L'enfance de Johnny Hallyday, loin de l'image de l'idole des jeunes, est marquée par l'absence, l'abandon et une quête constante de figure paternelle. Cette période formatrice a profondément influencé sa vie et sa carrière, laissant des cicatrices indélébiles.
Un père absent, un fantôme nommé Léon Smet
"Je suis le fils de personne", chantait Johnny Hallyday, mettant ainsi le doigt sur une blessure intime : l'absence de son père, Léon Smet. Ce dernier, un petit acteur belge porté sur l'alcool, était un fantôme pour son fils Jean-Philippe. Quelques jours après la naissance de son fils, Léon quitte le domicile en emportant les tickets de rationnement et après avoir vendu tous les meubles, dont le berceau de son fils. Huguette reste sur le carreau, parvient à faire reconnaître son enfant en forçant Léon au mariage : un "simple formulaire administratif et il s'en est allé", raconte Johnny.
Johnny a toujours été très lucide sur cette question de la paternité. Il se souvient de son père comme un "alcoolique, séducteur, incontrôlable". "Chaque fois qu’il avait un boulot, il le perdait. De lui, je n’ai connu que les pires aspects. L’abandon petit, puis les factures ou les frais d’hôpitaux à régler, la déchéance. On le trouvait ivre mort, écroulé au milieu de la rue. C’était dur, douloureux de n’avoir que ça de lui. Le manque de père a hanté ma vie".
L'une des anecdotes les plus marquantes est celle de la rencontre organisée par les paparazzi lors du service militaire de Johnny. Pour 5 000 francs, Léon a vendu son fils. Johnny, stupéfait, salue cet inconnu avec son ours en peluche sous le bras, une scène qui symbolise la rupture et l'exploitation de leur relation.
Malgré tout, Johnny tente de renouer des liens, en vain. Il offre à son père des costumes Cerruti et un appartement, mais Léon, incapable de se stabiliser, met le feu à son appartement et revend ses costumes pour acheter de l'alcool. Johnny finira par payer sa maison de retraite en Belgique et sera le seul à suivre son cercueil en 1989.
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Une mère mannequin, une absence compensée par la famille
Du côté maternel, la situation n'est guère plus stable. Huguette Clerc, mannequin, confie son fils à sa tante paternelle, Hélène Mar, qui devient sa mère de substitution. "C'était tabou de parler de ma mère quand j'étais petit, écrit Johnny. Je ne prononçais pas son nom : Huguette. Ni Huguette, ni maman. Je l'ai tue."
Hélène Mar et ses deux filles, Desta et Menen, entourent Jean-Philippe d'amour. Fils de personne, ballotté dans une famille d'artistes, il trouve un certain équilibre auprès d'eux. "Dès l’âge de 3 ans, je n’ai plus eu de chez-moi stable. Il fallait toujours partir, laisser les choses derrière. C’est sans doute pour ça que je n’arrive pas vraiment à m’établir quelque part", estime le rockeur.
À la fin de sa vie, Huguette s'installe chez Johnny, qui lui offre le cocon qu'il aurait tant aimé connaître enfant. À plus de cinquante ans, Johnny apprend à dire "maman", un mot qui forge une enfance. "C'était comme dire je t'aime pour la première fois. Ça m'a piqué dans le coeur."
Une enfance de la balle, une formation artistique précoce
L'enfance de Johnny est marquée par de nombreux voyages à travers l'Europe avec ses cousines, danseuses. Desta se marie avec un danseur américain, Lee Halliday, qui devient une figure paternelle pour le jeune garçon et le surnomme Johnny.
Rattrapé par la fibre artistique familiale, il prend des cours de théâtre, joue du violon puis de la guitare. Desta lui a communiqué la fièvre du spectacle. Avec son mari Lee, artiste comme elle, elle lui a communiqué la fièvre du spectacle. Desta nous raconte l’enfant de la balle, ses copains des rues, les tournées trépidantes à travers toute l’Europe et leur atmosphère magique. Mais surtout, une formation rigoureuse et à sa demande ! Cours de guitare, de danse, de chant avec les meilleurs maîtres de pays en pays, dont il apprenait peu à peu la langue (pour le reste, cours par correspondance)… Johnny gamin chantant dans certains spectacles car la meilleure école est la scène, tournant dans Les Diaboliques, sélectionné pour créer un opéra avant de balancer au public le formidable coup de poing de la rock ‘n’ roll attitude.
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De retour à Paris, l'adolescent trouve sa voie à 14 ans lorsqu'il découvre un nouveau courant musical incarné par Elvis Presley. Signé par la maison de disque Vogue en 1960, il sort un 45 tours, T'aimer follement, sous le pseudonyme Johnny Hallyday.
Les blessures de l'enfance, un moteur pour la création
Les blessures de l'enfance ont profondément marqué Johnny Hallyday, mais elles ont aussi été un moteur pour sa création artistique. "J'ai eu de la chance, je le sais. Oui, j'ai bossé, mais j'aurais pu finir comme ces types, désespérés, la rage au ventre. J'ai juste trouvé un truc intelligent pour exprimer cette colère."
Dans ses chansons, Johnny exprime souvent la solitude, l'abandon et la quête d'identité. Il a réussi à transformer sa souffrance en une force créatrice qui a touché des millions de personnes.
La paternité, une revanche sur l'enfance
Ballotté par sa vie de star, les tournées, les séparations… Johnny Hallyday ne va pas voir grandir son premier enfant, David, né en 1966, qui vivra avec sa mère Sylvie Vartan. Johnny Hallyday ne sera vraiment papa à temps plein qu'avec ses deux petites filles adoptives, Jade et Joy.
Johnny a toujours été très lucide sur cette question de la paternité. Il a cherché à offrir à ses enfants l'amour et la stabilité qu'il n'avait pas connus.
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