Plus de 8 parents sur 10 avouent donner des gifles ou des fessées à leur enfant, des comportements qui, lorsqu’ils sont répétés, peuvent avoir de sérieuses conséquences. Cet article explore les implications psychologiques, émotionnelles et éducatives de la gifle parentale, en s'appuyant sur des recherches récentes et des témoignages d'experts.
La Réalité de la Gifle : Un Clip Choc
Le clip « Il n’y a pas de petite claque », diffusé à l’initiative de la Fondation pour l’enfance, illustre de manière poignante l'impact d'une gifle. La scène montre une mère qui, exaspérée par le bruit de son enfant, finit par le gifler. Le clip repasse ensuite au ralenti, révélant la déformation du visage de l’enfant sous l’effet du choc. Le message est clair : une gifle, même perçue comme mineure par l'adulte, est ressentie comme une agression majeure par l'enfant.
Les Opinions Divergentes et le Besoin d'Autorité
La diffusion de ce clip a suscité des polémiques. Certains adultes estiment qu’une fessée occasionnelle ne peut pas faire de mal, voire qu'elle est nécessaire. De nombreux témoignages insistent sur le besoin d’autorité dans l’éducation des enfants. Cependant, la psychologue Anne Bacus souligne que donner des fessées et des gifles ne sert à rien et est même nuisible. L’exercice de l’autorité est nécessaire, par exemple pour obliger l’enfant à se laver les dents, mais la violence physique est discutable.
Définition et Formes de Maltraitance
La maltraitance est définie comme tout acte ou omission qui compromet ou porte atteinte au développement, aux droits, aux besoins fondamentaux ou à la santé d'une personne en situation de vulnérabilité, dans une relation de confiance, de dépendance, de soin ou d'accompagnement. Elle peut être ponctuelle ou durable, intentionnelle ou non, et d'origine individuelle, collective ou institutionnelle. Les violences et les négligences peuvent revêtir des formes multiples et associées.
Les Violences Sexuelles
Les violences sexuelles ne se limitent pas au viol, mais concernent tous les actes à connotation sexuelle imposés aux enfants. Une agression sexuelle est toute atteinte sexuelle commise avec violence, contrainte, menace ou surprise. Le viol, qui est un acte de pénétration sexuelle (vaginale, anale ou buccale), en fait partie. Depuis la loi du 3 août 2018, le Code pénal précise que la contrainte peut résulter de la différence d’âge ou de l’autorité de l’auteur sur la victime. De plus, les atteintes sexuelles sur mineur sont punies même en l’absence de violence, contrainte, menace ou surprise. Les mutilations sexuelles, la prostitution de mineurs, la pédopornographie et la corruption de mineurs entrent également dans cette catégorie.
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En 2016, les forces de sécurité ont comptabilisé 19 700 enfants victimes de violences sexuelles, un chiffre qui ne représente que la partie révélée des atteintes. La notion d'incestuel ou climat incestuel désigne une relation de dépendance érotisée entre un parent et son enfant, avec une confusion des places, pouvant avoir autant de conséquences qu’une agression physique. Une enquête Inserm de 2021 indique que 13 % des femmes et 5,5 % des hommes ont subi des violences sexuelles dans leur enfance, et que 4,6 % des femmes et 1,2 % des hommes ont subi des violences incestueuses. Les enfants handicapés ont un risque plus élevé d’être victimes de violences sexuelles. Le viol est puni de 20 ans de réclusion criminelle lorsque la victime a moins de 15 ans ou lorsque l’auteur est un parent ou une personne ayant autorité sur elle.
Les Violences Physiques
Les violences physiques se traduisent par l’usage de la force contre un enfant, causant ou risquant de causer des blessures : frapper, mordre, brûler, empoisonner, étouffer, secouer, etc. Ces violences n’ont pas besoin d’être habituelles ou répétées pour être illégales. En 2016, les forces de l’ordre ont recensé 131 infanticides, dont 67 commis dans le cadre intrafamilial, principalement sur des enfants de moins de cinq ans. En 2020, 49 mineurs sont décédés des suites d’un infanticide intrafamilial. En 2021, le ministère de l’Intérieur a constaté une augmentation des violences intrafamiliales non conjugales, notamment des violences sexuelles et physiques. Les cas de bébés secoués sont une forme grave de traumatisme crânien, entraînant souvent des séquelles neurologiques permanentes.
Les Violences Psychologiques
Les violences psychologiques, bien que moins visibles, sont tout aussi graves. Elles affectent la sécurité affective et relationnelle de l’enfant. Les violences faites aux femmes sont souvent des violences faites aux enfants. Environ 143 000 enfants vivent dans un foyer où une femme est victime de violences conjugales, et 42 % de ces enfants ont moins de 6 ans.
Les Négligences
Les négligences consistent à priver l’enfant des éléments indispensables à son développement et à son bien-être : nourriture, sommeil, soins, attention, etc. C’est une forme de maltraitance par omission, l’absence de mobilisation de l’adulte dont dépend l’enfant.
Les Conséquences de la Maltraitance
La maltraitance a des conséquences lourdes et durables sur les enfants. Les séquelles ne sont pas seulement physiques, mais aussi psychologiques, affectant le cerveau et le développement de l'enfant.
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Impact sur le Cerveau et la Santé Mentale
La maltraitance peut entraîner :
- Perturbation du développement cérébral, affectant le traitement de l'information et augmentant le risque de troubles de l'attention, des émotions, de la cognition et du comportement.
- Altération du système de gestion du stress, augmentant le risque de problèmes anxieux, dépressifs et cardiovasculaires à l'âge adulte.
- Difficultés émotionnelles et interpersonnelles, incluant des niveaux élevés de négativité, une faible maîtrise des impulsions et des troubles de la personnalité.
- Faiblesse des capacités d'apprentissage et du rendement scolaire, incluant des déficits des fonctions d'exécution et de régulation de l'attention.
La pédiatre Catherine Gueguen, spécialiste des neurosciences affectives et sociales, explique que les violences éducatives ordinaires (VEO) peuvent provoquer des dégâts importants sur le cerveau des jeunes enfants. Le cerveau de l’enfant est particulièrement sensible au stress, et les humiliations verbales et/ou physiques peuvent avoir des conséquences redoutables sur son développement.
La Maltraitance Émotionnelle
La maltraitance émotionnelle est une forme de maltraitance qui provoque des émotions très désagréables, faisant souffrir l’enfant. Elle est provoquée par des comportements ou des paroles qui rabaissent, ridiculisent, critiquent, punissent, humilient, font peur, terrorisent ou excluent l’enfant. Une étude d’Anne-Laure van Harmelen montre que la maltraitance émotionnelle sévère affecte le fonctionnement du cortex orbito-frontal (COF) et augmente le risque de développer des pathologies comportementales et psychiatriques : agressivité, anxiété, dépression, troubles dissociatifs, délinquance, addictions. Une autre étude de Jeewook Choi montre que les paroles blessantes empêchent l’enfant de comprendre ce qu’on lui dit, car elles altèrent le fonctionnement de circuits neuronaux participant à la compréhension du langage.
Impact des Punitions Corporelles sur le Cerveau
Akemi Tomoda montre que les « corrections » avec des objets provoquent une réduction du volume de la substance grise dans la région préfrontale. Jaimie Hanson révèle que les punitions corporelles entraînent une diminution du volume du cortex orbito-frontal (COF).
L'Enfant Face aux Tempêtes Émotionnelles
Les études scientifiques montrent que l'enfant petit a un cerveau extrêmement immature, ce qui explique ses tempêtes émotionnelles et ses impulsions. Il a besoin d'un adulte chaleureux, empathique et soutenant pour retrouver son calme. L'empathie de l'adulte permet au cerveau de l'enfant de bien se développer. Une éducation basée sur la bienveillance et l'empathie favorise le développement d'un enfant empathique et sociable, qui ne développera pas de comportements agressifs.
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Que Faire Face à une Situation de Maltraitance ?
Face à une situation de danger ou de maltraitance sur mineurs, la loi oblige tout citoyen à protéger les enfants et adolescents en danger. Un professionnel soumis au secret peut se délier de ce secret pour saisir les autorités compétentes.
Signaler une Situation de Danger
La cellule de recueil des informations préoccupantes (CRIP) peut être saisie par tout professionnel ou personne en contact avec un enfant en situation de danger ou de risque de danger. En cas de danger imminent, il convient d’adresser directement un signalement au procureur de la République et de l’appeler. En cas de doute, il est possible d’appeler le 119, numéro national d’appel d’urgence gratuit et confidentiel.
Accueillir et Écouter l'Enfant
Si l’enfant évoque des éléments préoccupants, il est important d’être à ses côtés dans une démarche d’écoute et de protection. Il faut privilégier un accueil bienveillant, en le laissant s’exprimer avec ses mots et en évitant les questions fermées. Il est important de le rassurer en lui disant qu’on le croit et que ce qui lui est arrivé n’est pas de sa faute.
Les Peines Prévues par la Loi
La loi prévoit des peines plus sévères en cas de violences à caractère sexuel sur mineurs. Lorsqu'un ascendant prive l'enfant d'aliments ou de soins au point de compromettre sa santé, la peine est de 7 ans d'emprisonnement et 100 000 euros d'amende. Les actions éducatives peuvent être prononcées à un titre administratif (AED) ou judiciaire (AEMO).
Éduquer Sans Violence : Un Défi Possible
Éduquer sans violence ne signifie pas être laxiste. Il s'agit de trouver un juste milieu entre autoritarisme et laxisme, en favorisant un environnement stable, sain, serein et harmonieux.
Adopter une Nouvelle Approche Éducative
Pour adopter une nouvelle démarche éducative sans punitions corporelles, basée sur le respect mutuel, la bienveillance et la communication positive, il est essentiel de comprendre comment fonctionnent les enfants, comment ils communiquent et quelles sont les étapes de leur développement. Un parent bienveillant écoute, communique, et considère chaque enfant comme un individu unique.
Les Clés d'une Éducation Bienveillante
- Communiquer et Écouter : Le respect d’autrui ne s’apprend pas par la violence, mais par la communication.
- Poser des Limites : Garder son calme et poser des limites est très important pour l’enfant qui a besoin de savoir ce que l’on attend de lui.
- Encourager la Découverte : Offrir à son enfant un environnement sûr qui réduit les risques de blessures et atténue le stress.
- Ne Pas Projeter des Attitudes d'Adultes : Les caprices et les « bêtises » s’expliquent souvent par le besoin de s’opposer ou d’expérimenter.
- Prendre Soin de Soi : Avoir un enfant prend beaucoup de temps et d’énergie, il est important de prendre soin de soi pour ne pas perdre le contrôle.
- S'Excuser : Reconnaître ses fautes, c’est montrer que nous sommes humains et que nous pouvons apprendre de nos erreurs.
- Ne Pas Rester Isolé : Appeler à l’aide et se faire soutenir par son entourage.
La Loi et les Violences Éducatives Ordinaires
La loi du 10 juillet 2019 interdit les violences éducatives ordinaires car la violence n'est pas considérée comme un mode d'éducation. Les violences éducatives ordinaires ne sont pas efficaces pour changer le comportement de son enfant. Au contraire, les violences ont un impact sur le développement de l’enfant et peuvent être responsables de nombreux troubles. Chaque parent est garant de la sécurité et du respect des droits de son enfant.
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