Introduction
La maternité, concept central de la vie humaine, est soumise à des mutations profondes sous l'influence des avancées technologiques et des évolutions sociétales. Les lois dites « de bioéthique » redéfinissent constamment les contours de la filiation, de l'embryon, du fœtus, de l'enfant, de la maternité et de la paternité. Ce qui relevait de l'impossible il y a quelques décennies est devenu réalité, soulevant des questions éthiques et juridiques complexes. Cet article se propose d'explorer les différentes facettes de ces mutations, en particulier à travers le prisme des « marchés de la maternité », un concept qui englobe les enjeux liés à la gestation pour autrui (GPA) et aux nouvelles formes de procréation.
L'Évolution de la Maternité : Un Parcours Historique et Artistique
Au fil des époques et des mouvements artistiques, la figure de la mère a été représentée de diverses manières. Divinisée pour sa fertilité, glorifiée à travers la Vierge Marie, symbolisée par son rôle nourricier, l'image de la mère a longtemps été incomplète et idéalisée. La Vierge à l'enfant, omniprésente dans l'art chrétien, incarne la protection, la douceur et la dévotion, mais représente un modèle inatteignable pour les femmes. En parallèle, les représentations de femmes enceintes étaient rares, jugées trop sexualisées.
Le 18ème siècle marque un tournant, avec une mère moins divinisée et plus charnelle. Des artistes comme Elizabeth Vigée-Lebrun réalisent des autoportraits avec leur fille. Au 19ème siècle, des peintres comme Mary Cassatt, Paul Cézanne et Joaquin Sorolla représentent la maternité sous un jour joyeux et tendre.
Le 20ème siècle voit l'émergence de représentations plus complexes et revendicatrices de la maternité. Gustav Klimt rompt avec le modèle maternel sublimé. Frida Kahlo, Louise Bourgeois, Annie Leibovitz et Annette Messager explorent les aspects moins idéalisés de la maternité. Annette Messager met en lumière l'injonction à la maternité. Annie Leibovitz choque avec son portrait nu de Demi Moore enceinte. Louise Bourgeois peint la bonne et la mauvaise mère, l'accouchement douloureux, l'angoisse de la maternité et le rapport mère-enfant. Sa sculpture Maman symbolise la complexité de la maternité, avec une araignée représentant à la fois la mère nourricière et protectrice, et son caractère destructeur et intimidant.
Les représentations de la maternité dans l'art ont longtemps oscillé entre le tabou du réel et la pureté du sacré. Le 20ème siècle a permis de briser les carcans et d'élever les voix, faisant évoluer les perceptions de la maternité dans l'art.
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La Maternité et la Procréation Médicalement Assistée (PMA)
L'ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) aux lesbiennes et aux célibataires a marqué une étape importante dans l'évolution de la maternité. Cette évolution a conduit à l'éviction du père dans certains cas, soulevant des questions sur la définition de la filiation et le rôle des différents acteurs impliqués dans la procréation.
La question de la légalisation des mères porteuses est une autre étape potentielle de cette évolution. Les partisans de la GPA mettent en avant le principe d'égalité, arguant qu'il serait injuste de refuser aux couples gays et aux hommes célibataires ce qui a été accordé aux couples lesbiens et aux femmes célibataires. Ils défendent également l'idée d'une GPA « éthique », encadrée par des règles strictes et excluant toute transaction financière.
Cependant, de fortes objections sont formulées, notamment par des femmes engagées dans le féminisme. Elles mettent en garde contre la mise en servitude et l'instrumentalisation du corps de la femme, même si celle-ci y consent. Des voix s'élèvent pour dénoncer la désexualisation des origines et rappeler l'importance du lien entre la mère et l'enfant pendant la grossesse.
Les Marchés de la Maternité : Une Analyse Critique
L'ouvrage collectif Les marchés de la maternité, dirigé par Nicole Athea et Martine Segalen, offre une analyse critique de ces évolutions. Martine Segalen critique le traitement réservé aux enfants nés de la GPA, soulignant leur besoin de continuer leur conversation avec leur mère, qu'elle leur ait fourni ou non ses gamètes, celle qui les a portés et avec laquelle ils ont échangé pendant neuf mois.
Frédérique Kuttenn répond à l'argument de la discrimination dont seraient victimes les hommes seuls ou en couple en rappelant la mise en servitude et l'instrumentalisation du corps de la femme. Sylviane Agacinski et Monette Vacquin dénoncent la désexualisation des origines. Marie Balmary montre que, dans la Bible, les servantes donnant un fils à un homme stérile ne sont pas des mères porteuses, car leur maternité n'est jamais transférée à une autre et elles ne sont jamais séparées de leurs enfants.
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Ana-Luana Stoicea-Deram, co-directrice de Ventres à louer, présente un panorama planétaire et historique de la question, dénonçant la « prostitution reproductive » et le rôle du patriarcat dans ce phénomène.
Les partisans de la légalisation des mères porteuses utilisent un vocabulaire euphémisant, remplaçant la grossesse des humaines par la gestation des mammifères, et dissimulant la réduction de la femme au rang de moyen. La dissociation entre la grossesse et la maternité est au cœur du processus de la GPA, avec l'invention de la mère d'intention qui atteste le primat de la volonté sur la loi du corps dans la définition de la maternité.
Vers une Maternité Sans Corps ?
L'évolution actuelle soulève la question de l'avenir de la maternité. Le titre Vers une maternité sans corps. Et si on ne naissait plus des femmes ? suggère une trajectoire où la naissance pourrait se faire à partir de l'utérus artificiel, voire sans gamètes. Cette perspective vertigineuse reléguerait les controverses contemporaines sur la GPA au rang de querelles surannées.
La Maternité et le Travail Procréatif
Le concept de « travail procréatif » est essentiel pour comprendre les enjeux liés à la maternité. Ce concept, développé par des chercheuses féministes, englobe les activités liées à la reproduction de l'espèce humaine, en dehors du foyer. Il permet de désenclaver la production des êtres et de la saisir là où on ne l'attend pas.
Anne-Marie Devreux a étudié l'articulation des trajectoires familiales et professionnelles des femmes, ainsi que les conditions de vie professionnelle des femmes enceintes. Francine Descarries s'est intéressée à l'expérience maternelle et à l'impact du travail salarié sur la façon dont les mères travaillaient pensaient et vivaient leur maternité. Françoise Thébaud a étudié l'histoire de la maternité en France pendant l'entre-deux-guerres, en se concentrant sur les attitudes devant la vie, le contexte politique, social et culturel des enfantements, et les conditions de la grossesse et de l'accouchement. Louise Vandelac a interrogé les fondements des sociétés salariales et la catégorie analytique du travail pour penser les enjeux de la production domestique, et a étudié les nouvelles technologies de reproduction.
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La Maternité Tardive : Un Défi aux Normes
L'affaire d'une femme de soixante-deux ans donnant naissance à un enfant en 2001 a soulevé des questions sur les limites de la maternité et les normes sociales qui l'encadrent. Cette naissance, obtenue grâce à l'assistance médicale à la procréation (AMP) aux États-Unis, a été jugée « hors-la-loi » car elle se situait aux marges de la loi française, qui limite l'accès à la PMA aux femmes en âge de procréer.
Cette affaire a mis en évidence une perception sociale différenciée des sexes, avec un temps pour être mère plus limité que pour être père. La loi française, en exigeant que l'homme et la femme soient en âge de procréer, semble réitérer la loi de la nature, car la ménopause ne concerne que les femmes.
La naturalisation des nouvelles technologies conduit à considérer la femme non comme un parent social, mais comme une génitrice biologique. La logique qui sous-tend l'exigence d'âge est que les couples qui demandent l'assistance médicale sont définis par leur capacité théorique en même temps que leur incapacité pratique à procréer.
Cette naturalisation de la reproduction, par opposition à la filiation sociale, permet de comprendre les incohérences juridiques apparentes. Les lois dites de « bioéthique » visent à sauver à tout prix la naturalité de la reproduction, en niant l'artifice de l'AMP.
Anthropologie de la Reproduction
L'anthropologie de la reproduction, développée en langue anglaise, propose une approche culturelle de la conception assistée. Elle remet en cause les « évidences » qui inspirent les argumentations hostiles à la réforme du patronyme, en montrant que la nature de la reproduction n'est plus une donnée d'évidence et que notre représentation des « choses de la vie » est une construction culturelle.
L'anthropologie de la reproduction se situe au croisement de l'anthropologie de la parenté et de l'anthropologie féministe. Elle s'appuie sur les travaux de David Schneider, qui a critiqué la projection des catégories de la culture d'origine sur l'étude de la parenté, et sur les travaux de Marilyn Strathern, qui a prolongé la critique américaine de la parenté.
L'anthropologie féministe interroge la différence entre les hommes et les femmes, en mettant en question l'idée que les différences biologiques sont la base universelle des catégories « masculin » et « féminin ».
La Grossesse et la Maternité : Une Expérience Médicalisée
La grossesse, bien que n'étant pas une pathologie, est aujourd'hui médicalisée. Cette prise en charge a bouleversé l'expérience de la maternité. La littérature contemporaine sur la naissance regrette vivement la médicalisation d'une expérience jugée naturelle.
L'entrée dans la grossesse est un temps distinct des autres, avec une prise en charge médicale faible et une responsabilité individualisée de la femme. L'importance de la santé de l'enfant à naître est intériorisée très rapidement, entraînant une prémédicalisation par le biais de différents supports de vulgarisation.
L'expérience soignante de la naissance est différente chez les obstétriciens et les sages-femmes. La définition sociale de la naissance est largement engendrée par l'institution. L'accouchement est le point culminant et critique de l'expérience de la maternité, soumis à l'idéologie médicale du risque et aux contraintes organisationnelles propres au service.
L'accouchement à domicile, réapparu sous l'impulsion des courants féministes et écologistes, est accompagné de valeurs fortes : le refus du pouvoir biomédical, le respect de la physiologie et l'intérêt pour l'écologie.
La Maternité et le Droit
La Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) a jugé des affaires se rapportant à des femmes ayant eu recours à des mères porteuses à l'étranger. La CJUE a rappelé que, pour bénéficier d'un congé de maternité, il faut avoir été enceinte, et que, pour bénéficier d'un congé d'adoption, il faut avoir fait une demande d'adoption. Elle a également souligné qu'une mère commanditaire ayant eu un enfant grâce à une convention de mère porteuse ne peut faire l'objet d'un traitement moins favorable lié à sa grossesse, étant donné qu'elle n'a pas été enceinte de cet enfant.
La Natalité en France
En 2018, 759 000 bébés sont nés en France. Le baby boom, entre 1946 et 1974, a connu plus de 800 000 naissances chaque année, avec un pic en 1964 (878 000 naissances). Depuis 2010, moins de 2 % des mères ont un enfant avant l’année de leurs 20 ans. Les naissances précoces sont les plus fréquentes dans les DOM.
Les naissances précoces sont influencées par des facteurs tels que le niveau d'instruction, le niveau de vie, l'accès à la contraception et les spécificités culturelles.
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