La grossesse est une période de changements physiologiques importants qui peuvent parfois entraîner des douleurs rénales. Cet article explore les causes potentielles de ces douleurs, en particulier la colique néphrétique, et propose des solutions pour soulager l'inconfort tout en assurant la sécurité de la mère et du fœtus.
Introduction aux Douleurs Rénales Pendant la Grossesse
Les douleurs dans le bas-ventre et le dos sont fréquentes chez les femmes, souvent liées aux changements hormonaux. Pendant la grossesse, ces douleurs peuvent être source d'inquiétude. Il est habituel pour une femme enceinte de ressentir des douleurs dans le bassin et le bas du dos, car son corps s'adapte à la croissance de son enfant. Les infections urinaires, les douleurs musculaires lombaires et même ce que l'on appelle un « accouchement par les reins » peuvent également provoquer des douleurs rénales.
Colique Néphrétique et Grossesse
Définition et Fréquence
La colique néphrétique est une douleur lombaire intense qui irradie typiquement vers le petit bassin. Pendant la grossesse, elle survient avec une fréquence d’environ un cas pour 200 femmes, le plus souvent à partir du troisième mois de grossesse et dans les trois quarts des cas du côté droit. Environ 20 % des patientes ont des antécédents de coliques néphrétiques. La colique néphrétique se traduit par une douleur aiguë, unilatérale et lombaire. Elle représente 1 à 2 % des consultations aux urgences hospitalières. Les coliques néphrétiques représentent une urgence médicale provoquée par des douleurs aiguës et sévères dans le dos et l'abdomen.
Causes Spécifiques Pendant la Grossesse
La difficulté chez la femme enceinte est de mettre en évidence un obstacle sur les conduits urinaires, car les examens radiologiques (avec émissions de rayons X) sont proscrits en raison du risque d'irradiation du fœtus. L'examen de référence est donc l'échographie des voies urinaires, qui permet de rechercher une dilatation des cavités rénales, signant ainsi un obstacle en aval sur l'uretère.
L'interprétation de cette échographie est néanmoins souvent difficile, en particulier du côté droit, car il existe souvent en cours de grossesse une dilatation physiologique du tractus urinaire. Cette dilatation physiologique, en général à droite, est liée à la compression mécanique de l'uretère par l'utérus dont la taille augmente avec la progression de la grossesse et aux modifications hormonales (effet de la progestérone) qui entraîne un relâchement musculaire et diminue le péristaltisme de l'uretère. C'est pourquoi l'existence d'une dilatation du rein droit au cours de la grossesse n'est pas synonyme d'obstacle par un calcul et rend difficile l'évaluation. Le recours à l'IRM ou au scanner (avec des doses faibles) est réservé aux cas complexes.
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La présence d'un calcul dans le conduit urinaire n'est retrouvé que dans un cas sur 1000 grossesses environ. Au cours de la grossesse, un autre phénomène peut se produire. En prenant du volume, le fœtus appuie parfois sur l’uretère droit, ce qui peut bloquer l’urine et déclencher la colique néphrétique.
Prise en Charge et Traitement
La prise en charge de la crise de colique néphrétique fait appel à des antalgiques autorisés en cours de grossesse (paracétamol, phloroglucinol, nalbuphine). Les anti-inflammatoires non stéroïdiens peuvent être parfois proposés avant le 6ème mois de grossesse. Les corticoïdes sont peu efficaces contre la douleur. Pour traiter la douleur, le médecin sera très prudent dans le choix des médicaments. Les anti-inflammatoires non-stéroïdiens (AINS), traitement le plus efficace pour traiter une colique néphrétique, sont contre-indiqués pendant la grossesse. Ne prenez pas de vous-même un AINS. En effet, le traitement par un de ces médicaments pendant cette période ne se fera que si votre médecin le juge strictement nécessaire, à la dose efficace la plus faible et pendant la durée la plus courte possible. En effet, certaines études ont suggéré que la prise d’AINS en début de grossesse pourrait légèrement augmenter le risque de fausses-couches, de malformations au niveau du cœur et de la paroi abdominale. En provoquant une fermeture prématurée du canal artériel (un vaisseau qui va de l'artère pulmonaire à l'aorte), ce qui peut entraîner une pression artérielle élevée dans les poumons du fœtus (hypertension pulmonaire), voire la mort du fœtus, même après une seule prise. Une prise brève ne doit être prescrite que si votre médecin le juge strictement nécessaire. Toute prise même ponctuelle est strictement contre-indiquée. Si vous avez pris par mégarde un AINS alors que vous êtes à votre 6ème mois de grossesse ou plus, consultez un professionnel de santé. Il pourra alors mettre en place une surveillance cardiaque et rénale, de votre fœtus ou de votre nouveau-né selon le terme d'exposition.
L'association d'une crise de colique néphrétique avec de la fièvre fait évoquer une pyélonéphrite et impose la mise en route d'une antibiothérapie après avoir prélevé un ECBU. Les antibiotiques autorisés sont alors le plus souvent une céphalosporine de 3ème génération, remplacée par les pénicillines, furanes ou macrolides en cas d'allergie.
Il est parfois indiqué de dériver les urines par la mise en place d'une sonde urétérale dite double J qui permettra à l'urine de contourner l'obstacle, déchargera le rein et évitera le risque de septicémie. Un avis urologique est alors sollicité pour décider d'avoir recours à cette dérivation qui doit parfois être réalisée en urgence. L’intervention chirurgicale reste possible, en cas de complications (l’apparition d’une fièvre par exemple). Elle consiste à poser un drain, par les voies naturelles et sous anesthésie générale. Cette sonde va permettre à l’urine de contourner le calcul et de s’évacuer. Combinée au traitement antalgique et éventuellement antibiotique, elle permettra d'attendre l'accouchement pour secondairement faire les explorations nécessaires pour visualiser le calcul et procéder à son extraction éventuelle.
Risques Associés
Le risque d'une crise de colique néphrétique en cours de grossesse, surtout en cas d'infection associée, est la menace d'accouchement prématuré qui est présente dans environ 30% des cas.
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Autres Causes Possibles de Douleurs Rénales Pendant la Grossesse
Infections Urinaires
Concernant les reins à proprement parler, les infections urinaires touchent 10 % des femmes enceintes. Si symptômes il y a (ce qui n'est pas toujours le cas), il s'agit d'envies fréquentes d'uriner, de brûlure à la miction. Parfois les germes remontent jusqu'à la vessie ou le rein : c'est la pyélonéphrite, qui se manifeste par une fièvre élevée, une fatigue générale, des frissons, des douleurs lombaires.
Durant la grossesse, plusieurs facteurs favorisent les infections urinaires. Avec l'augmentation du volume sanguin, les reins sont très sollicités. Côté hormonal, la progestérone entraine un relâchement de tous les organes, y compris des reins, de la vessie et des petits canaux chargés de transporter l'urine. Celle-ci a donc tendance à stagner, favorisant les infections urinaires. Toujours sous l'effet des hormones, le sphincter de l'urètre est moins tonique, favorisant la remontée des germes. Un phénomène accentué en fin de grossesse par le poids de l'utérus qui comprime les organes.
Si les signes d'une infection sont là, a fortiori si vous avez de la fièvre et mal dans les reins, direction le docteur sans tarder. Non traitée, une infection urinaire peut être nocive pour le bébé. La fièvre peut en effet entraîner des contractions, qui peuvent mener à un accouchement prématuré.
Douleurs Musculaires Lombaires
Une douleur brutale et très vive dans une fosse lombaire au bas du dos peut aussi cacher un autre souci rénal : la colique néphrétique. Des douleurs dans les reins peuvent aussi être des douleurs musculaires dans les lombaires. Quant au mal de « rein » musculaire, le poids du bébé modifie le centre de gravité de la future maman, obligée de se cambrer pour maintenir son équilibre.
Accouchement par les Reins
Enfin, vous connaîtrez peut-être ce que l'on appelle un « accouchement par les reins ». Au cours du travail, la majorité des mamans ressentent des contractions utérines au niveau du ventre. Cependant, chez 25 % d’entre nous environ, la douleur irradie surtout dans le dos et s’intensifie au fur et à mesure que le travail progresse. On parle alors d’accouchement par les reins.
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Chez 6 mamans sur 10 environ, le bébé oriente son dos contre le ventre de la maman et sort tête bien fléchie contre le thorax, en positionnant la partie arrière de son crâne sous le pubis. Dans ces situations, sa tête appuie sur la région lombaire. L’accouchement par les reins se déroule le plus souvent sans aucun problème, mais présente toutefois comme particularité d’être un peu plus long.
Toutes les femmes qui sont passées par là nous le diront : les contractions dans les reins sont bien plus douloureuses que les contractions classiques. Accoucher par les reins est donc plus pénible. Pour être soulagée : on diminue la pression sur la région lombaire en évitant de nous coucher sur le dos, et on change fréquemment de position.
Douleurs Non Spécifiques à la Grossesse
Douleurs Liées au Cycle Hormonal
Les douleurs dans le bas-ventre et le dos sont courantes chez les femmes. Si les douleurs au niveau du bas-ventre et du dos sont plus communes chez les femmes, c’est parce que leur corps est régulièrement sujet à des changements hormonaux. La grossesse, les règles ou encore la préménopause sont des processus biologiques qui impactent l’activité des hormones.
Pendant le premier trimestre, des douleurs évoquant des contractions peuvent faire craindre une fausse couche. Des douleurs localisées à droite qui s’accompagnent d’une perte de sang foncé peu abondante, évoquent quant à elles une possible grossesse extra-utérine. Des douleurs qui surviennent ponctuellement, environ 2 semaines avant les règles, peuvent être liées à l’ovulation. La préménopause est source d’un véritable bouleversement hormonal chez la femme et notamment de variations importantes du taux d’œstrogène du corps. Ces modifications peuvent causer des maux de ventre et une aggravation de douleurs dorsales déjà présentes. Avant les règles, il n’est pas rare de ressentir des maux de ventre qui peuvent parfois s’étendre jusqu’au bas du dos. Ils sont dus au syndrome prémenstruel, un ensemble de symptômes physiques et psychiques qui apparaissent quelques heures à quelques jours avant le début des règles et disparaissent après leur arrivée.
Autres Affections
La cystite est une infection urinaire qui touche particulièrement les femmes et s’accompagne de douleurs aiguës dans la région pelvienne, particulièrement quand on urine. L’endométriose est une maladie qui provoque des douleurs dans le bas-ventre et parfois dans le bas du dos. Le kyste ovarien peut être source de douleurs, d’une sensation de pesanteur dans la région du bassin et très rarement d’un gonflement du ventre. La salpingite est une inflammation des trompes de Fallope due à une infection sexuellement transmissible. La colopathie fonctionnelle ou syndrome du côlon irritable cause des douleurs abdominales qui irradient parfois dans le dos et/ou le haut des cuisses. L’appendicite provoque une douleur aiguë sur la droite de l’abdomen, qui peut s’accompagner de nausées, de vomissements et de fièvre.
Les causes psychologiques peuvent être envisagées quand les douleurs persistent et qu’aucune cause n’est décelée par un examen médical.
Prévention des Coliques Néphrétiques et des Infections Urinaires
Afin de diminuer le risque de récidive, il est conseillé d'adapter son régime alimentaire en fonction du type de calcul. Il peut être utile d'éviter les aliments riches en protéines animales, en sel et en acide urique, et de privilégier l'eau riche en bicarbonate pour désacidifier les urines. Un accompagnement nutritionnel personnalisé peut être bénéfique pour les patients sujets aux récidives. Les personnes ayant des coliques néphrétiques devraient consulter régulièrement un urologue ou un néphrologue pour surveiller la formation de nouveaux calculs et ajuster leur régime alimentaire si nécessaire.
Les coliques néphrétiques ont tendance à récidiver. Environ la moitié des personnes ayant souffert de cette affection récidive dans les 5 ans. La prévention des coliques néphrétiques est donc indispensable pour éviter qu’elles ne reviennent et améliorer la qualité de vie des personnes à risque de développer des calculs urinaires. Adopter certaines mesures peut réduire considérablement ce risque :
- Hydratation adéquate : Boire au moins deux litres d'eau par jour permet de diluer les urines et donc, de diminuer la concentration en sels minéraux.
- Ajustement du régime alimentaire : La prévention par l’alimentation dépend du type de calcul dont a souffert la personne. De façon générale, il est conseillé de limiter la consommation de protéines animales, de sel et de produits laitiers. En cas de calculs à oxalates, il faudra éviter le chocolat, la plupart des fruits secs, les asperges, la rhubarbe, l’oseille, les épinards, le thé, etc. En cas de calculs à acide urique, il faut limiter la consommation de charcuterie, d’abats et de fruits de mer.
Quand Consulter ?
Il est recommandé de consulter en urgence si :
- La colique néphrétique s’accompagne de fièvre, de frissons.
- La personne souffre d’anurie (plus d’émissions d’urines).
- La colique néphrétique survient chez la femme enceinte.
- Les douleurs ne disparaissent pas après la prise d’antalgiques et d’anti-inflammatoires prescrits par le médecin.
Si vous êtes enceinte et que vos douleurs sont sources d’inquiétude, mieux vaut solliciter un avis médical rapidement. Pour soulager vos douleurs, demandez conseil à un médecin généraliste.
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