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La Procréation Médicalement Assistée (PMA) au Cameroun : Enjeux et Réglementation

La procréation médicalement assistée (PMA) représente un espoir pour de nombreux couples confrontés à des problèmes d'infertilité. Au Cameroun, comme ailleurs en Afrique, cette pratique connaît un essor, soulevant des questions éthiques, légales et financières importantes. Cet article explore l'état actuel de la PMA au Cameroun, en mettant en lumière les avancées, les défis et le cadre réglementaire en évolution.

L'Essor de la PMA en Afrique Subsaharienne

L'Afrique subsaharienne, bien que souvent associée à une forte démographie, est également confrontée à des taux d'infertilité élevés. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), 16,4 % des couples subsahariens sont confrontés à l'infertilité, un chiffre supérieur à celui observé en Europe. Cette situation est souvent due à des infections sexuellement transmissibles (IST) non soignées ou à des avortements non sécurisés chez les femmes, ainsi qu'à des problèmes de qualité du sperme, au stress et à la pollution chez les hommes.

Face à cette réalité, des dizaines de centres de PMA se sont implantés dans les zones urbaines du continent, offrant des solutions aux couples infertiles. En Côte d'Ivoire, par exemple, plusieurs centres proposent désormais des techniques avancées telles que l'injection intracytoplasmique de spermatozoïde (ICSI) et même la gestation pour autrui (GPA).

La PMA au Cameroun : Un Cadre Législatif en Construction

Au Cameroun, la PMA est encadrée par une loi qui vise à réglementer son exercice et à protéger l'intérêt de l'enfant à naître. Cette loi définit la PMA comme « un ensemble de pratiques cliniques et biologiques permettant d'induire une grossesse en dehors de l'union naturelle de l'homme et de la femme, en particulier l'insémination artificielle, la fécondation in vitro, le transfert de gamètes et d'embryons, la conservation des gamètes, des tissus germinaux et des embryons ». L'objectif principal est de permettre la rencontre d'un spermatozoïde et d'un ovule afin de débuter une grossesse.

Conditions d'accès à la PMA

La loi camerounaise fixe plusieurs conditions pour accéder à la PMA. Elle restreint l'accès aux couples, mariés ou non, et exige que l'homme et la femme soient âgés d'au moins 21 ans. Bien qu'aucune limite d'âge ne soit fixée pour les hommes, une limite est établie pour les femmes, tenant compte du « fonctionnement naturel » du corps féminin. En octobre 2018, une Camerounaise de 62 ans a donné naissance à son premier enfant grâce à une fécondation in vitro (FIV) au Centre de recherche et d'application en chirurgie endoscopique et reproduction humaine (Chracerh) à Yaoundé, mais il est probable qu'elle soit la dernière femme de cet âge à bénéficier de cette technique dans le pays.

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Filiation et Protection de l'Enfant

La loi accorde une importance particulière à l'intérêt de l'enfant à naître. Elle interdit la divulgation d'informations pouvant conduire à sa stigmatisation et prévoit que la filiation de l'enfant à l'égard du couple soit de droit, que celui-ci soit marié ou non. Les articles 37 et 38 de la loi précisent que « la filiation est établie d'office à l'égard de chaque membre du couple porteur du projet parental » et que ceux-ci « ne peuvent contester leur lien de filiation avec l'enfant issu de la PMA ».

Sanctions et Interdictions

La loi fixe des règles strictes pour encadrer l'exercice de la PMA au Cameroun et prévoit un ensemble d'interdictions, assorties de sanctions administratives et pénales. Les sanctions administratives peuvent aller de la suspension au retrait de l'agrément, tandis que les sanctions pénales peuvent inclure des peines d'emprisonnement allant jusqu'à 20 ans et des amendes pouvant atteindre 20 millions de FCFA.

Les Défis de la PMA au Cameroun

Bien que la PMA offre un espoir aux couples infertiles, elle est confrontée à plusieurs défis au Cameroun.

Coût Élevé et Accessibilité Limitée

La PMA est un soin de luxe en Afrique, non pris en charge par l'État ou les assurances. Au Sénégal, par exemple, les couples peuvent débourser jusqu'à 4 millions de FCFA (6 100 euros) pour une PMA dans les cliniques privées, ce qui représente 45 fois le salaire mensuel moyen. Ce coût élevé rend la PMA inaccessible à de nombreux couples, limitant ainsi son impact sur la réduction de l'infertilité.

Dérives Possibles et Nécessité d'Encadrement

L'absence d'un cadre juridique précis peut entraîner des dérives. Au Cameroun, le cas d'une femme de 62 ans ayant accouché après une FIV a soulevé des questions sur les limites d'âge et les risques potentiels pour la santé de la mère et de l'enfant. Guy Sandjon, un précurseur de la PMA au Cameroun, met en garde contre le risque de voir la PMA devenir un marché sans garde-fou, avec des médecins véreux sans formation ni éthique, et des dons de gamètes non soumis aux tests viraux nécessaires.

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Opposition Religieuse

Les Églises, en particulier l’Église catholique, ont exprimé des réserves quant à certaines techniques de PMA. Les évêques camerounais estiment que la plupart des techniques d’aide à la procréation bafouent à grande échelle la dignité humaine, en l’instrumentalisant, ce qui cause des problèmes éthiques et doctrinaux. Elle condamne la pratique de la fécondation extracorporelle ou FIVETE (fécondation in vitro et transfert d’embryon). Enfin, répondant au désir des couples stériles d’avoir un enfant, les évêques précisent que « l’Eglise, en encourageant une recherche scientifique conforme au respect de la vie et de la dignité humaine, encourage ces couples à assumer l’échec d’une stérilité irrémédiable.

L'Expérience Africaine : Débrouillardise et Ingéniosité

Malgré les défis, les praticiens africains de la PMA font preuve de débrouillardise et d'ingéniosité pour offrir des soins de qualité. Djédi Kaba Diakité, un gynécologue obstétricien basé au Mali, importe lui-même les réactifs nécessaires pour sa clinique, contournant ainsi les problèmes de livraison des sociétés de transport international. Il a investi 300 000 euros dans du matériel performant, tel qu'un incubateur, un microscope à fort grossissement et des congélateurs importés de France.

Tidiane Siby, un médecin biologiste sénégalais, a investi dans un immeuble ultramoderne pour installer son centre de PMA, équipé de matériel de pointe. Il accorde une importance particulière à l'intimité des hommes, en aménageant des salles de recueil de sperme confortables et discrètes.

Perspectives d'Avenir

La PMA au Cameroun est en pleine évolution, avec un cadre législatif en construction et des praticiens déterminés à offrir des soins de qualité. Pour assurer un développement harmonieux de cette pratique, il est essentiel de :

  • Renforcer le cadre juridique : Mettre en place une loi claire et précise qui encadre l'exercice de la PMA, protège les droits des patients et des enfants nés de cette technique, et prévient les dérives possibles.
  • Améliorer l'accessibilité financière : Explorer des mécanismes de financement pour rendre la PMA plus accessible aux couples à faible revenu, tels que des subventions publiques, des assurances ou des partenariats public-privé.
  • Renforcer la formation et l'éthique des praticiens : Mettre en place des programmes de formation continue pour les médecins et les biologistes spécialisés en PMA, et promouvoir le respect des normes éthiques les plus élevées.
  • Sensibiliser et informer le public : Informer le public sur les causes de l'infertilité, les options de traitement disponibles et les aspects éthiques et légaux de la PMA, afin de lutter contre les tabous et les idées reçues.

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