Le développement affectif du jeune enfant, de la naissance jusqu’à 4-5 ans (avec des incursions dans la période prénatale), est un domaine complexe et fascinant. Il est façonné par une longue suite d’expériences, parfois conflictuelles, entre l'enfant et son entourage, ainsi qu'au sein même de sa psyché. Cet article explore les connaissances actuelles dans ce domaine, en les reliant aux théories classiques et récentes qui se sont avérées les plus fructueuses, notamment la théorie psychanalytique, dont l’apport a été fondamental. D’autres données tirées de l’observation clinique, de travaux de psychologie expérimentale, et de l’éthologie seront évoquées.
Introduction : L'importance des premières expériences affectives
Anna Freud comparait la vie à une partie d’échecs : les premiers coups sont très importants, mais tant que la partie n’est pas terminée, il reste de jolis coups à jouer. Les premières expériences affectives sont fondamentales pour l’avenir psychologique de l’enfant et de l’adulte. L'œuvre de Sigmund Freud est une immense réponse (inachevée…) à la question : quelle est la cause de nos actes ? comment fonctionne notre vie psychique ?
Quelques notions psychanalytiques de base
Pour bien comprendre le développement affectif, il est essentiel de se familiariser avec quelques notions psychanalytiques fondamentales :
L'inconscient
Il y a dans le comportement humain, des actes inattendus, qui surgissent dans notre conscient et dépassent nos intentions : actes manqués, lapsus, oublis, rêves, apparition de telle ou telle idée, comportements affectifs, choix amoureux inexpliqués. Ils sont surprenants et énigmatiques pour la conscience du sujet. Ces actes non intentionnels font supposer l’existence d’un inconscient qui agit en nous sans que nous le sachions, et détermine ce que nous sommes.
Les pulsions
Les pulsions sont ce qui nous anime depuis notre naissance, le moteur de notre existence. Elles donnent naissance à nos émotions, nos espoirs, nos craintes, nos conflits, nos comportements, nos actes. Elles sont l’expression concrète et psychologique des intérêts profonds de l’être humain. On distingue deux types de pulsions :
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Pulsion de vie (Eros) : La Libido est l’énergie de la pulsion de vie. Son but, c’est le nouage des liens entre notre psychisme, notre corps, les êtres et les choses. Elle se manifeste différemment tout au long du développement ; elle investit des zones du corps privilégiées dites zones érogènes (orale, anale, phallique) avant de se centrer sur la sexualité génitale adulte.
Pulsion de mort (Thanatos) : Elles visent à la déliaison, au détachement de la libido des objets, et au retour de l’être vivant à la tension zéro. Elles «tendent à la réduction complète des tensions, c'est-à-dire à ramener l’être vivant à l’état anorganique. » Elles sont tournées vers l’intérieur : autodestructrices, et vers l’extérieur : pulsions d’agression et de destruction.
Pulsion de vie et pulsion de mort sont antagonistes et indissociables. Au-delà de leur différence, pulsion de vie (augmenter la tension) et pulsion de mort (retour à la tension zéro) ont un trait commun : elles tendent à reproduire, répéter une situation passée : plaisante ou déplaisante. La tendance à la répétition des échecs et des souffrances - compulsion de répétition - s’explique par cette compulsion à reprendre ce qui n’a pas été achevé, avec la volonté de le compléter.
Les instances de la personnalité (2ème topique Freud 1920)
Elles nous gouvernent.
Le Ça : C’est le pôle pulsionnel de notre personnalité, le réservoir de l’énergie psychique. Ses contenus sont inconscients. Il obéit au principe de plaisir. Il entre en conflit avec le Moi et le Surmoi.
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Le Moi : C’est le médiateur entre : les exigences pulsionnelles du ça, les contraintes de la réalité, les exigences du Surmoi. Il est chargé des intérêts de la totalité du sujet. Il assure la stabilité et l’identité de la personne. Il doit préserver son autonomie. Il est chargé de la lutte contre l’angoisse liée aux conflits, par les mécanismes de défense.
Le Surmoi : Instance « morale », interdictrice, interne, inconsciente. Il « est l’héritier du complexe d’Œdipe » Freud. Il se construit par identification aux images parentales intériorisées. Il prend à son compte les exigences attribuées aux parents. Il se montre souvent plus sévère que les parents eux-mêmes.
L’Idéal du moi : Autre instance morale : Modèle idéal à partir des valeurs morales et éthiques auxquelles le sujet cherche à se conformer Héritier du « narcissisme (idéalisation du moi) et des identifications aux parents et aux idéaux collectifs » : Fais ceci ; sois comme ton père ; pense comme lui ; sens comme lui.
Le refoulement
« Opération par laquelle le sujet cherche à repousser ou à maintenir dans l’inconscient des représentations (images, pensées, souvenirs) liées à une pulsion ». C’est une chape d’énergie qui empêche le passage des contenus inconscients vers le préconscient.
Les stades du développement affectif
Sigmund Freud est le père fondateur de la psychanalyse et le 1er à étudier la sexualité infantile : en particulier les stades génitaux avec le complexe d’Œdipe ; ces travaux ont été poursuivis par Anna Freud, Mélanie Klein et D.W. Winnicott qui se sont particulièrement intéressés aux stades précoces - prégénitaux- (M Klein conflits intra psychiques, Winnicott conflits inter psychiques). Les différents stades ne sont pas nettement séparés les uns des autres. Ils passent plus ou moins graduellement l’un dans l’autre et se chevauchent. On distingue les stades prégénitaux et les stades génitaux.
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1°) Le stade oral : De la naissance jusqu’à 15 mois. Stade prégénital
A) Les intérêts du nourrisson :
Ils sont plus limités que ceux de l’enfant plus grand.
a) Gratifications orales alimentaires : le plaisir d’être nourri, par la tétée.
b) Gratifications orales non alimentaires : le plaisir tiré de la succion : de la tétine, du pouce.
c) Autres gratifications : tactiles (contact peau à peau)[ application : « bébé kangourous »], kinesthésiques ( besoin d’être tenu, bercé), auditives, olfactives ( reconnaissance de l’odeur de la mère dés les 1ers jours) mais aussi chaleur. Un maternage de bonne qualité suppose la prise en compte de tous ces besoins.
Bowlby (1958) a insisté sur l’importance des liens non alimentaires entre le bébé et la mère, un besoin primaire d’attachement, de contact interpersonnel et social : s’exprimant dans des conduites visant à retrouver ou à maintenir la proximité avec la mère (ou son substitut). Exp. Harlow : de jeunes singes macaques rhésus séparés précocement de leur mère, mis en contact avec une mère artificielle nourricière en fil de fer ou avec une mère artificielle non nourricière de contact agréable, choisissent le leurre maternel en tissu.
B) La relation d’objet :
- a) pendant les premières semaines :
Il n’y a pas de distinction claire entre le sujet et le monde extérieur. Il y a alternance entre états de tension et de bien être ; déplaisir / plaisir ; besoins de l’enfant et réponses maternelles. Le bébé est actif dans la relation. La protection contre les stimuli externes est double :
- du côté du bébé : il a une barrière : il module sa vigilance, son attention
- du côté de la mère : rôle capital de pare excitation.
Freud : états de bien être = narcissisme primaire Klein : états de bien être= bon objet / tension : mauvais objet que l’enfant tente d’écarter Données récentes : basées sur l’observation directe : Compétences du nourrisson : capacité à participer activement à l’interaction avec son entourage, sa mère en particulier : Orientation sociale primaire Bowlby (2), « Amour primaire » Balint
- b) l’accès à une relation objectale :
L’enfant identifie le monde extérieur en différenciant le personnage humain, des choses, dont l’enfant dispose longtemps, comme des parties de lui-même.
2 modèles de développement :
1- Les processus d’intégration : l’intégration progressive d’expériences de reconnaissance partielle amène à la reconnaissance d’autrui Spitz (10): 3 périodes importantes appelées « organisateurs » (phases critiques et vulnérables)+ Réponse sociale de sourire : 8ème semaine Au sein de la dyade mère nourrisson : plaisir de la mère, renforcement des interactions ; répétitions d’expériences qui permettent à l’enfant de relier la représentation de quelque chose d’extérieur à ce qu’il éprouve en lui-même.+ Angoisse du 8ème mois : L’enfant ne répond plus par le sourire à n’importe quel adulte : distinction familier/ étranger Devant l’étranger, en l’absence de la mère : l’enfant baisse les yeux, se détourne, voire pleure. Conceptions actuelles : La reconnaissance de la mère comme objet total se fait progressivement à une période antérieure au 8ème mois Et, l’angoisse de perte de la mère est plus précoce que l’apparition de réactions manifestes de peur face à un non familier. Conceptions modernes des affects primaires (Engel) : Il existe 2 grands types d’affects qui sont des comportements de base chez l’homme et dans d’autres espèces, réponse psycho biologique de l’organisme à des situations traumatiques :
- l’affect angoisse : réponse à un danger menaçant
- l’affect dépressif : réponse à un danger qui s’est réalisé
+ Le non : 3ème organisateur, entre 12 et 18 mois : Le non est dit ou exprimé par geste avec un plaisir manifeste. L’enfant imite le geste de la mère qui interdit un certain nombre de choses ; ce qui lui permet de « s’identifier à l’agresseur », et d’acquérir un certain pouvoir sur le monde extérieur.
2- Les processus de différenciation : Perception syncrétique (appréhension globale et indifférenciée) du monde extérieur dont se dégage progressivement autrui et soi Malher (7):
1ère phase qualifiée d’ « autistique », ou de fusion, de symbiose ; de la naissance à 6 mois.
Puis processus de séparation- individuation :
- différenciation, exploration : de 6 mois à 1 an, à proximité de la mère
- phase d’exercices et d’entraînement : progrès instrumentaux considérables, l’enfant se lance à l’aventure, mais revient souvent vers la mère (fin de 1ère année, début 2èmeannée)
- phase de rapprochement (cf. début du stade anal)
Winnicott (11 et 12) : pédiatre puis pédopsychiatre anglais Son originalité a consisté à mettre en évidence l’influence de l’environnement sur le développement psychique (à partir de sa pratique psychanalytique et de l’étude des carences affectives et éducatives précoces, et des psychoses infantiles)
- 1er stade de « dépendance absolue » : où la mère n’est pas perçue : il est fondu avec elle ; elle est un support « holding » qui soutient physiquement et psychiquement l’enfant, et représente tout ce qu’apporte l’environnement.
« La mère suffisamment bonne » : qui s’identifie étroitement à son bébé, et s’adapte à ses besoins ; ce qui permet à l’enfant de développer son potentiel inné : physique et psychique. L’enfant peut éprouver un sentiment de continuité d’existence et faire apparaître son vrai soi « vrai self » Du côté de la mère cette période est appelée « préoccupation maternelle primaire »
- 2ème phase de « dépendance relative » : l’enfant perçoit sa mère comme séparée de lui ; il a acquis une représentation de la mère qui lui permet de patienter; il conçoit les objets comme extérieurs au soi (self)
« La mère suffisamment bonne » se dégage peu à peu de l’identification intense : elle reprend sa vie personnelle et/ou professionnelle, et introduit des « défauts d’adaptation » ajustés au développement de l’enfant : qui permettent à l’enfant de grandir : y arriver par soi même est la racine de la confiance en soi. On doit à Winnicott la notion d’objet transitionnel : apparaît au cours du il s’agit d’un objet (un tissu, un bout de couverture, une peluche, …) que l’enfant utilise à l’occasion des séparations avec la mère, et au moment de l’endormissement. Il représente la mère, il est à mi distance entre une partie de soi et un objet extérieur ; espace transitionnel situé entre la réalité intérieure et la réalité extérieure. Il est utilisé pour le passage de la fusion à la différenciation, pour lutter contre l’angoisse dépressive, de séparation. Le choix d’un objet transitionnel, au cours du second semestre de la vie, est un processus normal dans le cheminement vers l’individuation. [Dans les situations où la mère s’absente pour un temps qui dépasse la capacité de l’enfant à la maintenir vivante dans son souvenir :
- usage excessif de l’objet transitionnel : tentative de déni de la séparation et du sentiment de perte de la mère
- puis désinvestissement de l’objet]
2°) Le stade anal : Deuxième et troisième année. Stade prégénital
A) Les intérêts de l’enfant :
Il s’agit de la période où se développe le contrôle sphinctérien anal volontaire. L’évacuation devient une fonction active : l’enfant a le choix :
- de pousser et d’expulser
- ou de retenir
Le plaisir d’exercer cette fonction nouvelle est vif. Mais il ne supprime pas les satisfactions orales. La zone érogène prédominante (source de la pulsion) est la muqueuse de la zone intestinale d’excrétion (ano-recto-sigmoïdienne) Elle est excitée par le contenu intestinal : le boudin fécal, considéré comme une partie du propre corps de l’enfant qu’il peut soit conserver à l’intérieur, soit expulser au dehors, en s’en séparant. Ce qui permet à l’enfant de distinguer : objet interne et objet externe Angoisse anale = être vidé L’enfant ressent des sensations agréables pendant l’expulsion / et pendant la rétention des matières fécales Le type de plaisir tiré du contrôle sphinctérien (rétention-expulsion) se retrouve dans :
- la manipulation motrice : garder-jeter, retenir-lacher
- l’activité motrice
- l’échange : cadeau, argent,…
B) La relation d’objet
Ambivalente et conflictuelle :
1-conflit de demande entre
- la mère qui exige que l’exonération se fasse quand elle veut et comme elle veut
- l’enfant qui veut maîtriser le plaisir de retenir ou d’expulser (plaisir d’exercice), exercer son propre pouvoir, s’opposer à la mère
2-double plaisir
- se soumettre pour être aimé de la mère
- s’opposer pour exercer le pouvoir, dominer la mère
Relation agressive : conduites d’opposition, comportements destructeurs, aspect sado masochique des échanges avec la mère (domination/soumission). Cette période correspond à la période d’opposition : du non (3ème organisateur de Spitz). Dans le processus de séparation-individuation (Mahler), cette période (de 15 mois à 2 ans) est la période de rapprochement où la mère doit répondre à 2 demandes contradictoires : désir d’autonomie, d’exploration du monde, d’affirmation de soi / et besoin de rapprochement. Quand ce retour à la mère est empêché : angoisse de séparation intense. D’où l’importance de l’objet transitionnel Signe clinique important de ce processus d’individuation : l’enfant de 3 ans maîtrise l’usage du « je ». En conclusion, c’est une période souvent assez difficile pour l’enfant et son entourage. Chez l’enfant : angoisse visible dans l’effondrement après la colère, les rituels du coucher, le refuge dans des activités auto érotiques (succion du pouce,…), les manifestations de protestation, de tristesse, ou d’angoisse lors de la séparation. Du côté des parents : intolérance aux manifestations d’opposition, inquiétudes devant les manifestations d’angoisse de leur enfant.) « 1ère adolescence »
C) L’organisation de la personne…
L'importance de la sensorialité, des émotions et des relations
Dans un monde accéléré, où stress et agitation touchent autant les jeunes enfants que les adultes qui les entourent, comment prendre le temps de revenir à l’essentiel ? Le développement de l’enfant se fait dans ses dimensions sensorielles, émotionnelles et relationnelles en se mettant à sa place dès ses premières perceptions.
Chapitre 1. Le jeune enfant et la sensorialité
La sensorialité : la base du développement La sensorialité durant la grossesse Le développement sensoriel après la naissance Une perception multimodale du monde Halte à la surstimulation
Chapitre 2. Le jeune enfant et les émotions
Le développement des émotions Le stress chez l’enfant
Chapitre 3. Le jeune enfant et la relation
Le lien, une question vitale L’enfant, un être de communication Les mécanismes de l’imitation chez l’enfant Les premières interactions : rencontrer l’autre pour se rencontrer Comprendre la théorie de l’esprit Les interactions entre enfants : rencontrer les autres
Chapitre 4. Les conditions environnementales
Interagir avec l’environnement pour découvrir le monde Soutenir la motricité libre selon Emmi Pikler Soutenir l’exploration de l’affordance et la boucle de perception-action Aménager l’espace d’accueil
Chapitre 5. Les conditions humaines
Se rendre disponible Opter pour la non-directivité Être en empathie Être congruent Apporter de l’étayage Développer les observations S’ajuster aux communications non-verbales Accompagner les émotions Prendre soin de soi pour mieux prendre soin des enfants
Chapitre 6. Généralités Démarche et concept
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