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La Maternité Port-Royal : Une Histoire Riche et Complexe

La Maternité Port-Royal, un établissement emblématique de l'histoire obstétricale française, trouve ses racines dans un passé riche et complexe, marqué par des transformations profondes et des figures influentes. De sa fondation à la fin du XVIIIe siècle à son intégration au sein d'un groupe hospitalier moderne, la Maternité a traversé les époques, s'adaptant aux évolutions médicales et sociales tout en conservant sa vocation première : l'accueil et l'accompagnement des femmes enceintes et des nouveau-nés.

Des Origines Révolutionnaires à la Maison de l'Allaitement (1795-1814)

L'histoire de la Maternité Port-Royal débute en 1795, en pleine période révolutionnaire. L'hospice de la Maternité est fondé dans l'ancienne abbaye de Port-Royal, un lieu chargé d'histoire qui avait été supprimé au début de la Révolution. Transformée en prison de Port-Libre, ou prison de la Bourbe, en 1793-1794, l'abbaye retrouve une vocation sociale lorsque la Convention la restitue et décrète sa mise à disposition de l'administration générale des hospices.

L'établissement est alors destiné à accueillir les enfants trouvés de moins de deux ans et leurs nourrices, qui étaient hébergés depuis plusieurs mois dans les bâtiments du Val-de-Grâce, ainsi qu'aux femmes en fin de grossesse. Devenu le siège d'un service d'allaitement, il prend le nom de Maison de l'Allaitement.

L'Installation Définitive et l'Évolution des Services (1814-1900)

Un tournant majeur dans l'histoire de la Maternité se produit en juin 1814, lorsque le Conseil général des hospices décide de transférer les services d'accouchement de l'Oratoire (un établissement voisin) ainsi que l'École d'accouchement dans la bâtisse de Port-Royal. C'est à partir de ce moment que l'établissement prend le nom de Maternité.

La séparation géographique des sections "Allaitement" et "Accouchement" pose des problèmes pratiques, obligeant les femmes enceintes hospitalisées à la Bourbe à traverser les jardins de Port-Royal et la rue d'Enfer pour rejoindre la section "Accouchement". Pour remédier à cette situation, une permutation des deux sections est envisagée, conférant à chacune une autonomie respective : l'Oratoire serait consacré aux enfants abandonnés et Port-Royal à l'accouchement.

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L'installation définitive de l'hospice et de l'école s'effectue le 1er octobre 1814. La Maternité voit sa capacité d'accueil évoluer au fil des décennies, passant de 500 lits réservés aux femmes en couches en 1802 à 433 en 1820, puis à 328 en 1840.

Malgré l'ouverture en 1890 de la clinique Baudelocque sur une partie de son domaine, l'établissement subit peu de transformations majeures. En 1900, la Maternité gère 433 lits, répartis en 283 lits pour femmes en couches et 160 berceaux.

La Clinique Baudelocque : Un Centre d'Enseignement et de Recherche (1890)

La création de la clinique Baudelocque en 1890 marque une étape importante dans l'histoire de la Maternité Port-Royal. Soucieux de fonder une seconde clinique obstétricale à Paris, le conseil de la Faculté de médecine propose dès 1886 à l'Assistance publique d'occuper un terrain situé sur le domaine de la Maternité, boulevard de Port-Royal. Cette seconde chaire d'obstétrique prend le nom de clinique Baudelocque en hommage au médecin accoucheur.

La clinique obstétricale de la Faculté n'est pas un simple service d'accouchement, mais un lieu d'enseignement pour les étudiants en médecine et un centre de recherches. Adolphe Pinard, titulaire de la chaire de Baudelocque en 1889, révolutionne la science obstétricale par sa communication sur « la puériculture intra-utérine » (1895), qui est à l'origine des consultations pour femmes enceintes.

Pendant sa longue carrière, Adolphe Pinard se bat sur tous les fronts, demande l'interdiction du travail pour les femmes enceintes et s'oppose courageusement à la loi de 1920 condamnant l'avortement.

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Reconstruction et Modernisation (1920-1960)

Au début du XXe siècle, les bâtiments de la Maternité sont devenus trop vétustes pour accueillir les patientes. L'administration hospitalière opte en 1920 pour la reconstruction de l'établissement. En accord avec la Faculté de médecine, elle accepte l'exécution du legs Valancourt qui permet l'édification, à la place des baraquements voués à la démolition, d'une structure nommée polyclinique Valancourt.

L'édification des nouvelles bâtisses imaginées par l'architecte Émile Laurent s'opère de 1922 à 1929. La reconstruction de la maternité Baudelocque ne bouleverse pas la destination de l'établissement, elle permet sa réorganisation grâce notamment à l'ouverture d'un centre d'assistance médico-sociale.

Alexandre Couvelaire, qui a succédé en 1914 à Pinard, continue à la clinique la lutte pour l'antisepsie. Mais les femmes de l'entre-deux-guerres craignent encore d'accoucher hors de leur domicile, par peur de la fièvre puerpérale d'une part, mais aussi parce que l'hôpital est le lieu des filles « de mauvaise vie ». Nataliste convaincu, Couvelaire consacre tous ses efforts à la protection des femmes enceintes. Il remanie la clinique Baudelocque, crée des pavillons pour isoler les tuberculeuses et les syphilitiques. Sa préoccupation première est de « sauver la graine » et de repeupler la France.

Rapprochement et Intégration Hospitalière (1960 à nos jours)

Dans les années 1960, les deux maternités voisines de Baudelocque et Port-Royal se rapprochent et sont rattachées progressivement à l'hôpital Cochin, faisant partie du même groupe hospitalier. A partir de 1960, les deux maternités tiennent en commun les registres d'entrées. Rattaché à l'hôpital Cochin, l'établissement fait partie depuis 2020 du groupe hospitalo-universitaire AP-HP.

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