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Le Meilleur de Ric Hochet : Une Analyse Approfondie

À la croisée du journalisme et de la détection, Ric Hochet incarne une figure emblématique de la bande dessinée franco-belge. Créé par Tibet (dessinateur) et A.P. Duchâteau (scénariste), ce personnage a traversé les décennies en s'adaptant aux évolutions de la société tout en conservant son identité propre. Cet article se propose d'analyser les différents aspects qui font le succès et la singularité de Ric Hochet, en explorant son évolution graphique, ses thèmes de prédilection, ses personnages récurrents et son impact sur la culture populaire.

Une figure du journal Tintin

Ric Hochet est né en 1955 dans le journal Tintin, et a traversé la deuxième moitié du 20e siècle. À quelques jours d’intervalle ont disparu Tibet, prolifique dessinateur de Ric Hochet, et Jacques Martin, dessinateur et scénariste d’Alix et de Lefranc. Ce sont deux figures majeures du journal Tintin, et un proche collaborateur d’Hergé, qui meurent ainsi.

L'Évolution Graphique : Du Réalisme à la Schématisation

Le style graphique de Tibet a évolué au fil des ans, passant d'une ligne claire assez fidèle aux canons de Jacobs à des personnages plus typés bande dessinée pour enfants. Au fil des ans, le visage des personnages évolue : le style devient moins réaliste et peut-être moins compliqué à exécuter. Restent les yeux, souvent plissés. Pour ce qui est des autres personnages, qu’on ne présente plus, l’évolution se fait dans le même sens d’une assez légère schématisation qui fait de Ric Hochet une bande dessinée semi-réaliste.

La patte graphique de Tibet

Tibet devait dessiner vite, à une cadence infernale. Son trait, dans tous les albums de Ric Hochet, est à la fois simple et précis. Tibet devait exécuter des crayonnés très rapides et laisser à l’encreur le soin de lier ses différents coups de crayon. Le visage de tous ses personnages est construits quasiment sans ruptures de plans, et paraît incroyablement figé, avec un panel d’expressions faciales limité. De même, les corps : zones d’ombres, raccourcis sont signifiés par des aplats sombres ou des traits parallèles censés donner du volume. Les décors sont simplifiés au maximum, les murs seront toujours d’un ton uni ainsi que les paysages, souvent monochromes. Pour ce qui est des coloris, justement, peu voire pas de modelé, des visages aux teints toujours semblables, des vêtements aux couleurs vives, peu de dégradés et aucune nuance de ton, mais encore une fois de grands aplats de couleur. Les plans, enfin, sont rarement obliques, sauf pour quelques scènes très dramatisées qui sont les moments fort de l’album, ainsi que pour les couvertures, elles aussi toujours très dramatiques.

Une contextualisation soignée

En revanche, tout change autour : le mot d’ordre est toujours une stricte contextualisation. Le premier album, Traquenard au Havre, reflète la décoration de l’époque, et même les extérieurs fleurent bon l’atmosphère urbaine de l’époque, avec ses inévitables cafés pris sur un comptoir en zinc et ses meubles en formica. La voiture du héros évolue elle aussi : la Porsche du héros, détruite dans quasiment tous les albums d’une manière spectaculaire, réapparaît dans bien l’opus suivant, mais c’est le nouveau modèle sorti entretemps que le journaliste (ou son assurance) a payé. Les vêtements et les coiffures, eux aussi, ont subi une évolution. Ric Hochet a fièrement porté la patte d’éléphant dans les années ’70, avant de revenir à des coupes plus classiques. Seule constante : le sous-pull à col roulé rouge et la veste blanche piquée de gris, et le trench-coat.

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Les Scénarios d'André-Paul Duchâteau : Entre Classique et Modernité

Chaque scénario, mis à part quelques perles, s’inspira avec beaucoup d’à propos d’un film ou d’un livre qui avait fait date, ou bien d’un grand classique réadapté, ou encore d’une idée dans l’air du temps.

Des thèmes ancrés dans l'époque

  • Traquenard au Havre : le premier opus de la série fait référence à un kidnapping et au chantage exercé sur de riches parents.
  • Opération 100 milliards : ou comment la disparition d’un chanteur à succès booste les ventes et déchaîne l’hystérie.
  • La nuit des vampires : sans doute l’un des plus pittoresques, avec son lord anglais ruiné, son château sinistre, et les cadavres qui s’amoncellent dans la crypte du château et refusent de se décomposer alors que la nuit de Walpurgis approche.

Ces albums s’expliquent par leur contexte et s’interprètent soit par leur époque, soit par une autre oeuvre ou par un effet de mode. Mais cette rapide simplification ne saurait dissimuler des faits importants : les rebondissements sont multiples, les scènes d’action, voire de violences rarement dissimulées (les scènes où le héros, ou un protagoniste, sont assommés par derrière par un adversaire sont récurrentes), et les images chocs s’accumulent : cadavres exsangues, sang, attaques à main armée. L’inévitable embuscade tendue au héros en milieu d’album est toujours un grand moment.

Un dénouement parfois contesté

Certains lecteurs ont critiqué la chute des histoires, souvent résolues rapidement dans les dernières pages. Dommage, car certains récits sont haletants, jusqu'à cette fin à chaque fois peu intéressante et rocambolesque.

Les Personnages : Un Entourage Familier

S’ils n’apparaissent ici qu’à la fin de l’article, c’est bien parce qu’ils n’apportent au fond pas grand chose de plus à la connaissance générale de la série. Ric Hochet a un père (qui lui ressemble, mais en plus voyou, et en plus vieux), une fiancée, nièce du commissaire, qui ressemble à Seccotine, un acolyte, le commissaire Bourdon, qui tient à la fois du Maigret et du Dupont, un meilleur ami, Bob Drumont, au demeurant rarement vu (qui lui ressemble, mais en plus trapu), un savant fou, le professeur Hermelin (le seul au visage vraiment expressif car ridé et grimaçant), et bien entendu une quantité impressionnante d’ennemis, dont l’ennemi récurrent qu’est le Bourreau, chauve et obèse, tout droit sorti d’un film d’espionnage et qui finit cloué dans un fauteuil roulant. Ces personnages se résument plus à leurs actions qu’aux renseignements biographiques distillés d’un album à l’autre : on apprend peu sur eux.

Nadine, un personnage en quête d'évolution

Nadine : Nièce du commissaire Bourdon, elle reste cantonnée au rôle de jeune fille amoureuse du héros.

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Ric Hochet : Une Formule qui Fédère

Que reste-t-il, au bout du compte, de cette longue série ? Rien d’original, ni dans le dessin, ni dans les scénarios. Il reste la force de la fréquence, la capacité de ces deux auteurs à publier presque deux albums par an durant plus d’un demi-siècle a constitué une réponse au grand défi de tous les auteurs : fidéliser le lectorat en raccourcissant le délai de l’attente. Répondre à la soif d’action, de mystère et d’éléments dramatiques. Stimuler la capacité de réception aux images chocs, par l’emploi toujours mesuré, de la violence et de la mort, de manière à frapper tout en formant l’imaginaire. Permettre au lecteur de retrouver, à chaque nouvelle parution, un univers familier dont il maîtrise les codes. Bref, combler les attentes du grand public, satisfaire un besoin d’aventure tout en restant rassurant, faire grandir, aussi.

Un concept éprouvé

Le concept de la série est toujours le même : une enquête policière où le nom du meurtrier nous est révélé dans les dernières pages, après une brillante analyse de Ric Hochet. Si on se contente des 50 premiers albums environ, les histoires sont le plus souvent d’excellente facture. Hélas depuis le numéro 51, la série tend à décliner. Le rythme de parution soutenu (1 album tous les six mois, au lieu des 1 an habituel, voire plus, pour un album classique), la volonté des auteurs de faire absolument perdurer le héros au travers d’enquêtes de plus en plus inintéressantes au niveau du scénario et des dessins (peu de décors, personnages laids) font aujourd’hui de Ric Hochet une sortie non-événementielle, réservée uniquement aux accros du détective. Qualité ou quantité, les auteurs semblent avoir choisis…

Les rééditions et la question de la continuité

De plus, Ric Hochet souffre d’un défaut inhérent à sa longueur : la continuité. Au lieu de rester ancré dans une époque définie (les années 60 en l’occurrence, date de départ des enquêtes du détective), la série fait évoluer son décor au fil des époques sans faire aucunement évoluer ou vieillir les personnages. Récemment, la BD s’est vue rééditée sous forme d’intégrale à la qualité d’impression discutable.

La Relance de Ric Hochet : Un Nouveau Souffle ?

Cinq ans après la mort de son dessinateur, Tibet, les éditions Le Lombard sortent le 79e album des aventures de Ric Hochet. Réanimé par Simon Van Liemt et Zidrou (L'Elève Ducobu), le célèbre journaliste détective est-il toujours dans le coup, soixante ans après sa naissance ?

Ce nouvel album, premier d’une série imaginée par le tandem Van Liemt / Zidrou rassurera les fans. Le Ric Hochet nouveau a toujours la même capacité à se fourrer dans d’improbables situations… et à en sortir. On y retrouve le fameux “Caméléon”, ennemi juré du journaliste et transformé pour l’occasion en sosie de notre héros. Se déroulant en 1968, l’enquête se situe approximativement entre les précédents tome 9, Alias Ric Hochet, et 10, Les Cinq Revenants. Les nouveaux auteurs n’ont pas osé toucher à la panoplie du héros. Ils s’en amusent même dans une scène où Nadine, la nièce de Bourdon, tente de le relooker dans un grand magasin parisien. Peine perdue, Ric Hochet restera ce bellâtre qui arbore le pull à col roulé et la veste en tweed comme personne. Seul signe de modernité, le brushing de notre journaliste enquêteur a pris la pluie, ce qui lui confère un air moins naïf. Globalement, c’est tout le graphisme qui est un peu ébouriffé. Un changement qui se traduit aussi dans le ton de l’album, truffé d’une ironie qu’on ne lui connaissait pas, et c’est tant mieux. Les auteurs se permettent même de se moquer du nom de leur héros. Si le ton est plus moderne, les crimes commis sont également plus cruels.

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R.I.P., Ric ! : Un pari réussi ?

Avec ce tome 1 nouvelle formule, les éditions Le Lombard parviennent avec succès à faire du neuf avec du vieux. Une stratégie qui semble payante, car l’aventurier Bob Morane ou encore le jeune Corentin devraient également faire un retour dans le catalogue maison dans les prochains mois.

Zidrou et Van Liemt : Un duo pour l'avenir de Ric Hochet

Zidrou : Moi oui, dans mon enfance et mon adolescence. Ric comptait parmi mes copains. Simon Van Lient : Pas du tout. Je connaissais très mal, n’ayant pas eu l’occasion de découvrir cette série étant enfant. Du coup, je suis passé à côté et c’est grâce à Benoit (Drousie, dit Zidrou, NDLR) qui m’a proposé de travailler dessus, que j’ai pu enfin connaître cette série.

Zidrou explique avoir abordé ce premier tome comme un "Vu par…", modernisant les dialogues et n'hésitant pas à prendre des risques, comme en montrant une Nadine plus entreprenante. Le choix du Caméléon comme méchant est un hommage à l'un de ses albums favoris. Zidrou souligne également que Ric Hochet écrit des livres à succès inspirés de ses enquêtes, expliquant ainsi sa fortune.

Simon Van Liemt a cherché à respecter le travail accompli tout en posant sa propre patte sur le dessin, en redonnant à Ric Hochet un look des années 60. Il a également souligné la difficulté de se conformer aux traits fins du personnage.

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