James Maitland Stewart, affectueusement surnommé Jimmy Stewart, né le 20 mai 1908 à Indiana, en Pennsylvanie, était bien plus qu'une simple star de cinéma. Il était un symbole américain, un héros de guerre, un homme de famille discret et un acteur d'une polyvalence rare. Son parcours, des planches de Broadway aux bombardements au-dessus de l'Allemagne, témoigne d'une vie riche et complexe.
Un début de carrière prometteur
Issu d'une famille d'origine écossaise, Stewart a d'abord suivi une voie académique en étudiant l'architecture à l'université de Princeton. Cependant, sa passion pour le théâtre l'a rattrapé lorsqu'il a rejoint les University Players dans le Massachusetts, encouragé par Joshua Logan. C'est là qu'il a rencontré Henry Fonda et Margaret Sullavan, des rencontres qui allaient façonner sa carrière.
À 26 ans, Stewart fait ses premiers pas devant la caméra, apparaissant dans des rôles mineurs dans des comédies, des thrillers, des drames et des comédies musicales. On le voit notamment dans Sa femme et sa dactylo (1936), où il partage l'affiche avec Jean Harlow et Clark Gable, et Born to Dance.
L'ascension vers la gloire
C'est sa collaboration avec Frank Capra qui propulse Stewart au rang de star. Dans Vous ne l'emporterez pas avec vous (1938), une comédie romantique déjantée, il conquiert le public et remporte l'Oscar du meilleur film et du meilleur réalisateur. L'année suivante, il incarne Mr. Smith au Sénat, un rôle qui le définit comme le héros capraïen par excellence, un homme simple et intègre qui lutte contre la corruption et l'adversité.
Stewart est connu pour son style de jeu hésitant mais sincère, incarnant des personnages simples avec de fortes valeurs morales, bien qu'il ait parfois interprété des rôles de méchants. Il avait une façon d'être qui paraissait simple à comprendre mais qui transpirait de sincérité pour son auditoire.
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Un héros de guerre
Alors que sa carrière est en plein essor, James Stewart fait un choix surprenant : il s'engage dans l'United States Army Air Forces en mars 1941, avant même l'attaque de Pearl Harbor. Déjà pilote certifié depuis 1935 et titulaire d'une licence commerciale depuis 1938, il met sa carrière entre parenthèses pour servir son pays.
Il commence comme instructeur à Moffett Field, en Californie, formant des pilotes de bombardier tout en apparaissant dans des films de propagande pour le recrutement aérien. En août 1943, il rejoint le 445e Groupe de Bombardement à Sioux City, Iowa, où il demande à servir activement.
Déployé à Tibenham, en Angleterre, avec les B-24 Liberator, il mène vingt missions au-dessus de l'Allemagne occupée avec le 453e Bombardiers après sa reconstitution en mars 1944. Sa bravoure le mène à devenir chef d'état-major du 2e Groupe de Bombardement de la 8th Air Force et il est promu colonel en mars 1945, l'un des rares à passer de soldat à colonel en seulement quatre ans.
Après la guerre, il continue dans la Réserve de l'Air Force, atteignant le grade de brigadier général en juillet 1959, faisant de lui l'acteur le plus gradé dans l'histoire militaire américaine. Sa dernière mission en février 1966 est comme observateur à bord d'un B-52 lors d'un bombardement contre les camps Vietcongs au Sud Viêt Nam, mettant fin à sa carrière militaire.
Un retour triomphal au cinéma
Après son retour de la guerre, James Stewart marque les esprits dans le rôle emblématique de George Bailey dans La vie est belle (1946) de Frank Capra, lui valant une nomination aux Oscars. Ce rôle incarne parfaitement les valeurs qu'il défend : l'importance de la famille, de la communauté et de l'intégrité.
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Il devient également l'acteur de prédilection d'Alfred Hitchcock, figurant dans quatre de ses films : La Corde (1948), Fenêtre sur cour (1954), L'homme qui en savait trop (1956) et Sueurs froides (1958). Ces collaborations explorent des thèmes sombres et complexes, révélant une autre facette du talent de Stewart. James est ainsi le personnage torturé par le vertige de Sueurs froides et le voyeur de Fenêtre sur cour.
Parallèlement, il laisse sa marque dans de nombreux westerns classiques, ainsi que dans des films comme Harvey (1950), Autopsie d'un meurtre (1959) et en tant que Glenn Miller dans The Glenn Miller Story (1953). Fort de son expérience aéronautique, il trouve un rôle approprié en incarnant Charles Lindbergh dans L'Odyssée de Charles Lindbergh (1957) et apparaît dans d'autres films d'aviation comme Le Voyage fantastique (1951) et Le Vol du Phénix (1965).
Une vie privée discrète
Célèbre pour sa discrétion, James Stewart épouse Gloria Hatrick McLean en 1949 et ils ont des jumelles, Judy et Kelly, en 1951. Gloria décède en 1994 des suites d'un cancer du poumon. Stewart adopte les fils de Gloria issus de son premier mariage, Ronald et Michael, et les élève comme ses propres enfants. Ronald perd tragiquement la vie au Viêt-Nam en 1969.
En 1959, Stewart et Gloria participent à l'expédition controversée visant à sortir illégalement une relique du Yéti d'un monastère bouddhiste au Népal, à la demande d'un explorateur. Bien plus tard, il reconnaît cette implication.
Sa vie privée est marquée par la simplicité et la fidélité. Il a aimé Gloria profondément et s'y est dévoué jusqu'à sa mort à elle.
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Héritage et hommages
James Stewart est célébré par l'American Film Institute, qui le classe troisième parmi les acteurs de légende et lui décerne un prix pour l'ensemble de sa carrière en 1980. En 1985, il reçoit un Oscar d'honneur pour ses 50 années de performances mémorables.
Sa ville natale d'Indiana lui rend hommage avec The Jimmy Stewart Museum, tandis qu'une statue est érigée devant le Palais de Justice du comté d'Indiana pour marquer son 75e anniversaire le 20 mai 1983.
James Stewart et Robert Mitchum : deux visages de l'Amérique
Un documentaire de Grégory Monro explore les parcours de James Stewart et Robert Mitchum, deux acteurs emblématiques de l'après-guerre. Il propose un portrait croisé de ces deux grandes figures du septième art, qui content, à travers leur carrière et leur filmographie, l'histoire des États-Unis.
Selon Monro, James Stewart incarne l'idéal américain, le patriote, le héros pur, tandis que Robert Mitchum représente l'antihéros. Leurs trajectoires reflètent les transformations de l'Amérique, de l'optimisme de l'après-guerre aux désillusions du Vietnam.
Filmographie sélective
- 1936 : Rose-Marie de W.S. Van Dyke
- 1936 : Next Time We Love de Edward H. Griffith
- 1936 : Small Town Girl de William A. Wellman
- 1936 : His Brother's Wife de Edwin L. Marin
- 1936 : Après l'homme mince (After the Thin Man) de W.S. Van Dyke
- 1937 : The Shopworn Angel de H.C. Potter
- 1938 : Vous ne l'emporterez pas avec vous (You Can't Take It With You) de Frank Capra
- 1938 : Quelle joie de vivre (It's a Wonderful World) de W.S. Van Dyke
- 1939 : Mr. Smith au Sénat (Mr. Smith Goes to Washington) de Frank Capra
- 1940 : The Shop Around the Corner de Ernst Lubitsch
- 1940 : Le Roman de Louise (Come Live with Me) de Clarence Brown
- 1941 : Viens vivre avec moi (Come Live With Me) de Clarence Brown
- 1941 : Ziegfeld Girl de Robert Z. Leonard
- 1941 : Rendez-vous avec la mort (Pot o' Gold) de George Marshall
- 1946 : La Vie est belle (It's a Wonderful Life) de Frank Capra
- 1947 : Sinbad le marin (Sinbad the Sailor) de Richard Wallace
- 1948 : La Corde (Rope) d'Alfred Hitchcock
- 1948 : On Our Merry Way de King Vidor et Leslie Fenton
- 1949 : Un Yankee à la cour du roi Arthur (A Connecticut Yankee in King Arthur's Court) de Tay Garnett
- 1949 : Malaya de Norman Taurog
- 1950 : Harvey de Henry Koster
- 1950 : Winchester '73 d'Anthony Mann
- 1950 : Gotta Stay Happy de H.C. Potter
- 1952 : Sous le plus grand chapiteau du monde (The Greatest Show on Earth) de Cecil B. DeMille
- 1953 : L'Appât (The Naked Spur) d'Anthony Mann
- 1954 : Fenêtre sur cour (Rear Window) d'Alfred Hitchcock
- 1954 : La Vallée de la peur (The Far Country) d'Anthony Mann
- 1955 : Strategic Air Command d'Anthony Mann
- 1956 : L'Homme qui en savait trop (The Man Who Knew Too Much) d'Alfred Hitchcock
- 1957 : L'Odyssée de Charles Lindbergh (The Spirit of St. Louis) de Billy Wilder
- 1958 : Sueurs froides (Vertigo) d'Alfred Hitchcock
- 1958 : Le Traître du Texas (The Sheepman) de George Marshall
- 1959 : Autopsie d'un meurtre (Anatomy of a Murder) d'Otto Preminger
- 1961 : Les Comancheros de Michael Curtiz
- 1962 : L'Homme qui tua Liberty Valance (The Man Who Shot Liberty Valance) de John Ford
- 1962 : M. Hobbs prend des vacances (Mr. Hobbs Takes a Vacation) de Henry Koster
- 1964 : Les Cheyennes (Cheyenne Autumn) de John Ford
- 1965 : La Plus Grande Histoire jamais contée (The Greatest Story Ever Told) de George Stevens
- 1965 : Les Prairies de l'honneur (Shenandoah) d'Andrew V. McLaglen
- 1965 : Le Vol du Phénix (The Flight of the Phoenix) de Robert Aldrich
- 1966 : Rancho Bravo (The Rare Breed) d'Andrew V. McLaglen
- 1968 : Bandolero! d'Andrew V. McLaglen
- 1976 : Le Dernier des géants (The Shootist) de Don Siegel
- 1977 : La Grande Parade d'Andrew V. McLaglen
- 1980 : Mr. Krueger's Christmas (Téléfilm)
Récompenses
- 1941 : Oscar du meilleur acteur pour Indiscrétions
- 1965 : Prix Cecil B. DeMille
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