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Journée sans Horloge en Crèche : Idées et Expérimentations pour un Rythme Respectueux de l'Enfant

Dans le domaine de la petite enfance, la question du respect du rythme individuel de l'enfant est primordiale. Les structures d'accueil, telles que les crèches, cherchent constamment des moyens d'optimiser leur fonctionnement pour favoriser le bien-être et l'épanouissement des tout-petits. Une approche innovante qui gagne en popularité est la "journée sans horloge", une expérimentation qui consiste à se libérer des contraintes temporelles imposées par l'organisation institutionnelle pour seRecentrer sur les besoins et les signaux des enfants.

L'Expérimentation de la Semaine Sans Horloge : Un Retour à l'Essentiel

Au multi-accueil Les Pitchounes de la Communauté d’Agglomération Roissy Pays de France, les professionnelles de la petite enfance ont souhaité mettre en place une semaine sans horloge. Sandrine Moreira, psychologue clinicienne et formatrice petite enfance, qui intervient dans la structure explique le pourquoi de cette expérimentation, son objectif, comment les enfants et l’équipe l’ont vécue.

Mieux Respecter le Rythme de l'Enfant

L’expérimentation est venue à la suite d’une observation professionnelle collective au sein d’un établissement d’accueil du jeune enfant accueillant 40 enfants, dont 30 de plus de 1 an. L’équipe est inscrite depuis 2 ans dans une pédagogie de libre choix et libre circulation des enfants : l’itinérance ludique. Dans la continuité de ce projet où l’autonomie de l’enfant est au premier plan, où l’on souhaite le rendre acteur autant que possible, la question du respect du rythme de l’enfant s’est posée. Celui-ci, présent auprès des plus jeunes, se perd avec les plus grands car l’organisation institutionnelle implique un horaire de repas identique pour tous. De plus, là où certaines professionnelles accordent beaucoup d’importance au respect des horaires d’organisation avec une anticipation de chaque temps fort, d’autres ont tendance à se laisser porter par l’enfant et ce qu’il manifeste de sa fatigue, de sa faim, de ses besoins. Nous avons débattu sur cette divergence de pratique et en sommes venus à nous dire qu’il fallait déconstruire nos pratiques pour en créer de nouvelles. Donc naturellement nous avons décidé de nous défaire de l’horloge durant toute une semaine. Revenons à l’essentiel de notre travail : observons les enfants !

Cette proposition de se passer durant une semaine de l’horloge au sein de la structure a été accueillie avec curiosité et envie malgré quelques angoisses. Le choix a été fait de s’accorder une semaine d’expérimentation pour nous permettre de vivre le probable glissement de rythme et de réajuster nos pratiques si besoin. Un maître du temps a été désigné permettant aux professionnelles de respecter leurs horaires, notamment de fin de journée. Nous avons entendu de la part des professionnelles à l’annonce de cette proposition : « Pas de montre ! Comme en vacances ! » Mais n’est-ce pas là l’objectif finalement, vivre l’instant sereinement sans être embarqué dans un rythme effréné ?

Impacts Positifs sur les Enfants et les Professionnelles

Du côté des enfants, leur rythme s’est légèrement décalé. Ils ont déjeuné une trentaine de minutes plus tard que l’horaire institutionnel et se sont couchés de la même façon avec un décalage dans le temps. La deuxième observation montre qu’ils ont mangé avec un réel appétit, se sont endormis plus vite et ont dormi plus longtemps. Certains ont même dormi alors qu’ils ne se laissaient aller que rarement à l’endormissement. Un vrai respect de leur rythme s’est donc installé.

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Les professionnelles, quant à elles, ont unanimement parlé de plus de sérénité due notamment à moins d’agitation et plus de fluidité. Elles ont apprécié accorder à l’enfant plus d’autonomie en lâchant leurs contraintes organisationnelles et en se reconnectant à leurs réflexes naturels d’observation de l’enfant. Elles ont rempli leurs seaux de satisfaction et de confiance en soi professionnelles tout en ressentant une nette diminution du stress quotidien. Un engouement collectif face à ce projet a permis d’améliorer la communication entre elles, elles ont été force de proposition témoignant de leur implication et de l’appropriation du projet. Les familles ont apprécié cette expérimentation, les bienfaits immédiats sur leurs enfants et notre engagement à respecter leur rythme.

Réajustements et Créativité

Durant cette semaine expérimentale, un réajustement lors des temps de repas s’est imposé. Initialement, chaque enfant avait sa table et sa place attitrées. Mais l’objectif du fonctionnement sans horloge est de respecter le rythme des enfants, or les professionnelles les appelaient pour venir à table. Nous avons donc convenu, que lorsqu’un premier enfant indique avoir faim, une table avec 5 places s’ouvre. Lorsque celle-ci est totalement occupée et qu’un sixième enfant demande à passer à table alors une deuxième table s’ouvre avec 5 places de la même manière et ainsi de suite…. Un restaurant, comme en parle Laurence Rameau dans son ouvrage L’itinérance ludique, s’est ainsi créé.

En acceptant de déconstruire ses pratiques professionnelles, l’équipe a gagné en créativité, a pris du recul sur les propositions pédagogiques et en a créées de nouvelles bien plus en adéquation avec les valeurs et le projet pédagogique de la structure : l’itinérance ludique.

L'Expérience des P'tits Bouchons : Quatre Jours au Rythme de l'Enfant

Pas d’horloges, pas d’heure, pas d’horaires… C’est l’expérience menée par la crèche intercommunale Les P’tits Bouchons à Givry (Grand Châlon) pendant 4 jours. Un moment d’exception où l’équipe a vécu au rythme des enfants, sans contraintes autres que celles de leurs besoins exprimés.

Un Projet Pédagogique Axé sur la Bienveillance

« Notre projet pédagogique est fondé sur la bienveillance et la bientraitance, le respect du rythme de chacun » explique Magali Delarche la directrice des P’tits Bouchons, l’une des 21 structures d’accueil du Grand Chalon. Une crèche où l’équipe accueille un enfant dans un groupe et non pas un groupe d’enfants. De l’individuel dans le collectif. Un projet fort et exigeant où déjà les professionnelles ont pour habitude d’échelonner les heures de repas chez les moyens-grands comme chez les bébés. Dû à la carte en quelque sorte. Un projet auquel toute l’équipe adhère.

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Rester à l'Écoute du Rythme des Enfants

« Pourtant explique la directrice, EJE, je me suis aperçue via des observations de terrain que petit à petit, sans le vouloir, sans le savoir, nous perdions un peu cet esprit du respect du rythme de l’enfant dans le groupe ». Ainsi certaines pros avaient tendance à proposer le repas vers 11H30 avant même que les enfants ne manifestent quelque faim… Même tendance pour le goûter. Et particulièrement les lundi et mardi, journées très chargées où la crèche entre 9h et 17h est au grand complet : 24 à 25 enfants ! « J’ai observé et j’ai cherché à comprendre pourquoi… Pourquoi ce stress par rapport au temps. Cette crainte de ne pas être en phase avec la gestion de l’organisation pour la journée ou encore de ne pas être prêts pour l’arrivée des parents, etc. Et de fil en aiguille, explique Magali, « je me suis demandée si c’était sous l’influence de l’heure ? Et j’ai imaginé : que se passerait-il si on enlevait toutes les horloges pendant deux jours ? ».

Une Expérience Bénéfique

L’équipe a bien accueilli l’idée de cette expérience insolite. Les parents aussi. Et tout le monde a joué le jeu pendant deux jours qui finalement se sont transformés en 4 jours tant les effets de cet « hors du temps » ont tout de suite été bénéfiques. Plus d’horloges, plus de montres, les fuseaux horaires des téléphones portables que les professionnelles consultent lors de leur pause ont été changé. « On avait vraiment aucun repère temporel explique Magali. L’équipe s’est lancée dans ses journées juste guidée par les enfants. Et cela a été fabuleux !»

Au niveau des repas aucun décalage majeur n’a été constaté, même chez les grands. Et les « horaires habituels » des différents services de repas ont été maintenus. Aucun enfant n’a souhaité manger à des heures farfelues. En revanche les enfants mangeaient mieux car ils mangeaient quand ils avaient vraiment faim. Et pour la sieste aussi tout a été plus fluide car les petits n’avaient pas de temps mort après le repas, ils pouvaient aller se reposer dans la foulée et s’endormaient beaucoup plus facilement. Le plus gros décalage enregistré fut celui du goûter. Les professionnels avaient tendance à le proposer trop tôt, sans doute en pensant aux parents qui venaient chercher leurs enfants assez tôt. Finalement, aucun enfant et aucun bébé même ne réclamait son gouter avant 16 h. Et quand les parents arrivaient avant la fin du gouter, cela ne leur posait pas de problème. Ils attendaient très sereinement. Il est vrai qu’ils avaient été informés en amont de l’organisation un peu particulière de cette semaine !

Une Ambiance Plus Détendue

Le plus stupéfiant dans cette expérience fut sans doute le changement d’ambiance. Tout était plus fluide et serein, les professionnelles ont réussi à lâcher prise. Du coup les enfants aussi étaient très détendus… ! « C’était enchanteur ; nous nous sommes vraiment laissées guider par les enfants… le seul temps qui importait, était celui de l’enfant » dit Magali.

Maintenir les Bénéfices de l'Expérience

Au cours de cette journée de réflexion, chacun, très enthousiaste, s’est demandé comment garder les bénéfices de cette expérience y compris cette dynamique de cohésion renforcée constatée au sein de l’équipe. « On a cherché un compromis, explique Magali Delarche, on a décidé d’enlever les horloges des pièces de vie principales. On a gardé celles des dortoirs car cela permet de noter les horaires de sommeil de chaque enfant plus facilement. Et les téléphones sont présents dans les pièces de vie mais moins accessibles. »

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Journée sans Jeu : Stimuler la Créativité et l'Imagination

Faire le vide pour faire le plein… Une idée prise au pied de la lettre par l’équipe de Montpellier Millénaire. Les professionnel.les ont organisé une journée « sans jeu » ! Une initiative en parfaite adéquation avec les approches pédagogiques et les aménagements d’espaces que nous avons pu observer en Europe.

Favoriser le Jeu Libre et l'Exploration

Initiée par l’équipe de la crèche, cette journée a pour but de casser la routine en rangeant les jeux et jouets qui sont quotidiennement à portée de main pour les enfants. Il ne s’agit ainsi pas de tout enlever, mais de mettre de côté les jouets trop formatés, en plastique ou qui n’ont qu’un seul objectif. Des matériaux bruts, des objets de la vie quotidienne, des pièces détachées (loose part en anglais) … sont mis à disposition. Ces derniers inspirent le jeu et stimulent les apprentissages. L’idée est notamment de permettre à l’enfant d’exprimer sa créativité, développer sa curiosité, et de ne pas brider son imagination.

Renforcer les Interactions Sociales

Lors d’une journée sans jouet, l’objectif est également de favoriser les échanges entre les enfants, de favoriser le langage. Dans la section des grands, tout le monde a « joué le jeu », y compris les familles ! L’équipe a proposé aux enfants des objets ou matériaux en carton ou papier : des boites (à café, à thé), des bouteilles ou emballage vides, des cartons, de la vaisselle en papier…etc. Les familles, informées en amont, et complices de la journée, ont été sollicitées pour participer à la collecte et pour récupérer du matériel adapté. Monica Van Maurik témoigne : « cette journée a vraiment rassemblé tout le monde, c’était très positif ! Les parents, les professionnel.les se sont investis à 200% ! Les enfants ont joué du matin au soir, c’était un vrai succès !

Rythmes Biologiques et Routines : L'Importance des Repères

Comme l’adulte, chaque enfant possède son propre rythme biologique. TémoignageIsabelle, maman d’Inès, 4 ans, et de Lucas, 18 mois : « Nous avons la chance de pouvoir laisser les enfants se réveiller spontanément le matin, entre 7 h 30 et 7 h 45. En périodes scolaires, c’est plus compliqué le soir, en particulier avec Inès. On commence le rituel du soir vers 20 h, pour qu’elle s’endorme à 21 h. Avec le changement d’heure, tout est décalé et il est difficile de tenir les horaires… Alors, en semaine, je ferme les volets vers 19 h 30 pour qu’elle s’habitue à l’idée du coucher. C’est un peu raide, mais ça marche ! Mais le week-end, je la laisse veiller plus tard pour un coucher à 22 h. Du coup, elle se réveille naturellement vers 9 h. On voit que ce cycle lui correspond bien. Avec elle, c’est facile : dès qu’elle est mal calée ou en manque de sommeil, elle est de mauvaise humeur. Je vais profiter du temps des vacances pour vivre davantage en fonction de ces rythmes naturels trop contraints par nos emplois du temps surchargés !

Cycles Fondamentaux et Routine

Les cycles biologiques fondamentaux tournent autour des questions de sommeil et d’alimentation. Ils évoluent en fonction de la tranche d’âge, bien sûr. De plus, chaque enfant diffère. Pour le tout-petit, qui ne possède pas encore la compréhension de nos mots d’adulte, la routine s’avère être un cadre rassurant. L’enfant se construit plus facilement si les choses sont ordonnées, sans pour autant devenir rigides. Les tranches d’événements qui se succèdent de la même façon lui apportent des repères dans une temporalité qu’il ne maîtrise pas. Il se sent apaisé car il perçoit où il va.

Concilier Rythmes et Préserver les Moments Clés

Certes, on ne peut pas s’adapter à tous et en tout temps. Cependant, il est important de préserver certains moments clés : les repas à table, qui sont aussi des temps d’échange de la famille, une séquence plaisante avant le coucher agrémenté de musique, d’une histoire, d’une discussion. Instaurer un petit rituel du coucher, qui plaise à tous, est important. Proposer la sieste à heure fixe, et au même endroit si possible, contribuera à rassurer l’enfant. Les enfants n’aiment pas les transitions trop brutales. On le voit bien le soir, lorsqu’on vient les chercher à la crèche ou chez l’assistante maternelle. C’est pourquoi il faut autant que possible les préparer au changement… Y compris les plus grands : le soir, laisser tomber les activités stimulantes (écran, vidéo, jeu) au profit d’un temps d’échange et de discussion, et annoncer l’heure du coucher. Pour les adultes, mieux vaut également prévoir un temps de décompression, un sas de dix minutes avant d’aller chercher les enfants le soir, par exemple. Ces moments de respiration permettent d’arriver apaisé.

Activités Ludiques pour Appréhender le Temps

Observer le Soleil

Les enfants comprennent mieux en voyant et en expérimentant. Une belle idée consiste à observer ensemble l’heure du lever et du coucher du soleil. On peut, par exemple, noter chaque jour (ou chaque semaine) dans un petit carnet à quelle heure il commence à faire jour et à quelle heure il fait nuit. Vous pouvez transformer cela en un “journal du soleil” : L’enfant dessine un soleil quand il se lève et une lune quand il se couche. On compare les dessins semaine après semaine pour constater que la partie “nuit” prend plus de place. Cela permet aussi d’aborder la notion du temps qui passe de manière concrète.

Fabriquer une Horloge du Jour et de la Nuit

Pour rendre le phénomène encore plus concret, rien de tel qu’un petit bricolage maison. Avec un simple disque en carton, on peut créer une horloge divisée en deux parties : le jour (avec un soleil) et la nuit (avec une lune). Une aiguille que l’enfant déplace permet de voir que, petit à petit, la partie “nuit” s’allonge en automne et en hiver. Cette activité manuelle aide les enfants à visualiser le temps qui passe et à relier la lumière du jour à leur routine quotidienne : lever, école, jeux, dîner, coucher.

Histoires et Comptines sur les Saisons

Parfois, rien ne vaut une bonne histoire pour aider les enfants à comprendre le monde qui les entoure. Les livres et les comptines sont des supports rassurants qui permettent d’aborder en douceur les changements de lumière et de rythme liés aux saisons.

Créer une Lampe "Soleil et Lune"

Quand la nuit tombe plus vite, rien de tel qu’un petit bricolage lumineux pour rendre ce moment plus doux et rassurant. Vous pouvez fabriquer une lampe ou une lanterne décorée avec un soleil d’un côté et une lune de l’autre. Quand vient le soir, on allume une petite bougie LED ou une guirlande lumineuse à l’intérieur, et hop : la nuit qui arrive plus tôt devient une expérience magique plutôt qu’un moment angoissant.

Relier la Lumière aux Activités Quotidiennes

Une autre façon d’aider les enfants à comprendre pourquoi les journées raccourcissent, c’est de relier la lumière du jour à ce qu’ils vivent au quotidien. On peut leur montrer, par exemple, qu’en été on dîne quand il fait encore jour, alors qu’en automne ou en hiver, il faut déjà allumer la lampe pour prendre le repas.

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