Les discriminations entre les sexes, les territoires, selon l’âge ou la couleur de la peau occupent une place prépondérante dans le débat public contemporain. Pour analyser le processus de stratification sociale, il est impératif de prendre en compte une multitude de paramètres et de variables, en considérant l’âge, le sexe, le revenu, le diplôme, l’origine ethnique ou le lieu d’habitation. Autour de chacun de ces facteurs se structurent des inégalités dont il faut comprendre l’origine, la logique et la portée. Dans les faits, ces inégalités constituent un système d’ensemble complexe et interconnecté. Le concept de classe sociale demeure essentiel pour comprendre la société dans sa globalité, car il permet de synthétiser, en quelque sorte, ces différentes dimensions.
La Disqualification Apparente du Concept de Classe Sociale
Les théories dites de la « moyennisation » de nos sociétés ont considérablement influencé le débat public. En simplifiant, disons que le début de la baisse du nombre d’ouvriers ainsi que les effets de la période de forte croissance des Trente glorieuses ont conduit certains, dans les années 1970 et 1980, à prophétiser la mort des classes sociales et à célébrer l’avènement d’une société « moyenne », dans laquelle l’essentiel de la population graviterait autour du salaire médian, dans un univers social pacifié. Il s’agit assez largement d’une illusion d’optique, car ce qui se passe pendant les Trente glorieuses, ce n’est pas tant une réduction significative des inégalités qu’un mouvement général d’amélioration des conditions de vie de toutes les catégories sociales. Oui, les ouvriers de 1970 vivent mieux que les ouvriers de 1950, mais l’écart entre le niveau de vie des ouvriers et celui des cadres est resté inchangé. En réalité, la société qui nous est décrite, dans les discours, est une société horizontale. Il faut de la « cohésion sociale », du « vivre ensemble », nous répète-t-on, mais pourquoi ne pas voir que des intérêts divergents s’expriment ?
Le Rôle des Chercheurs et les Transformations Sociales
Depuis plusieurs années, de nombreux chercheurs essaient de rendre compte de ces transformations et de renouveler l’analyse des classes sociales en examinant notamment la manière dont les différentes dimensions porteuses d’inégalités s’articulent les unes avec les autres. Le souci est que leurs travaux restent assez largement ignorés dans le débat public où il est toujours de bon ton de considérer comme résolument « modernes » les affirmations péremptoires selon lesquelles les classes sociales appartiendraient à un passé poussiéreux.
Le mode de financement de la recherche conduit à une spécialisation de plus en plus grande. Cela se traduit par une diminution des travaux plus généraux, qui questionnent la « boite noire » du fonctionnement de nos sociétés, ce qui n’est pas très « sexy » aux yeux des financeurs. Un enjeu important pour les sciences sociales, dans les années qui viennent, sera probablement de parvenir à tirer profit de la richesse des travaux évoqués plus haut, autour des questions de sexe, d’âge ou des enjeux liés à l’immigration, pour produire à un niveau plus général de nouvelles grilles de lecture de la stratification sociale.
La Complexité des Catégories Socioprofessionnelles et les Classes Populaires
Il existe une difficulté d’utilisation de la nomenclature des catégories socioprofessionnelles de l’Insee, liée à l’évolution des emplois et notamment l’essor des services. Tout un travail, central, est mené depuis de longues années au niveau européen pour proposer une nouvelle nomenclature. Bien sûr, tout classement amène à simplifier la réalité sociale qui ne sort pas indemne de la « mise en catégories », forcément réductrice. Les classes populaires regroupent des individus et des groupes dominés à bien des égards, en termes de ressources économiques et culturelles, mais elles sont en même temps hétérogènes, parcourues par des inégalités dont il faut rendre compte et qui peuvent se dissimuler derrière une même étiquette.
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Parmi les employés et les ouvriers, les professions dont les effectifs augmentent le plus rapidement sont celles des services directs aux particuliers : au cours du dernier quart de siècle, cette catégorie a doublé et regroupe plus de 2,2 millions de salariés. La création de ces emplois, présentés comme un gisement d’avenir, est encouragée par les pouvoirs publics. Directement ou indirectement, le temps de travail de ces salariés est acheté par des particuliers, essentiellement des salariés qualifiés voire très qualifiés, des cadres « gagnants de la mondialisation ». Or ces emplois, massivement occupés par des femmes, des immigrés et des non diplômés, sont de plus en plus coupés de la sphère des emplois qualifiés.
La Conscience de Classe et le Refus des Antagonismes Sociaux
Il est de bon ton de répéter que « les classes sociales, c’est du passé », qu’elles n’existent plus, et que « c’est quand même plus compliqué que cela ». Un argument typique, évidemment, est celui de la fameuse « conscience de classe » : les classes populaires seraient divisées, ne se penseraient plus en tant que telles. Le vote en serait un bon indicateur. Il ne faut pas prendre à la légère cet argument car bien des facteurs de désintégration ont modifié les espaces populaires. Mais la « conscience de classe », à son état pur, n’a jamais existé que dans les livres. Une fraction non négligeable des ouvriers a toujours été de droite, conservatrice et catholique, y compris dans les années 1960 et 1970. Plus généralement, on ne peut qu’être frappé par le refus de la gauche dite « de gouvernement » de se frotter aux antagonismes sociaux.
Pour les responsables politiques, il est beaucoup plus facile de donner l’impression d’agir en segmentant les domaines d’intervention (les inégalités hommes-femmes, les discriminations liées à la couleur de peau ou à l’origine ethnique, etc.) plutôt que d’affronter des questions aussi décisives que la redistribution des richesses ou la division du travail, au fondement des inégalités de toutes sortes. L’histoire des salariés d’Air France, qui s’en sont pris violemment à leur DRH, il y a quelques mois est un bon exemple de la manière dont les politiques sont tétanisés face au conflit social lorsqu’il s’exprime dans le cadre professionnel.
Le Rôle du Diplôme et la Sociologie des Élites
Dans le processus de distinction sociale, le niveau de diplôme et la capacité à se faire entendre dans le débat public est tout à fait central. Cinquante chefs d’entreprises qui s’auto-baptisent « pigeons » et qui construisent un site internet en dix minutes suffisent à faire faire marche arrière au pouvoir. Deux jours de grève ou de manifestations de mécontentement de professeurs de classes préparatoires suffisent à faire ranger aux oubliettes tout projet de réforme, aussi limité soit-il. Cela s'explique par une sociologie des élites et du personnel politique dont le parcours et la formation les coupent de pans entiers de la réalité sociale.
La Visibilité Médiatique et la Domination Sociale
Dans le cadre de cette campagne électorale, les références publiques aux « ouvriers » et, plus largement aux « classes populaires » ou encore au « monde du travail » se multiplient. Invisible en temps ordinaire, le monde ouvrier retrouve soudainement une existence médiatique sous le double impact d’une actualité sociale faite de fermetures d’usines et de stratégies de mobilisation électorale. En 2012, la crise de l’emploi industriel et les luttes ouvrières ont mis les usines au cœur du débat électoral. Résultat, la chasse aux voix ouvrières donne lieu à des confrontations politiques virulentes et les visites d’usine deviennent un passage obligé pour des candidats. La lutte électorale autour de ce groupe est d’autant plus rude que les ouvriers se caractérisent désormais surtout par leur absentéisme électoral et constituent donc pour les partis une réserve de nouveaux électeurs à fidéliser.
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Ce retour sur la scène publique de la figure de l’ouvrier intervient pourtant dans une période où le discours dominant, à la fois sociologique et politique, a travaillé à enterrer depuis les années 1980 ce monde social, perçu comme le vestige d’un passé industriel. « Société post-industrielle » et « classes moyennes » sont autant de notions écrans qui voilent les divisions de classe dans la société et l’assignation d’un nombre important d’individus à des tâches productives répétitives et ingrates. En effet, selon le dernier recensement INSEE de 2008, les ouvriers forment encore près du quart de la population active et un homme sur trois ayant un emploi est ouvrier. Surtout, ces ouvriers partagent de plus en plus les mêmes conditions d’existence et de travail qu’un autre groupe social en essor, celui des employés, qui est en fait surtout constitué de femmes affectées elles-aussi à des métiers d’exécution mais dans le commerce ou les administrations. Une femme sur deux ayant un emploi relève de cette catégorie des « employés », dont le salaire moyen est encore plus faible que celui des ouvriers. L’ensemble de ces salariés de l’industrie ou des services, qui subissent des contraintes quotidiennes dans leur vie familiale et professionnelle forment le vaste ensemble des « classes populaires », qui représentent 55 % de la population active.
Du fait même de cette position sociale subalterne, les ouvriers sont largement absents des représentations publiques dominantes, produites par des journalistes, universitaires, hommes politiques, experts, artistes, qui sont éloignés de ces milieux sociaux. Ils en sont éloignés du fait de leur propriétés sociales (origines familiales, profession exercée, niveau de diplôme) et aussi parce qu’ils ne les fréquentent pas. Les ouvriers sont même devenus invisibles à leurs propres yeux car tout un ensemble de dispositif de gestion de la main-d’œuvre a contribué ces trente dernières années au déclin de la conscience de classe qui caractérisait auparavant ce groupe.
Dans l’espace public, les ouvriers sont parlés mais, eux, ils ne parlent guère. Les figures ouvrières sont mobilisées par des dirigeants politiques issus en très grande majorité de la bourgeoisie et des grandes écoles, qui s’efforcent d’être à l’écoute de mondes sociaux qu’ils ne côtoient pas. Leur rapport au monde ouvrier passe par les rapports d’experts issus des mêmes écoles qu’eux ou par des visites d’usine très médiatisées. La scène politique s’est rétractée autour des classes dominantes, et les conditions du jeu politique font que les ouvriers sont en quelques sortes dépossédés des moyens de représenter et défendre leurs intérêts sociaux.
Les Porte-Paroles et la Lutte des Classes
En pointant les inégalités sociales de représentation politique, la sociologie soulève alors un enjeu politique : pourquoi les ouvriers sont-ils sollicités dans le cadre d’une lutte électorale pour l’accession au pouvoir ? Est-ce simplement pour qu’ils votent et arbitrent ainsi la lutte des différentes fractions des classes dominantes pour l’accession au pouvoir étatique ? Ou est-ce une participation au jeu politique visant à leur faire acquérir des positions de pouvoir et tenter ainsi de changer leur place dans la division du travail social et politique ? La confrontation électorale relève bien du pouvoir et donc, pour reprendre une notion passée de mode, de la lutte des classes. Dominés socialement, les ouvriers le sont aussi politiquement. L’un des enjeux de leur participation aux combats électoraux n’est-il pas dès lors la remise en cause de leur exclusion de la scène politique ?
La situation de dépolitisation est telle aujourd’hui dans les milieux populaires que la mobilisation électorale tend à devenir elle-même sa propre fin. Voter, c’est en quelque sorte s’intégrer à la société. Mais il faut tout de même souligner les aspects conservateurs de la participation au jeu électoral qui peut aussi contribuer à faire accepter l’ordre social, à conforter la place sociale et politique de chacun. En ce sens, le réel enjeu n’est-il pas de créer les conditions organisationnelles d’une mobilisation des classes populaires ? Ne doivent-elles être qu’un soutien électoral ou ont-elles la possibilité de se représenter elles-mêmes ?
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L'Ancrage Historique du PCF et la Désouvriérisation
Revenir sur l’ancrage passé du PCF dans les milieux populaires est un moyen d’éclairer les conditions de possibilité d’un engagement ouvrier dans la scène politique. Le mouvement communiste a en effet été conçu comme une entreprise de mobilisation des ouvriers qui ne soit pas simplement électorale mais une mobilisation militante visant à les faire accéder à des positions de pouvoir dans les institutions électives.
Des années 1930 aux années 1970, l’audience du PCF fut surtout forte dans les milieux ouvriers, d’où étaient issus la plupart de ses soutiens électoraux et le gros de ses troupes militantes, mais également ses principaux dirigeants. Les ouvriers n’étaient pas seulement au centre de sa rhétorique, ils en constituaient également l’essentiel des représentants. En ne cherchant pas seulement à représenter la classe ouvrière, à parler en son nom, mais en visant à la mobiliser et à lui donner le pouvoir, les cadres du PCF œuvraient à la promotion d’un personnel politique d’origine populaire.
La constitution d’une élite militante d’origine ouvrière reposait sur un important travail de formation et d’encadrement qui commençait à « la base », dans les régions industrielles. Les usines constituaient pour les communistes le terrain principal de la lutte politique. L’action dans les entreprises, avec la constitution de cellules communistes et de sections syndicales, trouvait un prolongement direct dans les localités où les militants ouvriers s’appuyaient sur leur prestige syndical pour investir les conseils municipaux. Ils pouvaient ainsi contester le pouvoir des élus en place, qui eux se recrutaient hors des mondes ouvriers, parmi les élites patronales, les membres de l’encadrement des entreprises et les indépendants (commerçants, médecins, pharmaciens, agriculteurs, etc.). En s’appuyant sur le PCF et la CGT, des ouvriers ont accédé ainsi au pouvoir municipal et ont renversé en partie la domination qu’ils subissent dans les entreprises.
La formation d’une élite militante d’origine ouvrière s’est opérée dans le cadre d’un système de formation (les écoles du Parti) et de contrôle (les militants devaient répondre régulièrement à des questionnaires biographiques) inspirés du modèle soviétique. Elle a permis l’accession d’ouvriers à des postes de responsabilité dans le parti, ses réseaux syndicaux et associatifs, mais aussi dans les institutions publiques (des mairies à l’Assemblée nationale). La montée dans l’appareil et la détention de mandats électifs étaient strictement contrôlées selon des critères politiques (acceptation de la ligne) et sociaux (origine sociale).
Le PCF perd son influence électorale en même temps que son ancrage militant dans les milieux populaires au tournant des années 1970. Le déclin du courant communiste et la marginalisation politique des ouvriers qu’il provoque s’explique d’abord par les mutations de la condition ouvrière. La précarisation de l’emploi ouvrier et l’apparition durable du chômage de masse provoquent un infléchissement des luttes sociales et mettent à mal la transmission d’une culture de classe. Les restructurations dans les grandes concentrations industrielles fragilisent les figures ouvrières traditionnelles (ajusteurs, monteurs, tôliers), qui animaient les réseaux de la CGT et du PCF. Désormais, de plus en plus d'ouvriers travaillent en situation d'isolement dans le tertiaire (chauffeurs, manutentionnaires, magasiniers).
Ce contexte de fragmentation sociale du monde ouvrier joue évidemment dans la distanciation des classes populaires à l’égard du PCF. Mais celle-ci résulte aussi d’une stratégie politique qui délaisse progressivement les militants ouvriers au profit des « couches sociales nouvelles », ingénieurs, techniciens et cadres notamment.
L'Analyse Wébérienne des Stratifications Sociales
L’analyse wébérienne des stratifications sociales est peu connue pour maintes raisons. Elle est quasi absente des manuels universitaires et des ouvrages de synthèse sur son œuvre. Outre une analyse dispersée dans différents chapitres, elle est souvent déconcertante tant elle est conceptuelle. La compréhension de l’analyse wébérienne des stratifications sociales nécessite de revenir aux textes et de relier entre elles ses différentes dimensions. Cette analyse donne la priorité aux notions de classes et classes sociales, sensiblement plus développées, avant de présenter les deux autres formes de stratification wébérienne, tout aussi pertinentes, relatives aux « groupes de statut » et aux « partis ».
Max Weber distingue les notions de « classes » et de « classes sociales ». La première renvoie à deux types de classes : les « classes de possession » et les « classes de production ». Les classes de possession sont au nombre de trois : les classes de possession « positivement privilégiées », « négativement privilégiées » et « moyennes ». Weber précise que les classes de possession privilégiées se caractérisent par « l’accaparement des biens de consommation d’un prix élevé », « les chances d’édifier une fortune à partir de surplus inemployés », « une situation de monopole ». Aux classes de possession privilégiées, Weber oppose les « classes de possession non privilégiées ». Les membres de ces classes sont « des objets de possession », des « non libres », ils comprennent tous ceux qui sont dans l’obligation de vendre leur force de travail à des conditions de rémunération qui font d’eux des « déclassés », des « débiteurs », des « pauvres ». Enfin, entre ces deux types de classes existent des « classes moyennes », ni positivement ni négativement privilégiées.
Les « classes de possession non privilégiées » comprennent les travailleurs pauvres et ceux qui ne peuvent plus être « des objets de possession » puisqu’ils ne remplissent pas les conditions minimum d’employabilité. Les classes de possession « moyennes », ni positivement ni négativement privilégiées, constituent un ensemble dispersé, une partie étant proche des classes de possessions privilégiés, l’autre des classes non privilégiés. À cette aune, le syntagme « classes moyennes », si fréquent dans les discours politiques, occulte des situations contrastées. Cette dispersion considérable des classes moyennes en termes de possession amène Weber à considérer - contrairement à Marx - que les relations entre les différentes classes de possession ne sont pas à elles seules sources de conflits.
Les classes de production, tout comme les classes de possession, sont divisées en trois classes : « positivement privilégiées », « négativement privilégiées » et « moyennes ». Les classes de production privilégiées sont caractérisées par « l’accaparement de la direction des moyens de production des biens au profit des membres de la classe », et la « capacité à influencer les politiques économiques et groupements politiques de façon à maintenir les chances de profit ». Max Weber présente une liste des membres de ces classes de production privilégiées : industriels, banquiers, membres de professions libérales possédant une compétence remarquable (médecins, artistes…), etc. Les classes de production non privilégiées sont, quant à elles, constituées des « travailleurs (…) qualifiés » et « non qualifiés ». L’originalité de l’analyse wébérienne est de distinguer, contrairement à celle de Marx, la possession des moyens de production de leur direction.
Après avoir défini les classes de production et les classes de possession, Max Weber définit quatre « classes sociales » : « la classe ouvrière », « la petite bourgeoisie », « les intellectuels et les spécialistes sans biens (techniciens) », « les classes des possédants ». Même si Weber n’établit pas de lien explicite entre sa définition de quatre classes sociales et les classes de production et de possession, ce lien est construit par la logique interne de son analyse. La classe ouvrière est massivement constituée d’individus appartenant aux classes de possession dénuées de biens matériels et aux classes de production sans pouvoir dans l’organisation de la production. Pour Weber, les relations entre les classes sociales sont conflictuelles sous certaines conditions : l’identification d’un « adversaire direct » (les ouvriers contre les entrepreneurs, et non contre les actionnaires, qui ne sont pas visibles), l’existence d’un grand nombre d’individus partageant la même situation de classe, la possibilité technique de se réunir facilement, liée notamment à une « communauté de travail ».
Une différence essentielle entre Marx et Weber tient toutefois au fait que, si dans La lutte de classes en France, Marx distingue sept classes, il en distingue trois dans Le capital, son œuvre théorique, et seulement deux dans Le manifeste, texte au fondement de sa théorie binaire de la structure sociale et de la lutte des classes. Si Max Weber définit littéralement quatre classes, il semble toutefois adhérer à une conception ternaire de la structure sociale dans la mesure où les membres de « la petite bourgeoisie indépendante » ainsi que « les intellectuels et spécialistes sans biens », occupent les uns comme les autres une position intermédiaire et constituent des « classes moyennes », expression utilisée par Max Weber pour définir les individus qui n’appartiennent pas aux classes de possession et de production privilégiées ou non.
L’analyse des classes sociales de Max Weber est souvent présentée comme nominaliste et, pour cette raison, opposée à l’approche réaliste de Marx. Une telle opposition est discutable. Quels que soient les critères retenus, les classes [conceptualisées par Weber] sont définies avant tout par des caractéristiques objectives, indépendantes du sentiment subjectif d’appartenance des individus.
Max Weber complexifie son analyse de la stratification sociale en y ajoutant une analyse des « groupes de statut » ou « groupes statutaires » (Économie et Société, chapitre 4). Ces groupes de statut sont constitués à partir d’un « privilège positif ou négatif de considération sociale (…) fondé sur le mode de vie, le type d’instruction (…), le prestige de la naissance ou le prestige de la profession ». Les professions susceptibles d’appartenir aux classes de production privilégiées (« marchands, armateurs, entrepreneurs industriels, banquiers, membres des professions libérales ») sont également susceptibles d’être membres des groupes de statut privilégiés, en raison du « prestige de leur profession ». De façon complémentaire, les membres des classes de production non privilégiées, « typiquement constituées de travailleurs (…), qualifiés, non qualifiés », ont de grandes chances d’être membres de groupes de statut non privilégiés. Les deux catégories se distinguent aussi par des modes de vie sensiblement différenciés en termes de prestige (logement, vacances, possessions, loisirs, réseaux de relations, visibilité sociale, honneurs, etc.).
Influence Économique, Politique et Militaire
L'influence économique, politique et militaire est un facteur déterminant dans la structuration des couches sociales. Les magnats en Hongrie au XVIIIe siècle, par exemple, exerçaient un pouvoir considérable. Au cours du XIXe siècle, certains nobles ont perdu leur qualité de noble, tandis que d'autres ont conservé leur influence grâce à leurs richesses et leurs relations. Les hommes politiques de cette époque étaient souvent issus de ces milieux privilégiés, et leurs décisions étaient influencées par leurs intérêts de classe. Les fêtes somptueuses et le jeu étaient des aspects importants de leur mode de vie.
L'Éducation et la Mobilité Sociale
L'éducation, comme en France, joue un rôle crucial dans la mobilité sociale. Un grand nombre d'individus cherchent à améliorer leur statut social grâce à l'éducation. Cependant, l'accès à une éducation de qualité reste inégal, et les individus issus de milieux défavorisés rencontrent souvent des obstacles supplémentaires. Les politiques éducatives ont un impact significatif sur la pérennité de ces régimes et sur la capacité des individus à s'élever dans la hiérarchie sociale. Certains individus parviennent à s'éloigner du monde ouvrier dont ils sont issus grâce à l'éducation.
La Révolution Française et l'Exode Rural
La Révolution Française a marqué un tournant dans la structuration des couches sociales. Les biens nationaux ont été redistribués, ce qui a eu un impact sur la propriété foncière et la richesse. L'exode rural a également contribué à modifier la composition des classes sociales, avec un afflux de populations rurales vers les centres urbains.
Les Politiques Sociales et le Temps de Travail
Les politiques sociales jouent un rôle essentiel dans la réduction des inégalités et l'amélioration des conditions de vie des travailleurs. La législation sociale, en limitant le temps de travail, a permis d'améliorer la qualité de vie des ouvriers et de leur offrir davantage de temps libre. Les entreprises modernes, comme celles de Schneider ou Michelin en France, ont mis en place des politiques sociales novatrices pour améliorer les conditions de travail de leurs employés.
Les Syndicats et la Bourgeoisie
Les syndicats, ainsi que les partis politiques (comme les radicaux en France), jouent un rôle important dans la défense des intérêts des travailleurs. Ils contribuent à réduire les inégalités entre la bourgeoisie et les ouvriers en négociant des salaires et des conditions de travail plus justes.
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