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Le Laboureur et ses Enfants: Une Analyse Approfondie de la Fable de La Fontaine

Dans l'univers riche et diversifié de la littérature, certaines œuvres transcendent leur simple statut de récits pour devenir de véritables leçons de vie. "Le Laboureur et ses Enfants" de Jean de La Fontaine, publié en 1668, se distingue comme l'un de ces chefs-d'œuvre intemporels. Cette fable, à la fois simple et profonde, célèbre le travail, la persévérance, et la sagesse cachée dans les choses simples.

Un Aperçu de l'Auteur et du Contexte

Jean de La Fontaine, fabuliste emblématique du XVIIe siècle, s'inscrit dans le mouvement du classicisme, dont le principe fondamental est d'allier l'agréable à l'utile, l'instruction au divertissement, à travers des œuvres littéraires et artistiques. Puisant son inspiration dans les fables des auteurs de l'Antiquité, il les a revisitées et traduites en français, les adaptant en vers pour toucher un public plus large. À l'instar de ses prédécesseurs, La Fontaine utilise fréquemment des animaux personnifiés, une stratégie narrative qui lui permet de plaire à son lectorat tout en l'instruisant indirectement sur les défauts humains, incarnés par ses personnages animaliers : le Corbeau, crédule et vaniteux, la Cigale, insouciante, le Lion et le Loup, symboles de la force brute et du pouvoir royal absolu.

Résumé Succinct de la Fable

"Le Laboureur et ses Enfants" déroge à la tradition animalière de La Fontaine, mettant en scène un homme, un laboureur, qui, par ses actions et ses paroles, transmet à ses enfants l'importance fondamentale du travail. Ce faisant, le fabuliste adresse subtilement cette même leçon à ses lecteurs.

Structure et Narration : L'Art du Récit Concis

La fable se compose d'un récit bref, de seulement 18 vers, écrits en octosyllabes et alexandrins, ce qui introduit une variation rythmique agréable et prévient la monotonie. Ce récit, concis et efficace, est centré sur un nombre limité de personnages : le laboureur et ses enfants, dont le nombre et les noms ne sont pas précisés. Le statut social du père est révélé par son titre, "un riche Laboureur", indiquant qu'il possède une terre suffisamment vaste pour constituer un "héritage" (vers 5), qu'il a lui-même reçu de ses parents (vers 6).

Le récit suit un schéma narratif simple et clair :

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  • La situation initiale : Les dernières volontés du laboureur, sur le point de mourir (vers 3-4).
  • L'élément perturbateur : La recommandation faite à ses fils de ne pas vendre la propriété familiale, en raison de la présence d'un trésor caché (vers 5-9).
  • Les péripéties : Les conseils du père sur la méthode de recherche du trésor, consistant à "retourner" la terre (vers 10-12), et l'application scrupuleuse de ces conseils par les fils (vers 13-14).

Ces éléments contribuent à la brièveté et à l'efficacité de la fable.

Les rimes, au nombre limité de huit, mettent en valeur les termes clés de l'intrigue, notamment en [age], soulignant ainsi l'importance de l'héritage, du courage, et de la sagesse. Les rimes croisées, embrassées et suivies contribuent à la musicalité du poème.

La Présence Discrète et Ironique du Narrateur

La morale de la fable, explicite, est placée au début du texte : "Travaillez, prenez de la peine : c'est le fond qui manque le moins." Ce rythme binaire et régulier souligne l'importance de la recommandation du fabuliste.

La Fontaine s'implique personnellement en utilisant l'impératif, donnant ainsi un conseil direct au lecteur, accompagné d'une explication qui sert également d'affirmation. Il insiste sur le fait que le travail est une ressource fiable, une valeur sûre sur laquelle on peut toujours compter. La litote "le fond qui manque le moins" renforce cette idée.

La narration présente le père comme un homme rusé. Il parle à ses enfants "sans témoins" (vers 4) pour donner plus de poids à son histoire de trésor, la présentant comme un secret précieux. Il est également malin car il dissuade ses enfants de gaspiller leur héritage et leur enseigne indirectement son métier, ainsi que la méthode pour s'enrichir. La narration le dépeint donc comme un père accompli, transmettant à ses enfants, avant de mourir, les valeurs essentielles qui leur permettront de vivre au mieux.

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Le discours du père est persuasif et permet à La Fontaine de l'être par son intermédiaire. Il implique ses fils en utilisant le pronom "vous", le pronom "nous", et les adjectifs possessifs "nos" et "votre" ("Gardez-vous…de vendre l'héritage/Que nous ont laissé nos parents"; "votre champ") afin de les influencer. Il se montre encourageant ("mais un peu de courage/Vous le fera trouver/vous en viendrez à bout"); il utilise le futur de l'indicatif pour exprimer une certitude quant à ce qui va arriver, ce qui est rassurant. Il emploie également l'impératif pour enseigner sa méthode, qui est en réalité l'enseignement du labour : "Remuez votre champ…Creusez, fouillez, bêchez."

L'enseignement du père s'avère être une méthode efficace, comme le prouve le connecteur de conséquence "si bien que" ("si bien qu'au bout de l'an il en rapporta davantage"). Les enfants s'enrichissent non pas grâce à l'argent facile de la vente de l'héritage, mais grâce à leur labeur, source inépuisable de richesse.

Au-Delà du Labour : Une Visée Symbolique

Le labour n'est pas le seul type de travail mis en avant par cette fable.

L'emploi du présent de vérité générale (vers 2 et vers 18) souligne la valeur universelle des affirmations sur le travail. Le mot "travail" est utilisé ici comme un terme générique pour désigner toute activité qui demande des efforts et qui génère de la richesse. La Fontaine transmet ainsi une valeur qui est propre à son milieu social (son père occupait une charge aux Eaux et Forêts) : il est un roturier, un bourgeois, qui valorise son statut par l'importance qu'il accorde à son labeur. Contrairement à un noble, qui peut vivre de son héritage, le roturier doit travailler pour subvenir à ses besoins.

Il est intéressant de noter que La Fontaine lui-même n'a pas fait fructifier son propre héritage, contrairement à son frère. Il s'est consacré aux lettres et a donc dépendu de mécènes pour vivre de sa plume. Cela prouve que, pour La Fontaine, le terme "travail" englobe toute activité, y compris le travail intellectuel. Le travail des mots, l'écriture, n'est pas une activité moindre, comme le souligne Boileau, un auteur contemporain, dans son Art poétique : "Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage", recommande-t-il, comparant ainsi le travail du poète à celui d'un artisan besogneux. Il faut se corriger, trouver le mot juste, la tournure correcte, respecter la mesure et la rime pour obtenir un poème de qualité. Or, c'est précisément ce que fait La Fontaine.

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L'enrichissement, dans la fable, n'est pas forcément à prendre au pied de la lettre. La Fontaine ne s'est pas enrichi grâce à son métier de fabuliste. Cependant, cela lui a permis de fréquenter des Grands de ce monde et de faire ce qui lui plaisait le plus : écrire, raconter, critiquer habilement et enseigner un art de vivre du mieux possible.

Interprétation et Portée Universelle

L'appel à l'action lancé aux fils, les exhortant à fouiller, creuser, et labourer la terre, résonne comme une invitation à explorer au plus profond de soi-même. Le trésor symbolise les richesses intérieures que chacun possède, attendant d'être découvertes et valorisées. Il peut s'agir de talents innés, de passions enfouies, ou encore de la sagesse acquise au fil des expériences. La Fontaine suggère que le véritable héritage ne réside pas dans les biens matériels, mais dans la capacité à travailler, à persévérer, et à transformer les défis en opportunités.

La moralité de la fable transcende les époques, offrant une perspective intemporelle sur la valeur du travail et de la persévérance. Elle nous rappelle que l'effort et la détermination sont les clés du succès et de l'épanouissement personnel.

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