La langue maternelle, ce premier langage dans lequel nous avons fait nos premiers pas et entretenu nos premiers échanges, est bien plus qu'un simple outil de communication. Elle est un pilier de notre identité, un vecteur de culture et un fondement pour l'apprentissage. Cet article explore la définition de la langue maternelle, son importance cruciale et les moyens de la préserver, en s'appuyant sur des perspectives historiques, linguistiques et socio-culturelles.
Qu'est-ce que la langue maternelle ?
On y a fait nos premiers pas et on y a probablement entretenu nos premiers échanges dans notre « langue maternelle ». Définie comme étant la langue du pays, de la famille où l’on est né, celle que l’on a parlée dès son plus jeune âge, pourquoi l’adjectif « maternelle » y est-il associé ? Le terme « langue maternelle » fait référence à la langue qu’une personne apprend comme première langue pendant l’enfance, généralement à la maison, à travers l’interaction avec la famille et la communauté. Le nom « langue maternelle » vient du mot « mère ». L’association avec la mère est due au fait que, historiquement, la mère a été l’une des principales figures responsables de l’éducation et de l’instruction précoce des enfants.
Ainsi que l’explique le Larousse, aussi parle-t-on de «sein maternel», de «lait maternel», mais aussi de ce qui, par extension, est relatif à la mère. Selon le Trésor de la Langue française, le terme «maternel» est apparu au XIVe siècle. Dérivé du latin maternus («de la mère»), il peut sembler étonnant de l’employer aujourd’hui encore pour qualifier deux entités qui, a priori, n’ont pas de relation directe, évidente, avec la mère.
Le Dictionnaire historique de la langue française (Le Robert) d’Alain Rey mentionne que le terme «langue maternelle» a supplanté l’appellation «langage maternel» (de sens identique) en 1539. En 1959, Le Robert indique que la «langue maternelle» est, depuis l’emploi courant de cette expression au XVIe siècle, «celle de la”mère-patrie”». C’est-à-dire l’idiome officiel du pays dans lequel un individu est né.
Bilinguisme précoce et langues maternelles multiples
Dans le cas où l’enfant est éduqué par des parents parlant des langues différentes, il apprend simultanément plusieurs langues. Quelle que soit la personne parlant cette langue, elle peut être considérée comme une langue « maternelle ». On parlera d’acquisition simultanée de deux langues, appelée bilinguisme précoce. On parle de bilinguisme lorsqu’une personne possède deux langues maternelles, généralement à la suite de sociétés multiculturelles ou de mouvements migratoires, les deux langues étant d’égale importance et constituant des outils de pensée et de communication tout aussi importants.
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L'Importance Cruciale de la Langue Maternelle
L’importance de la langue maternelle réside dans le fait qu’elle n’est pas seulement un moyen de communication, mais aussi un élément crucial dans la formation de l’identité culturelle, des liens familiaux et de la compréhension du monde. La langue maternelle est un élément fondamental de l’identité culturelle d’une personne. Grâce à la langue, les gens communiquent avec leur famille et leur communauté, apprennent à connaître leur culture et transmettent leurs valeurs et leurs traditions. Parler sa langue maternelle est un moyen d’appartenir à un groupe et de se sentir accepté et valorisé. En outre, la langue maternelle est un outil précieux pour transmettre la culture et les traditions d’une communauté. Par le biais d’histoires, de chansons et d’autres formes d’expression, les gens peuvent apprendre l’histoire, les croyances et les coutumes de leur culture. La langue maternelle est un élément essentiel de l’identité culturelle d’une personne, car c’est par elle que la culture et les traditions d’une communauté sont communiquées, apprises et transmises.
La langue maternelle fait partie de notre patrimoine culturel car c’est la langue familière dans laquelle on a évolué depuis tout petit. Nos premières découvertes, nos premiers mots ont été appris dans cette langue transmise par nos parents. La langue maternelle est donc un pilier à entretenir chez l’enfant pour faciliter les apprentissages dans une autre langue. C’est le principe de Donovan et Brandford qui consiste en la réactivation des expériences préalables pour construire sur des bases solides. La langue maternelle est indispensable pour se forger un bilinguisme équilibré et joue un rôle important dans la construction psychique et identitaire de l’enfant.
Développement cognitif et apprentissage
L’intégration de la langue maternelle dans l’enseignement est essentielle pour garantir l’accès de tous les élèves à une éducation de qualité. Lorsqu’un élève peut utiliser sa langue maternelle en classe, il est plus à même de comprendre la matière et de s’exprimer. L’éducation bilingue, qui associe la langue maternelle à une autre langue, présente également de nombreux avantages. Des études ont montré que l’éducation bilingue améliore les résultats scolaires, accroît la capacité d’apprentissage de la langue et contribue au développement des compétences cognitives.
Brigitte A. Eisenkolb, docteur en linguistique et psychologie, et auteur d’une thèse sur le déclin naturel de la langue maternelle explique :« Tout apprentissage débute par un transfert de connaissances de la langue maternelle à une langue étrangère. Il est alors possible que la nouvelle langue devienne dominante. »
La langue maternelle comme fondement de l'identité
La langue maternelle est considérée être la langue du cœur, celle qui marque l’identité profonde. C’est la langue dans laquelle on a évolué lors de notre enfance, sans oublier que les bébés sont déjà exposés aux langages dans le ventre de leur mère. Les bébés ont de surcroît des façons de pleurer caractéristiques à leur langue maternelle. Par exemple, les bébés français ont un cri dont le pic d’intensité est situé à la fin tandis que les bébés allemands pleurent de l’aigu au grave. La langue maternelle est celle qui est la plus parlée dans le foyer, et dont l’expression se fait de manière la plus naturelle.
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Perdre sa langue maternelle c’est perdre son identité profonde. Ce phénomène de perte est appelé attrition linguistique. Il existe plusieurs façons de perdre cette langue :
- Les parents ne parlent plus ou peu la langue maternelle par crainte que leurs enfants fassent la confusion avec la langue majoritaire et qu’ils ne s’intègrent pas à l’école (échec scolaire)
- Les craintes des enfants et des parents face à la perception que les gens ont d’une langue qui est stigmatisée
- La langue de l’école devient plus naturelle, l’enfant remarque qu’il est beaucoup moins à l’aise dans sa langue maternelle et n’ose plus la parler car il a honte de faire des erreurs en la parlant
Mythes et réalités autour de la langue maternelle
Certains pédagogues pensent encore que les langues maternelles, plus particulièrement celles qui sont non européennes, sont une cause de trouble de langage et de retards dans les apprentissages des enfants concernés. Par conséquent, les enfants sont souvent amenés à renoncer à parler leur langue maternelle pour la réussite linguistique scolaire. Les hommes politiques et les médias entretiennent cette fausse croyance qui a des conséquences graves sur les enfants et les parents concernés.
La Journée Internationale de la Langue Maternelle
Saviez-vous que le 21 février est la Journée internationale de la langue maternelle ? La Journée internationale de la langue maternelle est une célébration annuelle qui a lieu tous les 21 février. Elle vise à sensibiliser à l’importance de la préservation et de la promotion des langues maternelles dans le monde entier.
En 1999, l’UNESCO a proclamé le 21 février Journée internationale de la langue maternelle, dans le but de promouvoir la diversité linguistique et culturelle et d’encourager l’utilisation et la préservation des langues maternelles dans le monde entier.
Origines et signification
La Journée internationale de la langue maternelle est célébrée en commémoration d’un événement tragique survenu en 1952 au Bangladesh (alors Pakistan oriental). Ce jour-là, des étudiants et des militants ont manifesté pour défendre la langue bengali, qui était l’une des langues maternelles les plus parlées dans la région. La protestation pacifique des manifestants visait à préserver et à reconnaître l’importance de leur langue maternelle, le bengali. Cependant, la réponse du gouvernement a été brutale. Cet événement tragique a conduit à une prise de conscience mondiale de l’importance de la protection et de la préservation des langues maternelles en tant qu’élément fondamental de l’identité et du patrimoine culturels de chaque communauté.
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Le 21 février 1952, la police et l’armée ont attaqué une marche au Bangladesh. Cette marche avait été organisée par des étudiants universitaires et des dirigeants politiques pour demander la reconnaissance de leur langue, le bengali. Il convient de rappeler qu’à l’époque, le Bangladesh faisait partie du Pakistan. Dans ce contexte, le gouvernement de ce pays avait imposé l’ourdou comme langue unique. L’intervention des autorités a donné lieu à des violences qui ont entraîné la mort de deux manifestants et de nombreux blessés. Le mouvement pour la langue bengali est né. Il prolongera ses protestations jusqu’en 1956, date à laquelle le gouvernement pakistanais reconnaît le bengali comme l’une de ses langues officielles. Mais ce n’est qu’en 1999 que la Conférence générale de l’UNESCO a donné un statut officiel à cette célébration. C’est ainsi que la Journée internationale de la langue maternelle a été commémorée pour la première fois en 2000.
Objectifs et réalisations
Selon l’UNESCO, la diversité linguistique est gravement menacée. Les chiffres montrent que toutes les deux semaines, une langue disparaît de la planète. Cela signifie également qu’une grande partie du patrimoine culturel et intellectuel mondial est en train de disparaître. Compte tenu de la gravité du problème, cette organisation mondiale s’efforce de préserver les différences culturelles et linguistiques. La célébration de la Journée internationale de la langue maternelle a permis de sensibiliser le public à cette question. L’une de ses plus grandes réalisations concerne l’éducation multilingue. Celle-ci est désormais possible dès les premières études dans de nombreux pays du monde. En outre, il est important de se rappeler que les peuples multilingues et multiculturels ne sont possibles qu’à travers leurs langues. Enfin, il convient de mentionner que le thème central de la célébration de cette année est la technologie.
Préserver la langue maternelle : Un défi constant
La langue maternelle est très fragile et peut se perdre très facilement jusqu’à l’âge de 12 ans, surtout lorsque l’école creuse un fossé énorme entre identité de l’enfant et l’école. L’enfant est aliéné et doit mettre de côté son identité pour s’intégrer. « Quand l’école rejette la langue de l’enfant, elle rejette l’enfant »Jim Cummins
Qu’il s’agisse d’une langue étrangère, d’une langue régionale ou d’un dialecte, la langue maternelle devrait être mieux considérée dans l’instruction des enfants pour leur bien-être.
Le rôle de l'école et de la société
La langue maternelle est malheureusement encore souvent perçue comme un moteur d’échec scolaire, plus particulièrement lorsqu’il s’agit de langues non européennes qui sont sujets à des préjugés et dévalorisations. On a notamment observé un phénomène d’acharnement dans les médias en été 2018 concernant l’enseignement de la langue arabe à l’école pour provoquer le choc des cultures. L’idée de « résoudre le problème » des différences linguistiques et culturelles est une idée dominante dans les pays européens. Cette conception peut provoquer des conséquences graves entre les élèves comme les incidents raciales.
Une autre conséquence grave de la volonté de vouloir décourager les enfants à parler leur langue maternelle est la rupture dans les relations parents-enfants. La hiérarchisation et la stigmatisation des langues peuvent susciter un sentiment de honte aux parents qui peuvent éviter de parler leur langue maternelle avec leurs enfants. Les enfants ressentent bien évidemment cette gène et répondent souvent à leurs parents en Français.
L'Instruction En Famille (IEF) : Un atout pour la préservation
Les enfants en IEF passent un temps considérable avec leurs parents qui sont les transmetteurs de la langue maternelle. Ils passent donc plus de temps en contact avec leur langue maternelle et apprennent plus sereinement. L’IEF permet également aux parents de se perfectionner ou de redécouvrir leur langue maternelle lorsqu’ils enseignent à leurs enfants. Pas de panique, des recherches prouvent que la langue maternelle peut s’oublier très facilement avant l’âge de 12 ans mais qu’elle laisse des traces dans le cerveau. Il suffit de s’y replonger pour réactiver les connaissances. L’IEF devrait être l’occasion de multiplier les rencontres et éventuellement en apprendre sur les éventuelles différentes langues et cultures. On peut participer à des ateliers et par exemple mettre en évidence les emprunts linguistiques et culturels. Les enfants en IEF ne connaissent pas ou peu la hiérarchisation et les catégorisations qui sont une norme dans les écoles. Ils sont plus ouverts aux autres et ont moins de préjugés.
Conseils pratiques pour les parents
- Apprendre à l’enfant la valeur de la langue maternelle. Expliquer que c’est un don précieux à préserver pour son épanouissement.
- Ne pas avoir honte de parler la langue maternelle en présence de personnes ne la comprenant pas : traduisez au besoin , expliquez…
- Lire beaucoup d’histoires dans la langue maternelle.
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