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L'Instinct Maternel : Preuves Scientifiques et Études

Devenir mère est un événement majeur, un bouleversement dans la vie d'une femme. Un nouveau rôle s'impose, un nouveau cœur bat à l'unisson, et une multitude de questions surgissent. Parmi les plus fréquentes et angoissantes, une hante les futures mamans : Vais-je aimer mon bébé ? L'idée d'un instinct maternel inné, ancré dans les profondeurs de la biologie féminine, est ancrée dans les esprits depuis des siècles. Cependant, les avancées scientifiques et les témoignages de nombreuses femmes viennent contredire cette vision romantique.

L'Absence de Preuves d'un Instinct Maternel Inné

De nombreuses études menées par des neuroscientifiques et des psychologues n'ont trouvé aucune preuve d'un instinct maternel programmé dans le cerveau des femmes. Cette remise en question ne signifie pas que les mères n'aiment pas leurs enfants, mais plutôt que l'amour maternel est un sentiment complexe, influencé par divers facteurs biologiques, psychologiques et sociaux.

Les Facteurs Influant sur le Développement de l'Amour Maternel

Plusieurs éléments concourent à la construction du lien maternel :

  • Les hormones : L'accouchement et les premiers mois qui suivent sont marqués par un bouleversement hormonal intense. L'ocytocine, en particulier, joue un rôle crucial dans l'attachement et le sentiment de protection envers le nourrisson. D'un point de vue chimique, le comportement maternel semble fortement induit par l’ocytocine, mieux connue sous le nom d’hormone du bien-être. Ce neuropeptide complexe joue plusieurs rôles dans la reproduction des mammifères y compris l’accouplement, la contraction de l’utérus et l’éjection de lait maternel. Sous l’effet de l’orgasme, des étreintes et des caresses, le taux d’ocytocine grimpe. En 2015, une étude a été publiée dans la revue Nature sur l’effet de l’ocytocine sur les souris. Lorsque des souris femelles vierges ont entendu les cris des souriceaux, elles les ont ignorés. Certaines ont même dévoré les petits. En revanche, les mamans souris ont recherché la source des cris pour prendre soin des souriceaux. Ensuite, les chercheurs ont injecté de l’ocytocine chez les souris vierges. Avec l’ocytocine, les souris vierges ont arrêté de dévorer les petits et ont même commencé à prendre soin d’eux de la même manière que les mamans souris. Les membres de l’équipe ont ensuite examiné la partie auditive du cerveau des souris qui ont entendu les cris poussés par les souriceaux. Chez les souris vierges à qui on n’avaient pas administré d’hormones, les cellules cérébrales auditives étaient actives sans pour autant déclencher de réaction. En ajoutant de l’ocytocine, on a perçu un changement au niveau des neurones. On a également réussi à modifier la signature neuronale de l’appel des bébés souris chez les souris vierges. Elles se sont comportées comme des mamans. Lorsque les membres de l’équipe de recherche ont injecté l’ocytocine, ils ont remarqué qu’il a fallu plus de temps aux mâles pour changer de comportement : les mâles peuvent-ils prendre soin des bébés ? Oui mais la réaction n’est déclenchée que bien plus tard. Les souris femelles vierges ont répondu à l’appel des souriceaux au bout de 12 heures, les mâles en l’espace de trois à cinq jours.
  • L'expérience personnelle : La relation avec sa propre mère, l'histoire familiale et les expériences personnelles liées à la grossesse et à l'accouchement influencent profondément le développement de l'amour maternel.
  • Le contexte social et culturel : Les normes et les attentes liées à la maternité varient selon les cultures et les époques. Il est crucial de briser le tabou autour des difficultés maternelles et d'encourager les femmes à demander de l'aide si elles en ressentent le besoin.

L'Étude des Réactions aux Pleurs des Bébés : Un Aperçu Nuancé

Une étude publiée dans la revue PNAS a analysé la réaction de centaines de mères dans 11 pays face aux pleurs de leur bébé. Les résultats suggèrent que les mères réagissent de manière similaire, en commençant par porter leur enfant et lui parler. L'activité cérébrale de 43 mères, aux États-Unis et en Chine, a révélé une activité importante dans les régions du cerveau liées à la volonté de bouger et de parler. Les auteurs de l'étude suggèrent qu'il pourrait y avoir une sorte d'"instinct maternel", mais ils précisent qu'il ne s'agit pas d'un instinct au sens propre. La réaction est "spécifique et automatique, largement répandue culturellement et neurobiologiquement intégrée chez les mères".

Cependant, il est important de noter que cette étude ne prend pas en compte les pères. La question de l'instinct paternel est complexe et mérite d'être étudiée plus en profondeur. Des études ont montré que les hommes et les femmes peuvent réagir différemment face aux pleurs et autres actions de leur bébé. Néanmoins, d'autres recherches ont révélé que les pères peuvent aussi bien reconnaître les pleurs de leur bébé que les mères, à condition qu'ils passent suffisamment de temps avec l'enfant. Le cerveau des parents, quel que soit leur sexe, peut se "recâbler" du fait de s'occuper d'un nouveau-né. Chez les mères, ces nouvelles connexions touchent les zones liées à l'émotion, l'attention et la vigilance. Chez les pères, ce sont plutôt les zones liées à l'expérience et à l'apprentissage. Il a été constaté que plus le papa passait du temps avec l’enfant, plus le cerveau se modifiait comme celui de la mère. Chez les couples homosexuels avec deux pères, le cerveau des deux parents se recâblait comme celui des mères.

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L'Importance du Soutien et de l'Implication du Père

L'implication active du père dans l'éducation de l'enfant joue un rôle essentiel dans le bien-être de la mère et de l'enfant. Entourer les jeunes mères d'un réseau de soutien familial, amical ou professionnel peut les aider à mieux gérer les défis de la maternité.

Les Nuances de la Maternité : Au-Delà des Stéréotypes

Sarah Blaffer Hrdy, anthropologue, considère que les mamans qui adoptent sont des « mères biologiques » au même titre que les mamans qui accouchent, en se basant sur les changements qui se produisent au niveau de leurs corps lorsqu’elles deviennent mamans. « Les deux subissent des transformations neuroendocrinologiques même en l’absence d’accouchement et d’allaitement », souligne Hrdy.

Les travaux de recherche de Hrdy portent sur les différentes nuances de maternité possibles chez l’Homme. Dans plusieurs sociétés, la personne qui devient mère et celle qui veut devenir mère ne sont plus les mêmes qu’il y a quelques décennies. Plus que jamais, les femmes retardent le moment d’avoir un ou plusieurs enfants ou vivent heureuses sans en avoir du tout.

D’un point de vue biologique, il semble que les êtres humains soient déterminés à tisser des liens avec les bébés qui leur sont confiés, indépendamment de leur sexe ou de leur statut social. « Prenez l’adoption par exemple », illustre Hawkes. « On peut tisser des relations très solides sans lien de sang. Dès qu’un bébé pleure, sa maman a tendance à se diriger vers lui pour le réconforter, le couver, le protéger ou le nourrir. »

Il est essentiel de reconnaître que chaque femme vit la maternité à sa manière. Il n'y a pas de "bonne" ou de "mauvaise" façon d'être mère.

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L'Instinct Maternel : Une Construction Sociale ?

Manuela Spinelli, maîtresse de conférence à l’Université Rennes 2 et spécialiste des études de genre, estime que l’instinct maternel est souvent présenté comme une évidence biologique. Les femmes, du seul fait de pouvoir enfanter et allaiter, ressentiraient naturellement l’envie d’avoir des enfants et sauraient intuitivement en prendre soin. Elle balaie d’emblée cette idée en la qualifiant de construction sociale récente. Elle trouve ses origines au XVIIIe siècle avec Jean-Jacques Rousseau qui, dans Émile ou de l’éducation, soulignait, alors qu’il avait abandonné ses enfants, l’importance du lien affectif mère-enfant. Ce concept se renforce au XIXe siècle, notamment avec la révolution industrielle.

À l’époque, le nombre d’ouvriers et d’ouvrières augmentent. Les femmes travaillent de longues heures, et leurs enfants sont souvent livrés à eux-mêmes voire abandonnés. Cela alimente les tensions sociales. Pour désamorcer cette révolte, l’État encourage les femmes à rester au foyer en valorisant le rôle maternel, en le présentant comme naturel et indispensable à l’équilibre familial, tout en augmentant le salaire des hommes pour qu’ils puissent subvenir aux besoins de leur famille. Cela s’accompagne d’un discours médical selon lequel les mères sont responsables du bon développement des enfants, et sur l’importance de l’allaitement. Cette idéologie a entraîné la responsabilité quasi-exclusive des femmes dans l’éducation des enfants.

Si l’instinct maternel était vraiment inné, il serait universel et intemporel. Or l’histoire et l’anthropologie montrent que la maternité est perçue différemment selon les époques et les cultures. Au Moyen-Âge, par exemple, la maternité était plurielle et fragmentée : la mère accouchait, la nourrice allaitait et, dans les classes aisées, les domestiques s’occupaient de la progéniture. Par ailleurs, l’attachement n’est pas automatique. Certaines mères développent immédiatement un lien avec leur bébé, tandis que d’autres ont besoin de temps. L’amour maternel se construit au fil du temps. Pour être un bon parent, il faut aussi des conditions matérielles (stabilité économique) et sociales (entourage) optimales. Par exemple, les mères isolées sont dix fois plus susceptibles de souffrir de dépression post-partum, ce qui peut nuire à leur relation avec leur enfant. D’autre part, il n’existe pas de déterminisme biologique à l’attachement : des études récentes montrent que l’ocytocine, l’hormone de l’attachement, est produite aussi bien chez les hommes que chez les femmes lorsqu’ils prennent soin d’un bébé.

L'Instinct Paternel : Une Réalité Également Étudiée

En ce qui concerne les pères, une autre étude également publiée dans les comptes-rendus du PNAS a démontré que l’instinct paternel se développerait lorsque le taux de testostérones chutait.

Il existe également un instinct paternel, c’est-à-dire des mécanismes biologiques favorisant la protection de la progéniture, bien que ceux-ci soient beaucoup plus rares chez les mammifères. Ce seraient d’ailleurs les mêmes groupes de neurones qui agiraient chez les deux sexes, mais ils produisent des effets différents, en raison des différences biologiques entre les deux sexes. Le cerveau des hommes évolue, lui, au contact de l’enfant, d’après plusieurs études, dont une menée notamment sur des parents homosexuels, publiée en 2014 dans PNAS, la revue de l’Académie américaine des sciences. Passer du temps avec sa progéniture ferait augmenter les taux d’ocytocine, l’hormone de l’attachement par excellence, et chuter le taux de testostérone. Ces changements permettraient là aussi, mais d’une autre manière, une réorganisation du cerveau, ce qui faciliterait la mise en place de comportements parentaux, et donc l’engagement du père auprès de son enfant.

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Dans l’espèce humaine, l’enfance est tellement longue et fragile qu’il faut une coopération de plusieurs personnes pour optimiser les chances de survie. Ainsi l’homme aurait aussi un instinct paternel, qui reposerait sur ces facultés de socialisation.

Interprétation des Pleurs de Bébé et Reconnaissance Parentale

Les pleurs des bébés ne sont pas toujours faciles à interpréter. Les pleurs sont, durant les premiers mois de vie de l’enfant, un des moyens pour bébé de communiquer. Mais existe-t-il une grille de lecture fiable pour les interpréter ? Alors que la croyance populaire veut que les pleurs des bébés informent quant à leur cause, les algorithmes d’apprentissage automatique utilisés dans le cadre d’une étude n’ont trouvé aucune preuve que les pleurs des bébés communiquent leur cause, indiquent les scientifiques. Il est toutefois possible de définir à l’oreille le niveau de détresse qu’ils expriment. L’information saillante portée par le pleur est celle du niveau de détresse du bébé qui est codé par un ensemble de traits comme la rugosité acoustique.

Il est bien possible de reconnaître son enfant quand il pleure. Chaque bébé crie d’une manière qui lui est propre. Et cette faculté n’a rien à voir avec l’instinct maternel ou parental. Le paramètre clé est le temps passé auprès du bébé, notre expérience auditive de sa personne en quelque sorte. Cette reconnaissance peut être très rapide (dès trois jours de vie de l’enfant).

L'Avenir de la Recherche sur l'Instinct Parental

Les recherches autour de l’instinct parental bouillonnent ces dernières années, grâce aux progrès de l’imagerie cérébrale et de la génétique. En 2020, la biologiste Catherine Dulac a été récompensée par le prestigieux Breakthrough Prize pour ses travaux révolutionnaires sur les circuits neuronaux à l’origine de la spécification des comportements parentaux chez la souris. Les découvertes de Catherine Dulac devraient mettre un terme aux polémiques sur les différents instincts parentaux. Ils montrent que si les femelles et les mâles rats présentent des circuits neuronaux responsables de la parentalité spécialisés, c’est-à-dire différents selon leur sexe, ils sont également très dépendants de leurs expériences de vie.

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