Introduction
Le débat sur l'interruption volontaire de grossesse (IVG) reste vif en France, plus de quarante ans après la loi Veil. Au cœur de ce débat, une nouvelle génération de militants, souvent très présents sur les réseaux sociaux, s'oppose au droit à l'avortement. Parmi ces mouvements, "Les Survivants" se distingue par ses actions médiatiques et sa communication percutante. Cet article explore les témoignages liés à ce mouvement, ses actions controversées, et les réactions qu'il suscite.
L'Origine et l'Idéologie des Survivants
"Les Survivants" est une association anti-IVG qui estime qu'« un enfant sur cinq n’a pas la chance de naître », mettant en parallèle les 220 000 IVG pratiquées chaque année et les 800 000 naissances. Le mouvement se présente comme étant « composé exclusivement de jeunes nés après 1975 parce que nous aurions pu ne pas être là, et parce que nous voulons changer les choses ». Ils trouvent « révoltant » que l’existence d’un enfant ne dépende actuellement « que d’un foutu projet parental ».
À l'origine des Survivants, il y a Émile Duport, un communicant parisien. Militant « pro vie » depuis de nombreuses années, il est également porte-parole de la « Marche pour la vie », une autre association anti-avortement et contre la légalisation de l’euthanasie. Le mouvement a été mis en lumière par un reportage du « Petit journal » en juin 2016. Émile Duport y déclarait : « On est là pour dire qu’un embryon est un enfant, mais surtout là pour dire qu’on a tous été des embryons et certains de nos frères ont été des embryons et parce qu’ils n’avaient pas de projet parental, ils n’ont pas été acceptés ».
Actions et Controverses
Les Survivants sont connus pour leurs actions médiatiques souvent controversées. En 2017, au moment de l’élection présidentielle, des affiches anti-IVG à l’effigie des candidats avaient été placardées dans le métro parisien. Là encore, la RATP avait porté plainte.
Plus récemment, l’association a revendiqué une large campagne d’affichage réalisée sur les vélos parisiens en libre-service Vélib'. Ils ont recouvert de manière illégale des dizaines de Vélib’ dans tout Paris avec des autocollants porteurs d’un message anti-avortement. L’opérateur parisien, en coordination avec la mairie de Paris, a déposé plainte. Les autocollants utilisaient les codes visuels traditionnellement associés à ce service, en particulier les couleurs des lettres composant le message « Et si vous l’aviez laissé vivre ? », et le dessin enfantin qui représente un embryon évoluant en fœtus, puis un bébé et, enfin, un enfant roulant à vélo.
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Le Jury de Déontologie Publicitaire a estimé que ce message revêtait un caractère publicitaire et entretenait délibérément une confusion avec les communications relatives au Vélib’, donnant à penser aux utilisateurs ou aux passants qu’il émanait de l’exploitant de ce service.
En 2017, les Survivants avaient fait parler d’eux en mettant en ligne le site « simoneveil.com », au moment de la mort de l’ancienne ministre de la Santé pour faire parler de leur cause.
Témoignages et Réactions
Les actions des Survivants suscitent de vives réactions. Certains dénoncent leurs méthodes et leur impact sur le droit des femmes à disposer de leur corps. D'autres témoignent des conséquences des avortements clandestins, rappelant l'importance de l'accès à l'IVG dans des conditions sûres et légales.
Un témoignage poignant relayé par une internaute relate l’agonie de deux jeunes filles de 18 ans ayant subi une IVG clandestine. La mère de l'internaute, ancienne interne, a exprimé sa colère face à ceux qui remettent en cause l’avortement, soulignant que « militer contre l’IVG, c’est se voiler la face. De tout temps, ça a existé et des femmes sont mortes de ça. Et ça, ce n’est pas acceptable ».
Moana, une autre internaute, a partagé le témoignage de sa mère, également ancienne interne, qui a pleuré de colère face à l'offensive contre le droit à l'avortement.
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Ces témoignages rappellent que la lutte pour le droit à l'avortement est loin d'être terminée et que la vigilance reste de mise.
Financements et Soutiens
Le documentaire d'Arte "Avortement, les croisés contre-attaquent" révèle que les fonds des mouvements anti-avortement proviennent de certains milieux russes et américains très peu recommandables, notamment d'un oligarque russe très sulfureux, interdit de séjour en Europe.
En France, Émile Duport a su créer un réseau et mobiliser des jeunes autour de sa cause. Il bénéficie du soutien de personnalités comme Frigide Barjot, qui souligne ses qualités de communicant et sa capacité à moderniser le discours anti-IVG.
Stratégies de Communication
Les Survivants utilisent des stratégies de communication modernes et décalées pour toucher un public plus large, notamment les jeunes. Emile Duport a créé plusieurs sites faisant mine d’informer sur l’avortement de manière neutre et détendue. Il surfe sur les opé des militantes pro-choix et utilise des références à la culture populaire pour diffuser son message.
Par exemple, lors du lancement du mouvement, Emile réunit devant le Centre Pompidou à Paris quelques dizaines de jeunes militants. Quatre cinquièmes d’entre eux s’étaient enroulés dans des rubans verts siglés « conforme ». Le reste dans un rouge marqué « non-conforme ». Aux journalistes venus les interroger, ils affirment souffrir d’un traumatisme, le « syndrome du survivant ».
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En octobre, des militants interrompent l’émission Touche pas à mon poste et remercient Cyril Hanouna « d’exister ».
Ces stratégies de communication peuvent faire râler une partie de l’ancienne garde des anti-IVG, pas vraiment à l’aise avec les pets vaginaux. Et c’est le but. « Je voulais faire peur à des gens qui sont plutôt de mon bord mais qui sont chiants. C’est une manière de faire le tri.
L'Évolution du Mouvement Anti-IVG
Émile Duport affirme que les Survivants new-look n’ont plus grand-chose avoir avec leurs grands frères du siècle dernier. « Franchement, ce n’était pas si dynamique que ça. C’était très nébuleux et hiérarchique. Ils étaient un peu paranos et centrés sur les médias. A l’époque, le groupe était contrôlé par La Trêve de Dieu. Une des assos qui organisaient les fameux « commandos anti-IVG » visant à empêcher le fonctionnement d’établissements médicaux pratiquant l’avortement.
Il se défend de toute homophobie et vante plutôt « le grand mouvement familial ». Fidèle à son penchant pour la musique, il s’occupe également de la régie quand le mouvement prend de l’importance. Il est le directeur artistique de l’hymne en 2013, sur du Edith Piaf.
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