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Capitalisme : Avantages et Inconvénients

Nous vivons dans une économie de marché caractérisée par l'utilisation massive de capitaux. Cet article tente de montrer l'intérêt qu'il y a à distinguer l'usage personnel et l'usage économique à grande échelle des capitaux, afin de mieux comprendre le capitalisme, ses avantages et ses inconvénients.

Définition du capital et du capitalisme

Thomas Piketty propose une définition du capital dans son livre Le capital au XXIe siècle : « l'ensemble des actifs non humains qui peuvent être possédés ou échangés sur le marché ». Il estime qu'actuellement, dans les pays développés, le capital public est très faible et que le patrimoine privé représente la quasi-totalité du capital disponible, soit en moyenne, dans les pays occidentaux, 180 000 € par habitant. Ce stock se divise pour moitié en capital destiné au logement et pour autre moitié en capital productif.

L'accumulation de richesse pour produire d'autres richesses existe depuis l'Antiquité. Cette accumulation forme les capitaux utilisables. Aucune économie industrialisée ne peut se passer de l'usage de capitaux, sauf à retourner vers une société pastorale-artisanale préindustrielle. Depuis le XIXe siècle, la production de biens et de services dépend presque entièrement des actifs mobilisés en vue de la production.

Il est intéressant de repérer, au sein de la masse patrimoniale globale, ce qui sert à un usage individuel (la richesse personnelle) et ce qui sert à un usage économique productif à grande échelle. Karl Marx a proposé une distinction entre l'argent (la monnaie) et le « capital ». La transformation en capital se ferait lorsque l’argent entre dans un cycle marchand qui génère une plus-value.

Selon Karl Marx, c'est en étant prise dans le cycle Argent capitalisé → Marchandise → Argent capitalisé, que la masse monétaire devient du capital. Le point important concerne la distinction entre un capital-patrimoine à usage personnel et un capital mobile à usage productif-économique. Toutes les formes de capital ont toujours joué un double rôle : d'une part comme réserve de valeur et d'autre part comme facteur de production.

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Un usage privé a des conséquences limitées, car c'est un usage de consommation, alors qu'un usage économique des capitaux a des conséquences pour la vie socio-économique et est encadré politiquement. Distinguer ces deux usages et les deux types de capitaux permet de mieux comprendre la réalité économique. La richesse personnelle, issue du travail ou par héritage familial est généralement utilisée pour un usage personnel et familial. Il n'en est pas du tout de même du capital mobile investi dans l'économie. C'est de lui que dépend l'économie mondiale, et donc le sort de milliards de personnes. Dans ce dernier cas le capital fonctionne selon sa propre finalité qui est l'investissement et le profit, ce qui conduit à son accroissement incessant, sauf crise ou faillite de l'entreprise.

L'idéologie libérale considère que les biens à usage privé et le capital mobilisable sont identiques et que l'on doit y appliquer le même droit à la propriété. Il y a une volonté constante de placer la gestion économico-financière dans le cadre du droit privé. Pour penser l'économie de marché utilisant des capitaux, il faut différencier les moyens financiers utilisés dans l'économie à des fins de profit mettant en jeu la société et le patrimoine individuel ou familial employé à des fins de vie.

Le capitalisme est une manière particulière de gérer les capitaux mobilisables selon le cycle dans lequel le capital produit du capital. Que le capital soit privé ou étatisé, il s'agit toujours de masses monétaires importantes mobilisées pour produire ou acheter des marchandises et les vendre. Geoffrey M. Hodgson définit le capitalisme comme un système politico-économique qui associe la propriété privée, la généralisation des marchés et des contrats de travail, et enfin l’existence d’institutions financières bien développées. Selon lui, le capitalisme est avant tout un système fondé sur la finance.

Le système capitaliste est fondé sur la transformation des richesses en capital mobilisable productif. Cette production a deux aspects : celui de produire ou d'échanger des biens et services, et celui de générer des profits et de les accumuler pour faire fructifier le capital. Le terme capitalisme signale l'aspect systématique de l'usage des capitaux mobiles en vue de produire des profits. On pourrait différencier les économies capitalisées (utilisant massivement des capitaux) ce qui est le cas de toutes les économies modernes, des économies capitalistes, les utilisant les capitaux à des fins de production et d'échange accélérés et de profit systématiques.

Notre propos concerne le capital au sens économique caractérisé précisément par l'usage de masses monétaires selon le cycle Argent → Marchandise → Argent. Ce type de capital mobilisable n'est pas distribué dans toute la population. Il est soit détenu individuellement ou familialement, ou collectivement par agrégation (produits de placement, fonds de pension) ou par des États. Il est mobilisable et il est productif concrètement et financièrement. La mobilisation du capital vise le profit et produit une augmentation du capital investi. Ce dernier n'est pas fixé et change d'usage au gré des opportunités. Cet usage a des conséquences politiques, économiques, sociales et idéologiques. Tout cela va ensemble et forme un système qui a une cohérence et une grande solidité, tout simplement parce que les économies évoluées ne peuvent se passer de capitaux.

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Avantages du capitalisme

  • Dynamisme entrepreneurial et production de biens et services nombreux : Le capitalisme incite à un dynamisme entrepreneurial et à la production de biens et services nombreux, participant ainsi à la richesse des nations. Compte tenu de la compétition internationale, sans un dynamisme économique soutenu, une nation est vite reléguée.
  • Développement du marché et profusion de biens de consommation : Le développement du capitalisme est lié au développement du marché. L'association des deux met à disposition des consommateurs une profusion de biens de consommation à des coûts en diminution constante. C'est la principale raison du succès de ce système.
  • Élimination des entreprises déficitaires : Du fait de la concurrence, le capitalisme ne maintient pas artificiellement et de manière ruineuse pour la collectivité des entreprises déficitaires.

Inconvénients du capitalisme

  • Pouvoir important des possesseurs du capital productif : Le principal problème est politique : c'est le pouvoir très important qu'ont les possesseurs du capital productif sur la majorité de la population, sans que celle-ci soit consentante, ni même clairement informée de ce pouvoir.
  • Exploitation des salariés : Le revenu du capital engendre toujours un degré d'exploitation des salariés. Tout capital demande du travail pour être valorisé. Moins les travailleurs sont payés et moins ils sont nombreux, plus le capital investi rapporte.
  • Répartition inégalitaire des richesses et chômage : L'économie capitaliste aboutit à une répartition inégalitaire des richesses et provoque du chômage, ce qui engendre des tensions sociales et ralentit le fonctionnement économique.
  • Piège de la dette : La nécessité d'emprunter pour disposer d'un capital ou pour fonctionner crée ce qu'on nomme la dette qui est un piège, car elle doit être remboursée ce qui crée un nouveau cycle sans fin.
  • Problèmes moraux liés à la marchandisation généralisée : Ce système, par la marchandisation généralisée qu'il induit, pose des problèmes moraux.

Persistance et évolution du capitalisme

Le système capitaliste persiste et prospère. Comme tout système socio-économique institué, il s'auto-entretient. Ceux qui possèdent le capital productif font en sorte de le garder. Mais, la question la plus intéressante est pourquoi l'idée d'un changement ne vient-elle pas à tous ceux qui ne profitent pas du système ? Fernand Braudel écrit : « Privilège d'un petit nombre, le capitalisme est impensable sans la complicité active de la société ».

  • La productivité liée au capitalisme permet la consommation et a apporté une prospérité, ce qui est le souhait de la grande majorité de la population.
  • De nombreuses personnes possèdent un peu de capital.
  • Les capitaux sont devenus indispensables aux économies évoluées.
  • Le projet alternatif (dit « communiste ») s'est soldé par un échec économique et politique, car, en réalité, c'était un capitalisme d'État géré par des fonctionnaires.

Restructuration du capitalisme mondial

Une baisse des profits a été constante à partir des années 1960, ce qui a conduit le capitalisme à une réorientation des investissements et des manières de produire : financiarisation, concentration, délocalisation, valorisation fictive. Dès les années 75, une restructuration s’est amorcée. La facilitation du transport et la libéralisation des échanges ont fait que la production, la consommation et leur équilibration ne se sont plus faits au niveau national ni même continental, mais mondial.

Le secteur traditionnel de la production technique et industrielle n’a nullement disparu. Il y a toujours un capitalisme industriel productif, il s’est simplement déplacé vers les zones où le travail est achetable à bas coût et sa productivité s’est accrue grâce à l’informatique et la robotique. Mais, plus largement, la mondialisation est une délocalisation plurielle. Le secteur financier s'est largement développé à partir de la fin du XXe siècle. Le rôle des banques s’est accru, favorisé par l’endettement des économies occidentales à partir de 1974, puis par la dérégulation.

Critique de Marx par Schumpeter

Selon Schumpeter, le débat sur les idées de Karl Marx ne serait que partiellement utile, à moins qu’il ne serve à approfondir la compréhension de l’œuvre de Marx et éventuellement à la surpasser. Schumpeter propose une solution qui consiste à dépasser ce débat polarisé et à reconnaître à Karl Marx ses mérites, sans pour autant tenir pour infaillible l’ensemble de son discours ou de ses gestes.

Dans son Histoire de l’analyse économique Schumpeter réaffirme qu’il s’intéresse surtout aux rapports que Marx et le marxisme entretiennent avec l’analyse économique. Par ailleurs, il déplorait le fait que l’œuvre de Marx ait été traitée à la légère par certains, voire altérée par plusieurs autres de ses contemporains. Mais avant de passer à la critique de Marx et du marxisme ainsi que de leurs limites, il fallait d’après Schumpeter, reconnaître à un grand mérite : « Marx fut l’un des premiers à tenter d’élaborer un modèle explicite du procès capitaliste. »

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Schumpeter affirme que Marx n’avait pas tort de prédire que le capitalisme est en transition vers le socialisme, sauf que les raisons qu’il en donnait étaient contestables.

Schumpeter présente Marx comme prophète, sociologue, économiste scientifique et éducateur. Il considère que la pérennité et la résilience de cette doctrine ne s’expliquent pas en l’absence d’une dimension sacrée, d’autant plus que les marxistes orthodoxes jugent sacrilège toute remise en question de leur doctrine.

Schumpeter décrit Marx comme un radical bourgeois du 19e siècle en affirmant que les préceptes idéologiques et préscientifiques, qu’on retrouve encore sous une forme modifiée dans ses écrits de maturité, sont en partie responsables des dérives éventuelles des disciples qui suivaient aveuglément son appel à la révolution.

Schumpeter note que même un non marxiste comme lui croit néanmoins « à l’importance unique du message de Marx, importance, au demeurant, complètement indépendante de l’acceptation ou du rejet de ce message ».

Schumpeter considère cependant que Marx n’a commis qu’un péché véniel, facilement rachetable en raison du mérite indéniable de sa doctrine : « Marx n’avait pas d’autre prétention que d’énoncer la logique du processus dialectique de l’histoire ». Fidèle à lui-même, Schumpeter ne manque jamais d’occasions pour souligner le tiraillement de Marx entre deux pôles d’attraction opposés. Il remarque aussi que la synthèse de ces pôles lui assurait un succès auprès de ses disciples, mais, en même temps, risquait de miner son approche théorique en tant qu’analyse cohérente et scientifique.

En ce qui a trait à l’affiliation de Marx en matière de théorie économique, Schumpeter note que celui-ci s’intéresse surtout à la perpétuation de l’économie politique classique anglaise, qu’il considère d’ailleurs comme étant achevé, et, partant, ne se prête plus à la critique de façon systématique. D’après Schumpeter, du fait qu’il prend à son compte la théorie de la valeur-travail élaborée par Smith et Ricardo, Marx s’embourbe dans certaines impasses liées à ce courant.

Mais c’est sur le terrain de l’implosion du capitalisme en raison de sa tendance à l’accumulation illimitée que Schumpeter ne se gêne pas de remettre en cause les hypothèses et les techniques de Marx. En d’autres termes nonobstant quelques défauts techniques qu’il reproche à Marx, Schumpeter lui reconnaît la finesse de sa synthèse sociohistorique qui mérite le respect et l’admiration de tous les chercheurs en sciences sociales.

Marx était guidé, selon Schumpeter, par le désir de démontrer scientifiquement ce que ses allégeances idéologiques le portaient à croire, c’est-à-dire l’autodestruction violente du capitalisme. Pour Schumpeter ce sont les succès et non les échecs du capitalisme qui mèneront éventuellement à sa fin.

Toujours est-il que Schumpeter s’applique à relever l’erreur qui consiste à interpréter la conception sociologique de Marx d’un point de vue philosophique alléguant qu’en cette matière, Marx se servait plutôt des données historiques dont il disposait.

D’après Schumpeter, l’interprétation économique de l’histoire telle que formulée en général par Marx ne s’avère plausible que dans un nombre limité de cas.

Capitalisme et démocratie

Les démocraties riches traversent depuis trente ans des bouleversements : la révolution des technologies de l’information et de la communication (TIC), l’accroissement des inégalités, la grande récession et la montée du populisme de droite. Ces bouleversements sont souvent attribués au paquet de réformes « néolibérales » des années 1980 et 1990, lancées par Margaret Thatcher au Royaume-Uni et par Ronald Reagan aux États-Unis, et qui témoigneraient de la puissance croissante du capital mondial.

La désindustrialisation se précipita et fut même accélérée par les grandes réformes économiques et institutionnelles des années 1980 et 1990. La financiarisation, la libéralisation des marchés de capitaux, le renforcement des politiques de concurrence, l’ouverture au commerce international et aux investissements directs étrangers et l’adoption de politiques macroéconomiques non-accommodantes, avec des banques centrales indépendantes et le ciblage de l’inflation - ce paquet de réformes fut adopté dans toutes les démocraties avancées.

L’idée que le « business » eut ce qu’il voulait aurait été tout à fait contestée par les grandes entreprises industrielles de l’époque. En réalité, presque tous les grands secteurs industriels de l’époque, de la sidérurgie à l’automobile en passant par la construction navale, entrèrent en déclin.

C’est aujourd’hui un lieu commun que de dire que la mondialisation a affaibli la capacité de réglementation et de redistribution des États. Même si le « business » ne contrôle pas directement la politique, il pourrait, dans une économie devenue mondiale, lui imposer sa volonté simplement en prenant des décisions pour lui optimales et fuir les pays qui réglementent et dépensent trop.

Avec le temps, l’État démocratique capitaliste avancé s’est paradoxalement renforcé grâce à la mondialisation. Les entreprises avancées dont l’activité repose sur le savoir, souvent des multinationales ou des filiales de multinationales, sont de plus en plus immobiles parce qu’elles sont liées à des regroupements ou clusters de compétences dans les villes qui ont réussi, et que leur valeur ajoutée trouve sa source dans une main-d’œuvre très qualifiée et largement immobile.

Le savoir est ancré géographiquement - dans les pays, les régions, les métropoles et les villes avancées -, généralement dans des regroupements ou clusters de travailleurs, d’ingénieurs, de chercheurs qualifiés et de professionnels. Les institutions, privées et publiques, sont, elles aussi, ancrées géographiquement. Les travailleurs éduqués sont colocalisés dans des réseaux regroupés de compétences et ne peuvent donc pas être délocalisés à l’étranger ; quant aux entreprises, elles ne peuvent généralement pas trouver ailleurs d’autres compétences de savoir spécialisées.

Un des avantages encore plus grands de la mondialisation réside dans la spécialisation en biens et services avancés au sein de l’économie du savoir : la révolution des technologies de l’information et de la communication (TIC) décentralise le niveau et multiple le nombre de groupes capables de projets autonomes. La valeur ajoutée des entreprises avancées est géographiquement ancrée dans leur personnel qualifié, via les clusters de compétences, les réseaux sociaux, la nécessaire colocalisation de la main-d’œuvre et des compétences cospécifiques entre travailleurs, et, compte tenu de leur codifiabilité limitée, la nature implicite d’une grande partie des compétences.

Les démocraties capitalistes avancées ont pour caractéristique le fait de reposer fortement sur des travailleurs qualifiés, qui se portent généralement bien quand les secteurs avancés se développent.

Les démocraties renforcent positivement le capitalisme avancé, et le capitalisme avancé, quand il fonctionne bien, renforce le soutien démocratique. Le capitalisme avancé est piloté par l’État-nation démocratique à travers les réformes institutionnelles.

On peut concevoir le rapport entre les politiques gouvernementales et le vote de la classe moyenne comme un contrat social implicite : l’Etat investit dans l’enseignement, et plus largement dans l’infrastructure institutionnelle des secteurs avancés, tandis que les individus retardent leur consommation afin d’acquérir des compétences, puis travaillent dans des postes relativement bien payés.

Même les politiques d’expansion économique et d’opportunité éducative, mais aussi les politiques de protection et de transferts sociaux sont importantes. Les transferts à la classe moyenne ont été remarquablement stables dans le temps, et en termes de revenu net, la classe moyenne a conservé à peu près sa position relative dans l’économie, mesurée en part du revenu moyen.

Pourtant, la transition vers l’économie du savoir a aussi produit beaucoup de perdants, et il est important de comprendre que la démocratie n’est pas une garantie d’égalité. Les salaires relatifs et les perspectives d’emploi pour un grand nombre de gens ayant acquis leurs compétences dans l’économie industrielle se sont détériorés.

Les différentes formes de capitalisme

On peut distinguer aujourd’hui trois formes de capitalisme :

  • le capitalisme «financier», « actionnarial », « anglo-saxon » où les décisions des entreprises sont prises essentiellement en fonction des intérêts des actionnaires ;
  • le capitalisme «de Responsabilité Sociale de l’Entreprise», «européen continental» où les décisions des entreprises prennent en compte aussi l’environnement, les intérêts des salariés, des clients, des fournisseurs, des collectivités voisines des lieux de production ;
  • le capitalisme «étatique», partant de Chine, de Russie, du Moyen-Orient où les entreprises et les Etats travaillent ensemble avec des objectifs communs de développement des pays.

Les limites du capitalisme

Marx argumente que « la production capitaliste tend sans cesse à dépasser les limites qui lui sont immanentes, mais elle n’y parvient qu’en employant les moyens, qui de nouveau, et à une échelle plus imposante, dressent devant elle les mêmes barrières ». La question posée est de savoir si la production capitaliste s’affronte désormais à des barrières qu’elle ne peut plus ou pas dépasser même temporairement.

L’une des barrières, attenant aux effets de l’automatisation, remonte au 19° siècle et a un caractère immanent, interne au mouvement du capital sur lequel Marx a fortement insisté. La maximisation du profit, elle-même sans limite, repose sur la maximisation du montant de plus-value ou survaleur produite et réalisée. Elle suppose contradictoirement l’emploi du plus grand nombre possible de prolétaires et le recours à la mécanisation, donc le remplacement du travail vivant (celui des salariés) par le travail mort (les machines), autrement la diminution de la quantité de travail vivant nécessaire pour mettre en valeur un capital déterminé. C’est là que se trouve la cause de la baisse du taux de profit.

La seconde barrière a été progressivement cernée théoriquement par les débats au sein de l’écologie politique étatsunienne. Ils ont commencé avec l’article de 1988 de James O’Connor sur la « seconde contradiction » du capitalisme.

La rencontre par le capitalisme de limites qu’il ne peut pas franchir ne signifie en aucune manière la fin de la domination politique et sociale de la bourgeoisie, encore moins sa mort, mais elle ouvre la perspective que celle-ci entraine l’humanité dans la barbarie.

Une croissance très faible du PIB mondial, et plus encore du PIB per capita pose déjà de très grands problèmes aux bourgeoisies. Au plan interne la croissance des inégalités (revenus, patrimoines, accès à l’éducation et à la santé) s’accroissent et leurs conséquences toujours plus difficiles à gérer.

La crise économique et financière mondiale de 2007-2008

Il existe entre marxistes travaillant de par le monde anglophone et des hétérodoxes étatsuniens comme Krugman et Stiglitz, un consensus, large mais bien sûr très flou, pour dire qu’il s’agit une très grande crise, d’une importance analogue à celle de 1929. Certains la caractérisent comme « structurelle » ou « systémique ».

Les caractéristiques de la crise sont les suivantes :

  • Elle a éclaté au terme d’une très longue phase, soixante-dix ans (donc sans parallèle dans l’histoire du capitalisme) d’accumulation ininterrompue.
  • La phase fordiste d’abord et la longue période d’accumulation ont eu lieu dans les conditions historiques très particulières, en l’occurrence à la suite de la Grande dépression des années 1930, avec ses conséquences de fermeture massive de capacités de production et au lendemain de la Seconde guerre mondiale avec ses destructions à très, très grande échelle.
  • Le terrain sur lequel la crise s’est jouée depuis 2007-2008 est celle du marché mondial pleinement constitué.
  • Les Etats-Unis ont été à l’origine des principales impulsions de la mondialisation contemporaine et les principaux architectes et bénéficiaires du régime institutionnel mondial dont le FMI et l’OMC sont les piliers. Mais en combattant la tendance à la baisse du taux de profit chez eux par des délocalisations massives vers la Chine, les Etats-Unis ont aidé un puissant rival à émerger.
  • Dans tous les pays les classes ouvrières largo sensu ont abordé la crise dans le cadre de rapports économiques et politiques extrêmement favorables au capital. La libéralisation des échanges et des investissements directes a internationalisé le processus de centralisation et concentration du capital et permis la formation d’immenses groupes industriels. Elle a aussi et encore plus gravement permis la mise en concurrence des travailleurs de pays à pays et de continent à continent. Il y a eu une mondialisation de l’armée industrielle de réserve.
  • La crise qui a éclaté en 2007-2008 est une crise de suraccumulation et de surproduction de caractère mondial, même si elles sont logées dans des pays, des secteurs et des industries déterminés. Elle est doublée d’une crise de profitabilité que les économistes mesurent à l’aide de différents calculs du taux de profit.
  • La suraccumulation de capital productif s’est accompagnée d’une très forte accumulation de capital fictif. Commencée dans les années 1960 et s’accroissant rapidement avec la dette du Tiers Monde dans les années 1980, elle s’est accélérée encore plus après 1998 avec le recours massif à l’endettement pour soutenir la croissance par les Etats-Unis et de façon plus différenciée par des pays en Europe. L’endettement des entreprises et des ménages s’est accompagné à partir de 2005 de celui des banques entre elles.
  • A la différence de la crise des années 1930, en raison du sauvetage des banques et des marchés financiers, la destruction de capital fictif a été limitée tandis que celle du capital productif n’a eu lieu que de façon lente et inégale et dans le cas de la Chine pas du tout.
  • L’analyse de l’économie mondiale comme totalité inclut la dimension des « rapports des hommes à la nature ». Le capitalisme s’est comporté comme si la planète, tant comme ensemble de ressources non-renouvelables et d’espaces terrestres et maritimes à épuiser que comme biosphère commandant la reproduction des sociétés humaines, pouvait supporter indéfiniment l’intensité de l’exploitation à laquelle elle est soumise.

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