Le thème du mal qui s'insinue au cœur de la famille, un sujet à la fois fascinant et terrifiant, a été exploré de différentes manières dans la littérature et le cinéma. Des romans policiers aux thrillers psychologiques, en passant par les drames familiaux, le "berceau du mal" se révèle être un terrain fertile pour l'exploration des aspects les plus sombres de la nature humaine, des traumatismes enfouis et des secrets de famille.
Le Polar Germanophone : Lotte R. Wöss et "Le Berceau du Crime"
Lotte R. Wöss inscrit « le berceau du crime » dans la lignée du roman policier germanophone, puisant dans une tradition riche tout en apportant sa propre voix narrative. Dans son thriller « Le Berceau du Crime », l'auteure autrichienne choisit de situer son intrigue dans l'univers familier de Graz, transformant cette ville de Styrie en théâtre d'une enquête criminelle aux ramifications complexes. L'histoire débute avec une scène de crime d'une violence saisissante : la découverte du corps du docteur Leitner, mutilé dans son propre cabinet gynécologique. Ligoté, mutilé et sauvagement assassiné, c'est ainsi que l'inspecteur en chef Toni Wakolbinger et sa jeune assistante Cindy Panzenböck découvrent le corps inanimé d'un médecin de renom. La présence d'un petit chausson rose sur le ventre du défunt est-elle une signature annonçant le début d'une série de meurtres ? Cette crainte devient réalité lorsqu'un autre cadavre est retrouvé, assassiné dans les mêmes conditions. Les meurtres se succèdent, toujours signés par un chausson de bébé.
Wöss dépeint des personnages complexes et attachants. L'inspecteur en chef Toni Wakolbinger, un flic marqué par les épreuves du temps, et Cindy Panzenböck, une jeune et déterminée inspectrice, deux profils aux multiples facettes qui apportent une belle dynamique à l'intrigue. Un troisième personnage, l'inspecteur Franz, il complète le tableau de famille et donne une note souriante à l'enquête. La multiplication des meurtres crée au fil des pages une tension dramatique diablement efficace. Et surtout, le mystère des chaussons roses fonctionne comme un fil rouge angoissant et titille notre curiosité tout en révélant subtilement les traumatismes familiaux enfouis. L'intrigue, bien construite, évite les clichés et offre un suspense savamment maîtrisé. De fausse-pistes en révélations, l'auteure nous bouscule entre les réflexions intimes des enquêteurs et l'intensité des scènes d'action, pour nous entraîner vers un dénouement intense et inattendu.
Cependant, certains lecteurs ont trouvé l'enquête un peu brouillonne par moments, avec des difficultés à se situer en raison d'un manque de précision dans certaines actions. Les noms des personnages, avec leur consonance compliquée, ont également pu constituer un obstacle à la concentration. Malgré ces critiques, l'œuvre de Wöss est saluée comme une belle réussite dans la tradition du polar germanophone, aux côtés d'auteurs tels que Nele Neuhaus, Heinrich Steinfest, Charlotte Link et Sebastian Fitzek.
La Représentation de l'Enfance et du Mal : Art et Société
La petite enfance, son innocence et ses premières expériences sensibles, est le sujet dominant des créations de Jeanne Élisabeth Chaudet ainsi que de son premier mari, le sculpteur et peintre Antoine Denis Chaudet (1763-1810). Le sujet ici représenté est assez rare. Jeanne-Élisabeth Chaudet l'a conçu d’après « Le chien et le serpent », conte en vers publié par Barthélemy Imbert dans un recueil intitulé "Choix de fabliaux" (t. 1, Paris, Le Prieur, 1795). Ce récit était lui-même la synthèse d’un fabliau médiéval collecté et publié par Pierre Jean-Baptiste Legrand d’Aussy en 1781 ("Fabliaux ou contes du XIIe et du XIIIe siècle", t. 3, Paris, Eugène Onfroy, 1781). L'histoire se situe à Rome au Moyen Âge : un nourrisson, unique héritier d’une riche famille de la ville, est laissé seul dans une chambre par ses nourrices, curieuses d’aller observer depuis le toit un tournoi auquel sont partis assister les parents. Laissé sans surveillance humaine, l'enfant échappe heureusement à la morsure mortelle d’une vipère grâce à la vigilance du chien de la maison qui la tue au terme d’un vif combat. Mais au retour des servantes et des parents, à la vue du sang versé, tous croient d’abord que le chien vient de tuer l’enfant. Fou de rage, le père décapite le chien avant de comprendre sa méprise et de s’infliger la même pénitence que pour le meurtre d’un homme. Chaudet n'illustre pas littéralement le récit de la fable : sans rien laisser deviner de l’issue tragique, elle omet de peindre le berceau renversé et couvert de sang par le combat entre le chien et le serpent. Elle privilégie au contraire le sang-froid avec lequel le chien monte la garde après avoir terrassé la vipère sous ses griffes, et le sommeil imperturbable du bébé. Ce dernier apparaît dans l’éclat de sa beauté et dans l’abandon complet au sommeil, signifié par le bras posé sur la tête : ce code de représentation est repris des sculptures gréco-romaines représentant le sommeil d’Éros ou Ariane endormie. La blancheur de l’enfant contraste avec le pelage noir du chien qui s'impose en sentinelle pleine de grandeur calme et de noble simplicité : fait rare, c’est ici l’animal qui est doté du comportement du héros vertueux, tel que l'a codifié J. J. Winckelmann, théoricien de l’art néoclassique.
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Remakes et Réinterprétations : "La Main sur le Berceau"
Le thriller "La Main sur le Berceau" (Curtis Hanson, 1992) a marqué les esprits en explorant la thématique d'une personne mal intentionnée qui s'immisce dans la vie d'une famille pour la détruire. Le film aborde la nécessité de croire la parole des femmes victimes de violences sexuelles, un thème toujours pertinent aujourd'hui.
Un remake de "La Main sur le Berceau" a été réalisé par Michelle Garza Cervera, mais il a été mal reçu par la critique. Le film est considéré comme confus et en retard sur son temps dans son traitement des violences sexuelles. La question même d’agression sexuelle est noyée dans une histoire incompréhensible d’incendie et se retrouve donc reléguée à être évoquée vite fait à la toute fin, avec la délicatesse d’un papier de verre, grain 80. Et on pourra sourciller devant le traitement réservé à la sexualité de Polly, la nounou, qui semble être mise en corrélation avec ses intentions néfastes par le biais d’une discussion de famille lunaire quand l’ainée des enfants de la famille annonce elle-aussi être lesbienne. Quitte à parler de la bisexualité de Caitlin, la mère, on aurait presque préféré que le long-métrage utilise le gros cliché de la tension charnelle entre nounou et employeuse plutôt que de se vautrer dans un propos aussi puant que de faire de notre personnage principale une homophobe refoulée. Dans cette même logique, la dernière image du film qui nous dit que le mal est toujours présent dans la maison par l’entremise de la fille ainée, est lourde d’interrogations… Les antiwokes y verront un film qui fait la part belle à la diversité, les autres y verront au mieux un exercice opportuniste, au pire un propos plus que rétrograde sur des combats loin d’être gagnés. Le film est mal fichu, pour ne pas dire laid à s’en arracher les yeux, et lorgne plus du côté du film étudiant fauché que de celui de Gone Girl (David Fincher, 2014) qu’il essaye péniblement de convoquer notamment de par sa photographie verdâtre, presque monochrome. Jo Willems, le chef opérateur derrière les images de Hunger Games : L’Embrasement (Francis Lawrence, 2013) ou du récent - à la photo cadavérique, lui aussi - Marche ou crève (F. Lawrence, 2025), ne parvient jamais à sortir une image correctement éclairée ou mise en valeur. On peut retenir quelques effets d’aberrations d’optiques pour surligner la folie gagnant les personnages, mais c’est bien maigre quand ça n’est pas gâché par un montage épileptique indigent. In fine, ce sont surtout les choix de mise en scène - ou plutôt les non-choix - de Michelle Garza Cervera qui sont à mettre en cause puisque le tout est orchestré sans véritable vision. Là où certaines scènes devraient installer de la tension voire de l’épouvante, la cinéaste se contente de filmer mollement de pauvres champs, contre-champs où le film expose par le dialogue et par l’exemple ce qui devrait rester sous-jacent. Encore une fois, la dernière confrontation entre Polly et Caitlin aurait pu être le sommet du long-métrage or Cervera filme littéralement l’affrontement attendu depuis le départ par un champ, contre-champ d’une pauvreté abyssale. Heureusement, ce qui permet au film de ne pas tomber douloureusement dans la même catégorie que les productions Asylum, c’est son casting. On sait que Maika Monroe est une excellente comédienne depuis It Follows (David Robert Mitchell, 2014) jusqu’au récent Longlegs (Oz Perkins, 2024), capable d’insuffler ce je-ne-sais-quoi d’étrangeté à ses personnages et c’est ce qu’elle fait ici sous les traits de la baby-sitter Polly. Parfois trop, parfois mal, mais elle essaye des choses dans son interprétation qui suffisent à nous sortir, un peu, de notre léthargie. Face à elle, Mary Elizabeth Winstead tient la route tant bien que mal, avec les limites d’écriture de son rôle de mère sur la corde raide.
Exploration de la Vengeance Féminine : "À l'Intérieur" et "La Main sur le Berceau"
Le cinéma explore souvent la règle biologique à travers des histoires de vengeance féminine par le biais des enfants. "À l'intérieur" (Julien Maury et Alexandre Bustillo, 2007) est un slasher ultra gore qui a marqué le cinéma français. Avec une Béatrice Dalle plutôt convaincante et une Alysson Paradis elle aussi plutôt bien impliquée dans son rôle, le casting assure plutôt bien sur le ton de l’intensité « immédiate » du film, film qui mise d’ailleurs tout sur cette mise en forme. Si le scénario peut finalement se résumer en 3 lignes, le film essaye de conserver notre intérêt avec un suspense de tous les instants, qui passe donc par une tension omniprésente et un charcutage de victime impressionnant pensé pour nous montrer combien nos deux personnages principaux sont déterminés.
Les Racines du Mal : Secrets de Famille et Traumatismes d'Enfance
Le thème du "berceau du mal" est souvent lié à l'exploration des secrets de famille et des traumatismes d'enfance. Alice Miller, reconnue pour son travail révolutionnaire en psychologie, explore les répercussions des traumatismes émotionnels et physiques subis pendant l’enfance sur la vie adulte. Elle aborde des sujets difficiles tels que la maltraitance, la violence familiale et les abus sexuels, avec une approche pleine de compassion et de compréhension. Ces traumatismes peuvent laisser des marques profondes et conduire à des comportements destructeurs, voire criminels.
Le Mal dans la Société : Inceste et Violence
L’inceste se révèle structurant de l’ordre social. Les agresseurs sont sans conséquences car ils n’ont pas de conscience. L’autre n’existe pas. L’inceste n’est pas une affaire de sexe mais de pouvoir… Le corps ne montre rien, ça fait partie du viol incestueux de ne rien laisser paraître. Quels sont les indices d’une famille incestueuse ?
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