L'affaire Julie et Melissa est l'un des événements les plus traumatisants de l'histoire récente de la Belgique. Le 24 juin 1995, Julie Lejeune et Melissa Russo, deux fillettes de 8 ans, disparaissent à Grâce-Hollogne, près de Liège. Cet enlèvement, suivi de la découverte macabre de leurs corps, a non seulement bouleversé le pays, mais a également mis en lumière de graves dysfonctionnements au sein du système judiciaire et policier.
La Disparition
Le 24 juin 1995, Julie Lejeune et Melissa Russo, toutes deux âgées de 8 ans, se trouvaient à Grace-Hollogne, près de Liège en Belgique. Vers 17 heures, elles faisaient du vélo sur un pont surplombant l'autoroute de Wallonie. Elles s'étaient arrêtées pour saluer les voitures. C'est la dernière fois qu'elles ont été vues vivantes.
Dix jours après leur disparition, leurs parents ont lancé un appel désespéré aux ravisseurs : « Nous vous supplions de nous rendre nos enfants. Apportez-nous, je vous en prie, la preuve qu’elles sont en vie et qu’elles vont bien. Nous vous promettons de rester extrêmement discrets et de ne pas chercher à vous poursuivre. Notre seul et unique but est de les revoir ».
Malgré la mobilisation des enquêteurs et du voisinage des familles, les petites filles restaient introuvables. Ce n’est que 420 jours plus tard que leurs corps sans vie étaient découverts dans la propriété d’un ferrailleur. Son nom : Marc Dutroux.
L'Enquête et les Dysfonctionnements
L'affaire Dutroux a révélé de très graves dysfonctionnements dans le système judiciaire et mis en lumière des rivalités entre services d’enquête qui ont vraisemblablement porté préjudice à la résolution de cette affaire.
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En décembre 1995, une perquisition avait d’ailleurs été menée chez lui, à Marcinelle, dans le cadre d’une enquête pour un trafic de voitures. Les gendarmes avaient entendu des voix dans la maison. Ils avaient réclamé le silence et les voix s’étaient tues. Ils avaient alors conclu qu’il s’agissait de voix d’enfants… venant de l’extérieur. On saura plus tard que Julie et Mélissa se trouvaient enfermées dans la cave.
L'Arrestation et les Aveux
Le 13 août 1996, Marc Dutroux, son épouse Michelle Martin et un complice, Michel Lelièvre, sont arrêtés. Dans un premier temps, les trois interpellés nient les faits. Puis Lelièvre passe aux aveux et accuse également Dutroux. Ce dernier promet alors aux enquêteurs de leur « donner deux filles ». Le 15 août, il envoie les enquêteurs à son domicile où sont enfermées Laetitia Delhez et Sabine Dardenne, disparue à Kain le 28 mai 1996 alors qu’elle était âgée de 12 ans.
La joie de retrouver ces deux adolescentes vivantes s’efface bien vite devant l’horreur. Le véritable visage de Marc Dutroux apparaît au fil des révélations de Michel Lelièvre. Celui-ci évoque en effet les enlèvements d’An Marchal et d’Eefje Lambrecks, âgées respectivement de 17 et de 19 ans lors de leur disparition le 22 août 1995 à la Côte belge. Dutroux explique quant à lui que Julie et Mélissa sont restées plus de 8 mois dans sa maison de Marcinelle avant d’y mourir de faim pendant que leur tortionnaire se trouvait en prison en décembre, janvier et février 1995.
Le 17 août, les cadavres de Julie et de Mélissa, ainsi que celui de Bernard Weinstein, impliqué avec Dutroux dans des trafics de voitures, sont découverts dans le jardin de la maison de Dutroux à Sars-la-Buissière. Le 3 septembre, les corps d’An et d’Eefje sont retrouvés enterrés dans la propriété de Weinstein, à Jumet.
Le Calvaire de Julie et Melissa
Séquestrées dans une cave, violées, les deux fillettes sont mortes de faim en mars 1996. Quand le magistrat a indiqué que les enfants pesaient chacune une quinzaine de kilos, l’une morte et l’autre agonisante, lorsque Dutroux les a extraites de leur cache, en mars 1996, à sa sortie de prison, chacun a pu mesurer concrètement la douleur de leur longue agonie. Chacun a aussi entendu la description des nombreux sévices sexuels qu'elles ont subies, de l'état précis d'une cellule où elles passèrent, désespérément seules, les trois derniers mois de leur courte vie, ou de leur exhumation quelques mois plus tard, petits corps squelettiques enfouis à la va-vite dans des sacs poubelles.
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Le 19 septembre 1996, Marc Dutroux raconte pour la première fois aux enquêteurs la mort des enfants. Arrêté pour une affaire de vol de camions en décembre 1995, il a abandonné à leur sort, dans une cave, les deux fillettes qu'il ne retrouvera qu'au moment de sa libération provisoire, quatre mois après, en mars 1996. Il prétend avoir chargé sa femme, Michèle Martin, et son complice Bernard Weinstein (qu'il assassinera par la suite), de nourrir les fillettes. L'épouse n'osera jamais entrer dans la cellule où les enfants agonisaient. Elle se contentera de nourrir ses deux bergers allemands.
« Julie et Melissa étaient assises sur des planches. Melissa me disait qu'elle n'avait plus bu depuis quatre jours. J'ai été chercher de l'eau et une pipette. J'ai donné à boire à Julie au goutte à goutte. Puis j'ai donné à boire à Melissa. Julie est morte un peu plus tard. J'ai dit à Melissa que son amie était à l'hôpital. Je lui ai apporté deux madeleines. Elle a mangé une moitié d'un des deux biscuits. Elle avait beaucoup de mal à avaler. Je suis resté à côté d'elle quatre jours. Je ne savais pas combien de temps elle survivrait. Elle respirait difficilement. Je me suis endormi. A mon réveil, elle était morte. »
En des termes froids, Dutroux raconte aussi comment il a d'abord emballé le corps sans vie de Julie dans un sac-poubelle. Il a stocké le cadavre dans son congélateur en attendant la mort de Melissa. Celle-ci morte, il raconte comment il les a transportées dans le jardin de sa maison de Sars-la-Buissière où, à l'aide de son excavatrice, il a creusé un trou de trois mètres de profondeur avant d'y jeter les deux petits corps. Il y jettera aussi le corps de Bernard Weinstein, coupable, selon lui, de ne pas avoir nourri les gamines durant sa détention. Dutroux avait donné au petit truand français une tartine au pâté farcie de Rohypnol, un puissant somnifère, avant de le précipiter vivant dans la fosse de son jardin.
Michèle Martin, l'épouse de Dutroux, explique l'arrivée à Marcinelle des deux petites : « Je leur ai préparé du lapin. Je leur ai donné mes vieilles poupées Barbie. Un jour, il m'a demandé de peindre la cage en jaune. C'était plus gai pour les petites. » Elle raconte aussi aux enquêteurs qu'à cette période, il voulait qu'elle donne naissance à une fille. « Il me disait qu'il lui apprendrait à faire l'amour, qu'il serait son professeur. Je lui ai dit que s'il faisait ça, je le tuerais ».
Le Procès et les Condamnations
Condamné en 2004 à la réclusion à perpétuité avec mise à disposition du gouvernement pendant 10 ans, Marc Dutroux a peu de chances d’être libéré. Son évasion, en 1998, avait mis tout le système judiciaire belge sur les dents et accéléré sa réforme.
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Michel Lelièvre, son complice, est lui aussi incarcéré mais a déjà bénéficié de sorties pénitentiaires. Il ne désespère pas de voir ses demandes de libération conditionnelle aboutir, à l’instar de Michelle Martin, l’ex-épouse de Marc Dutroux sortie de prison en 2012.
Après avoir séjourné deux ans et demi au monastère des Clarisses à Malonne, Michelle Martin a été accueillie dans la propriété de Christian Panier, l’ancien président du tribunal de première instance de Namur. Elle suit actuellement des cours de droit dans cette ville.
L'Impact sur la Société Belge
L’affaire Dutroux a eu un retentissement international et la Belgique a été profondément marquée. Face à des institutions policières et judiciaires jugées trop peu efficaces, des collectifs ont émergé pour contrer les défaillances des enquêtes. Dans le contexte de la fin des années 90, l’affaire Dutroux a été un sursaut pour beaucoup de citoyens, dont les familles de victimes disparues. La création d’une structure professionnelle spécialisée en la matière s’est imposée. Jean-Denis Lejeune, le père de Julie Lejeune, victime de Marc Dutroux, a œuvré pour mettre en place la fondation belge Child Focus (pour enfants disparus et sexuellement exploités). Il s’est inspiré de ce qui peut se faire aux Etats-Unis en la matière pour transposer le modèle en Belgique. Outre les moyens techniques et humains complémentaires apportés aux enquêtes, l’idée est de pouvoir collaborer avec la justice et la police mais aussi de pouvoir critiquer leur travail en toute indépendance.
Chronologie des événements
- 1995 : 24 juin : Julie Lejeune et Melissa Russo, deux fillettes de 8 ans, sont enlevées à Grâce-Hollogne, près de Liège.
- 22 août : An Marchal, 17 ans, et Eefje Lambrecks, 19 ans, disparaissent à Ostende.
- 1996 : 28 mai : Enlèvement de Sabine Dardenne, 12 ans, près de Tournai.
- 9 août : Enlèvement de Laetitia Delhez, 14 ans, à Bertrix.
- 13 août : Arrestation de Marc Dutroux, 39 ans, et Michelle Martin, 36 ans, dans le cadre de l’enquête sur la disparition de Laetitia.
- 15 août : Les aveux de Dutroux permettent de découvrir Laetitia et Sabine emmurées vivantes dans la cache d’une maison à Marcinelle.
- 17 août : Découverte dans la résidence principale de Dutroux à Sars-La-Buissière des corps de Julie et Melissa, mortes de faim.
- 3 septembre : La police belge exhume d’une troisième propriété de Dutroux les restes des deux adolescentes flamandes.
- 1998 : 23 avril : Dutroux s’échappe du Palais de justice de Neufchâteau. Il est arrêté quelques heures plus tard. Démission des ministres de l’Intérieur et de la Justice, Johan Vande Lanotte et Stefaan De Clerck.
- 2004 : 1er mars : Ouverture du procès Dutroux devant la cour d’assises d’Arlon.
- 22 juin : Marc Dutroux est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, Michelle Martin à 30 ans de prison et leur complice Michel Lelièvre à 25 ans.
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