Introduction
Le royaume de Koush, situé dans l'actuel Soudan, est une civilisation africaine ancienne qui a prospéré pendant des siècles. Souvent éclipsé par l'histoire de l'Égypte ancienne, le royaume de Koush possédait une identité culturelle distincte et une histoire riche. Cet article explore l'histoire, la civilisation et l'héritage du royaume de Koush, en mettant en lumière ses réalisations et ses contributions uniques.
Découverte et Périodisation
La fouille de Kerma, découverte en 1913 par George Reisner, a été conduite à partir de 1969 par Charles Bonnet. Ses travaux ont permis de mettre au jour une vaste agglomération kouchite s’étendant sur plusieurs hectares et qui s’est développée durant plus d’un millénaire entre 2500 av. J.-C. et 1500 av. J.-C. L'histoire du royaume de Koush peut être divisée en plusieurs périodes distinctes :
- Une ville nubienne antérieure, fondée avant la période Kerma et relevant d’une architecture originale jusqu’alors inconnue pour le 2e millénaire av. J.-C. La présence d’édifices palatiaux et de sanctuaires affectant des plans ovales ou circulaires atteste le caractère cérémoniel du site primitif qui est protégé par un très puissant système de fortifications.
- Le Kerma classique (environ 1750-1480 BC): Cette période est considérée comme la plus brillante du royaume, marquée par l'extension de la ville, la construction de temples et de tombes royales.
- Kerma final (environ 1480-1450 BC): Cette période marque la transition entre la fin du royaume et l’occupation égyptienne.
Le royaume de Kerma prend fin vers 1450 BC avec la conquête de Koush par les pharaons de la 18ième dynastie, notamment Touthmôsis III.
Relations avec l'Égypte
L’ancien royaume de Koush (ou Kouch) s’étendait au sud de l’Égypte. Cette région s’appelait la Nubie. Elle appartient aujourd’hui au Soudan. Le royaume de Koush fut d’abord une colonie égyptienne. Il régna ensuite sur l’Égypte et la plus grande partie de la vallée du Nil. Il alliait la culture égyptienne et d’autres cultures africaines.
Pour près de six cents ans, le nord du Soudan actuel allait être intégré dans l’Empire des pharaons. À la tête de cette rentable colonie, ils nommèrent des administrateurs appelés « fils royaux de Koush ». Mais la mainmise sur la Nubie ne fut pas chose aisée. La reconquête égyptienne des territoires perdus à la fin du Moyen Empire entre la première et la deuxième cataracte avait déjà commencé au temps de Kamosé, le dernier roi de la XVIIe dynastie basée à Thèbes (vers 1 550 av. J.-C.). Toutefois, la grande affaire de son règne et du suivant fut de chasser d’Égypte les rois hyksôs qui depuis plus d’un siècle occupaient le nord du pays.
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La conquête du royaume de Kerma
Peut-être le pharaon thébain saisit-il l’opportunité de la succession en cours à Kerma pour annexer les marches septentrionales du royaume. Une inscription de Bouhen, en Basse-Nubie, commémore la construction d’une forteresse nouvelle. Durant le règne de son successeur Ahmosis, premier roi de la XVIIIe dynastie, la domination égyptienne progresse vers le sud : c’est désormais l’île de Saï, lieu stratégique le plus important de Moyenne-Nubie, qui est contrôlée par les armées de Pharaon. Les étapes de la conquête - et, en filigrane, les revers de cette politique d’expansion - sont relatées, bien que sommairement, dans les stèles officielles commémorant les victoires égyptiennes, ainsi que dans les autobiographies des officiers qui ont participé à ces campagnes.
Sous le règne suivant, celui de Thoutmosis Ier, l’expédition contre Koush, lancée dès l’an 2 (à placer sans doute peu avant 1 500 av. J.-C.), prit une toute autre ampleur et porta un coup sévère au royaume de Kerma. Ahmosé, maintenant cinquantenaire, ne s’illustra plus sur les champs de bataille mais mit à profit sa longue expérience de marinier pour conduire en sûreté la flotte royale à travers les rapides de la cataracte. Sans doute s’agissait-il de la troisième, que les Égyptiens abordaient en effet pour la première fois. Cet exploit lui valut d’être promu au rang de « chef des équipages » (parfois traduit aussi par « amiral »), le plus haut grade qu’il atteignit dans sa longue carrière. L’année suivante, parvenu avec les troupes égyptiennes jusqu’au Mittani, royaume situé au nord de l’Euphrate, il terminera ce parcours brillant à la tête d’un détachement, amenant un attelage ennemi et son aurige prisonnier devant le souverain.
Deux sites du Soudan ont gardé la trace écrite de la conquête égyptienne. À quelques kilomètres au nord de Kerma, au centre de la troisième cataracte, les rochers granitiques de Tombos sur la berge du Nil sont ainsi gravés de panneaux hiéroglyphiques de grandes dimensions proclamant la victoire de Thoutmosis Ier sur les Nubiens (Nḥsy.w). Un peu en retrait du fleuve, sous le couvert des arbustes, un ensemble de blocs portent des inscriptions datées de différents souverains de la XVIIIe dynastie, dont une très grande au nom de Thoutmosis Ier. Cette « stèle » de Tombos narre la victoire des armées de Pharaon avec un luxe de détails sanguinolents. Elle indique que le roi de Kerma a été « renversé » mais non pas qu’il a été tué, ce qui laisse supposer que le cadavre ramené en Égypte est sans doute celui du général ennemi. Dans une stèle ultérieure de Thoutmosis II, le scribe précisera d’ailleurs que le roi de Kerma avait fui et non qu’il avait perdu la vie.
L’autre site se trouve très loin en amont, à proximité de la cinquième cataracte, peu avant la grande boucle en « S » du Nil. Près du village de Kourgous s’élève dans la plaine une haute roche blanche, appelée Hajr-el-Merwa, où des inscriptions ont été gravées par les Égyptiens aux noms de Thoutmosis Ier et Thoutmosis III. Autour de la représentation d’un lion en marche, le premier texte proclame que la frontière de l’Empire a été fixée en ce lieu et énumère les malédictions qui pèseraie.
La dynastie des pharaons noirs
Vers 730 avant notre ère, le roi de Nubie, Piye, envahit et conquiert l’Égypte. Il contrôle désormais toute la vallée du Nil. Piye devient le premier empereur de la 25e dynastie d’Égypte (v. 770-656 av. J.-C.), la dynastie des « pharaons noirs ».Piye meurt en 715 avant notre ère après un règne de trente-cinq ans. Bien qu’il soit retourné en Nubie après sa conquête de l’Égypte, il demande à être enterré à la manière égyptienne, requête que respecteront ses sujets. Inhumé dans une pyramide, Piye est le premier pharaon à être porté en terre de cette manière depuis 500 ans.La 25e dynastie dure encore cinquante-six ans et son hégémonie prend fin dans la tourmente lorsque les Assyriens envahissent l’Égypte. Les vainqueurs effacent les noms de ceux qui ont fait la 25e dynastie de tous les monuments d’Égypte et détruisent leurs statues et leurs stèles pour que l’Histoire oublie leurs noms.
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Napata et Méroé : Capitales du Royaume
Suite à cette expédition, les rois kouchites reprennent le contrôle de la Nubie sous le nom de royaume de Napata, mais n'étendent pas leur pouvoir en aval de la 3e cataracte.
Méroé
(environ 400 BC - 400 AD) : transfert de leur capitale à Méroé, plus au Sud et plus facile à défendre, au sud de la Cinquième cataracte. Ce nouvel emplacement offre des avantages stratégiques et économiques importants, car la région se trouve dans un réseau de routes commerciales et bénéficient de pluies abondantes.
Après la défaite, les Nubiens battent en retraite vers Napata seulement pour être boutés encore plus au sud au début du 6e siècle av. J.-C. lors du sac de la ville par Psammétique II, pharaon de la 26e dynastie. Les Koushites font alors de Méroé leur nouvelle capitale. C’est un choix mûrement réfléchi. Les terres environnant Méroé se trouvent non seulement au carrefour stratégique des routes commerciales terrestres africaines et de l’itinéraire des caravanes en provenance de la mer Rouge mais elles sont également fertiles et regorgent de ressources naturelles (des mines de fer et d’or qui nourrissent le développement d’une industrie des métaux, et de l’orfèvrerie plus particulièrement).
Culture et Société
Les Koushites étaient des Africains noirs. La plupart étaient cultivateurs, d’autres artisans et commerçants. Ils s’emparaient parfois d’autres territoires dont ils réduisaient les peuples en esclavage.Le royaume de Koush était riche. Il possédait des mines d’or. Ses terres étaient fertiles. Il était idéalement situé pour commercer avec d’autres peuples. Les Koushites transportaient des marchandises sur le Nil, ou par voie de terre jusqu’à la mer Rouge.
Religion
Des divinités autrefois locales reçurent un culte royal : Apedemak, le dieu à tête de lion, dispensateur de vie et protecteur de la nouvelle dynastie, eut désormais ses temples à Naga et à Musssawarat, au nord-est de Khartoum. D'autres dieux ou déesses, inconnus des Égyptiens, furent également honorés : Sebioumeker, figuré comme un pharaon coiffé de la double couronne, Amesemi, parèdre d'Apedemak, représentée avec les cheveux crépus couronnés d'un faucon, les traits fortement africains et les joues tailladées de scarifications rituelles.
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Langue et écriture
Le méroïtique est une langue qui fut parlée dans le royaume de Koush jusqu'au 5ième siècle AD ; elle fut également écrite à partir du 2ième siècle BC. Ce fut la langue des pharaons noirs de la 25ième dynastie. L'alphabet méroïtique possède deux écritures distinctes : l'une hiéroglyphique, l'autre cursive. Bien que les signes aient été déchiffrés en 1911, la langue reste en grande partie encore mal comprise malgré les travaux des chercheurs comme Claude Rilly. L’écriture spécifique, comportant vingt-trois caractères sous deux formes : l'une hiéroglyphique, rare et réservée à l'usage royal ou cultuel, l'autre cursive, abondamment employée par toutes les couches de la société. En raison du nombre restreint des signes, on sait maintenant qu'il s'agit en fait d'un syllabaire simplifié, élaboré sur place. Les caractères cursifs dérivent du démotique, l'écriture stylisée de l'Égypte tardive, tel qu'il se présentait au 3ième siècle BC. La découverte de Claude Rilly : le rattachement du méroïtique à la famille des langues nilo-sahariennes, un des super-groupes de langues d'Afrique. Après avoir établi un vocabulaire commun aux langues qui composent cette famille, Claude Rilly a reconstitué une protolangue, le Soudanique oriental nord et compris que le méroïtique en découlait également. Pour poursuivre ses travaux, établir les correspondances phonétiques, il lui reste encore à explorer les langues apparentées.
Architecture funéraire
La culture funéraire des Koushites est influencée par une synthèse de pratiques culturelles égyptiennes et africaines. Après s’être établis au sud, les rois koushites, continuent d’être enterrés dans la nécropole de Nouri, près de Napata, autour de laquelle tourne le culte égyptien du dieu Amon. Ce n’est que plus tard, vers 250 av. J.-C., que Méroé deviendra une nécropole de choix. On y enterrera dans deux zones principalement : un cimetière au sud et un autre au nord. Celui du sud est le plus ancien. Lorsqu’il a atteint sa capacité limite, on s’est mis à enterrer au nord. C’est dans la partie nord qu’on trouve aujourd’hui les pyramides les mieux préservées de l’ancienne ville. Certains des tombeaux les plus impressionnants s’y trouvent. Trente rois (qores), huit reines (candaces) et trois princes y reposent.
Les premières pyramides de Méroé étaient des pyramides à degrés. Selon certains spécialistes, il est possible qu’elles aient un jour été surmontées de cylindres ou de sphères fabriquées avec des matériaux qui ont depuis été détruits ou ont disparu. Les structures apparues ultérieurement ont été construites au 3e siècle de notre ère. Elles sont plus simples et leurs côtés sont lisses et abrupts. Malgré l’influence évidente de l’esthétique égyptienne classique, les pyramides de Méroé sont sensiblement plus petites et généralement dépourvues de pyramidion, cette fameuse pierre de faîte pointue. Elles ressemblent en fait davantage aux pyramides-chapelles de Deir el-Médineh, près de Louxor. Ces dernières ont été édifiées sous le Nouvel Empire (1539-1075 av. J.-C.), période à laquelle de nombreuses coutumes égyptiennes ont commencé à apparaître dans la culture koushite.
Les pierres ont été disposées grâce à un chadouf, un levier à bascule utilisé pour soulever les blocs de pierre. La façade extérieure était faite de briques puis couverte d’un enduit réverbérant.À l’est de chaque pyramide on creusait des marches dans la roche qui menaient à un accès scellé. Passé le seuil on découvrait des salles souterraines aux plafonds voûtés : les rois en avaient droit à trois, les reines à deux. Dans les plus anciennes pyramides, la chambre funéraire était ornée de scènes extraites du Livre des morts des Anciens Égyptiens. On y plaçait un cercueil en bois à l’effigie du défunt. On y déposait aussi le corps sacrifié d’animaux et même celui de domestiques.
Sur un des flancs d’une pyramide ordinaire de Méroé il y avait une chapelle dont l’entrée était formée par deux pylônes jumeaux fuselés. Il était fréquent qu’on y place une stèle, une table d’offrandes ainsi qu’un élément distinctif de la culture méroïtique : une statue du ba (la partie de l’âme donnant son individualité au défunt) représentant un corps d’oiseau à tête humaine.
Déclin et Héritage
Méroé sera abandonnée au 4e siècle de notre ère. Les siècles verront se propager les rumeurs quant à ses monuments et à l’or dont ils auraient recélé. Elles finiront par tomber dans l’oreille du pilleur de tombe Giuseppe Ferlini. En 1834, il atteint Méroé et se met à piller ses tombeaux. Aujourd’hui encore, les archéologues se lamentent des dégâts qu’il a provoqués.
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