L'affaire de maltraitance à la maison d'assistants maternels (MAM) "Les Minis Pouss" de Montceau-les-Mines, en Saône-et-Loire, a éclaté au grand jour, suscitant l'indignation et l'émoi parmi les parents et la communauté locale. Des vidéos accablantes ont révélé des scènes d'humiliation, de moqueries et de négligence envers des bébés et de jeunes enfants, conduisant à la fermeture de l'établissement et à l'ouverture d'une enquête.
Révélations et Découvertes des Maltraitances
Des vidéos choquantes, devenues virales, montrent des assistantes maternelles tenant des propos humiliants et dégradants envers les enfants dont elles avaient la charge. Parmi les phrases prononcées, on peut entendre : "C'est pas fini ce bazar, fermez vos gueules !", "Et toi là-bas, qu'est-ce que c'est que ça ! Ton matelas est mouillé de pleurs", ou encore "Il est coincé dans son trou, qu'est-ce que je fais ? Je le sors ou pas ?". Ces paroles, prononcées sur fond de pleurs d'enfants, ont profondément choqué les parents qui avaient confié leurs enfants à cette structure.
L'une des mères, Imène, dont l'enfant, Iliès, avait un an, a exprimé sa stupéfaction : "Quand j’emmenais mon enfant, il hurlait, il ne voulait pas entrer. Au début, je pensais que c’était parce qu’il voulait rester avec nous. On ne se posait pas de questions parce qu’elles nous accueillaient avec le sourire." Cette façade souriante cachait en réalité des agissements inacceptables.
Le Rôle de Rachida Aït Jloulat : L'Assistante Maternelle Lanceuse d'Alerte
Rachida Aït Jloulat, assistante maternelle et l'une des initiatrices du projet "Les Minis Pouss" depuis son ouverture en décembre 2023, a joué un rôle clé dans la révélation de ces maltraitances. Début juin 2024, après avoir quitté la structure, elle a partagé les vidéos compromettantes avec les parents et a effectué un signalement auprès du service de la Protection Maternelle et Infantile (PMI). "J’ai voulu bien faire les choses, en dénonçant des faits qu’on peut qualifier de maltraitance", a-t-elle déclaré.
Paradoxalement, suite à son signalement, Rachida s'est vu retirer son agrément, tandis que les deux autres employées ont été suspendues. Les mamans ont commencé à avoir des doutes sur la qualité d’accueil de leurs enfants sur des constats. « Quand ils rentraient à la maison, ils étaient assoiffés et affamés » racontent-elles. « Mon fils de 2 ans a été privé de repas pendant quarante-cinq minutes, debout dans un coin » témoigne une maman. « Nous savons que les assistantes maternelles partageaient un repas pour trois enfants. Nous avons eu des doutes avec les couches que nous fournissions, elles en utilisaient très peu ».
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Réaction des Autorités et Fermeture de l'Établissement
Dès que les élus ont eu connaissance des faits, la réaction a été rapide. Josiane Bérard, adjointe en charge de la Santé et de la petite enfance à la mairie de Montceau-les-Mines, a indiqué : "Nous avons pris la décision d’un arrêté de fermeture pour qu’il n’y ait plus de contacts entre les enfants et les assistantes maternelles. On a tout de suite accompagné les familles car elles étaient dans le désarroi. Nous avons essayé de trouver rapidement un nouveau mode de garde pour les enfants."
Ainsi, depuis le 1er juillet 2024, la MAM "Les Minis Pouss" est fermée administrativement, comme l'atteste un arrêté municipal affiché sur la porte d'entrée. La ville de Montceau avait investi 85 000 euros pour la rénovation des anciens locaux de l’école maternelle Suzanne-Valadon, fermée depuis 2022, où la MAM avait ouvert ses portes en décembre 2023.
Enquête et Suites Judiciaires
Une enquête de police est en cours pour faire la lumière sur les agissements des assistantes maternelles. Le commissaire de police a confirmé qu'une enquête était en cours suite aux révélations de Rachida Aït Jloulat concernant des propos peu appropriés tenus par ses collègues envers les enfants, enregistrés sur des vidéos.
Quatre mains courantes ont été déposées par des parents au commissariat de Montceau-les-Mines. De plus, madame le maire a saisi le procureur de la République en vertu de l’article 40 du code de procédure pénale. Les parents espèrent que la justice prendra cette affaire au sérieux, compte tenu de l'âge des enfants concernés, âgés de 8 mois à 3 ans.
Témoignages de Parents et Constatations Alarmantes
Les témoignages des parents sont poignants et révèlent l'ampleur du traumatisme subi. Lydia Obradovic, mère d'Ivana, 11 mois, exprime son choc et sa déception : "Comme la plupart des mamans, j’ai été choquée et déçue. Le problème, c’est qu’on découvre encore des agissements aujourd’hui. On se demande : quand est-ce que ça va s’arrêter ? Je trouve le comportement des assistantes maternelles vraiment inadapté pour des enfants…"
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D'autres parents ont fait des constats alarmants : enfants affamés et assoiffés en rentrant à la maison, terreurs nocturnes, et changements de comportement. Une mère témoigne que son fils de 2 ans a été privé de repas pendant quarante-cinq minutes, debout dans un coin. Les parents ont également des doutes concernant le nombre de couches utilisées, suggérant une négligence dans l'hygiène des enfants. Pour ces dix mamans, leurs enfants ont été humiliés. « C’est de la maltraitance psychologique, de la négligence physique ».
Parallèles avec d'Autres Affaires de Maltraitance en Crèche
Cette affaire de Montceau-les-Mines fait écho à d'autres scandales récents impliquant des maltraitances dans des crèches, comme l'affaire "People & Baby". Ces affaires mettent en lumière les dérives potentielles de certaines structures d'accueil de la petite enfance et soulèvent des questions sur les conditions de travail et le niveau de formation du personnel.
Dans son livre "Les Ogres", le journaliste Victor Castanet révèle les dérives de certaines crèches privées, en particulier "People & Baby". Ces révélations contribuent à une prise de conscience collective sur la nécessité de renforcer les contrôles et d'améliorer la qualité de l'accueil des jeunes enfants.
Questions et Perspectives d'Avenir
L'affaire de la crèche "Les Minis Pouss" soulève des questions cruciales sur la surveillance et le contrôle des établissements d'accueil de la petite enfance. Comment garantir la sécurité et le bien-être des enfants confiés à ces structures ? Quelles mesures doivent être prises pour prévenir de tels actes de maltraitance ?
Les parents demandent que l'enquête soit menée avec sérieux et transparence, afin que toute la lumière soit faite sur les agissements des assistantes maternelles et que les responsabilités soient établies. Ils souhaitent également obtenir des informations complètes sur ce qui s'est réellement passé dans la MAM pour pouvoir avancer avec leurs enfants. Pour le moment, ils ont l’impression que l’enquête stagne et que la justice n’est pas faite pour leurs enfants.
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Cette affaire tragique met en évidence la nécessité d'une vigilance accrue et d'une remise en question des pratiques dans le secteur de la petite enfance. Il est impératif de mettre en place des mécanismes de contrôle efficaces, de renforcer la formation du personnel et d'encourager la communication entre les parents et les professionnels, afin de garantir un environnement sûr et bienveillant pour les enfants.
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