L'avortement est un sujet complexe et sensible, entouré de débats passionnés et de législations variées à travers le monde. Si certains pays ont progressé vers une libéralisation de l'accès à l'IVG, d'autres maintiennent des restrictions sévères, voire une interdiction totale. Le Salvador est l'un de ces derniers, où les conséquences pour les femmes sont particulièrement dramatiques. Cet article se penche sur la situation de l'avortement au Salvador, en explorant les témoignages poignants et les réalités alarmantes qui découlent de cette interdiction.
Un Contexte Légal Sévère
Au Salvador, l'avortement est illégal dans toutes les circonstances, sans exception. Cette interdiction totale, en vigueur depuis 1998, signifie que même en cas de viol, d'inceste ou de danger pour la vie de la mère, l'interruption de grossesse est passible de poursuites pénales. Une Salvadorienne qui avorte risque jusqu'à 30 ans de prison.
Mais la législation va encore plus loin. Les fausses couches sont souvent suspectées par les autorités judiciaires d'être des « assassinats ». Cette présomption de culpabilité conduit de nombreuses femmes derrière les barreaux, accusées d'avoir intentionnellement mis fin à leur grossesse.
Témoignages et Réalités Douloureuses
Les conséquences de cette interdiction sont dévastatrices pour les femmes salvadoriennes. Un rapport d'Amnesty International de 2014 révèle des chiffres effarants :
- 11 % des femmes et des jeunes filles qui ont subi un avortement clandestin au Salvador sont mortes des suites de cette intervention.
- Au Salvador, 57 % des décès de filles enceintes âgées de 10 à 19 ans sont des suicides.
Ces chiffres témoignent de la détresse et du désespoir auxquels sont confrontées les femmes enceintes qui ne peuvent ou ne veulent pas mener leur grossesse à terme.
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La photographe Nadia Shira Cohen a documenté cette réalité dans sa série "Yo No Di a Luz" (Je n'ai pas accouché). Son travail met en lumière les difficultés auxquelles sont confrontées les femmes du Salvador en raison de l'interdiction de l'avortement.
Le Cas d'Imelda Cortez : Un Acquittement Rare
Le cas d'Imelda Cortez illustre la complexité et l'injustice du système judiciaire salvadorien en matière d'avortement. En 2017, cette jeune femme de 20 ans a été hospitalisée pour une hémorragie. Le médecin qui l'a examinée a diagnostiqué un avortement illégal. De son côté, Imelda Cortez a expliqué avoir « senti quelque chose sortir quand elle était aux toilettes ».
Après le signalement de l'hôpital, les forces de l'ordre ont inspecté la fosse septique au domicile de la jeune femme, où ils ont trouvé un nouveau-né « plein de selles et d'une poudre blanche ». Le bébé, une petite fille née prématurée, a survécu.
Imelda Cortez a été accusée de tentative d'homicide et risquait jusqu'à 50 ans de prison. Finalement, le parquet a demandé au tribunal de requalifier les faits en « abandon de personne vulnérable » et a requis un an de prison ferme. Le juge a estimé qu'il n'y avait pas de preuves de commission d'un crime par Imelda et l'a remise en liberté.
L'acquittement d'Imelda Cortez est un événement rare au Salvador. La plupart des femmes accusées d'avortement ou de fausse couche sont condamnées à de lourdes peines de prison.
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L'Avortement Clandestin : Une Pratique Dangereuse
L'interdiction de l'avortement ne met pas fin à la pratique. Elle la pousse simplement dans la clandestinité, où elle devient beaucoup plus dangereuse pour les femmes.
Comme l'OMS l'a expliqué, interdire l'avortement ne réduit pas le nombre d'IVG ; cela ne fait qu'augmenter le nombre d'avortements clandestins dangereux - et le nombre de femmes succombant à ces IVG illégales.
Les femmes qui n'ont pas les moyens de se rendre à l'étranger pour avorter dans des conditions sûres sont souvent contraintes de recourir à des méthodes dangereuses, telles que l'ingestion de substances toxiques ou l'utilisation d'objets contondants. Ces pratiques peuvent entraîner des complications graves, voire la mort.
L'Action des Organisations Féministes et des Défenseurs des Droits Humains
Face à cette situation alarmante, des organisations féministes et des défenseurs des droits humains se mobilisent pour défendre les droits des femmes salvadoriennes. Ils dénoncent l'injustice de la législation anti-avortement et réclament sa dépénalisation.
Ces organisations offrent également un soutien juridique et psychologique aux femmes accusées d'avortement ou de fausse couche. Elles sensibilisent l'opinion publique à la réalité de l'avortement clandestin et aux conséquences de l'interdiction totale.
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Women on Waves : Une Initiative pour l'Avortement Sûr
L'organisation néerlandaise Women on Waves propose une solution innovante pour aider les femmes vivant dans des pays où l'avortement est illégal. Cette « unité gynécologique mobile » permet aux femmes d'être informées, d'avorter et d'accéder à la contraception à bord d'un bateau naviguant dans les eaux internationales.
Dans ces dernières, c'est le droit du pays où le bateau est enregistré qui prévaut, ce qui rend l'entreprise légale même au large des pays interdisant l'avortement. L'unité permet ainsi aux femmes désirant interrompre leur grossesse de moins de sept semaines de bénéficier d'un avortement médicamenteux sûr et légal.
L'Importance de l'Éducation Sexuelle et de la Contraception
La militante pour le droit à l'avortement Rebecca Gomperts souligne que la seule façon de faire baisser le nombre de recours à l'avortement est de permettre à chaque femme de disposer librement de son corps et d'être maîtresse de sa contraception et de sa sexualité.
Il est donc essentiel de mettre en place une véritable éducation à la sexualité, des moyens de contraception adaptés à chacune et un recours légal à l'avortement.
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