Introduction
La procréation médicalement assistée (PMA) post mortem, une frontière inédite entre la vie et la mort, suscite des interrogations profondes quant à notre rapport à la mort, à la maîtrise du vivant et à l'évolution de la société. À l'ère des technologies avancées, cette pratique transgressive remet en question les conceptions traditionnelles de la famille, de la filiation et de l'éthique.
La Procréation Assistée Post Mortem : Un Voyage aux Confins de la Science et de l'Éthique
Extraire la vie de la mort : une perspective dérangeante et fascinante
La procréation assistée post mortem soulève des questions fondamentales sur la perception du lien entre la vie et la mort dans un projet parental. Cette perspective, à la fois dérangeante et fascinante, participe à une réflexion plus profonde sur le rapport de notre société contemporaine à la mort et à son effacement progressif de notre culture.
La maîtrise du vivant et la société post-mortelle
Dans la perspective de la « maîtrise du vivant », la procréation assistée post mortem nous entraîne dans un voyage aux confins de la science, de l'ordre public et de la bioéthique. Cette pratique inédite se situe au cœur d'une société post-mortelle, où la volonté de prolonger la vie ici-bas se substitue au désir d'immortalité dans l'au-delà.
Les bouleversements technologiques et la transformation de l'humain
À l'ère des nanotechnologies, entre individualisme libéral, désexualisation de l'engendrement et négation de la filiation, la procréation assistée post mortem effraye et interpelle plus que jamais. Les bouleversements technologiques de la recherche médicale transforment constamment les conceptions mêmes du possible, transformant chaque jour un peu plus l’humain en post-humain.
Les questions éthiques et juridiques soulevées
La procréation assistée post mortem soulève de nombreuses questions éthiques et juridiques. Est-il éthique de maintenir les fonctions vitales d'une femme en état de mort cérébrale pour permettre à un fœtus de se développer ? Que penser du prélèvement post mortem d'ovocytes ou de la récupération du liquide séminal d'un homme dans les premières heures de son décès ? Comment fixer la limite de l'autonomie de la volonté des individus engagés dans un projet parental, et quelle position juridique adopter en matière de restitution aux patients dont le sperme a été conservé à titre préventif, de leurs gamètes en tant que produits humains porteurs de vie ?
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Les Différentes Formes de la Procréation Assistée Post Mortem
Dans l'état actuel de la science, la procréation post mortem peut prendre aujourd'hui la forme de l'insémination, de la fertilisation et du transfert d'embryons, lorsque l'élément masculin a disparu et que la femme souhaite conserver le sperme ou les embryons pour donner naissance à un enfant. Il est également possible de considérer, dans une hypothèse inverse, que l'élément féminin ayant disparu, c'est l'homme qui souhaite conserver les ovocytes de la personne décédée ou des embryons générés par des ovocytes de cette dernière, en utilisant une mère porteuse ou, dans quelques années, lorsqu'il sera au point, un utérus artificiel.
Les Cas de Parenté Post Mortem : Complexité et Questions Éthiques
De nombreux faits divers illustrent régulièrement de par le monde la complexité du caractère humain des situations de parenté post mortem. Aux États-Unis, une femme de 60 ans a gagné un procès après une bataille juridique de cinq ans pour récupérer les ovocytes congelés de sa fille décédée, avec le projet de devenir la mère de substitution de sa fille défunte. De plus, les médias se font l'écho de plus en plus régulièrement de situations de maternités posthumes dans lesquelles on maintient les fonctions vitales cardiaques et respiratoires de femmes en état de mort cérébrale jusqu'à l'accouchement par césarienne.
Ces cas soulèvent de nombreuses questions éthiques, notamment au niveau du respect de la personne humaine, puisque l'utilisation du corps de ces mères par les médecins, pour transmettre la vie au-delà de la mort (littéralement), peut être assimilée à celle d'un incubateur ou d'une couveuse biologique. En France, certains se demandent s'il n'y a pas, dans ces situations extrêmes, atteinte à l'intégrité physique d'un cadavre ou tout du moins à celle du corps humain, et si on peut « artificiellement assurer la rencontre d'une personne qui n'est presque plus et d'une personne qui n'est pas encore » ?
Les Arguments Ethiques et Juridiques Contre la Procréation Post Mortem
L'intérêt de l'enfant né posthume
Sur le plan éthique, l'un des principaux arguments soulevés à l'encontre de l'enfant né volontairement posthume concerne son intérêt. Le désir d'enfant est-il compatible avec l'intérêt de l'enfant qui subit une situation qu'il n'a pas souhaitée puisqu'il n'a pas demandé à naître ? Il pourrait être perturbant de voir « réapparaître un mort », éventuellement même plusieurs années après son décès. L'arrivée de l'enfant pourrait faire renaître le deuil, la souffrance de la famille et de son entourage, avec également de possibles conséquences psychologiques (rejet ou, au contraire, attention permanente, voire tentation malsaine de remplacer le parent disparu).
La création d'orphelins et la privation de père
La procréation post mortem est également accusée de créer des orphelins, de donner naissance à des « fils de mort », ou à des « enfants nés du deuil », facteur de déséquilibre ou de difficultés psychologiques, et de priver volontairement un enfant de son père. On reproche donc à la procréation post mortem un aspect « immoral », égoïste et individualiste, car la mère a choisi de faire naître son enfant orphelin de père.
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Le caractère non naturel et la déshumanisation de la société
Un autre argument éthique soulevé pour condamner la procréation post mortem est de considérer que cette pratique est une technique non naturelle, contre nature, et qu'elle contribue à la déshumanisation de la société, qu'il s'agit d'un déni de l'engendrement. Les références traditionnelles ne seront plus, dans quelques années, que des souvenirs, car le droit de la famille est en pleine mutation, et l'on assiste concrètement aujourd'hui à sa transformation radicale, sous l'influence notamment de la révolution scientifique et médicale.
Les questions de filiation et de succession héréditaire
Sur le plan juridique, la procréation post mortem soulève deux principales questions : la détermination du lien de filiation et de la succession héréditaire. La reconnaissance d'un mode de conception posthume reviendrait à reconnaître un nouveau mode de parenté « normale » entre un enfant et ses parents et à admettre l'appel à succession de nouveaux héritiers, ce qui reviendrait, pour certains auteurs, à introduire en droit des successions une zone d'insécurité extrêmement dangereuse.
Le Posthumanisme et la Transcendance de l'Humanité
La biotechnologie permet aujourd'hui d'envisager de dépasser la mort, mais l'homme de demain sera-t-il pour autant plus libre en devenant un corps perpétuel ? Nous vivons depuis quelques années une rupture historique fondamentale, car la science progresse de façon inexorable et ce qui était inconcevable il y a quelques décennies fait désormais partie de notre quotidien. Les pratiques de procréation post mortem procèdent naturellement de cette logique de transcendance de l'humanité.
Cette volonté de transcender l'humain trouve son aboutissement dans le projet posthumaniste, qui se présente comme un prolongement de l'humanisme classique et comme un nouveau mouvement social, désirant améliorer plus fondamentalement la condition humaine en encourageant le développement des technologies de pointe et en prônant une plus grande accessibilité à celles-ci. Les théories posthumanistes considèrent que l'humanisme classique est désormais dépassé et que la nature humaine n'est ni immuable ni inaltérable. Bien au contraire, elle est appelée à changer régulièrement et même à muter.
La Bioéthique : Un Cadre de Réflexion et de Régulation
La bioéthique se conçoit comme l'ensemble des règles de conduite qu'une société s'assigne afin d'intégrer les bienfaits des progrès effectués dans les sciences de la vie, sans nuire à l'humain. Elle implique d'affronter des questions où plusieurs visions s'opposent et où les défenseurs de chacune des propositions sont persuadés qu'ils œuvrent à l'accomplissement du bien.
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La France a été le premier pays à créer un Comité consultatif national d'éthique, en 1983, et a joué un rôle moteur au niveau européen, notamment dans l'élaboration de la Convention sur les droits de l'homme et la biomédecine du 4 avril 1997, dite Convention d'Oviedo.
Le cadre juridique français de bioéthique accorde une grande importance aux principes de dignité, de liberté personnelle et de solidarité. La loi relative au respect du corps humain a introduit, aux articles 16 et suivants du code civil, des principes cardinaux destinés à assurer la protection de l'homme contre les risques éthiques qui pourraient résulter de la biomédecine : la primauté de la personne humaine, le respect de l'être humain dès le commencement de sa vie, l'inviolabilité, l'intégrité et l'absence de caractère patrimonial du corps humain ainsi que l'intégrité de l'espèce humaine et l'obligation du consentement.
Les Défis et les Enjeux de la Révision des Lois de Bioéthique
La réflexion sur l'évolution des règles de bioéthique a été lancée avec l'ouverture, le 18 janvier 2018, par le Comité consultatif national d'éthique (CCNE), des États généraux de la bioéthique. Aujourd'hui, la procréation occupe une place centrale dans les débats de bioéthique, et les États généraux de la bioéthique l'ont très clairement montré.
Une certaine confusion entoure la portée de la loi de bioéthique, trop souvent réduite à la « biomédecine » ou confondue avec l'éthique médicale. La bioéthique est une réflexion née de la confrontation entre le développement technoscientifique et « l'interrogation éthique nourrie par des exigences normatives héritées de diverses traditions ».
L'Assistance Médicale à la Procréation : Techniques et Enjeux
Le terme d'« assistance médicale à la procréation » recouvre plusieurs techniques qui permettent de répondre à différents problèmes de fertilité, sans pour autant en traiter la cause. L'insémination artificielle consiste à injecter directement le sperme du conjoint (insémination artificielle intraconjugale) ou issu d'un don (insémination artificielle avec donneur) au fond de la cavité utérine de la femme à l'aide d'un cathéter.
Jacques Testart et la Critique de la Procréation Médicalisée
Jacques Testart, biologiste qui a permis la naissance du premier bébé éprouvette en France en 1982, a développé une critique de la procréation médicalisée, mettant en garde contre les dérives eugéniques et la marchandisation du vivant. Il souligne notamment le risque de « clonage social » et la transformation de la biomédecine en une « médecine du désir ».
La Gestation Pour Autrui (GPA) : Un Débat Éthique et Sociétal
La gestation pour autrui (GPA) est un sujet particulièrement polémique, qui divise profondément la société. Si certains y voient une solution pour les couples infertiles ou les couples de même sexe désirant avoir un enfant, d'autres dénoncent une exploitation du corps des femmes et une marchandisation de la maternité.
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