La question du jeu risqué chez les enfants suscite un débat important, oscillant entre la nécessité de les protéger et le désir de favoriser leur développement. La Société canadienne de pédiatrie a récemment publié des directives qui encouragent les enfants à prendre des risques dans leurs jeux, arguant que les avantages l'emportent sur les risques de blessures. Cet article explore les tenants et aboutissants de cette approche, en mettant en lumière les avantages potentiels, les types de jeux concernés, le rôle des adultes et les considérations de sécurité essentielles.
Les bienfaits du jeu risqué
Selon la Société canadienne de pédiatrie, le jeu risqué peut contribuer à réduire l'anxiété et à améliorer la forme physique des enfants. En se confrontant à l'incertitude et en apprenant à gérer des situations potentiellement dangereuses, ils développent des compétences essentielles pour la vie. Grimper un peu plus haut, courir un peu plus vite, s'éloigner davantage, se cacher : ces actions permettent à l'enfant de gérer l'incertitude, ce qui est bénéfique pour son développement. L'idée est que la balance bénéfices/risques penche largement en faveur du bénéfice.
Emilie Beaulieu et Suzanne Beno, deux pédiatres de la Société canadienne de pédiatrie, soulignent que le jeu risqué peut prévenir et gérer des problèmes de santé courants tels que l'obésité, l'anxiété et les problèmes de comportement. Elles s'appuient sur de nombreuses études scientifiques pour étayer leurs recommandations.
Qu'est-ce que le jeu risqué ?
Le "jeu risqué extérieur" est défini comme une forme de jeu libre (non encadrée par un adulte) "dont l'issue est incertaine et qui comportent une possibilité de blessure physique." Les pédiatres distinguent plusieurs formes de jeux risqués, en se basant sur deux études :
- Le jeu en hauteur : Grimper, sauter, être suspendu en hauteur.
- Le jeu à grande vitesse : Faire du vélo à grande vitesse, glisser, courir.
- Le jeu avec des outils : Participer à des activités supervisées à l’aide d’une hache, d’une scie, d’un couteau, d’un marteau ou de cordes (p. ex., construire une cabane ou tailler du bois).
- Le jeu à proximité d’éléments dangereux : Jouer près du feu ou de l’eau.
- Le jeu turbulent et désorganisé : Faire de la lutte, jouer à se bagarrer, faire de l’escrime avec des bâtons.
- Le jeu comportant un risque de disparaître de la vue ou de se perdre : Explorer les aires de jeu, les quartiers ou les bois sans la supervision d’un adulte ou, chez les jeunes enfants, sous une supervision limitée (p. ex., se cacher derrière des buissons).
- Le jeu comportant des chocs : Percuter quelque chose ou quelqu’un, peut-être à répétition et pour le plaisir.
- Le jeu par procuration : Éprouver le frisson de regarder d’autres enfants (souvent plus âgés) se livrer à un jeu risqué.
Il est important de noter que ces jeux doivent être adaptés à l'âge, au développement et au caractère de l'enfant.
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Le rôle essentiel des adultes
Dans cette pratique, le rôle de l'adulte est essentiel. Il ne s'agit pas de laisser l'enfant faire du vélo sans casque, jouer dans une rue où les voitures circulent en nombre ou de l'inciter à "courir des risques au-delà de son propre niveau de confort". L'adulte doit faire la distinction entre le risque et le danger. Le risque désigne la capacité de l'enfant à évaluer la difficulté d'une activité en fonction de ses capacités, tandis que le danger est l'incapacité pour l'enfant de percevoir et gérer le risque de blessure.
Les parents et les éducateurs doivent éviter de transmettre leur propre peur aux enfants. Répéter "fais attention" ou "ralentis" peut nuire à la confiance de l'enfant envers ses propres habiletés. Au lieu de cela, il est préférable d'observer le jeu en cours pendant un certain temps avant d'intervenir et de poser des questions ouvertes à l'enfant, telles que "Quel est ton plan si tu sautes sur cette roche ?" ou "Comment vas-tu descendre ?".
Trouver le juste milieu et maintenir un cadre sûr
Il est crucial de trouver le juste milieu entre le lâcher prise total et l'interdiction de toute activité risquée. Selon le pédiatre Jean Lalau-Keraly, il est important de permettre à l'enfant d'expérimenter, de tomber et de se relever. Il apprendra mieux par la pratique que par l'interdiction et la réprimande.
Le rôle du parent est de maintenir un cadre de jeu sûr. Il faut évidemment éviter les jeux dans les zones avec beaucoup de circulation ou laisser une piscine sans surveillance. Les parents doivent faire le lien dans cet apprentissage, avec des consignes claires. Si l'enfant veut faire de l'accrobranche, il faut lui expliquer le concept de sangle et de baudrier, mais le laisser essayer en autonomie par la suite. De la même façon, s'il veut faire de la luge, on lui explique l'importance du casque ; s'il veut s'éloigner au parc, il ne doit pas parler aux inconnus et revenir vous voir régulièrement, etc.
Considérations de sécurité
La Société canadienne de pédiatrie met en garde : si le jeu « risqué » est recommandé, les mesures de sécurité obligatoires, comme le port du casque ou d’un gilet de sauvetage, doivent être appliquées. Ces jeux ne doivent pas mener à une situation dangereuse. Jean Lalau-Keraly rappelle qu'il vaut mieux ne pas laisser les enfants pratiquer ces jeux libres quand ils sont tout-petits. "En dessous de 5 ans, il faut faire preuve d'une grande vigilance. Les jeunes enfants n'ont pas la même notion de danger que les plus grands et sont plus facilement exposés au risque", souligne-t-il.
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Les accidents de la vie courante : un enjeu de santé publique
Il est important de rappeler que les accidents de la vie courante (AcVC) sont la première cause de décès chez les enfants de 1 à 4 ans en France. L'habitat est identifié comme le lieu privilégié de survenue des accidents. Les chutes, les suffocations et les noyades sont particulièrement fréquentes chez les jeunes enfants.
Pour sensibiliser le grand public aux risques domestiques, un "serious game" appelé "Zéro Accident : Un Jeu d’Enfant !" a été créé. Il offre une expérience immersive destinée à renforcer les compétences en matière de prévention de ces accidents, en mettant l’accent sur les risques de chutes, noyades, suffocations et intoxications.
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