L'ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de lesbiennes et aux femmes célibataires est un sujet qui suscite de vives réactions en France. Des manifestations ont été organisées pour exprimer l'opposition à cette mesure, et il est important d'analyser les chiffres clés et les enjeux qui se cachent derrière ces mobilisations.
Mobilisations et chiffres
Plusieurs manifestations ont eu lieu en France contre l'ouverture de la PMA. Le 5 octobre, entre 80 000 (selon la police) et 500 000 personnes (selon les organisateurs) ont manifesté à Paris et à Bordeaux à l'appel de « La manif pour tous ». Le 6 octobre, une autre mobilisation a rassemblé environ 74 500 personnes dans la capitale, selon un comptage réalisé par le cabinet Occurrence pour un collectif de médias. Les organisateurs ont annoncé avoir comptabilisé de leur côté 600 000 manifestants, tandis que la préfecture de police de Paris avance le chiffre de 42 000.
À titre de comparaison, lors de la première action contre le mariage pour tous en novembre 2012, 100 000 manifestants avaient défilé en France. Au plus fort de la contestation contre la loi Taubira, jusqu'à 340 000 personnes étaient descendues dans la rue selon la police, 1,4 million selon les organisateurs.
La présidente de la Manif pour tous, Ludovine de la Rochère, s'est dite « optimiste » quant à la mobilisation à venir, malgré les perturbations à la SNCF. Elle a déclaré : « Je pense que ce sera une manifestation très importante avec un public très conscient des enjeux derrière la loi bioéthique ».
Arguments des opposants à la PMA
Les opposants à l'ouverture de la PMA aux lesbiennes et aux femmes célibataires mettent en avant plusieurs arguments. Ils estiment qu'il est important de défendre les droits de l'enfant, notamment le droit d'avoir un père et une mère. Ils craignent que la PMA n'entraîne la création d'« orphelins de père » et que les enfants élevés par deux femmes ne soient pas aussi bien lotis que ceux élevés par un père et une mère.
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Caroline Roux, déléguée générale adjointe d'Alliance Vita, une association anti-IVG, dénonce un ultralibéralisme « qui va toujours plus loin ». Elle ajoute : « Il y a une fuite en avant vers le tout PMA. Ce n’est pas simplement la question du remboursement, il y a une ligne rouge qui a été franchie en la permettant hors critères d’infertilité ».
L'archevêque de Paris, Monseigneur Michel Aupetit, a fustigé dans un communiqué qu'« infliger volontairement [l’absence d’un père] » est « monstrueux ».
Certains manifestants affirment mener un combat « écologique » en s'opposant à la PMA. Ils estiment qu'il faut respecter la nature et ce qui est biologique, et que la PMA va à l'encontre de ces principes.
Beaucoup redoutent également que l'ouverture de la PMA entraîne la légalisation de la GPA, que le gouvernement a toujours qualifié d'« interdit absolu » et a exclu du projet de loi.
Position du gouvernement
Le gouvernement, par la voix de la ministre de la santé et des solidarités, Agnès Buzyn, a dit qu'elle n'était pas « surprise » par l'ampleur de la mobilisation, mais n'envisage pas de retrait du projet de loi. Elle a déclaré : « Je trouve ça tout à fait légitime que cette partie de notre société française ait envie de s’exprimer ». Elle a également souligné que « le vote des députés est sans appel. La PMA pour toutes les femmes a été adoptée à une large majorité des voix ».
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Le premier ministre Manuel Valls a réaffirmé la position du gouvernement et du président de la République concernant la GPA : « La GPA est et sera interdite en France » et il n'y aura pas de transcription automatique des actes civils d'enfants nés de mères porteuses à l'étranger.
Soutien à la PMA
Selon un sondage de l'institut Ifop, une très large majorité de Français soutient l'ouverture de la PMA aux femmes seules (68 %) et aux lesbiennes (65 %), un « niveau record ».
Enjeux et perspectives
L'ouverture de la PMA aux couples de lesbiennes et aux femmes célibataires est une mesure qui divise la société française. Les manifestations organisées par les opposants à cette mesure témoignent de l'importance des enjeux qui se cachent derrière ce débat.
Il est important de noter que le contexte est moins favorable aux anti-PMA qu'au moment du débat sur le mariage pour tous, où la mobilisation avait été massive. De plus, le clivage gauche-droite s'est « affadi », ce qui rend la mobilisation plus difficile.
Malgré cela, les opposants à la PMA entendent maintenir la pression sur le gouvernement et espèrent obtenir le retrait du projet de loi. Ils rappellent que, par le passé, des manifestations ont déjà conduit au retrait de projets de loi.
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L'examen du projet de loi par le Sénat en première lecture est prévu. Les associations gardent espoir et demandent aux parlementaires d'aller contre « l’esprit du temps ».
La PMA en Europe et dans le monde
L'Europe est divisée sur la PMA comme sur la GPA. La PMA est autorisée pour les couples de femmes dans dix pays européens : la Belgique, le Danemark (pour les femmes mariées uniquement), l'Espagne, la Finlande, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, la Suède, la Norvège, l'Islande, le Danemark et depuis janvier 2014, l'Autriche.
La GPA est possible dans sept pays, sur les 35 Etats ayant ratifié la Convention européenne des droits de l'homme. En Belgique, aux Pays-Bas, en Pologne et en Slovaquie, aucune législation ne l'interdit, ce qui l'autorise de fait. La GPA a été légalisée en Roumanie, mais aussi en Irlande (où une loi protège cependant l'embryon) et au Royaume-Uni (où il est interdit de pratiquer des GPA "à titre onéreux" ou via une exploitation forcée").
Dans le monde, la situation est toute aussi diverse. De nombreux Etats n'encadrent pas la gestation pour autrui, ce qui revient à l'autoriser de fait. Une minorité d'Etats ont mis en place des statuts légaux pour encadrer la GPA (certains Etats des Etats-Unis, Canada, Brésil, Inde…). Certains l'interdisent, comme la France.
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