La dysménorrhée, caractérisée par des douleurs menstruelles, est un problème courant qui affecte de nombreuses femmes. Ces douleurs se manifestent généralement juste avant ou pendant les règles et peuvent impacter considérablement la qualité de vie. Cet article vise à explorer en profondeur les causes de ces douleurs, en distinguant la dysménorrhée primaire de la dysménorrhée secondaire, et en abordant les options de diagnostic et de traitement disponibles.
Dysménorrhée primaire : quand les prostaglandines sont en cause
La dysménorrhée primaire est la forme la plus courante de douleurs menstruelles, apparaissant souvent à l'adolescence ou au début de l'âge adulte. Dans ce cas, les douleurs sont principalement dues à une production excessive de prostaglandines par la muqueuse utérine (l'endomètre).
Le rôle des prostaglandines
Les prostaglandines sont des substances hormonales qui provoquent la contraction de l'utérus. Chez certaines femmes, ce processus est plus intense, entraînant des contractions utérines prononcées qui se traduisent par des crampes douloureuses dans le bas-ventre, le dos, voire les cuisses.
Règles abondantes et dysménorrhée primaire
Les règles abondantes peuvent accompagner la dysménorrhée primaire. Plus l'endomètre est épais, plus la production de prostaglandines peut être importante, ce qui augmente à la fois la quantité de sang et l'intensité des contractions. Cependant, il est important de noter que toutes les femmes ayant des règles abondantes ne souffrent pas systématiquement de douleurs extrêmes.
Dysménorrhée secondaire : identifier la cause sous-jacente
La dysménorrhée secondaire désigne des douleurs menstruelles dues à une cause clairement identifiée. Contrairement à la dysménorrhée primaire, elle est souvent le signe d'une affection sous-jacente.
Lire aussi: Masse volumique du lait maternel
Endométriose : une cause fréquente de dysménorrhée secondaire
L'endométriose est une affection caractérisée par la présence de tissu semblable à celui de l'endomètre en dehors de l'utérus, par exemple sur les ovaires, les trompes ou la paroi pelvienne. Ces fragments d'endomètre ectopiques réagissent aux hormones ovariennes de la même manière que la muqueuse utérine, se développant et saignant à chaque cycle menstruel. Cela peut provoquer des douleurs pelviennes chroniques, des douleurs pendant les rapports sexuels et des saignements irréguliers. L'endométriose touche environ 10 % des femmes en âge de procréer.
Adénomyose : une forme d'endométriose interne
L'adénomyose est une autre cause de dysménorrhée secondaire. Elle se produit lorsque le tissu endométrial s'infiltre à l'intérieur même de la paroi musculaire de l'utérus (myomètre). Cette infiltration peut entraîner des douleurs menstruelles intenses et des saignements abondants.
Quand consulter un médecin ?
Il est important de consulter un médecin si vous remarquez que vos règles deviennent soudainement très douloureuses alors qu'elles ne l'étaient pas auparavant, ou si la douleur s'intensifie au fil des mois. De même, des symptômes persistants comme une douleur pelvienne chronique, un inconfort pendant les rapports sexuels, une fatigue extrême ou des saignements irréguliers méritent une consultation.
Symptômes et diagnostic de la dysménorrhée
Les douleurs liées à la dysménorrhée sont souvent décrites comme des crampes ou des élancements dans le bas-ventre, se propageant jusqu'au bas du dos ou dans les cuisses. La douleur peut débuter juste avant les règles (phase prémenstruelle) et durer de quelques heures à plusieurs jours.
Importance de la consultation et du suivi médical
Si vos douleurs sont régulières, handicapantes ou s'intensifient, il est important de consulter un médecin. Parfois, une seule consultation ne suffit pas à poser un diagnostic clair, surtout si le médecin soupçonne une endométriose ou une autre pathologie plus complexe. Dans ces cas-là, un suivi sur plusieurs mois peut être nécessaire, avec des examens répétés à différents moments de votre cycle menstruel. Le diagnostic repose sur un examen clinique, une échographie pelvienne et éventuellement une IRM pelvienne. Dans certains cas, une cœlioscopie peut être nécessaire pour confirmer le diagnostic.
Lire aussi: Crèche Victor Masse : Histoire et Controverses
Options de traitement pour soulager les douleurs menstruelles
Il existe plusieurs options de traitement pour soulager les douleurs menstruelles, allant des médicaments aux interventions chirurgicales.
Anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS)
Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) réduisent la production de prostaglandines et soulagent efficacement de nombreuses femmes. L'ibuprofène et le naproxène sont des exemples d'AINS couramment utilisés.
Contraception hormonale
La contraception hormonale (pilule, patch, anneau, etc.) peut réguler, voire supprimer l'ovulation, et diminuer ainsi l'intensité des douleurs.
Chirurgie
En cas d'endométriose sévère, de fibromes importants ou d'anomalies de l'utérus, une chirurgie peut être envisagée pour retirer les lésions, réduire la taille des fibromes ou corriger une malformation.
Impact psychologique et social de la dysménorrhée
Souffrir régulièrement de douleurs menstruelles peut avoir un impact significatif sur le moral et la qualité de vie. Certaines femmes témoignent d'un sentiment d'isolement, d'un stress accru pendant les études ou les stages, etc. Il est important de ne pas hésiter à en parler à son entourage et à rechercher un soutien psychologique si nécessaire.
Lire aussi: Socialisation des tout-petits à Menton
Anticiper et gérer la douleur
Si vous savez que vos douleurs sont souvent plus fortes le premier ou le deuxième jour des règles, essayez d'anticiper au mieux (dans la limite du possible) en prévoyant des révisions plus légères ou en décalant certaines activités.
Ne pas hésiter à demander de l'aide
Souvent, on a peur d'en parler, de peur que ça paraisse "trop intime" ou que les autres ne comprennent pas. Or, un(e) professeur ou un(e) ami(e) peut se montrer compréhensif et vous aider à trouver des solutions de secours (prendre un cours en photo si vous ne pouvez pas être en classe, reporter un petit exposé, etc.).
Rechercher un deuxième avis médical
Si, malgré tout, la douleur vous paralyse ou s'aggrave au point d'impacter vos études, n'hésitez pas à demander un deuxième avis médical. Un médecin peut passer à côté de certaines pathologies (l'endométriose est parfois difficile à diagnostiquer).
Endométriose : une maladie complexe et souvent mal diagnostiquée
L'endométriose est une maladie gynécologique qui concerne environ une femme sur dix en âge de procréer. Elle est liée à la présence de tissu semblable à la muqueuse utérine en dehors de l'utérus. Différents organes peuvent être touchés. La maladie peut provoquer des douleurs parfois invalidantes, notamment au moment des règles, mais elle peut aussi rester asymptomatique. Dans environ un tiers des cas, elle est par ailleurs associée à une infertilité.
Comprendre l'endométriose
L'endométriose survient chez les femmes en âge de procréer, parfois dès la puberté. Cette maladie se caractérise par la présence anormale de fragments semblables à de la muqueuse utérine (endomètre) en dehors de l'utérus : sur les ovaires (dans environ 50 % des cas), les trompes, les ligaments utérins, la paroi du rectum et du vagin, la vessie, et/ou le péritoine (la membrane qui tapisse la cavité abdominale et maintient en place les organes qu'elle contient). Cette anomalie provoque des lésions sur les tissus atteints, pouvant entraîner douleurs et infertilité. Les symptômes tendent à s'atténuer ou disparaître après la ménopause.
Les lésions d'endométriose
Les lésions d'endométriose sont composées de cellules qui présentent les mêmes caractéristiques que les cellules de la muqueuse utérine et réagissent comme elles aux hormones ovariennes (œstrogènes, progestérone). Ainsi, à chaque cycle menstruel, les lésions se développent et saignent. C'est pourquoi l'endométriose est qualifiée de maladie œstrogèno-dépendante.
L'endométriose en chiffres
Environ 10 % des femmes de la population générale présentent une endométriose. La grande majorité des cas (68,3 %) sont observés chez des femmes âgées de 25 à 49 ans, contre moins de 4 % chez les femmes de moins de 25 ans et 27,8 % chez celles de 50 ans et plus.
Trois formes de la maladie
Selon la Haute Autorité de Santé et le Collège National des Gynécologues et Obstétriciens de France, trois formes d'endométriose sont décrites :
- L'endométriose superficielle : caractérisée par la présence de fragments d'endomètre localisés à la surface du péritoine.
- L'endométriose ovarienne : correspondant à la présence de lésions qui vont conduire à la formation de kystes de l'ovaire (également appelée endométriome).
- L'endométriose pelvienne profonde : correspondant à la présence de lésions localisées en profondeur, à plus de 5 mm sous la surface du péritoine. Les localisations les plus fréquentes sont les ligaments utérins (50 % des cas), l'intestin (incluant le rectum, 20 à 25 % des cas), le vagin (15 %), la vessie (10 %), les uretères (3 %). D'autres organes peuvent aussi être touchés : le côlon, l'appendice et l'iléon terminal.
Il existe également des formes rares d'endométriose extra-pelvienne, touchant par exemple le diaphragme ou le thorax. Il n'y a pas de corrélation entre le type d'endométriose et l'intensité de la douleur.
L'adénomyose
Cette maladie correspond à une forme d'endométriose interne à l'utérus. Chez les femmes qui en sont atteintes, des cellules de l'endomètre infiltrent le myomètre, c'est-à-dire le muscle de la paroi utérine.
Une origine mal comprise
Les mécanismes qui conduisent au développement de l'endométriose restent mal connus. Toutefois, l'hypothèse principale est celle des menstruations rétrogrades : au cours des règles, du sang menstruel peut remonter, passer par les trompes au lieu de s'écouler par voie vaginale, et parvenir à la cavité abdominale. Il transporte avec lui des cellules d'endomètre. Celles-ci peuvent s'implanter et générer des « foyers endométriaux », provoquant une réaction inflammatoire et des lésions. Le risque de développer la maladie est d'ailleurs plus élevé chez les femmes les plus « exposées » aux menstruations, en raison de règles précoces (avant 12 ans), de cycles menstruels courts ou encore de règles abondantes.
Néanmoins, les cliniciens estiment que 90 % des femmes présentent des saignements rétrogrades alors que seulement 10 % des femmes développent des lésions d'endométriose. D'autres facteurs interviennent donc dans le développement de cette maladie, en particulier des prédispositions génétiques et des anomalies du système immunitaire qui laissent les cellules endométriales s'implanter à des endroits inappropriés.
Plusieurs grandes études ont conduit à l'identification de variants génétiques significativement associés à la maladie. Toutefois, ils expliquent moins de 10 % des cas d'endométriose et les femmes porteuses de variants à risque ont une forte probabilité de ne pas développer la maladie. Ces données génétiques ne peuvent donc pas être utilisées comme marqueurs de risque dans la pratique clinique. En revanche, elles sont utiles aux chercheurs pour appréhender les mécanismes biologiques liés à l'endométriose et tenter de découvrir de nouvelles approches thérapeutiques. L'existence d'un dysfonctionnement du système immunitaire est suspectée en raison des diverses altérations qui ont déjà pu être décrites : inflammation chronique, présence accrue de lymphocytes T régulateurs, macrophages altérés qui jouent un rôle dans l'apparition des lésions… Néanmoins, il est trop tôt pour savoir s'il s'agirait d'un facteur qui favorise le développement d'une endométriose, ou d'une conséquence de la maladie. Plusieurs études en cours tentent d'élucider les mécanismes en cause.
Les chercheurs soupçonnent par ailleurs un possible impact de certaines expositions environnementales. En tant que maladie hormonodépendante, l'endométriose pourrait être liée à une exposition aux perturbateurs endocriniens, des polluants environnementaux qui interagissent avec le système hormonal.
Enfin, le risque d'endométriose est augmenté chez les femmes qui ont un faible indice de masse corporelle (IMC) ou un petit poids de naissance.
Les symptômes : douleur et infertilité
L'endométriose peut induire des douleurs et/ou une infertilité. Le symptôme majeur est une douleur pelvienne récurrente et parfois très aiguë, notamment au moment des règles. Ce caractère cyclique est évocateur du « fonctionnement » de la maladie. Les lésions d'endométriose sont en effet sensibles aux hormones féminines et se comportent comme du tissu utérin : elles vont donc proliférer, saigner à chaque cycle menstruel et des cicatrices fibreuses vont peu à peu se développer autour des lésions. Chez certaines patientes, une importante innervation des lésions pourrait contribuer aux douleurs extrêmes parfois ressenties. En dehors de la période des règles, les patientes peuvent également ressentir des douleurs abdominales, souffrir lors des rapports sexuels (dyspareunie), ou encore lorsqu'elles urinent (dysurie) ou défèquent (dyschézie). Parfois, la maladie reste indolore et peut alors passer inaperçue. Dans ce cas, elle est fréquemment découverte de façon fortuite alors que la patiente consulte en raison d'une difficulté à concevoir un enfant. Environ 30 % à 40 % des femmes touchées par l'endométriose présentent une infertilité, avec des taux de fécondité (chance de concevoir) évalués à entre 2 et 10 % par cycle, contre 25 à 30% au sein des couples fertiles.
Endométriose et cancer
La littérature scientifique suggère des liens entre l'endométriose et certains types de cancer. En effet, chez les femmes atteintes d'endométriose, le risque de développer un cancer de l'ovaire est multiplié par 2. Le risque de cancer du sein est augmenté de 4 % et celui de cancer de la thyroïde de 39 %. En revanche, il n'y a pas d'association entre l'endométriose et le risque de cancer colorectal. Et concernant le cancer du col de l'utérus, le risque est même diminué de 32 %, probablement en raison d'une surveillance gynécologique accrue.
Cependant, il est important de noter que le risque absolu de développer ces cancers en cas d'endométriose reste faible et peu différent du risque observé dans la population générale.
Le diagnostic de l'endométriose
Il n'existe pas de dépistage de la maladie en population générale. La maladie n'est recherchée que chez les patientes qui présentent des symptômes. Le diagnostic repose sur un examen clinique puis sur un bilan d'imagerie qui comporte une échographie pelvienne et éventuellement une IRM pelvienne. Mais lorsque les lésions sont superficielles ou minimes, l'imagerie peut être non concluante.
En cas de douleurs intenses et résistantes à un traitement médicamenteux bien conduit ou en cas de désir de grossesse, il est alors recommandé de procéder à une cœlioscopie (technique chirurgicale limitant les incisions de la paroi abdominale) pour prélever le tissu supposément endométrial afin d'éliminer les lésions potentielles et de confirmer le diagnostic. Toutefois, cet examen invasif est inutile en l'absence de lésions. D'autres approches sont en développement pour poser un diagnostic de façon non invasive.
Quel traitement pour l’endométriose ?
Le traitement de l'endométriose vise à réduire les symptômes ressentis par la patiente, puis, en cas d'échec, à éliminer les lésions.
En première intention, un traitement hormonal destiné à supprimer les règles (contraceptifs œstroprogestatifs monophasiques en continu, progestatifs, danazol ou analogues de la GnRH) est proposé aux patientes. Ce traitement réduit les douleurs liées à la réponse hormonale des lésions d'endométriose. Il peut permettre de stabiliser les lésions, voire de diminuer légèrement leur volume.
En cas d'échec des traitements hormonaux, la chirurgie est le seul traitement qui permet l'élimination complète des lésions associées à l'endométriose. Les symptômes douloureux peuvent alors disparaître pendant de nombreuses années, voire définitivement. Toutefois, il existe toujours un risque de récidive, et il arrive que la chirurgie entraîne par elle-même de nouvelles douleurs. Enfin, en cas de désir de grossesse et face à une infertilité, une assistance médicale à la procréation peut être proposée.
Des centres experts
Pour mieux prendre en charge la maladie, des filières de soins dédiées à l'endométriose se mettent en place en France sous la responsabilité des Agences Régionales de Santé. Elles incluent tous les niveaux de prise en charge depuis la médecine scolaire et les médecins de ville, jusqu'aux centres experts.
tags: #masse #abdominale #menstruation #causes