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Le Doudou de Mons : Histoire et Traditions d'une Fête Ancestrale

La Ducasse de Mons, affectueusement surnommée "le Doudou", est une fête populaire emblématique de la ville de Mons, en Belgique. Reconnue en 2005 par l'UNESCO au titre de chef-d'œuvre du patrimoine oral et immatériel de l'humanité, la ducasse montoise, dont les origines remontent au XIVe siècle, est bien plus qu'un simple événement festif. C'est une plongée au cœur des traditions, de l'histoire et de l'identité montoise. Cet article explore l'histoire, les traditions et les moments clés de cette fête unique, allant de ses origines médiévales à son rayonnement contemporain.

Les Origines Historiques et Religieuses

La Ducasse de Mons est une fête religieuse et folklorique dont les racines plongent au cœur du Moyen Âge. Tout aurait commencé par une épidémie de peste en 1348. Cette année-là, une procession est organisée pour prier la sainte de la ville de protéger la population de l'épidémie. Ayant été exaucés, les Montois remercient la sainte par une procession tous les ans.

Issue d’une famille noble et influente, Waudru naît au début du VIIe siècle. Après un mariage et quatre enfants (Aldetrude, Madelberte, Landry et Dentelin), elle décide, ainsi que son mari, de changer de vie et de se consacrer à Dieu. Son mari, Vincent Madelgaire part vers Hautmont puis Soignies alors qu’elle se retire sur la colline qui plus tard deviendra Mons. Elle mène une vie de dévotion et de prière. Petit à petit, ce modeste lieu de culte se développe en une puissante institution.

Les Moments Clés de la Ducasse

La Ducasse de Mons se déroule selon un cérémonial précis, toujours le même, mais chaque édition est différente. C’est peut-être parce que c’est une histoire de famille, une histoire d’ami, une histoire de fête. La ducasse rituelle en constitue l'apogée. Aujourd'hui, cette tradition multiséculaire comporte quatre moments forts :

La Descente de la Châsse

La veille de la Procession du Car d'Or, renouant avec une tradition qui remonte à 1426, la châsse de sainte Waudru est descendue de son emplacement et est confiée, au cours d'une cérémonie solennelle, par le Doyen de Mons à la garde du Collège des Bourgmestre et Echevins de la Ville. Le samedi soir, la descente de la châsse des reliques de Sainte Waudru, habituellement suspendue dans le chœur de la collégiale, marque le début du Doudou. Véritable point de rencontre entre la ville et la paroisse, les autorités ecclésiastiques confient le reliquaire aux autorités civiles communales pour le temps de la ducasse en présence de différents groupes folkloriques participants au cortège du lendemain. A travers cette séance solennelle, le Doyen confie au Bourgmestre les reliques de la sainte afin de les processionner le lendemain dans les rues de la ville. Cette tradition est scellée par l'air du Doudou entonné avec ferveur par toute l'assistance. Cet air sera scandé tout au long des festivités.

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La Procession du Car d'Or

Le dimanche matin, la Procession du Car d’Or anime les rues de la ville de Mons. Les reliques de Sainte Waudru sont portées par le fameux Car d’Or, charriot doré à la feuille et tiré par six chevaux. Au son des cloches et des chants, le reliquaire de sainte Waudru, patronne de la ville, sont portées à travers les rues, accompagné de nombreuses confréries folkloriques en costumes d'époque. Quelque mille cinq cents participants, répartis en une soixantaine de groupes, défilent en costumes d'époque. Ils reconstituent les confréries et les corporations qui, depuis le Moyen Âge, ont fait la richesse et la puissance de la capitale hainuyère. Attelé de six robustes chevaux de trait, le Car d'Or attirera tous les regards au cours de son périple dans la cité.

La Montée du Car d'Or

À la fin du parcours de la Procession, le public se rassemble massivement derrière le Car d'Or. Dans l'enthousiasme général, des milliers de mains hissent alors l'attelage au sommet du raidillon pavé qui longe la collégiale. Le point d'orgue de cette procession est évidemment la montée du Car d'Or, où les reliques doivent remonter la Rampe Sainte Waudru, jouxtant la collégiale. Tirée par les chevaux et poussée par les montois, réunis en grand nombre, le Car d'Or doit remonter d'une seule traite la rue raide. L'enjeu est d'importance : la légende dit que le Car d'Or doit gravir d'un seul élan la rampe pour éviter le malheur à la ville. La Montée ne dure qu'une vingtaine de secondes. Elle est à ce point intense, qu'elle se ponctue dans une vibrante clameur du public. Si elle n'y arrive pas, la tradition annonce un mauvais présage pour la ville de Mons.

Le Combat du Lumeçon

Le dimanche après-midi se déroule le Lumeçon, moment central et spectaculaire du Doudou. Sur la Grand-Place de Mons, transformée pour l'occasion en véritable arène, se joue le combat symbolique opposant Saint Georges au dragon. Les reliques de sainte Waudru ont à peine regagné la collégiale que, déjà, saint Georges se prépare à affronter le Dragon. Il est accompagné des personnages du Lumeçon : Diables et Chins-Chins, Hommes Blancs et Hommes de Feuilles, Pompiers, Policiers en casques blancs ou bleus. Il est environ 12h30. Les acteurs du Combat entament alors la descente triomphante de la collégiale vers la Grand-Place (appelée la " descente de la rue des Clercs "). Face à l'Hôtel de Ville, des milliers de personnes se sont déjà amassées. Elles sont avides d'arracher le crin porte-bonheur qui termine la queue " d'el biète ", le Dragon.

Arrivé au cœur de la Place, saint Georges, entouré des personnages du Jeu, combat le Dragon (d'abord à la lance et au sabre ; finalement au pistolet). Ce sera une demi-heure d'intense exaltation rythmée par le son frénétique du " Doudou ". Tout le combat répond à une chorégraphie bien précise. Saint-Georges tente à plusieurs reprises de tuer la Bête à l'aide de lances et de deux tentatives infructueuses de coup de pistolet. Saint Georges, monté sur son cheval blanc, évolue au centre de la place, armé de sa lance et protégé par ses assistants appelés les « chin-chins ». Face à lui, le dragon, immense créature de bois et de tissu, d’une dizaine de mètres de long, est animé par les « hommes blancs » qui lui donnent vie. Autour, les « diables », vêtus de rouge et armés de vessies de porc gonflées, viennent perturber le combat en bousculant Saint Georges et ses aides, tandis que les « hommes de feuilles » protègent le dragon.

Tout autour de la scène, le public participe activement, massé derrière une corde de protection. Beaucoup tentent d’arracher les crins fixés à la queue du dragon, précieux porte-bonheur recherchés chaque année. Le combat, scandé par la musique traditionnelle du Doudou, se déroule selon un enchaînement précis, alternant attaques, défenses et interventions des différents protagonistes. Saint Georges effectue ses déplacements dans le sens des aiguilles d’une montre, symbole de l’ordre et de la lumière, tandis que le dragon tourne en sens inverse, représentant le désordre et les forces du mal.

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Le Dragon est enfin terrassé par saint Georges d'un dernier coup de pistolet. L'ensemble des personnages du Lumeçon rentre dans la cour de l'Hôtel de Ville. La foule enthousiaste, quant à elle, scande " Et les Montois ne périront pas ! ". Le destin de la cité est pérennisé. Après plusieurs passes, l’affrontement s’achève par le tir final : Saint Georges, dégainant son pistolet, abat symboliquement le dragon, marquant ainsi la victoire du bien sur le mal. Tandis que les cloches de la collégiale sonnent à toute volée, la foule acclame cette victoire séculaire rejouée chaque année. La fête peut continuer !

La Remontée de la Châsse

Après les journées de la ducasse vient enfin le temps de refermer le cycle liturgique et traditionnel. Le dimanche soir, la châsse est remontée dans son écrin suspendu au-dessus du maître-autel de la collégiale. Cette cérémonie de la remontée de la châsse se déroule dans une atmosphère plus recueillie, en présence des Montois, des autorités et des différents acteurs du Doudou. Elle marque symboliquement la fin de la ducasse et le retour des reliques à leur place habituelle, jusqu’à l’année suivante.

Les Personnages Clés du Doudou

Le Doudou est animé par une multitude de personnages, chacun ayant un rôle précis et une symbolique forte :

  • Saint Georges : Le héros, représentant le bien et la victoire sur le mal. Il est habillé en jaune, rouge et noir et monté sur un cheval noir d’encre. Il a à sa disposition, pour vaincre, différentes armes. Une lance de combat, la lance inversée qui symbolise sa force sauvage, la lance noire et blanche, un sabre et un pistolet.
  • Le Dragon (El Biète) : Le monstre, symbole du mal et des forces obscures. C'est le Dragon, naturellement. Monstre d'osier revêtu de toile verte et garni de rubans aux couleurs belges et montoises.
  • Les Chin-Chins : Les alliés de saint Georges, sorte d'hommes-chiens qui se battent contre les diables. Les Chin-Chins sont les alliés de saint Georges pendant le Lumeçon.
  • Les Diables : Les défenseurs du dragon, armés de vessies de porc gonflées.
  • Les Hommes Blancs : Ils animent le corps du dragon, supposément invisibles. Les Hommes Blancs, au nombre de 11, portent le Dragon. Ils sont vêtus de blanc des pieds à la tête. Seul élément noir : une large ceinture. Des rubans rouges sont attachés à leurs coudes et aux genoux. Un ruban de même couleur leur sert de cravate. Les Hommes Blancs et les Hommes de Feuilles participent également à un moment important du rituel le dimanche matin : ils procèdent à la pose de la châsse de sainte Waudru sur le char baroque qui la processionnera toute la matinée et sortent ensuite le Car d’Or de la collégiale en vue de la Procession.
  • Les Hommes de Feuilles : Ils animent la queue du dragon et tentent de frapper la foule avec celle-ci. Les Hommes de Feuilles, au nombre de 8, soutiennent la queue du Dragon à l’aide de leur massue. Apparus pour la première fois en 1723, ces Hommes de Feuilles sont inspirés de l'image que les différents conquérants se faisaient des peuples vivant en pleine forêt.

Le Musée du Doudou : Un Espace Dédié à la Ducasse

Pour ceux qui souhaitent approfondir leurs connaissances sur le Doudou, le Musée du Doudou de Mons est un lieu incontournable. Situé dans le Jardin du Mayeur, ce musée vous invite à découvrir la Ducasse rituelle et son riche univers, véritable bijou du patrimoine mondial et du folklore montois. Consacré à la Ducasse de Mons, reconnue patrimoine immatériel par l’UNESCO depuis 2005, ce musée vous propose une véritable immersion pour assister au combat légendaire entre saint Georges et le Dragon. Le parcours muséal vous invite à découvrir ce patrimoine exceptionnel, mis en valeur à travers différents regards : historique, anthropologique, scientifique, artistique, laïc ou religieux. Entre réalité et imaginaire, il s’attache notamment à comprendre et à valoriser les différents aspects de cette histoire universelle et multiséculaire. Une visite au Musée du Doudou est aussi l'occasion de découvrir le Jardin du Mayeur, réalisé en 1930 et abritant notamment la célèbre Fontaine du Ropieur.

Le Doudou : Plus Qu'une Fête, Une Identité

La Ducasse de Mons est bien plus qu'une simple fête folklorique. C'est une tradition vivante, transmise de génération en génération, qui façonne l'identité montoise. C’est l’occasion de découvrir des coutumes séculaires, de participer à des événements festifs, et de vivre une expérience authentique au cœur de la ville. Comme le souligne Nicolas Martin, bourgmestre de Mons, c’est très important pour le rayonnement identitaire de la région mais aussi en terme économique. Le secteur de l’horeca réalise une partie conséquente de son chiffre d’affaires annuel à l’occasion de la ducasse.

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Le premier Doudou laisse dans la mémoire une empreinte indélébile, même s’il est difficile de comprendre pourquoi. La ducasse se déroule selon un cérémonial précis, toujours le même, mais chaque cru est différent. C’est peut-être parce que c’est une histoire de famille, une histoire d’ami, une histoire de fête. « Adolescent, j’ai participé au combat ! « Ça vient des tripes !

Petit Lexique du Doudou

Pour mieux comprendre l'univers du Doudou, voici quelques termes clés :

  • Beubeu : Un membre de la Confrérie de la Miséricorde ou confrérie de Saint-Jean Décollé, dite des " Beubeux ". Il s’agit vraisemblablement d’un mot forgé sur l’ancien français « beuber » qui signifie « marcher, accompagner en se lamentant » ; ce qui correspond aux processions des confrères accompagnant, en murmurant des prières, les condamnés à mort vers le lieu du supplice. Car effectivement, les membres de cette confrérie tenaient ce rôle par le passé… Actuellement, leur action principale est d'accompagner les prisonniers dans leur réinsertion.
  • Biète : C'est le Dragon, naturellement. Monstre d'osier revêtu de toile verte et garni de rubans aux couleurs belges et montoises.
  • Chambourlette : "Chambourlette" est un mot énigmatique qui désigne les " invités de la Ducasse " étrangers à la ville. À l'origine, " chambourlette ", anciennement " chabourlette ", n'est pas uniquement montois. Il est picard, au moins pour la région Valenciennes-Mons.
  • Châsse : La veille de la Procession du Car d'Or, renouant avec une tradition qui remonte à 1426, la châsse de sainte Waudru est descendue de son emplacement et est confiée, au cours d'une cérémonie solennelle, par le Doyen de Mons à la garde du Collège des Bourgmestre et Echevins de la Ville.
  • Chin-Chin : Les Chin-Chins sont les alliés de saint Georges pendant le Lumeçon.
  • Doudou : Pour les uns, c'est clair : le Doudou, c'est le Dragon. D'autres emploient volontiers " Doudou " pour désigner la " Ducasse ". En réalité, même si l'origine exacte du terme n'est pas connue, " Doudou " désigne plus que probablement le Dragon lui-même. Par extension, c'est devenu l'air bien connu joué durant le Combat, véritable " hymne national " montois.
  • Ducasse : Le terme Ducasse, courant en Belgique et dans le nord de la France, est une déformation de dédicace. Il désigne une fête de dédicace d'une église, c'est-à-dire une fête patronale. Interdites en France à la fin du XVIIe siècle, car elles étaient l'occasion de meurtres, les ducasses ont perduré en Belgique, pour certaines jusqu'à nos jours.
  • Hommes Blancs : Les Hommes Blancs, au nombre de 11, portent le Dragon. Ils sont vêtus de blanc des pieds à la tête. Seul élément noir : une large ceinture. Des rubans rouges sont attachés à leurs coudes et aux genoux. Un ruban de même couleur leur sert de cravate. Les Hommes Blancs et les Hommes de Feuilles participent également à un moment important du rituel le dimanche matin : ils procèdent à la pose de la châsse de sainte Waudru sur le char baroque qui la processionnera toute la matinée et sortent ensuite le Car d’Or de la collégiale en vue de la Procession.
  • Hommes de Feuilles : Les Hommes de Feuilles, au nombre de 8, soutiennent la queue du Dragon à l’aide de leur massue. Apparus pour la première fois en 1723, ces Hommes de Feuilles sont inspirés de l'image que les différents conquérants se faisaient des peuples vivant en pleine forêt.
  • Lumeçon : En français, limaçon ou colimaçon, le terme désignait des exercices des milices bourg…

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