Pädagogik, a fait un inventaire des techniques de conditionnement éducatif auxquelles recouraient à l’époque les adultes pour briser la volonté de l’enfant sans que ce dernier ne soit jamais en mesure de retrouver par lui-même l’origine d’une telle répression. Ces méthodes traditionnelles, souvent justifiées par la religion, érigeaient en principes absolus l’obéissance face au Père et l’éradication de toute vie autonome chez l’enfant, par le moyen de ruses et de violences.

Alice Miller mentionne les présomptions que l’obéissance rend fort, que le sentiment du devoir engendre l’amour, qu’on peut tuer la haine par des interdits, qu’un sentiment élevé de sa propre valeur est nuisible ou encore que la dureté et la froideur sont une bonne préparation à l’existence. L’obéissance de l’enfant à l’autorité parentale est la clé de voûte de tout le système éducatif. De cette obéissance va dépendre l’ensemble des dispositions que les parents pourront prendre pour modeler le caractère de l’enfant en fonction de leurs convenances personnelles. C’est pourquoi une soumission totale doit être obtenue très tôt, par les moyens les plus violents, afin que la terreur intériorisée par l’enfant puisse être réactivée facilement quand le parent le désire.

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Le Dr Daniel Gottob Moritz Schreber, dont Freud relate le cas du fils paranoïaque dans son livre The Schreber Case, avait écrit plusieurs manuels d’éducation très populaires en Allemagne, au XIXe siècle, dans lesquels il répète inlassablement qu’il faut très tôt « libérer l’enfant des germes du Mal. » Certains de ses textes, réédités quarante fois, ont été traduits dans plusieurs langues. Il estime qu'il ne suffit plus, comme dans les premiers temps, d’adopter une attitude d’attente patiente, il convient déjà de manifester son opposition […] par une rapide tentative de détourner l’attention, des formules sévères, des gestes de menace, des petits coups contre le lit et, si tout cela ne suffit pas, par des admonestations physiquement tangibles […]. Que l’on applique ce type de méthode une fois ou tout au plus deux - et l’on est maître de l’enfant pour toujours. La méthode permet d’imposer rapidement au tout-petit un comportement « acceptable » puis de lui rappeler son devoir discrètement, à la moindre incartade. L’un des objectifs de la Pédagogie noire, c’est de priver l’enfant de toute sensibilité.

Cette dynamique inconsciente fonctionne en trois temps : (1) Le parent se convainc tout d’abord que l’enfant est responsable de la souffrance qu’il exprime, qualifiant par exemple de « caprices » les pleurs du tout-petit ; (2) sur la base de cette interprétation, l’adulte justifie ensuite l’éducation qu’il a lui-même subie, notamment le recours à la violence physique ; (3) tout en affichant clairement son intention d’être le « maître », il se disculpe finalement en se persuadant que ses interventions ont un caractère désintéressé et sont même bénéfiques pour l’enfant.

D’autres pédagogues de l’époque affirment clairement que l’effort d’éducation doit viser la soumission aveugle à l’autorité du Père. C’est pourquoi, toute manifestation d’une volonté propre chez l’enfant est perçue comme une malicieuse offensive engagée contre la figure paternelle. Cette conviction justifie par exemple la brutale répression que préconise le médecin et philosophe allemand Johann Gottlob Krüger en réponse à ce qu’il nomme « l’entêtement » de l’enfant. Il estime pour sa part qu'il ne faut jamais frapper les enfants pour des fautes commises par faiblesse. Le seul vice qui mérite des coups est l’entêtement. Il ne faut pas battre un enfant parce qu’il apprend mal, il ne faut pas le battre parce qu’il est tombé, il ne faut pas le battre parce qu’il a fait du mal sans le vouloir, il ne faut pas le battre parce qu’il pleure : mais il est parfaitement légitime de le battre pour toutes ces fautes et même pour d’autres petites choses quand il les a faites par méchanceté. Si votre fils ne veut rien apprendre pour ne pas céder à ce que vous voulez, s’il pleure à dessein pour vous braver, s’il fait du mal pour vous irriter, bref s’il fait sa petite tête : Battez-le, faites le crier : Non, non, papa, non, non ! Car une telle désobéissance est une déclaration de guerre contre votre personne. Votre fils veut vous prendre le pouvoir, et vous êtes en droit de combattre la force par la force, pour raffermir votre autorité, sans quoi il n’est pas d’éducation.

Dans son aveuglement, le père exige que ses enfants livrent une guerre contre leur vérité intérieure au nom de celle qu’il a menée contre la sienne. Il perpétue ainsi la violence subie et cautionne la croyance que le Mal est en l’Homme. De plus, en valorisant son impuissance à accueillir ses sentiments, il transmet à sa descendance ce terrible handicap.

Pour les idéologues de la Pédagogie noire, la toute-puissance paternelle découle de la foi en une sagesse suprême et n’a d’autre alibi que sa propre soumission à l’ordre divin universel - une représentation symbolique de l’univers familial patriarcal dans lequel ils ont grandi et souffert. Cette conception justifie le mépris qu’ils affichent pour l’épanouissement de l’enfant.

Katharina Rutschky fait remarquer : « Une terreur jalouse pousse ces éducateurs masculins à détruire le couple constitué par la mère et son enfant, particulièrement si ce dernier est un garçon. » Dans ce cas, l’éventualité que l’enfant puisse vivre une satisfaction qu’ils n’ont pas eux-mêmes connue leur est insupportable.

À l’image d’Abraham s’apprêtant à immoler son fils Isaac par soumission au Père céleste (Genèse 22, 2), le père terrestre justifie ce sacrifice en arguant que « le véritable amour vient du cœur de Dieu ». On comprend dès lors que « l’épanouissement de l’être intérieur » prenne un sens paradoxal puisque cette idée suppose que l’enfant abandonne toute spontanéité, c’est-à-dire finalement toute vie propre. L’apprentissage de cette abnégation exige qu’il accepte ce qui lui « fait mal » comme un gage de sa survie.

Ce genre de contresens conduit les promoteurs de la Pédagogie noire à considérer la douleur comme un auxiliaire « naturel » dans l’éducation de l’enfant et le développement de son sens moral. À leurs yeux, il serait donc nuisible qu’un parent ou un éducateur manifeste une quelconque compassion à l’égard de la détresse d’un enfant.

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