Introduction
La Procréation Médicalement Assistée (PMA) est un sujet complexe qui suscite de nombreuses questions éthiques, morales et religieuses. Cet article explore la question de la PMA à travers le prisme de la foi chrétienne, en particulier en relation avec la figure de Jésus, en tenant compte des perspectives de l'Église catholique et des réflexions bioéthiques contemporaines.
Définition et Contexte de la PMA
La PMA englobe « l’ensemble des techniques cliniques ou biologiques permettant la conception in vitro », c'est-à-dire en dehors du corps de la femme. Ces techniques incluent « le transfert d’embryons et l’insémination artificielle, ainsi que toute technique d’effet équivalent permettant la procréation en dehors du processus naturel ». En droit français actuel, la PMA poursuit un objectif thérapeutique : elle vise à éviter la transmission d’une maladie grave ou à compenser une infertilité pathologique, médicalement diagnostiquée. Elle ne concerne donc que des couples homme/femme, vivants, en âge de procréer et porteurs d’un « projet parental ».
Cependant, la loi française évolue, et l’actualité sur le sujet de la PMA est l’ouverture de la PMA aux couples de femmes et femmes seules.
La Souffrance de l'Infertilité et la Position de l'Église
L’Église comprend cette souffrance et elle est extrêmement prudente sur la question de la PMA. L’Église reconnaît la légitimité du désir d’avoir un enfant, et comprend les souffrances des conjoints éprouvés par des problèmes d’infertilité. Ce désir ne peut cependant passer avant la dignité de la vie humaine, au point de la supplanter.
C'est une immense souffrance de ne pas pouvoir procréer sereinement. Entre 12 et 15% des couples consultent aujourd’hui pour des problèmes d'infertilité, et ce chiffre est en augmentation. Cela interroge sur la place de la technologie, de la chimie, et de certains produits dans nos vies.
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Dissociation entre Sexualité et Procréation
Une des préoccupations majeures soulevées par la PMA est la dissociation entre la sexualité et la procréation. La question fondamentale est : pourquoi y a-t-il des hommes et des femmes ? La réponse, dans une perspective chrétienne, est qu'ils sont faits pour s’unir, pour s’aimer, faire grandir un amour profond, et que la naissance d’un enfant est la fécondité de cet amour. La dissociation entre ces deux aspects fondamentaux de la vie humaine pose question.
Lors d’une PMA, la fécondation se fait en dehors du corps. Jacques Testart, qui a été le premier en France à réaliser des FIV, a vu le premier les risques énormes d’eugénisme. A partir du moment où on peut fabriquer les embryons, on peut en faire le tri. D’ailleurs aujourd’hui il y a ce diagnostic préimplantatoire. Avant d’implanter on regarde si l’embryon est le meilleur possible. On pourra bientôt choisir si c’est un garçon ou une fille. Cela porte atteinte à la dignité de l’embryon.
Le Devenir des Embryons non Implantés
Dans la plupart des FIV, plusieurs embryons sont conçus. Que fait-on des embryons qui ne sont pas implantés lors d’une FIV ? S’il y a un deuxième projet parental pour un deuxième enfant, on pourra reprendre un de ces embryons. Mais la plupart du temps, ces embryons sont congelés. Seront-ils détruits ? Vendus pour expérimentations ? Cette question du devenir des embryons non implantés est une source de préoccupation éthique majeure.
PMA et Filiation: L'Absence du Père
L’actualité sur le sujet de la PMA, c’est l’ouverture de la PMA aux couples de femmes et femmes seules. Cela revient à décréter l’existence d’enfants nés sans père. Il existe déjà bien sûr des enfants qui n’ont pas de père. Parce que le père est décédé, parce que le père a quitté la maison, parce que le père n’a pas voulu reconnaitre l’enfant. Mais dans le cas de la PMA pour les couples de femmes, l’enfant saura un jour qu’il est né sans père, c’est fâcheux pour le développement psychologique, d’un point de social. L’enfant naitra sans père, tout enfant qui est conçu a droit à un père. Avec la PMA on sépare aussi la filiation de la biologie. C’est une violence faite contre l’unité de la personne humaine.
Privé de père, par la loi. L’élargissement de la PMA aux femmes seules et aux couples de femmes reviendrait à décréter a priori l’existence d’enfants sans pères : « Dans le cadre parental résultant du choix des couples de femmes et des femmes seules, l’enfant n’aurait, dans son histoire, aucune image de père, connu ou inconnu, mais seulement celle d’un donneur. » D’un point de vue psychique, le respect dû à l’enfant et à la construction de sa personnalité est gravement blessé. Du point de vue de la société où le rôle des parents est déjà bouleversé de multiples manières et où l’autorité est remise en question, cette absence planifiée de père est problématique.
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A l’arrivée, l’enfant aura reçu beaucoup d’un couple de femmes. Mais je me situe au point de départ. L’autre argument pour l’ouverture de la PMA, c’est l’égalité des couples. Le droit de l’enfant passe avant le droit à l’enfant.
Dignitas Personae et Donum Vitae: Les Repères de l'Église
Le 12 décembre 2008, la Congrégation pour la doctrine de la foi a publié l’Instruction Dignitas personae (DP) « sur certaines questions de bioéthique », un document exceptionnel par la pénétration de la pensée sur les enjeux éthiques contemporains en matière de biomédecine. Approuvé par Benoît XVI qui en a suivi attentivement la rédaction, il est daté du 8 septembre 2008. Structurée en 3 parties et 37 articles, elle actualise l’Instruction Donum vitae (DV) « sur le respect de la vie humaine naissante et la dignité de la procréation » signée le 22 février 1987 par celui qui n’était encore que le cardinal Joseph Ratzinger.
Deux axes fondamentaux structurent le discernement éthique du Magistère en matière de techniques d’assistance médicale à la procréation :
- la reconnaissance de « la dignité de la personne à tout être humain depuis sa conception » (DP, 1), critère qui appelle des considérations morales spécifiques
- la dignité « du mariage et de la famille qui constituent le contexte authentique où la vie humaine trouve son origine » (DP, 6).
Le Don Total et Fidèle des Époux
La PMA change profondément le cadre et les conditions naturelles de la procréation humaine qui doit manifester le don total et fidèle des époux. La sexualité humaine exprime au sein du mariage le don total et fidèle des époux et c’est pourquoi la procréation d’une personne humaine doit être fruit de l’acte conjugal spécifique de l’amour des époux.
« L’acte par lequel les parents mettent en œuvre les conditions pour qu’une nouvelle personne existe est le seul et même acte par lequel les conjoints témoignent réciproquement de leur amour et de leur don » (Dionigi Tettamanzi, Donner la vie : à quel prix ?), observe avec pertinence le cardinal Tettamanzi. L’assistance médicale à la procréation homologue, c’est-à-dire au sein du couple demandeur, contourne l’obstacle de la stérilité en mettant en jeu des techniques de substitution aux relations conjugales (insémination artificielle et fécondation in vitro avec transfert d’embryon). Elle exclut le langage des corps et l’union affective et spirituelle des époux.
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La procréation est amputée, non pas des mécanismes reproductifs, lesquels sont récupérés par la technique, mais de la communion interpersonnelle conjugale et de son expression corporelle. La relation conjugale est dissociée de la procréation et déclassée à un fait simplement reproductif. L’une des preuves de l’instrumentalisation de la sexualité humaine est le recours quasi systématique à la masturbation de l’homme sommé de fournir les spermatozoïdes nécessaires aux opérations techniques suivantes.
Le Droit des Conjoints et de l'Enfant
Pour sauvegarder la signification authentique de la procréation humaine, l’Église a été conduite à énoncer de nouveaux droits qui reposent sur la loi morale naturelle : « le droit des conjoints à devenir père et mère uniquement l’un à travers l’autre » (Dignitas personae, 12) et « le droit de l’enfant d’être le fruit de l’acte spécifique de l’amour conjugal de ses parents » (Donum vitae, II, 8).
Ces affirmations ne remettent pas en cause la bonté morale de l’adoption, de même, que le fait que les enfants nés de PMA sont infiniment dignes de respect et d’amour comme n’importe quel enfant, faut-il le rappeler ? Le langage existentiel des couples rend ainsi témoignage au délicat discernement opéré depuis plus de vingt ans par le Magistère sur cette question complexe.
La procréation humaine ne peut être appréhendée comme une vulgaire mécanique reproductive sans vie ni amour. C’est pourquoi le Magistère en est venu à énoncer deux droits inédits pour protéger la signification profonde de la procréation humaine : « le droit des conjoints à devenir père et mère uniquement l’un à travers l’autre » (DP, 12) et « le droit de l’enfant d’être le fruit de l’acte spécifique de l’amour conjugal de ses parents » (DV, II, 8). Ce qui montre a posteriori que les critères d’une procréation responsable s’appuient sur la recta ratio (la « raison droite ») et sont inhérents à la structure même de la sexualité conjugale.
PMA pour Toutes: Inégalité et Marchandisation du Corps
Inégalité. Le CCNE reconnaît que l’ouverture de la PMA à toutes les femmes produirait une inégalité : « L’élargissement de l’accès à l’IAD pourrait être à l’origine d’»inégalités» pour les enfants qui naîtraient de telles AMP parce qu’ils se verraient privés de père dans le cas des couples de femmes, de père et d’un double lignage parental dans le cas des femmes seules.
Marchandisation du corps. La PMA pour toutes les femmes entraine la généralisation du don de gamètes, alors que les dons sont déjà insuffisants. C’est pourquoi, certains préconisent une solution qui serait de passer du don à la vente de sperme, au prix de l’abandon du principe de gratuité.
Anonymat et Sélection des Individus
Aujourd’hui, l’anonymat est un principe garantissant la possibilité du don de gamètes. Il souffre une seule exception : la nécessité thérapeutique qui ouvre au médecin l’accès aux données médicales concernant le donneur mais non à son identité. Permettre l’insémination de femmes non stériles signifierait l’abandon du critère thérapeutique actuel. La PMA serait alors accessible à tous, y compris les couples homme/ femme fertiles, numériquement les plus nombreux, qui constitueraient la cible ultime du grand marché de la procréation : une fois le verrou thérapeutique levé, on se hâtera de proposer des prestations sur mesure pour choisir telle caractéristique chez l’enfant ou éviter telle autre. Ce pourrait être la porte ouverte à la sélection des individus ou à un eugénisme légal.
Unité de la Personne et Mariage
La PMA élargie aux femmes seules et aux couples de femmes achève de disjoindre la fécondation biologique et la parenté sociale. Or, si l’être humain est un animal social, c’est aussi un corps vivant. Le scinder en deux, en séparant la relation de filiation de son ancrage biologique, est un acte de violence contre l’unité de la personne humaine. Celle-ci est une « totalité unifiée », tout à la fois biologique, psychique, spirituelle et sociale. Son développement intégral harmonieux suppose que ces divers aspects soient pris en compte ensemble et non pas séparés voire opposés. Cet élargissement de la PMA aux femmes seules affaiblit le lien entre mariage et filiation. Accueillir une situation n’est pas l’organiser.
Droits de l'Enfant
La Convention internationale des droits de l’enfant, signée et ratifiée par la France, pose le droit pour chaque enfant, dans la mesure du possible, « de connaître ses parents et d’être élevé par eux » (art. 7). Organiser délibérément l’effacement du père n’est pas compatible avec ce droit. Le CCNE en reconnaît l’importance : « Si le «droit à l’enfant» est souvent invoqué dans les demandes sociétales, il n’a pas de fondement juridique ; en revanche, une préoccupation éthique majeure doit être celle des droits de l’enfant, notamment celui de situer son histoire et son cadre familial par rapport aux histoires et aux cadres familiaux des autres enfants, quel que soit le mode de procréation dont il est issu.
L’enfant n’est pas un droit, mais un « don ». La souffrance réelle que constitue l’absence d’enfant n’autorise pas à le transformer en droit qu’il serait licite de revendiquer devant la société.
Jésus et la Restauration de la Vie
Sur le plan biblique, la fécondation in vitro, c’est la « restauration d’une oeuvre d’art » comme le cite J. Wyatt, professeur de pédiatrie. Il ajoute : « Les techniques d’aide à la procréation sont légitimes tant qu’elles sont dans une restauration de l’oeuvre créée par Dieu. Alors en quoi la procréation médicalement assistée (PMA) serait-elle mauvaise en soi, quand elle a juste pour but de permettre in vitro ce que le couple fait in vivo ?
« En revanche », poursuit J. Wyatt : « quand on invente des fécondités qui n’existent pas pour l’être humain, comme le clonage ou l’accès à l’implantation in vitro pour des couples de même sexe, on sort de l’ordre créé et l’on outrepasse les limites de la liberté que Dieu nous donne. La vie ne vient pas de soi ; elle reste un miracle. Dieu, dans sa grâce commune, permet qu’elle soit restaurée et donnée.
L'Intervention de l'Esprit Saint et les Naissances "Non Conformes"
Si l’intervention de l’Esprit saint est explicite dans le cas de Marie, que dire de la conception de Jean - qui deviendra le Baptiste - dans la maison de Zacharie et d’Élisabeth. Contrairement à Marie, Élisabeth n’est pas vierge, mais vieille et stérile, et ni elle ni son époux Zacharie n’ont plus l’âge de procréer. Et pourtant, ils deviennent parents. Leur cas rappelle celui du patriarche Abraham et de Sarah, son épouse, qui, si l’on en croit la tradition, aurait enfanté à quatre-vingts ans. Là aussi, la puissance divine a œuvré, comme elle le fera encore pour une autre femme âgée, Anne, longtemps stérile et qui à force d’imploration et de prière deviendra la mère du prophète Samuel.
Mais on trouve aussi dans la Bible des naissances qui, ne devant rien à l’intervention divine, sont obtenues par des méthodes de procréation un peu particulières. Avant de mettre au monde Isaac dans sa vieillesse, Sarah avait combattu sa stérilité en conduisant son époux à sa servante Agar, laquelle accoucha d’un fils, Ismaël. Cette première gestation pour autrui se passa mal. Les deux femmes étaient jalouses et Sarah finit par obliger Abraham à chasser Agar et son fils. Mais les choses ne se passent pas toujours si mal. La nombreuse descendance de Jacob, les douze fils qui sont à l’origine des douze tribus d’Israël, est elle aussi obtenue en partie par GPA. Dans l’inventaire des procréations « non conformes », citons encore les filles de Loth qui, faute d’époux disponibles après la destruction de Sodome, enivrent leur père pour qu’ils les rendent mères. Et ajoutons Tamar qui, après le décès de son premier époux, voit le frère de celui-ci, Onan, lui refuser sa semence. Le moins que l’on puisse dire, c’est que tout cela est assez éloigné des critères moraux habituels.
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