Introduction
La Berceuse de Kiki, également connu sous le nom de La Nana, est un film chilien réalisé par Sebastián Silva qui explore les thèmes de la servitude volontaire, de l'aliénation et de la lutte des classes à travers le portrait d'une femme, Raquel, qui travaille comme domestique depuis vingt-trois ans dans une famille bourgeoise de Santiago du Chili. Le film dépeint avec subtilité la complexité des relations entre les employeurs et leur employée, ainsi que les dynamiques psychologiques qui se développent au sein de ce microcosme familial.
Raquel : Une Domestique Psychotique
Raquel, interprétée avec brio par Catalina Saavedra, est une femme ombrageuse et taciturne qui a consacré sa vie à servir la famille Valdes. Elle est à la fois intégrée à la cellule familiale et maintenue à sa place par des gestes anodins et des mots malheureux. Raquel vit dans une promiscuité constante avec ses employeurs, ce qui ne cesse de désigner ce que l'on voudrait justement escamoter : la relation dominant-dominé.
Au fil des années, Raquel a développé un attachement profond à la famille Valdes, mais aussi une dépendance à son rôle de domestique. Elle considère la maison comme son territoire et perçoit toute nouvelle venue comme une menace à son statut et à son identité. Lorsque sa patronne décide d'embaucher une seconde domestique pour la soulager de sa charge de travail, Raquel se sent trahie et réagit avec agressivité.
La Lutte pour le Territoire et l'Identité
La Nana quitte la thématique intéressante mais prévisible de la lutte des classes en petit périmètre pour glisser vers des régions plus mystérieuses et surprenantes. Le film explore la psychose de Raquel, qui ne supporte pas que l'on fasse le boulot à sa place et devient agressive quand sa patronne souhaite engager une deuxième domestique pour la soulager de sa charge de travail. Raquel est assujettie, mais sa condition d'aliénée est aussi ce qui la structure.
Les séquences où la « nana » doit partager son travail avec des collègues successives qu'elle perçoit comme des rivales sont à la fois très drôles, très inquiétantes et très noires. On sent que la « folie » de Raquel peut la faire basculer dans une violence incontrôlable, ce qui rappelle Les Bonnes de Genêt et La Cérémonie de Chabrol.
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Raquel met en place des stratagèmes pour se débarrasser des nouvelles domestiques, allant jusqu'à les enfermer dehors. Elle est prête à tout pour défendre son territoire, même si ce territoire n'est pas le sien. C'est un film qui pose la question de la servitude volontaire. Comment peut-on désirer sa propre répression ?
Lucy : Une Lueur d'Espoir
L'arrivée de Lucy, une jeune femme de province pleine d'humour, va bouleverser la vie de Raquel. Lucy parvient à toucher le cœur de Raquel et à changer sa façon de voir la vie. Elle lui montre qu'il est possible de s'ouvrir aux autres et de trouver le bonheur en dehors de son rôle de domestique.
Lucy représente une lueur d'espoir pour Raquel, une possibilité de se libérer de sa servitude volontaire et de trouver sa propre voie. L'estime de soi, c'est l'estime des autres.
Un Film Subtil et Inquiétant
La Berceuse de Kiki est un film subtil et inquiétant qui explore les complexités de la nature humaine. Le film ne porte pas de jugement sur ses personnages, mais les dépeint avec réalisme et compassion. Il circule fluidement à travers la maison, sa mise en scène figure parfaitement les questions de territoires, de séparation et de promiscuité qui forment l'un des enjeux de son film.
Le film est jalonné de subtilités qui à la fois raffinent le propos académique (maître, esclave et tout le tintouin dialectique) et rendent tangible sa complexité. Par exemple certains plans qui insistent sur l'intimité et la promiscuité : la chambre de Raquel, autant niche que sanctuaire, et son lit à une place où parade une collection de peluches enfantines. Mais aussi le quasi-documentaire sur le «service», ce travail de bonne, bonne vraiment à tout faire, qui, du petit-déjeuner au coucher, traverse la vie de ses patrons comme si elle était invisible.
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