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La Bipolarité : Hérédité ou Acquisition ? Un Examen Approfondi

Le trouble bipolaire, caractérisé par des fluctuations extrêmes de l'humeur, oscille entre des phases d'exaltation (manie ou hypomanie) et de dépression. Cette condition complexe soulève une question fondamentale : la bipolarité est-elle une condition innée, héritée génétiquement, ou se développe-t-elle en raison de facteurs environnementaux et expérientiels ? Cet article explore les différentes facettes de cette question, en examinant les preuves en faveur de l'hérédité, le rôle potentiel de l'environnement, et les implications pour le diagnostic et le traitement.

Déterminisme Génétique : Un Aperçu

Le déterminisme génétique se définit comme la transmission verticale des caractères héréditaires par l'ADN des organelles cytoplasmiques, telles que les mitochondries, les chloroplastes, plasmides ou épisomes viraux. En psychologie, affirmer qu'un gène contrôle un caractère signifie que ce caractère est sous l'influence causale d'un déterminisme génétique, ou, autrement dit, qu'un gène cause ce caractère. Pour certaines pathologies, on parle de déterminisme génétique partiel, une sorte de contribution génétique.

Le poids de l'hérédité

L'idée d'une composante héréditaire dans le trouble bipolaire est étayée par plusieurs observations. Les études familiales montrent une prévalence accrue de la bipolarité chez les individus ayant des parents ou des frères et sœurs atteints de la maladie. Ainsi, le risque de développer une maladie bipolaire chez une personne donnée est multiplié par 5 à 10 lorsqu’un parent du 1er degré est atteint. De même, le risque est plus élevé pour des jumeaux identiques (40 à 70% de concordance) que pour des « faux jumeaux ». Ces constatations vont dans le sens d’une transmission au moins partiellement génétique du trouble.

Des études sur des jumeaux, en particulier, fournissent des informations précieuses. Si un jumeau identique (partageant 100 % de leurs gènes) est atteint de trouble bipolaire, l'autre jumeau a une probabilité significativement plus élevée de développer également la maladie par rapport aux jumeaux fraternels (qui partagent environ 50 % de leurs gènes). Cependant, entre deux jumeaux identiques la concordance n’est pas de 100%, qu’ils soient élevés ensemble ou non : si l’un est atteint l’autre ne l’est pas toujours, infirmant ainsi la thèse d’un gène unique de transmission simple. Posséder les gènes de vulnérabilité ne détermine pas que l’on développera la maladie.

Ces résultats suggèrent fortement que les gènes jouent un rôle important dans la susceptibilité à la bipolarité.

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La complexité de la génétique bipolaire

Contrairement à certaines maladies génétiques causées par un seul gène, le trouble bipolaire semble être influencé par de multiples gènes, chacun contribuant modestement au risque global. Selon les conceptions actuelles, plusieurs gènes, dont chacun explique un faible pourcentage de la variance génétique du trouble bipolaire, sont additifs et il faut une combinaison d’environ 7 gènes ou plus pour déterminer la maladie.

Des études génétiques ont permis d’identifier certaines régions pouvant contenir des gènes de vulnérabilité, notamment sur les chromosomes 9, 10, 14, 13, 22. Parallèlement, une ancienne étude [15] montre que le risque, chez les descendants d’un parent atteint d’un trouble de l’humeur, est multiplié par trois et par huit quand les deux parents sont atteints, en particulier dans les familles à forte densité. Qu’est-ce qui serait transmissible ? Il semble que l’endophénotype comportemental soit une variable tempéramentale, comme le « névroticisme » dont l’héritage familial est commun à celui du trouble dépressif [24]. Comment le névroticisme augmenterait-il la probabilité de devenir dépressif ? Le névroticisme fait référence à des individus présentant des traits tels que des tendances anxieuses, des dispositions à la tristesse et la dysthymie, et à une labilité cyclothymique de l’humeur. Les sujets dysthymiques - sans dépression clinique - présentent en commun avec celle-ci un raccourcissement de la latence du sommeil paradoxal (REM sleep) et d’autres caractéristiques circadiennes neurophysiologiques [25]. Quels facteurs sont requis pour la transition vers une dépression clinique ou majeure ? Du fait de leur forte réactivité affective, ces sujets génèrent-ils des événements indésirables pour eux (comme s’aliéner ceux qu’ils aiment, perdre un support social, peut-être perdre un proche) ? Les données montrent que ceux-ci se produisent, mais il semble que les tempéraments vulnérables œuvrent pour générer des réactions négatives aux événements stressants [26] et, par conséquent, une escalade au lieu d’une gestion « saine » du stress.

Ces gènes putatifs pourraient être liés à divers processus biologiques, tels que la régulation de l'humeur, la réponse au stress et les rythmes circadiens. Par exemple, on peut émettre l’hypothèse que le « gène 1 » est un gène lié à la prise de risque, comportement modulé par le système dopaminergique. Le « gène 2 » est un gène de régulation de l’affect modulée par le système sérotoninergique. Le « gène 3 » implique des horloges biologiques. J’avance l’hypothèse que le trouble bipolaire circulaire requiert des variations au niveau de la totalité des 3 systèmes de gènes décrits (un phénomène assez rare). En revanche, la combinaison « Gènes 1 + 3 » pourrait être impliquée dans la manie récurrente et le trouble schizo-bipolaire (moins rares). La configuration « Gènes 2 + 3 » pourrait être sous-jacente aux dépressions UP périodiques (les expressions les plus fréquentes). Les locus de susceptibilité pour le Gène 1, qui impliqueraient non seulement la manie, mais aussi une certaine proportion de psychoses schizophréniques [17, 18], ont donné des résultats concordants, parmi lesquels une donnée majeure découverte dans mon département à l’Université de Californie à San Diego. Ce résultat concerne un polymorphisme du gène GRK3 [18]. Ce gène est important car il contribue à la régulation de plusieurs systèmes de neurotransmission parmi lesquels la dopamine qui semble correspondre au modèle que je viens de présenter. La recherche sur les gènes codant des horloges biologiques comme facteur contribuant à la pathogénèse du trouble bipolaire n’a pas encore abouti. Ce système est important du fait que les sels de lithium, premiers traitements efficaces du trouble bipolaire découverts en 1949, retardent les cycles des plantes et auraient probablement le même effet dans le trouble bipolaire.

Identifier ces gènes spécifiques et comprendre leurs interactions est un défi majeur pour la recherche future.

L'Influence de l'Environnement

Bien que la génétique joue un rôle indéniable, l'environnement exerce également une influence significative sur le développement et l'expression du trouble bipolaire. Le caractère héréditaire est donc avéré. Mais ça ne veut pas dire qu’il relève de l’innée. Il y a des profils : les personnes maltraitées durant leur enfance, les personnes dont la mère a consommé des substances toxiques quand elle était enceinte. Au fond, l’enjeu, c’est moins d’identifier la cause de la maladie que de disposer d’un diagnostic précoce.

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Événements de vie stressants

Les événements de vie stressants, tels que les traumatismes infantiles, les abus, la négligence, ou les pertes importantes, peuvent augmenter le risque de développer un trouble bipolaire chez les personnes génétiquement prédisposées. En effet, les premiers épisodes de psychose maniaco-dépressive seraient souvent déclenchés par un événement stressant ou un surmenage (manque de sommeil, décalage horaire, travail de nuit, etc.). Si les premiers épisodes semblent favorisés par des événements extérieurs, les suivants peuvent apparaître spontanément.

Ces expériences peuvent perturber le développement du cerveau, affecter la régulation de l'humeur et augmenter la vulnérabilité aux épisodes maniaques et dépressifs.

Substances toxiques

La consommation de substances toxiques, en particulier pendant la grossesse, peut également augmenter le risque de trouble bipolaire. Les consommations d’alcool et de toxiques, notamment le cannabis, seraient aussi des catalyseurs mais il faut rester prudent et ne pas confondre coïncidence dans le temps (d’autant plus sujette à caution qu’elle est relevée rétrospectivement) et relation de cause à effet. Tout se passe comme si ces évènements de vie interagissaient avec un « terrain » particulier, c’est-à-dire sur des individus fragiles ou vulnérables.

Facteurs psychosociaux

Les facteurs psychosociaux, tels que le soutien social, les relations familiales et le niveau de stress, peuvent également moduler l'expression du trouble bipolaire. La maniaco-dépression touche 1 % de la population et concerne autant les hommes que les femmes. Le risque d’en être atteint est augmenté lorsqu’un membre de la famille proche est également touché par la maladie. Les premières manifestations de la maladie apparaissent généralement entre 15 et 35 ans. C’est souvent rétrospectivement qu’on met en relation le déclenchement initial de la maladie bipolaire ou celui des récidives avec des évènements de vie stressants : perte d’un proche, déménagement, changement d’emploi, décalages horaires…

Un environnement favorable et un soutien social adéquat peuvent aider à atténuer les symptômes et à améliorer le pronostic.

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Interaction Gènes-Environnement

Il est de plus en plus clair que la bipolarité n'est pas simplement une question d'hérédité ou d'environnement, mais plutôt une interaction complexe entre les deux. La vulnérabilité individuelle est vraisemblablement d’ordre génétique chez beaucoup. En effet, c’est dans le domaine de la pathologie maniaco-dépressive qu’ont été mis en évidence les plus fortes coïncidences familiales de troubles psychiatriques. Aussi, c’est au cours des accès thymiques de la maladie maniaco-dépressive que sont le plus clairement mis en évidence des témoins biologiques expérimentaux de dysfonctions noradrénergiques et sérotoninergiques. Cependant, rien ne prouve encore qu’elle ne puisse être acquise chez certains, à l’occasion d’un premier accès thymique. Elle s’accroît le plus souvent avec la répétition des accès.

Les gènes peuvent rendre certaines personnes plus sensibles aux effets de l'environnement, tandis que l'environnement peut influencer l'expression des gènes. Cette interaction gène-environnement peut expliquer pourquoi certaines personnes ayant une prédisposition génétique développent un trouble bipolaire, tandis que d'autres non.

Le modèle diathèse-stress

Le modèle diathèse-stress est un cadre conceptuel couramment utilisé pour comprendre l'interaction gène-environnement dans le trouble bipolaire. Selon ce modèle, une personne hérite d'une vulnérabilité (diathèse) au trouble, qui peut être génétique ou acquise. Cette vulnérabilité ne suffit pas à elle seule à provoquer la maladie. Cependant, lorsqu'elle est combinée à des facteurs de stress environnementaux, tels que des événements de vie difficiles, des traumatismes ou des abus, le risque de développer un trouble bipolaire augmente considérablement.

Épigénétique

L'épigénétique est un autre mécanisme important qui peut expliquer l'interaction gène-environnement. L'épigénétique fait référence aux changements dans l'expression des gènes qui ne sont pas causés par des modifications de la séquence d'ADN elle-même. Ces changements peuvent être influencés par des facteurs environnementaux, tels que le stress, la nutrition et l'exposition à des toxines.

Les modifications épigénétiques peuvent être transmises d'une génération à l'autre, ce qui signifie que les expériences d'une personne peuvent affecter la santé et le bien-être de ses descendants. Dans le contexte du trouble bipolaire, l'épigénétique pourrait expliquer comment les traumatismes infantiles ou d'autres expériences de vie peuvent augmenter le risque de développer la maladie chez les générations futures.

Implications pour le Diagnostic et le Traitement

Comprendre le rôle de l'hérédité et de l'environnement dans le trouble bipolaire a des implications importantes pour le diagnostic et le traitement.

Diagnostic précoce

Étant donné que la bipolarité a une forte composante héréditaire, il est important d'identifier les personnes à risque élevé, en particulier celles qui ont des antécédents familiaux de la maladie. Un diagnostic précoce peut permettre une intervention précoce, ce qui peut aider à prévenir ou à atténuer les symptômes.

Traitements personnalisés

Les traitements du trouble bipolaire sont souvent basés sur une approche individualisée, tenant compte à la fois des facteurs génétiques et environnementaux. Les médicaments stabilisateurs de l'humeur sont souvent utilisés pour contrôler les symptômes maniaques et dépressifs. La psychothérapie, telle que la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) ou la thérapie interpersonnelle et rythmique sociale (TIPRS), peut aider les patients à gérer le stress, à améliorer leurs relations et à développer des stratégies d'adaptation saines.

Approches préventives

Pour les personnes à risque élevé de développer un trouble bipolaire, des approches préventives peuvent être envisagées. Celles-ci peuvent inclure la réduction du stress, l'amélioration du sommeil, l'adoption d'une alimentation saine et l'évitement de la consommation de substances toxiques.

Perspectives d'Avenir

La recherche sur la génétique et l'environnement du trouble bipolaire est en constante évolution. Les progrès dans les technologies de séquençage génétique et les techniques d'imagerie cérébrale permettent aux chercheurs d'identifier de nouveaux gènes de susceptibilité et de mieux comprendre les mécanismes cérébraux impliqués dans la maladie.

À l'avenir, il est possible que des tests génétiques puissent être utilisés pour évaluer le risque d'une personne de développer un trouble bipolaire. Cela pourrait permettre une intervention précoce et des traitements plus personnalisés. De plus, des interventions ciblées sur l'environnement, telles que la réduction du stress et l'amélioration du soutien social, pourraient aider à prévenir ou à atténuer les symptômes chez les personnes à risque.

La dépression : est-elle héréditaire? Comment « déprogrammer » une dépression héréditaire ?

La dépression (ou trouble dépressif) est une maladie psychique fréquente qui par ses troubles de l'humeur, perturbe fortement la vie quotidienne. Même lorsque nous venons d'une famille à caractère dépressif, l’hérédité n’est donc pas une fatalité.

Dès lors qu’il est possible d’agir sur le cerveau pour « commander » des gènes, on ne peut plus vraiment parler de déterminisme génétique. La dépression héréditaire n’est plus une fatalité. En une seule séance de décryptage, grâce à une réflexion sur vous-même, vous allez pouvoir neutraliser complètement votre météo intérieure, afin de retrouver une véritable harmonie entre votre mental, votre corps et votre esprit. Le décryptage vous permettra de comprendre pourquoi vous éprouvez de la rage, de la tristesse ou encore de la colère. Vous identifierez ce qui provoque ces « états ».

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